le guide d'achat éthique

Trouver, comparer et acheter des produits bio, naturels, écologiques et équitables

Marseille des eco-sapiens
Mégot, gros pollueur
Un mégot peut mettre jusqu'à 12 ans pour se décomposer.
Lorsqu'il est jeté dans le caniveau ou les égouts, il dissémine des métaux lourds, et pollue 8 litres d'eau (qui sera de ce fait traitée plus difficilement) pour un mégot .
Huile de Palme : le bio est-il l'ennemi du bien ?

Huile de Palme : le bio est-il l'ennemi du bien ?

Cette matière première rendue juteuse par un rendement exceptionnel et une résistance à la cuisson a su séduire l'industrie agro-alimentaire. Elle traine pourtant de lourdes casseroles écologiques et sociales qui ne manquent pas d'éclabousser les produits bio.

L’huile de palme est un désastre écologique et social aujourd’hui reconnu dans les régions du monde qui ont consacré une grande partie de leur territoire à sa production intensive, à savoir l’Indonésie et la Malaisie. En effet, entre dégâts écologiques, exploitation sociale et expropriations foncières, de nombreuses charges pèsent sur la production de ce produit devenu maudit, intrinsèquement liée à sa culture de masse.

C’est pourquoi, nous sommes de plus en plus nombreux à nous interroger sur sa présence dans les produits que nous consommons, en sachant que pour y échapper il nous faudra être vigilant sur la majorité des produits alimentaires industriels, y compris bio, mais aussi sur les bougies, les cosmétiques, les détergents, les peintures… sans que la dénomination huile de palme figure explicitement sur ces produits.

Petit rappel historique et chiffré

Le palmier à huile (Elaeis guineensis) est un arbre originaire d’Afrique de l’Ouest cultivé pour ses fruits dont on extrait des corps gras à usages alimentaires et industriels.
Découvert par les portugais au 15ème siècle cette culture connaîtra un premier engouement au 19ème siècle, époque à laquelle le commerce de l’huile de palme succèdera à celui des esclaves. Cette matière première visera à satisfaire la demande en corps gras liée au développement du machinisme en Europe avant de servir plus tard à l’éclairage et la fabrication de savons. A cette époque "l’huile de palme a été le premier grand produit capable de remplacer l’esclave dans les relations commerciales entre l’Afrique et le monde".

Forêt indonésienne (Greenthefilm)

Introduit en Asie à la fin du 19ème siècle, le palmier à huile y connaîtra après la seconde guerre mondiale un développement constant lié à des politiques volontaristes, à des conditions climatiques particulièrement favorables et bien entendu à son exceptionnel rendement (plus de 3 à 4 fois d'huile à l'hectare que l'arachide ou le soja) qui en fait le plus rentable des oléagineux.

Elle est aujourd’hui l’huile la plus consommée dans le monde (25 %), dépassant de peu l'huile de soja. L’Asie du Sud-Est est devenu au tournant des années 70 le principal fournisseur avec aujourd’hui en particulier la Malaisie (17,7 millions de tonnes en 2008) et l’Indonésie (19,2 millions de tonnes en 2008), qui représentent à eux deux plus de 85 % de la production mondiale. Avec l’Asie, l’Europe est le plus gros consommateur d’huile de palme. La promotion actuelle pour les agro-carburants ne devrait faire qu’intensifier cette tendance.

Le palmier à huile fournit deux types d'huile ainsi que du tourteau

  • Huile de palme : extraite sur place dans les huileries par pression à chaud de la pulpe des fruits, elle a une couleur rouge. Elle est utilisée pour la fabrication de margarine et entre dans la composition de nombreuses préparations de l’industrie agro-alimentaire, de produits cosmétiques et comme agro-carburant. Bien que peu mise en avant dans l’information au consommateur, on la retrouve dans un nombre important de préparations de l’industrie agro-alimentaire : chips, croûtons, soupes lyophilisées, biscuits, lait pour bébé, sardines en boîte, bouillon de poulet instantané, mayonnaise, sauce tomate, céréales, chocolat, glaces, fromage râpé etc. Le rendement de cette huile en fait par ailleurs un choix privilégié pour la production de carburant.

