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Google et la danse du panda

Coïncidence des temps modernes, le panda est ces temps-ci vivement critiqué.

A ma gauche, le Panda WWF, épinglé par le journaliste Fabrice Nicolino dans son livre "Qui a tué l'écologie ?" L'ONG n'a jamais daigné répondre aux critiques et préféré continuer à manger les pousses de bambou.

Malheureusement, ca chahute chez les salariés de l'emblématique association. Il serait vain de raconter ce qui se passe dans l'arrière cuisine. Chaque fois qu'une association environnementale se déchire, c'est toujours une perte pour le monde écologiste.

Le scénario est toujours identique d'ailleurs : entre militants, salariés et dirigeants; et toujours à propos de l'éternel débat réformiste/radical.

On se souvient par exemple des agitations au sein de la Fédération France Nature Environnement. On se souvient aussi du réseau Sortir du Nucléaire et son porte-parole Stéphane Lhomme (qui sévit encore lors des primaires de l'écologie). En ce moment donc, c'est au tour du panda français d'inspecter son pelage noir et blanc (symbolique !).

Google réduit les inégalités...

Et à ma droite ?

A ma droite, je veux parler d'un panda moins connu des naturalistes mais bien connu des spécialistes du web. Panda est le nom choisi pour le nouvel algorithme de Google.

Google, tout le monde connaît. Ou croît connaître...

Le Dieu Internet, le moteur de recherche le plus époustouflant qui soit, les google maps, le gmail, le google images mais aussi, pour ceux qui y travaillent les Adwords et Adsense. J'ai déjà expliqué pourquoi eco-SAPIENS n'achète pas de mots clés sur Google. Aussi absurde que cela puisse paraître pour une structure totalement tournée vers le Web, eco-SAPIENS continue de défendre sa conception du rôle et de la nature de la publicité.

Malgré une fois, ce coup de fil de Google, nous demandant pourquoi nous ne passions pas à la caisse.

C'était au mois de Juillet 2010. Nous avions répondu que nous aimions beaucoup Google (c'est objectivement vrai si l'on mesure tous les services rendus par cette firme... avec des contreparties franchement peu agaçantes quand on voit les pratiques sur le web). Nous avions simplement répondu que payer pour être mieux affiché, autrement dit, faire de la pub, était contraire à notre philosophie.

Certains prendront cette philosophie pour de la radinerie. C'est leur droit. Tout le monde a droit à l'erreur !

Revenons à nos moutons. Ou plutôt à cet animal algorithmique qu'est Panda. En clair, Google a voulu débarrasser le web des tricheurs. En ligne de mire, ce que l'on appelle les "content farms" (fermes de contenu). Des sites qui produisent du contenu à la chaîne juste pour le référencement. Et aussi les agrégateurs de contenu qui ne produisent pas de contenu mais l'aspirent et le classent. Typiquement des agrégateurs de blog comme paperblog ou wikio.

Mettons nous à la place de Google. C'est lui qui est censé avaler le web, le trier, l'ordonner et fournir à l'internaute le résultat de sa requête. Quel intérêt pour lui de renvoyer vers des annuaires, des guides et des portails àHop, on les squeeze et on renvoie directement vers l'article, le produit, la source originelle.

Pas bête !

Informations: le noeud gordien du producteur/diffuseur

Et la question qui brûle les lèvres est : comment distinguer une source d'une fontaine ?

C'est à dire, pour prendre le cas d'eco-SAPIENS, comment savoir si nous sommes plutôt un relai d'informations ou un producteur d'informations. A cette question, il est impossible de répondre tant nos articles sont un mélange, un croisement, une mise en perspective de plusieurs sources.

Cette question hante la littérature. La mythologie romaine n'est qu'un réarrangement de la mythologie grecque qui l'avait pompée aux Egyptiens qui eux-mêmes l'ont copiée sur les Mésopotamiens. (Ici, l'histoire de l'écriture s'arrête... ou plutôt commence...*)

Cette question hante le journalisme. Un journaliste n'est là que pour faire le pont entre une source et un lecteur. Parfois il enquête, mais le ne créé pas l'étude scientifique, ou le discours politique qui permet de réaliser le papier.

Cette question hante la science et la philosophie. Heidegger s'amusait à plaisanter qu'après les Grecs, les 2500 ans de philosophie pouvaient être considérés comme des notes de bas de page...

Il se trouve aussi qu'aujourd'hui Google propose un moteur de shopping. Forcément, les comparateurs de prix apprécient y voient un vrai concurrent. Leguide.com a déjà perdu 50% en bourse par exemple.

Parallèlement, des webmasters amateurs publient ce genre de message sur les forums: "+100% pour mon site que j'avais abandonné il y a deux ans".

Pour résumer la situation, Google redistribue les cartes.

D'une certaine manière, il va à contre-courant de l'évolution de ce monde en réduisant les "inégalités" de trafic.

D'ailleurs, vous pouvez déjà observer ces effets sur Google.

