Survivalisme et sousvivalisme

Il n’a pas échappé aux plus anciens d’entre nous que le mot « écologie » sentant la naphtaline, le mot « survivalisme » est en passe de prendre la relève. Oh la question survivaliste n’est pas si récente car il y a toujours eu des gens avisés qui, sentant le chaos venir, ont pu théoriser et mettre en pratique un mode de vie autonome.

Il y aurait beaucoup à dire sur la philosophie sous-tendue par le milieu survivaliste, d’autant que comme tout mouvement, il est divers. Pendant longtemps, je n’en ai eu qu’une vision anglo-saxonne, déclinée en France par les stages de survie aux allures paramilitaires. En parallèle, je m’intéressais plutôt à l’Institut Momentum, dont la fugace fréquentation m’a soumis au malaise inhérent à disséquer les modalités de la venue du « collapse« .

 

Une sorte d’exaltation mystique, de jouissance eschatologique ou tout simplement le désir de « vivre » enfin une expérience comme celle d’un Ravage narrée par Barjavel ou d’une série zombies sur Netflix… On a hâte de découvrir le scénario qui permettra enfin de renouveler un peu la morosité de nos routines où même les  finissent par nous indifférer.

Je me souviens qu’enfant, alors passionné par l’ufologie, je m’interrogeais sur la possibilité de vivre le moment où l’humanité prendrait contact avec les extraterrestres. Je me disais que ce jour là serait probablement la date la plus importante de l’humanité et qu’elle pourrait légitimement occuper tous les journaux télévisés pendant des siècles…

Aujourd’hui, certain que ce « scoop » n’aura pas lieu de mon vivant, j’en éprouve une satisfaction : toujours ça que  BFMTV n’aura pas à couvrir et entacher…

Je suis arrivé à l’écologie par la décroissance qui, comme le survivalisme, prend ses sources dans le rapport du Club de Rome (planète limitée) et Georgescu-Roegen (entropie dans l’économie). Ca c’est pour le constat. Pour les solutions… ça diverge.

Même si le mouvement pour la décroissance est multiple (colibristes, anarchistes, cathos, modérés) il n’est selon moi jamais tombé dans le piège du « préparons-nous au pire, ré-apprenons à manipuler le couteau ».

Pourquoi je parle de couteau ?

Je viens de recevoir le communiqué de presse du second salon du survivalisme. Si l’on m’avait dit qu’il existe « salon de la décroissance au Paris Event Center de La Villette« , j’aurais rigolé comme un bossu.

Avec la musique hollywoodienne et les visuels de fusils d’assaut qui côtoient les beaux paysages symbolisant l’autonomie par carrés photovoltaïques, je suis totalement désemparé.

Parmi les exposants, certains me sont bien connus (filtration de l’eau aqua-techniques, hamacs amazonas, éoliennes maison tripalium, magazine de l’économie solidaire socialter) et des intervenants sympathiques (maraîcher, énergie, plantes sauvages…)

Et d’autres, comment dire ? Le stage lancer de couteau, le chasseur alpin, le chef du GIGN, le vendeur de matériel militaire…) là je me demande si je ne suis pas à Eurosatory. Certes le pôle pudiquement appelé « Tactique » n’est qu’une partie de cette foire mais j’ai comme l’impression que c’est le produit d’appel.

Si le »développement durable » a été le cache-sexe du business pour l’écologie, je crois que ce survivalisme est une manière de rentabiliser la décroissance qui… comme son nom l’indique, n’a pas grand chose à vendre sinon des livres…

Cela me fait penser à la blague que j’ai piqué à un ambassadeur négaWatt sur le fait que dans la démarche négaWatt il y a : sobriété, efficacité, renouvelables. Leplus important étant « sobriété » mais hélas on n’en parle peu car difficile de faire un grand « salon professionnel de la sobriété »…

Forcément je m’interroge aussi sur moi, sur mon malaise. Pourquoi cela me dérange au fond ? Je crois que cette intrusion du champ paramilitaire vient heurter la plus grande conviction que je porte à mon engagement social et écologique.