  • Huile de palmiste : extraite des graines dont le traitement se fait dans les pays importateurs, elle est surtout utilisée par l’industrie cosmétique mais aussi comme huiles de cuisson, pour les détergents, dans les peintures...

  • Les tourteaux : obtenus après l'extraction de ces huiles, ils servent à l'alimentation animale. Ils ont connu un fort développement à partir de 2001, suite à la crise de la "vache folle" et à l'interdiction d'utiliser des farines animales.

L'huile palme et la santé

L’huile de palme est utilisée depuis longtemps par les pays producteurs originels, notamment dans la cuisine africaine. Non raffinée et non traitée elle est riche en vitamine A et E. Alternative au beurre et aux graisses végétales hydrogénées, elle a dans un premier temps été particulièrement utilisée en Europe depuis les années 70 par les végétariens, puis a vu son utilisation se répandre dans l’industrie agro-alimentaire.

Riche en acide gras saturés (50%), les mêmes que l’on retrouve dans les graisses d’origine animale, la consommation d’huile de palme, doit rester mesurée même si elle est moins nocive que les graisses hydrogénées riches en acide gras trans d’origine industrielle (hydrogénation d’huiles végétale pour les solidifier). Utilisée par les industriels pour des cuissons à hautes températures, elle peut générer aussi de l’acrylamide, contaminant nocif, généré par la cuisson de l’amidon et que l’on retrouve dans nombres de produits industriels tels que les chips ou les céréales du petit déjeuner.

Des dégâts écologiques et sociaux considérables

La production intensive de palmier à huile dans de nombreux pays et particulièrement en Asie du Sud-Est a été soutenue voire dopée par le FMI et la Banque Mondiale et a donné lieu à de massifs investissements étrangers. Pourtant les dégâts provoqués par ces cultures sont considérables et ont été dénoncés par de nombreuses ONG ces dernières années.

  • Destruction de forêts primaires, de tourbières et perte de biodiversité,
  • Pollution des sols par épandages d’engrais, de pesticides et de fongicides,
  • Emissions de CO2 liées aux brûlis régulièrement pratiqués,
  • Pollutions et consommation d’eau des huileries,
  • Expropriation des populations indigènes : territoires autochtones coutumiers convertis en plantations de palmier à huile,
  • Substitution des cultures locales que les populations sont obligées d’importer.

Une autre huile de palme est-elle possible ?

Green Palm

RSPO : une Green palm qui n’en est pas une ?

Dès les années 90, des journalistes alertent sur l’extension de la culture du palmier à l’huile et les dégâts causés par la déforestation et l’utilisation massive de pesticides. Le groupe suisse Migros, allié au WWF, cherche alors à développer une production d’huile de palme durable. Ils définissent une série de critères qui serviront de base au lancement de la Roundtable on Sustainable Palm Oil (RSPO) fondée en 2004 par le WWF, Migros et cinq autres membres. Cette association de droit suisse compte parmi ses membres de grandes entreprises de toute la chaîne agro-alimentaire, des plantations jusqu’aux courtiers en denrées alimentaires, dont Cargill et ADM, deux géants de l’agro-business, ainsi que Cadbury’s, Nestlé et Tesco. Ensemble, ils représentent 40% de la production et de l’utilisation planétaire d’huile de palme.

La création de cette table ronde visait à lutter contre la déforestation par le développement de plantations de palmiers à huile sur des zones non boisées et non utilisées et créer ainsi une filière d’huile de palme durable pour approvisionner l’Europe.

Les 39 critères établis souhaitent garantir une traçabilité du produit et certifier qu’il provient de plantations qui rétribuent équitablement leur personnel, interdisent le travail des enfants et respectent l’environnement. Le brûlis et l’assèchement de tourbières sont interdits. Les droits fonciers des petits paysans locaux doivent être consignés par écrit et la faune sauvage protégée.