Tiens ! Une requete au hasard, faite pour retrouver quelle était l'étude scientifique qui avait épinglé la migration de DEHP (un phtalate) depuis les bouteilles plastiques. Tapons DEHP science et observons les résultats fournis par Google. La moitié des liens renvoient vers HP... Hewlett Packard et un vers l'auteur H.P. Lovecraft. Bref, à côté de la plaque. Certes la requête était un peu spécifique mais beaucoup témoignent déjà du fait que depuis début Juillet, les résultats fournis par Google sont moins bons qu'avant.

A-t-on déjà vu une entreprise sortir une version moins performante de son produit phare àJamais... sauf Microsoft bien sûr.

Analyse de la mutation du Web: recherche perso vs. buzz collectif

Deux idées me traversent l'esprit. Google a aussi lancé en catastrophe son Google plus qui se veut concurrent du réseau social Facebook. Indéniablement, nous n'utilisons plus le web comme il y a deux ans.

Auparavant, nous naviguions par recherche. Aujourd'hui, nous naviguons par recommandation.

Pour le dire autrement, la communication (même sociale) l'a emporté sur la technique.

Nous étions décontenancés par la masse d'informations offerte par le web. Heureusement le moteur de recherche nous permettait d'y naviguer efficacement.

Aujourd'hui, nous sommes toujours décontenancés mais nous avons fait le deuil de trouver quelque chose dans cette toile immense. Nous demandons alors aux autres de nous dire ce qu'ils ont trouvé d'intéressant.

La deuxième chose, c'est cette histoire de ruée vers l'or que représente Internet aujourd'hui. Je veux parler du mythe du petit site sur le web qui va faire boule de neige et hop, à la fin, le créateur/blogueur/webmaster est célèbre, payé et... ne fait pas grand chose. Ah le doux rêve de la rente Internet !

Soyons certains d'une chose. Si Google rebats les cartes en faveur des sites mineurs, c'est bien parce qu'il trouve un intérêt stratégique. D'abord de contraindre les sites google-dépendants à moins compter sur le référencement naturel et plus sur le référencement payant. Puis de redonner espoir à la légion de sites zombies qui, n'en doutons pas, requinqués par une augmentation inopinée de trafic, va décider d'y investir un peu de moyens...

Aujourd'hui que le Panda est lâché en France, après avoir fait ses dégâts aux Etats-Unis et en Angleterre, tout le monde s'interroge sur l'évolution du web à venir. Bien malin celui qui pourra prophétiser là-dessus.

Mais face à cette débauche de moyens et ces révolutions ininterrompues, on en vient à se dire que la seule valeur sûre tient dans la formule "small is beautiful"...

* Hommage à Borges !

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1 thought on “Google et la danse du panda

  1. Yonnel

    Eh bien, dites-moi, en voilà un article bien hardi ! 😉

    S'attaquer au roi Google, comment oses-tu ? Pourtant, je te suis pleinement dans ton analyse. À la devise bien connue de Google, "do no evil", il faudrait ajouter "but first do Google's good". On pourrait le comparer à un journalisme de plus en plus partisan, de moins en moins objectif, le tout pour vendre plus.

    Il faut rappeler que le terme "moteur de recherche" n'est pas vraiment la dénomination qui sied à Google. Eh non ! Depuis le début, sa façon de "rechercher" le contenu web consiste à favoriser les sites les plus visités (à les mettre dans les premières positions). Stricto sensu, les résultats de Google ne donnent pas le contenu qui correspond, par sa qualité, son intérêt ou même sa concordance brute avec les termes de la recherche, mais le résultat de la popularité d'un contenu. Et c'est très différent.

    Donc les premières pages de Google ne sont pas forcément celles où l'on trouve le contenu le plus intéressant. Mais cela va même plus loin : les recherches sont de plus en plus individualisées. Les résultats changent selon la localisation, selon le contenu visité récemment, voire selon l'utilisation des services Google (mails, documents, flux rss). Il n'y a plus de résultat unique pour toute recherche, et on peut remettre en question cette vision individualisante, sans parler de tout ce que cela entraîne pour le SEO.

    C'est l'équivalent de la fameuse loi de proximité enseignée dans les écoles de journalisme : "ce qui est intéressant pour le public, c'est ce qui est le plus proche de lui". Désolé, ce n'est pas vrai pour le journalisme, et ça l'est encore moins sur le web. Quid de la curiosité ? De la volonté d'élargir son univers ? C'est une vision du web qui se propage, celle du LOL, de Justin Bieber et de Groupon. Je ne suis pas loin de considérer cela comme un anti-web. Idée à creuser.

    Panda, c'est un signe de la volonté de Google d'étendre sa domination, de se rendre indispensable. Mais c'est la beauté du web : si l'on n'aime pas, l'on peut toujours aller voir ailleurs. Et plus Google va chercher à se rendre hégémonique, plus il y aura une réaction de ceux pour qui l'indépendance est importante. Des moteurs de recherche, il y en a d'autres... Seeks, par exemple.

    Magnifique article, Baptiste, mes petites cellules grises t'en remercient !

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