Tuer Amazon, un hobby comme les autres…

librairie-visageIl est de bon ton de taper sur Amazon, comme s'il s'agissait du mal suprême. Récemment, j'ai découvert une extension nommée Amazon Killer. Comme je travaille, dans un secret relatif, sur quelque chose de similaire,  je l'ai testée et je me permets une analyse à chaud... quitte à défendre Amazon !

Avant tout, une extension navigateur qu'est-ce que c'est ? C'est un module que vous choisissez d'installer sur Chrome ou Firefox. La plus connue est certainement AdBlock (qui filtre les publicités, que j'utilise et promeus allègrement). Il en existe des milliers et il faut avouer que ces petits modules sont peu utilisés alors qu'en principe ils peuvent vraiment rendre la navigation web plus agréable.

photocopillage

Test d'Amazon Killer

On peut télécharger l'extension AmazonKiller depuis le Chrome Store. Ou dans les add-ons Firefox. Aussitôt installée dans mon navigateur, je suis allé sur www.amazon.com pour voir ce qui se passerait. Surprise ! Au moment où on consulte une page "livre", le bouton en haut à droite s'active et vous permet de tomber sur le site placedeslibraires, avec le bon code ISBN (référence unique du livre). Reste à choisir sa région et l'on accède au stock des libraires du coin.

Même si l'extension est rudimentaire, ce que reconnaît volontiers le développeur activiste Elliot Lepers, il faut avouer que ces quelques lignes de codes ont au moins un grand mérite : faire (re)découvrir l'existence du site placedeslibraires.

Maintenant, et sans vouloir dénigrer (d'autant que j'ai pu en parler directement avec Elliot) je suis resté perplexe face à l'engouement médiatique suscité.

  • "Amazon Killer au secours des librairies indépendantes" Livres Hebdo ,
  • "Elliot Lepers le tueur d'Amazon" sur France Inter
  • "L'empire des libraires contre-attaque" les Inrocks ...

Rien que cela ! Ah le petit frémissement, tellement gaulois, du David qui s'apprête à terrasser Goliath !

livresL'Amazone est un long fleuve tranquille

Optimisation fiscale Défiscalisation, management inhumain, lobbying pour la liseuse électronique... Et aussi, on en parle peu, leur abus de position dominante étouffant les vendeurs présents sur leur place de marché.

A ce propos d'ailleurs, j'invite les e-commerçants pour qui Amazon est un canal de distribution indispensable à lire ce témoignage d'éditeur de livres pour enfant : "Comment j'ai quitté Amazon." Voilà pour les arcanes.

Maintenant ne soyons pas hypocrites ! En tant qu'internaute, Amazon reste de loin une des meilleures expériences utilisateur, de celles qui vont font aimer le web.

  • Livraison pas chère et en un temps record,
  • paiement en un clic qui évite de chercher sa carte bleue,
  • suggestions pertinentes,
  • commentaires abondants et éclairés,
  • possibilité d’acheter moins cher en seconde main…

Même le service client est rapide et pas regardant.

C’est douloureux de le reconnaître publiquement, mais Amazon est la quintessence de l’agora antique et de la foire médiévale pour notre XXIème siècle.

Bref, les Français pas plus que les autres ne s'y sont pas trompés, le milliard d'euros de chiffre d'affaire que réalise Amazon France est légitime tant la qualité du service est au rendez-vous. Mais bon, on va pas défendre Amazon quand même ?

Comment ne pas tuer Amazon ?

bibliotheque

«J'ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres. Dans le bureau de mon grand-père, il y en avait partout ; défense était de les faire épousseter sauf une fois l'an, avant la rentrée d'octobre.

Je ne savais pas encore lire que, déjà, je les révérais, ces pierres levées : droites ou penchées, serrées comme des briques sur les rayons de la bibliothèque ou noblement espacées en allées de menhirs, je sentais que la prospérité de notre famille en dépendait...»

Ce commentaire du vieux Sartre sur le jeune Jean-Paul suffit à montrer à quel point la France est frileuse quand on parle de livres et de littérature.

On se souvient pêle-mêle :

  • trierweilerDe la loi de 1981 sur le prix unique du livre pour sauver les librairies indépendantes,
  • de la fronde Hachette contre Amazon,
  • de la taxe dite Amazon qui interdit les frais de port gratuits,
  • ...et de l’entourloupe d’Amazon à savoir mettre les frais de ports… à 0,01 € !
  • de la grogne des libraires face au Trierweiler,

Mais au fait qui se souvient que les libraires et disquaires indépendants déjà rouspétaient contre ce fossoyeur de la culture qu'était la FNAC ?

Désormais tout le monde fait front contre Amazon pour sauver la FNAC ! De drôles d'alliances circonstancielles qui rappellent la récente grogne des VTC et des taxis contre Uber... alors que les taxis manifestaient déjà contre les VTC !