Je m’interroge parfois sur mon/notre rapport ambigu avec la violence physique et les armes. Je pratique, modestement, un art martial nommé ju-jitsu où il est tout de même rappelé sérieusement mais ironiquement que face à une menace d’agression, le premier réflexe à avoir est celui de fuir.

Bref, s’écouter, s’entraider, dialoguer. Si ca ne marche pas fuir. Mais pas prendre les armes. Pas succomber à la violence physique.

Il y a sans doute plein d’arguments techniques valables à propos de la nécessité de savoir « se battre » dans un monde devenu chaos. Mais un monde où la survie serait synonyme de défiance, cela devrait s’appeler la sous-vie.

Question en suspens…

2 réflexions au sujet de “Survivalisme et sousvivalisme”

  1. Lorsque ton adversaire, lui, sera armé, je ne suis pas sûr que lui tourner le dos pour « fuir » sera une très bonne idée. Tu réfléchis comme tout bon civilisé Français, conscient que la justice ne défend les victime qu’après une agression, sévère ou non, et en France, pays régenté par la prohibition des armes, la fuite s’avère une excellente idée pour ne pas être victime d’un mec qui est plus entraîné que toi, ou pour ne pas devenir une victime du système parce que tu n’aurais fait que te défendre, mais ayant pété le poignet de ton agresseur, un avocat véreux lui aura conseillé de porter plainte contre toi. Lorsqu’il n’y aura plus de loi, tu seras bien content de trouver un paramilitaire prêt à t’aider à défendre ton lopin de terre, qui malgré le fait qu’il aura apprécié son couteau tactique, sera tout aussi apte que toi, a retourné de la terre pour faire pousser des poireaux. Le survivaliste armé sera un allié, et si finalement, comme le dit Servigne, l’entraide devient l’autre loi de la jungle, eh bien il lui suffira de poser son calibre 12, pour devenir comme toi, un agriculteur, content de vivre sereinement de son lopin de terre.

  2. D’un autre côté, chacun a son propre ressenti et ses propres peurs face à un tel sujet. Pour cette raison, le survivalisme a autant de légitimité à exister que le reste. De toutes façons, nous pourrions autant rationaliser que nous le souhaiterions, ça ne changera rien aux craintes que certains ont et qui les font tourner vers l’auto-défense armée.

    Ca veut dire que de toutes façons, si Ravages survient, ces comportements vont arriver et les calibres 12 vont fleurir. Chercher une stabilité, une raison, une justice dans ce type d’événement est à mon avis peine perdue. Par contre, je crois beaucoup à la force de l’envie.

    Quand t’as ton calibre 12 en face, un peu énervé et affamé, si tu lui dis d’aller se faire voir, il est probable qu’il appuiera sur la gâchette. Par contre, si tu l’accueilles, lui explique que t’as un lopin non cultivé, qu’il pourrait l’utiliser et que tout de suite tu lui donnes un peu de nourriture, il est probable que ça se passera mieux. Aucune garantie, juste une probabilité. Et certes cette nourriture va te manquer mais ça vaut mieux que de mourir.

    Et là, non seulement t’auras augmenté la stabilité de ton collectif, mais en plus t’auras une personne reconnaissante qui intégrera à la fois l’intérêt du collectif, et l’intérêt de l’accueil.

    Quant à la sobriété, c’est effectivement difficile de faire face à des financements agrémentés de trésors d’ingéniosité marketing. Ca me fait penser aux salons de bien être, quand j’y rencontre des gens, la majorité me semble bien loin de l’état du bien-être recherché. Est-ce que ce genre de salon amènera vraiment les gens dans la voie qu’ils souhaitent intimement ? Je l’ignore. Je dirais bien : c’est à chacun de faire son choix.

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