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Le quinoa: bio et équitable?

Le quinoa: bio et équitable?

Produit phare du commerce bio et équitable, le quinoa a le vent en poupe. Il est depuis quelques dizaines d'années massivement exporté de Bolivie, principal pays producteur. Mais la demande croissante pourrait mettre en péril le fragile équilibre économique et environnemental des hauts plateaux andins.

Présentation

champ de quinoa

Le quinoa, ou Chenopodium quinoa, est une plante herbacée annuelle de la famille des Chénopodiacées. Considéré comme une pseudo-céréale, il est en réalité plus proche du légume, de la même famille que les épinards et les betteraves.

C'est bien joli tous ces noms scientifiques, mais à quoi ça ressemble? Vous en avez sûrement déjà vu, d'autant que le quinoa connaît depuis une vingtaine d'années un succès grandissant. Il s'agit d'un tout petit grain rond entouré d'un germe blanc (il existe aussi du quinoa sauvage de couleur rouge) connu pour ses qualités nutritionnelles remarquables.

Histoire

fleur de quinoa

Le quinoa est cultivé depuis des millénaires – plus de 5000 ans - sur les hauts plateaux andins, pour son exceptionnelle résistance aux contraintes environnementales, notamment au gel (plus de 200 jours de gelée par an) et à la sécheresse.

Il est aussi nommé « riz des Incas » ou « chisiya mama », qui signifie en quechua « graine mère ». Cela illustre bien son importance au sein des civilisations pré-colombiennes. Il constituait avec le haricot, la pomme de terre et le maïs la base de l'alimentation des Incas, mais contrairement à ces derniers, il n'a pas séduit les conquérants espagnols qui en remplacèrent la culture au profit de celle du blé et de l’orge.

Dans les années 1970, les Occidentaux en quête d'une alimentation plus saine découvrent la petite graine. Grâce à ses qualités nutritionnelles et son goût elle conquiert peu à peu l'Europe et l'Amérique du Nord. La France en est même devenue le premier consommateur européen.

La demande croissante, la perspective d'un marché juteux et la difficulté d'adapter une production à grande échelle aux hauts plateaux escarpés de Bolivie poussent d'autres contrées à se lancer dans la culture du quinoa. Elle s'étend aujourd'hui aux milieux très divers du littoral Pacifique, de l'Altiplano central ou des vallées subtropicales des Andes, ainsi qu'à près de cinquante pays dans le monde.

Les effets de la production massive en Bolivie

S'il constitue un formidable espoir pour les populations locales des zones de production, notamment dans le sud-est de la Bolivie, l'engouement pour le quinoa n'est pas sans laisser planer d'importants risques au-dessus de leurs têtes.

effets économiques et sociaux

plateaux andins pour la culture du quinoa

La grande distribution a flairé dans le quinoa un marché juteux et en a empli ses rayons bio et équitable. L'effet sur la production est considérable: la Bolivie a vu ses exportations exploser (elles sont passées selon l’organisme bolivien Ceprobol de 2 300 à 7 640 tonnes entre 2003 et 2006).

La part de la production destinée à l'exportation est vendue à de grosses organisations comme Anapqui - une organisation paysanne nationale tournée vers le commerce équitable - ou Jatary - une usine franco-bolivienne liée à Carrefour, pratiquant également le commerce équitable, qui impose la jachère mais subventionne l'achat de tracteurs.

Certes le boom du quinoa permet aux cultivateurs et leurs familles de subsister; il limite l'exode rural des populations extrêmement pauvres de l'Altiplano bolivien mais il n'est pas sans contrepartie.

La demande croissante tire le prix du quinoa non labellisé « commerce équitable » vers le bas. Pire, certaines filières dites équitables adoptent un comportement plus mercantile que solidaire, à plus forte raison depuis que les requins de la grande distribution sont entrés dans la bataille.

Autre revers de cette belle médaille, un vent d'individualisme et de conflits sociaux s'est instillé au sein de la population locale, fragilisant leur administration pluriséculaire en organisations paysannes.

effets environnementaux

les lamas chassés par le quinoa

Traditionnellement, l'agrosystème de l'Altiplano était régi par les mantas: les cultures, dont celle du quinoa, étaient cantonnées aux côteaux épargnés par le gel. Elles étaient fertilisées par le fumier produit par les troupeaux de lamas qui occupaient la puna - la grande plaine couverte d'une prairie naturelle que forme l'Altiplano à 4000 mètres d'altitude. La fertilité des sols était renforcée par l'assolement triennal géré par la communauté.

Pour suffire à la croissance exponentielle de la demande, beaucoup de producteurs renoncent à ces méthodes, bouleversant ainsi l'équilibre environnemental.
Le quinoa a envahi la puna, accessible aux tracteurs et plus spacieuse, reléguant les lamas sur une portion congrue de la plaine. Les rotations des cultures ne sont plus respectées et les tracteurs creusent trop profondément les sols, favorisant le développement des insectes.

Les conséquences sont lourdes: la fertilité des parcelles s'amenuise, l'engrais naturel produit par les lamas ne suffit plus et les cultivateurs recourent à des engrais.

Faut-il continuer à acheter du quinoa ?
La question est posée : en consommateurs responsables, il importe de ne pas gâcher l’impact éminemment positif – le fait est suffisamment rare pour le souligner - du développement d’une culture, qui bénéficie à une société traditionnelle andine et à l’écosystème qui l’accueille, pour peu que soient maintenus la structure sociale paysanne et le mode de production originels.

Si c’est là notre but, une seule solution : tournons le dos à la grande distribution, qui n’a cure du bien-être des paysans et des terres de l’Altiplano.
Choisissons des échoppes qui aspirent à vendre sans se compromettre vis-à-vis de la dignité des peuples, de leur identité, de leurs cultures, de la nature.

Anne-Laure DUBOIS

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Crédits photos: fleur de quinoa par net_efekt, Plantation de quinoa par Columbus GV, Lamas par SURF&ROCK (Miguel Navaza), Cultivateur bolivien par Arthur Chapman

eco-SAPIENS 09/04/09
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Commentaires
Bien lory 20/04/09
quinoa

bonjour,

c'est un article interessant, un problème que je me posais pas, mais c'est réellement un souci.

D'un coté on veux aider le commerce équitable, et de l'autre si on achète trop, on risque de rencontrer ce type de probleme.J'aime le quinoa.Peut-être une solution serait de vendre que les grains et pas les produits dérivé (flocons, lait, ex..).Mais je suis étonnée qu'il y a autant de demande, car ça reste un aliment particulier.

une question est: est-ce que à 4000 m. on peut cultiver bcp d'autres choses? Il me semble que c'est une espace enorme à cultiver, mais c'est clair que si on reste dans le bio, ce n'est pas possible avoir du quinoa pour le monde entier!Et les culivateurs malheureusement se laisse aveugler par l'argent, et ne respect plus leur propre mode de vie et de cultiver.

Que faire?aider cette population à mantenir une agriculture bio , les mettre en garde des danger d'une agriculture trop poussée?Vendre (acheter)moins de quinoa?

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