D'ailleurs, Uber aussi c'est le Mal en ce moment. Je connais une personne qui l'a utilisée. Vieux briscard d'Internet, il m'a avoué penaud : "Uber, c'est le meilleur service que le web m'a rendu depuis bien longtemps". A ses dires, ça a l'air effectivement bluffant.

Extension ? Extension... du domaine de la lutte

Que l'on se rassure, je ne fais pas un coming-out techno-capitalistique ! A travers ces expériences et ces réflexions, je souhaite simplement apporter des touches de nuances. Amis journalistes, non Amazon ne va pas s'effondrer avec une extension qui, si l'on caricature, revient quasiment à mettre placedeslibraires dans ses favoris. Soit il faut transformer Amazon (en coopérative, en service public ? on peut rêver...) soit il faut proposer une expérience utilisateur remplie d'intelligence collective. Et il est certain que l'extension proposée par Elliot Lepers est une première brique.amazon-killer-logo

Au fait, tout cela est-il bien légal ?, se demande-t-on déjà au service juridique d’Amazon.

J'ai même posé la question à Elliot parce que ce serait regrettable que cette contribution soit au mieux interdite… au pire sanctionnée.

Le choix du nom sur une marque protégée, le détournement du logo (seul le sens de la  flèche change) et enfin l’altération du “contenu affiché”, à savoir l’ajout d’un élément graphique sur une page qui appartient à Amazon… autant d’éléments qui pourraient évincer l’extension du Chrome Store rapidement.

piratesA l'Ouest rien de nouveau cependant... Déjà en 2007, l’extension “Pirates of the  Amazon” fonctionnait sur le même principe, en proposant un bouton “télécharger le torrent”. Son fondateur, Tobias Leingruber, signale qu’il procédait alors dans un cadre universitaire, à une expérience parodique et artistique qui visait à “utiliser Amazon comme interface de téléchargement de torrent”. Un détournement qui lui a valu une missive d’Amazon. Le lendemain, l’extension était retirée...

Comme Tobias, Elliot Lepers est le premier étonné du buzz autour de son extension détournant Amazon. Les analogies sont nombreuses entre Amazon Killer et Pirates of The Amazon. Développées pour le fun et pas pour l’argent, ces deux extensions utilisent la puissance et l’ergonomie Amazon pour “pusher” une plateforme (thepiratebay dans un cas,  placedeslibraires dans l’autre). Si l’initiative de Tobias a fait long feu (si si j'utilise cette expression dans le bon sens), Elliot envisage d’améliorer l’appli en misant sur la communauté et un réseau européen de libraires.

Mais pourquoi je parle de cela ?

jesus-ikeaD'habitude sur eco-SAPIENS on parle plutôt conso. Mais il se trouve que proposer et valoriser des alternatives, c'est un peu notre dada depuis 2007...

On ne le fait pas par amour du petit qui est forcément "gentil" contre le grand par essence "méchant". Nous aimons avant tout le concept de biodiversité, qu'il s'applique à la Nature, à la psychologie humaine... ou au monde économique. En ce sens Amazon est une menace et nous risquons ne nous réveiller trop tard. Comme tant d'autres champs de la consommation, choisir son libraire est un acte responsable. A l'heure où la France a redécouvert ses kiosquiers, on peut rêver aux retrouvailles avec le libraire de quartier.

On pourrait penser qu'il y a un peu de jalousie dans ce billet. Rien n'est plus faux. Comme disait Victor Hugo, "Rien n'est plus fort qu'une idée dont le temps est venu". Nous sommes donc plusieurs à caresser ce même rêve d'un Internet respectueux de la vie privée, pédagogique et impartial, tournée vers la découverte et non vers l'enfermement.

Et c'est pour cela que nous développerons LeMêmeEnMieux dans un esprit collaboratif.

LeMêmeEnMieux ? C'est l'extension à laquelle je participe... en espérant y câbler plein d'alternatives écologiques...

On en reparle tout bientôt !

PS : ce billet a été écrit en réflexion avec Maarten, fondateur de LeMêmeEnMieux.
Pour poursuivre la réflexion, vous pouvez le lire ici : Comme Amazon Killer mais sans l'échafaud

Une réflexion au sujet de « Tuer Amazon, un hobby comme les autres… »

  1. Philippe

    Juste un petit détail.
    Tout le monde n'habite pas en ville. Et donc pas forcément à côté d'un libraire. Ni d'un vendeur de pièces ou d'équipements divers.
    Je dois faire à minima 80 kms A/R pour le moindre achat. Donc au niveau de la consommation carburant, temps perdu etc... je préfère le passage du facteur. En plus je suis sur de recevoir ce que j'ai choisi. Alors que me rendre dans le commerce et ne pas y trouver la taille ou la bonne piece.... et d'autres malins vendent aussi sur internet des produits sous couvert d'une pub mensongère. Sur amazon, le service client est très reactif.
    Et on peut comparer les prix. ...
    Comme cela je peut rester acheter mes produits bio produits localement.....
    A

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