Jardiniers du vivant…

Diplôme de Jardinière d'enfantsL’enfant est un être vivant ! Si, si, vraiment ! Comme la tomate, le poireau, la vache, le cochon, ou l’oignon blanc ! Difficile à croire en pénétrant dans nos classes ou en regardant nos champs… Mais certains n’en démordent pas et poussent cette idée plus avant.

Le choix du vivant, c’est celui fait par les artisans du projet de la Ferme du Bec Hellouin, en Normandie. Une ferme expérimentale fonctionnant selon les principes de la permaculture, un système conceptuel qui s’inspire du fonctionnement de la nature, pour créer des écosystèmes (agricoles, urbains, domestiques, etc…) économes, durables, harmonieux et résilients. Adaptée à l’agriculture, la permaculture repose sur une observation attentive du milieu et une connaissance fine du fonctionnement du vivant. Perrine et Charles HERVE-GRUYER ont décidé de combiner l’approche de la permaculture et les pratiques des maraîchers parisiens du début du siècle dernier (redécouvertes par deux américains : Eliot Coleman et John Jeavons), qui réalisaient jusqu’à 8 rotations de culture par an ! Ils synthétisent petit à petit ce qu’ils vont nommer « la méthode de la Ferme du Bec Hellouin pour les maraîchers » : petite surface, observation du vivant, intensité des soins, polyculture, non travail du sol.

Mais avant d’être un assemblage de pratiques et de choix techniques, il s’agit d’un système et d’une philosophie. Un système, car chaque élément, distribué en quantité ou en qualité a son importance, ne doit rien au hasard, et interagit avec les autres éléments pour maximiser la fécondité et la durabilité de l’ensemble. Une philosophie, car cette méthode sous-tend un autre regard sur la vie :

« Le paysan participe ainsi à la guérison de la planète. Il contribue à l’équilibre du monde. »

Depuis 2011, la ferme du Bec Hellouin est engagée dans un programme de recherche, en partenariat avec l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique) et AgroParisTech afin d’étudier et de modéliser cette méthode, pour la valider et l’essaimer. Le dernier rapport intermédiaire (2013) vient de paraître, et les résultats sont plus qu’encourageants : 1000 mètres carrés cultivés en maraîchage bio permaculturel permettent de créer une activité à temps plein* ! Une agriculture écologique, peu mécanisée  et viable économiquement, est possible, même sur de petites surfaces !

Prendre soin des plantes

 

 

Comme ils l’énoncent si bien :

« La méthode de la Ferme du Bec Hellouin est davantage l’extension d’un jardin que la réduction d’une ferme mécanisée. De tous temps, les jardins ont été des lieux heureux. »

 

 

De bonheur, de jardin (d’enfants), de vivant, il en est aussi question avec le projet mené par Céline ALVAREZ depuis 2 ans à Gennevilliers. Son ambition : prouver qu’une pédagogie écologique, basée sur les lois du vivant et permettant l’épanouissement de l’enfant, donnera de meilleurs résultats en terme de performances cognitives et sociales qu’une pédagogie traditionnelle. Résultat ? Au-delà même de ses espérances…

Dans une classe de maternelle d’une école publique, étiquetée ZEP et « Plan Violence », en proche banlieue parisienne, des enfants apprennent dans l’enthousiasme et la joie et remettent en cause tous les déterminismes sociaux**. Mais encore ? 100% de lecteurs en Grande Section**, 90% chez les élèves de moyenne section** (la classe est multi-âges, et c’est un point important), et des petits s’y mettent aussi**. Ils comptent jusqu’à 1000** ! Tout en développant une concentration et un sens du collectif que l’on croyait impossibles pour des enfants de cet âge ! (on vous laisse vous régaler des vidéos…)

L’expérimentation, suivie et testée par des psychologues du CNRS, a plusieurs points communs avec celle du Bec Hellouin. Le « recyclage » de pratiques anciennes tout d’abord, ici celle de la géniale pédagogue Maria Montessori, dont nous vous avions déjà parlé dans ces colonnesL’attention portée à l’observation : du vivant (les enfants), du milieu (la classe), et des interactions au sein de cet écosystèmeLe positionnement : l’éducateur comme le paysan sait qu’il ne fait pas grandir les enfants ou pousser les plantes par lui-même, et cherche simplement à accompagner leur développement et à favoriser leur épanouissement : à aider la vie. La démarche, pragmatique, de validation par la recherche scientifique (de nombreux chercheurs renommés ont rejoint le comité scientifique du projet), afin d’évaluer le dispositif.

L’étape d’après ? Ici aussi, modéliser pour essaimer, et tester le dispositif à plus grande échelle. On lui souhaite de réussir ! Et nos enfants dans son sillage !

Voici présentés deux magnifiques projets, deux fabuleuses raisons d’espérer. A notre tour, prenons part au changement, devenons jardiniers ! Ni lopin ni bambin ? Qu’importe ! L’enfant est un être vivant. Prenons-en soin, cultivons-le, en nous, à chaque instant ! 😉

 

 

*en maraîchage bio-mécanisé traditionnel, les surfaces cultivées sont de l’ordre de 1 à 4 hectares par travailleur.
**au niveau national, 40% des enfants sont en grande difficulté scolaire à la sortie du CM2.

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