Alors que les premières livraisons d’huile de palme durable certifiée "Green Palm" datent de 2008, elle ne représente aujourd’hui que 5% de la production globale. Par ailleurs plusieurs ONG, dont Greenpeace ou les Amis de la Terre apportent de sévères critiques aux critères adoptés ou à leur application. Ainsi, La RSPO n’interdit pas l’utilisation de certains pesticides réputés dangereux et ne prévoit pas la protection des forêts secondaires. D’une façon générale c’est l’organisation même de la RSPO peu ouverte aux ONG et aux peuples indigènes et l’absence de transparence de son fonctionnement qui sont en cause.

Huile de palme et bio sont-ils compatibles ?

Les produits bio ne font pas exception à l’incroyable succès de l’huile de palme et rares sont les transformateurs bio qui ont échappé à ses sirènes. Spontanément on peut s’interroger sur la présence de ce composant tant décrié et si étroitement associé à l’industrie agroalimentaire de masse. Pour répondre aux interrogations que ne manquent donc pas de soulever cet usage, producteurs, distributeurs et certificateurs de produits bio, argumentent que l’huile de palme bio est originaire d’une filière colombienne contrôlée et engagée contre la déforestation et dont les exploitations plus petites seraient gérées plus humainement.

En effet, l’huile de palme bio consommée en France et en Europe provient principalement de Colombie, un pays qui s’est, par ailleurs, lancé dans une production massive d’huile de palme destinée aux agro-carburants. Importée en France par la société Brochenin, elle est produite par le groupe Daabon, firme colombienne fondée par la famille Davila de la région de Santa Marta, certifiée notamment par Ecocert. Daabon est aussi membre fondateur de la RSPO.

Ces certifications garantissent a priori certaines vertus écologiques et sociales de ces plantations et sont à même de rassurer transformateurs, distributeurs et consommateurs. Sauf qu'en Colombie des plaintes s’élèvent pour dénoncer des pratiques environnementales mais surtout sociales indignes dans les exploitations concernées. Des ONG interpellent notamment sur les expropriations violentes qui auraient précédées la mise en place de cultures de palmiers. Du côté des certificateurs qui sont allés sur place, on répond que les parcelles bio ne sont pas concernées par ces dérives.

Les questions restent donc en suspend. Si tant est que le caractère biologique puisse être garanti, le consommateur occidental peut-il se satisfaire de consommer un produit biologique produit dans la violence ? Est-il en effet possible de garantir le respect des droits humains dans une région peu réputée pour sa stabilité politique ? Est-il cohérent d’intégrer dans des produits bio une matière première importée dont la production massive met en péril les équilibres écologiques et sociaux ?

Le cas de l’huile de palme illustre ainsi parfaitement la question de la cohérence globale de certifications biologiques qui n’incluent pas de critères sociaux, humains et environnementaux suffisamment ambitieux. L’utilisation de cet aliment pose la sérieuse question de la compatibilité du bio avec des pratiques agro-industrielles orientées vers une logique de pression sur les prix au détriment de la qualité et du respect de l’ensemble des acteurs d’une filière.

Pour les alternatives, suite au prochain numéro …

Pour en savoir plus :

eco-SAPIENS 24/05/10
Photo: Pure palm oil - production from rural Jukwa village, Ghana (FlickR/oneVillage Initiative)
Facebook Twitter
0 évaluation
Voir les commentaires
pas de commentaires
Inscription | Connexion

X

Pour ne rien rater de notre actualité,
inscrivez-vous à notre newsletter !

Derniers produits consultés
Dernières infos consultées
Partager :
  • envoyer à un ami
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Google
  • Viadeo
Follow Me on Pinterest

Publicité
Cadeau de noël écolo et éthique

Radio Ethic et eco-sapiens
écouter