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Comme il est dur au cuir d'être écologique
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Comme il est dur au cuir d'être écologique

D'origine animale et parfois issu du braconnage, le cuir peut-il être éthique ? Avec tous ses métaux lourds, le tannage peut-il être écologique ? Et avec tous ses "artisans" des pays du Sud, l'industrie du cuir est-elle équitable ?

La confection des cuirs et peaux est une activité ancienne et universelle. La modernisation des productions, depuis la Révolution industrielle, est à l'origine de véritables usines là où de petits ateliers répondaient à des commandes de faible ampleur.

christing-0- Fes Flickr

Ne dérogeant pas aux règles de la biophysique, les tanneries deviennent rapidement sources de nuisances environnementales, notamment olfactives – ce sont d'ailleurs les odeurs pestilentielles, avant les questions liées aux rejets, qui font la réputation de ces industries. Petit à petit, le monde occidental délocalise les productions vers le Sud pour s'affranchir de coûteuses et lourdes dispositions de mises aux normes environnementales... et bénéficier du même coup d'une plus grande liberté d'entreprendre (entendez par là moins de contraintes sociales).

A l'heure où l’Occident prend péniblement conscience que tout est lié, se posent alors d'autres questions: quel impact de l'élevage sur la biosphère ? Quel avenir pour les espèces au bord de l'extinction ? La question du bien-être animal, trop souvent caricaturé, reste le parent pauvre de nos sociétés, ou rien d’autre ne prévaut que l’Homme et son confort. Pourtant, au milieu d'une industrie gigantesque prédominant le marché mondial, l'activité artisanale perdure encore, malgré tout.

Réduire les coûts, quoi qu’il en coûte

magnusfranklin tannerie sauvage Flickr

Il n'existe plus -ou peu- de tanneries près de chez vous. Savez-vous pourquoi ? Parce que cette industrie est extrêmement polluante. Pour autant, les magasins ne désemplissent pas de produits à base de cuirs et peaux (vêtements, mobilier, sellerie...). Alors d'où proviennent ces marchandises ? Du Tiers-Monde bien sûr !

La tannerie serait-elle devenue écologiquement vertueuse dans les pays du Sud ? Pensez donc...

Nos industriels philanthropes, toujours guidés par la maximisation des profits, ont délocalisé la production vers les pays pauvres afin d'éviter les mises aux normes exigées par les législations des pays industrialisés.

Résultat ? Une main-d'œuvre bon marché et docile - c'est tout l'avantage de faire travailler les enfants -, sans les coûteux travaux pour préserver l'environnement ! Ingénieux, non ? Certes, on développe le chômage au Nord, on pollue et on exploite au Sud. Peu importe, tant qu'y a de l'argent à se faire, beaucoup, et tout de suite...

Produire, quoi qu’il en coûte

Mais revenons à nos moutons, bœufs, lézards et compagnie. Pour faire du cuir, il faut des animaux... L'élevage, principale source d'approvisionnement, est responsable de déforestations massives aux quatre coins du monde (voir l'article sur le bois).

Sur des territoires peu boisés, comme l'Australie, on pourrait penser l’impact moindre. En réalité, l'érosion des sols due au piétinement des troupeaux aboutit à la désertification des terres. Ici comme ailleurs, pourquoi résoudre un problème alors qu'il suffit de le déplacer ? Est nommé responsable du désastre écologique le kangourou, qu'on peut alors massacrer sans remords. Et une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, l'industrie du cuir fait encore coup double: non seulement l'élevage est maintenu, mais en plus le kangourou fournit un très bon cuir ! Pensez-y quand vous achèterez des chaussures de foot aux 3 bandes.

L'autre source d'approvisionnement est la « chasse» : on estime à environ 30% le cuir exotique issu du braconnage. Les espèces menacées d'extinction sont immortalisées en sacs à main ou en chaussures. Quant au bien-être animal, on atteint des sommets puisque beaucoup d'espèces sont, pour conserver la souplesse du cuir, écorchées vives. Délicatesse et raffinement...

Après le cuir, le déluge

Jess and Collin tannerie Flickr

Dernier volet environnemental de l'encombrant dossier "cuirs et peaux": l'usage des produits chimiques et leurs rejets. Pour transformer les peaux, une quantité importante de produits chimiques est mise en œuvre: chrome, formaldéhyde, acide sulfurique, cyanure, plomb, composés organiques volatils, etc. Liste non exhaustive de produits hautement toxiques qui, si leurs utilisations et rejets font l'objet de précautions et de surveillances en France (les activités de traitements des cuirs et peaux sont contrôlées par l'inspection des installations classées), il en est tout autrement dans les pays du Sud...

Le plus souvent, le personnel ne dispose d'aucun équipement de protection individuel pourtant indispensable tels que masques, lunettes et gants de protection. Bienvenue dans le monde des œdèmes pulmonaires, brûlures, saturnisme et autres petites incommodités du tanneur...
Côté rejets, le cas de la Tunisie semble symptomatique de la réalité de l'activité dans les pays du Sud: si les contrôles existent, les limites fixées ne sont que rarement respectées.

Une étude récente montre que dans les principales usines de tannage du pays, seules un quart d'entre elles séparent les déchets dangereux des déchets non dangereux et donc rejetés dans la nature. Et en cas d'accident, 9 fois sur 10 rien n'est prévu. Fort heureusement, la Méditerranée est là pour nous diluer tout ça !

Sauvegarder une production écologique, quoi qu’il en coûte

i am indisposed tannerie Flickr

La tannerie "bio" existe mais le procédé est long et coûteux. Extrêmement confidentiel jusqu'à présent, il reste "artisanal".

Un cuir certifié biologique doit répondre à des contraintes précises : la peau est traitée par un processus ancestral, qui fit ses preuves dans les civilisations égyptienne et chinoise. Le tannage végétal, d'une durée minimale de deux ans, utilise des matériaux astringents naturels différents selon le lieu comme la noix de galle ou des écorces. Un procédé respectueux de l'environnement, dont les résidus sont entièrement biodégradables. Des savoir-faire vertueux certes, mais tellement anecdotiques !

Le cuir n'échappe pas, loin s'en faut, aux travers de la consommation de masse : dans une société où l'on veut tout, tout de suite et à bon prix, on en oublierait presque que derrière une veste, des chaussures ou une ceinture, il y a des hommes, des conditions de vie, des écosystèmes. Dans le cas présent, ajoutons des animaux, des modes d'élevage, de chasse, la maltraitance, des espèces rares.

Alors le cuir nous est-il indispensable ? Assurément non, comme une grande partie de ce qui se retrouve presque à notre insu dans nos paniers. En limitant les achats de ces produits, nous contribuons à préserver la santé et l'environnement au Sud, nous freinons l'érosion de la biodiversité, nous arrêtons de cautionner l'esclavage moderne. En serions-nous incapables ?

dossier écrit par Anne-Laure Dubois pour eco-sapiens

eco-SAPIENS 19/01/10
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Commentaires
Correct jms37 28/01/10
Cuir ou plastique ?
On peut avoir une ceinture en coton, mais pour les chaussures, comment choisir entre les polymères de l'industrie pétrolière et le cuir ?
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