
La mode éthique est née pour créer une alternative à la mode « conventionnelle » qui pose de nombreux problèmes aussi bien d'un point de vue social qu'environnemental. Scandale des enfants au travail, des conditions de fabrications proche de l'esclavage, des matières premières utilisées fortement polluantes et consommatrices d'eau.
Face à ces questions, des hommes et des femmes ont décidé de créer des collections de vêtements fabriquées dans des conditions dignes et avec des textiles les moins polluants possibles. Ils ont créé et inventé de nouveaux circuits et nouvelles manières de faire à toutes les étapes de la fabrication d'un vêtement. C'est pourquoi sous le terme de mode éthique on peut retrouver une large palette de pratiques. Mais commençons par refaire ce chemin de nos vêtements, en espérons qu'il ne fasse pas 60 000 km comme les jeans classiques avant de se retrouver sur nos fesses.
Réutiliser ou recycler évite la production de nouvelles matières premières et limite la quantité de déchets. De nombreux créateurs se sont lancés ces dernières années dans la réalisation d'objets originaux , dans le domaine de la bagagerie notamment.
On trouve ainsi des sacs confectionnés à base de chambres à air usagé comme Cyclus. Nahui Ollin utilise quant à lui une technique mexicaine pour réutiliser les emballages non utilisé de bonbons, les plier, les tresser et les coudre. Equité se sert de sacs de nourriture pour poisson (ils sont très coloré au Cambodge).
On peut aussi récupérer des bâches publicitaires, les traiter, les découper et en faire des sacs et des besaces, très tendances comme Reversible ou Bilum ! On peut trouver également des matériaux techniques comme le kevlar ou le dacron issus des voiles de bateau pour fabriquer des cabas, des sacs marins ou des sacs de plage comme le propose Sous le Vent.
Il existe également des créateurs qui utilisent des jeans usagés, des chutes de tissus ou de cuir récupéré par des CAT.
Le coton est l'une des cultures la plus polluantes du monde : 3% des surfaces cultivées sur la terre mais 25% des pesticides rependus sur la planète. Choisir du coton bio, du lin bio ou du chanvre c'est participer à la bonne santé des sols, des nappes phréatiques et des ouvriers agricoles qui y travaillent.
De nombreuses marques de vêtements utilisent du coton bio, le plus souvent labélisé EKO, par Skal (hollandais) ou IMO (Suisse) ou encore Ecocert (Français), IVN Nature (Allemand) ou la Soil Association (Anglaise) réunis au sein du GOTS. En 2007 la production de coton bio s'est élevée à 150 000T soit moins de 1% de la production mondiale.
Le coton bio d'Inde est l'un des plus prisés : on le retrouve dans les marques suivantes : Article 23 (qui dispose également du label Max Havelaar), Gossypium, Idéo, Kamakala, Kolam, La Piste, NKI, Numanu label of love, Patatrac, Seyes, Les fées de Bengale, Machja, Living Crafts, Ethos, Côté nature bio, Lila l'a fait, Peau éthique ou Poulpiche.
D'autres pays produisent du coton bio comme le Pérou : Pachama et Mandacaru, le Brésil Tudo Bom ?, Envão ou encore la Turquie : Jaël à des ailes, Leela coton et SobOsibio.
Le lin bio est également une matière intéressante, qui peut être produit en France (en Normandie notamment). Côté Nature bio l'utilise dans ces créations tout comme Ecolution en complément du chanvre.
Le chanvre a l'immense avantage d'être une culture résistante et ne nécessite pas l'utilisation de pesticide : Jaël à des ailes, Pure, Sativa, Hempage, ou Ecolution l'utilisent pour leur collections.
Pour avoir plus chaud en hiver notamment, on utilise de la laine, de l'Alpaga notamment comme Andes made et Ethos en provenance de l'altiplano bolivien et valorisant un savoir faire traditionnel.
Notons aussi d'autres matières, comme le bambou ou la fibre de bois des sous vêtements de g=9,8. Pour plus d'information se reporter au dossier la lingerie se met à nu.
C'est une étape importante, durant laquelle sera notamment donné de la couleur aux textiles. Selon les colorants utilisés et les conditions de traitement des eaux usées cette étape de fabrication peut causer de graves problèmes environnementaux. Les métaux lourds utilisés dans les teintures peuvent se retrouver dans les sols. Quant à ceux qui restent sur les vêtements, ils peuvent, par transpiration, passer dans le corps. Le label hollandais Öko-tex certifie qu'il n'y a pas de risque de passage de métaux lourd du textile vers le corps.
Pour réduire les coûts du transport et leur impact sur l'environnement, beaucoup de filature sont proches des lieux de productions des matières premières. Ainsi beaucoup de marques utilisent des textiles ennoblis en Inde et en Turquie.
Toutes les marques éthiques se sont engagées à travailler avec des structures qui respectent les normes de l'OIT (l'Organisation Internationale du Travail). C'est un minimum lorsque l'on veut éviter le travail des enfants et les sweat shop (ateliers de la sueur). Si ce contrôle est assez aisé en Europe, ça l'est moins lorsque la production se passe en Asie.
Qu'elles sont les entorses les plus souvent détectées aux normes de l'OIT ? La non limite des heures de travail, le paiement des heures supplémentaires, la non présence de salaire minimum et surtout le harcèlement physique et morale, sans parler des conditions d'hygiène.
Les marques de la mode éthique souhaitent donc aller plus loin que ces normes. Certaines travaillent avec des personnes en grande difficulté, en réinsertion en Inde par exemple. D'autres mettent en place des dispositifs de sécurité sociale éventuellement des aides en nature pour le transport et le déjeuners.
L'IFAT (International Federation for Alternative Trade) est un organisme référent qui labélise et garantie des conditions de travail décente en respectant les principes suivant :
Les marques People Tree, Naskigo, Kolam, Kamakala, Article 23 et Machja confectionne leurs vêtements dans des entreprises membre de l'IFAT.
Certaines marques souhaitent particulièrement valoriser des savoirs faire traditionnel : Moyi Ekolo et le cuir de Romans en France, Dialog et les techniques de pliage asiatique pour la confection de ces sacs ou encore la vie devant soie. Ce sont des actions nécessaires face à une certaine uniformisation du monde.
Enamore confectionne en Angleterre, NKI au Québec, Pololo en Allemagne. Tous contribuent à maintenir des emplois dans leur pays.
La très fantasque Mariane Faithful elle aussi ne jure plus que par la mode éthique proposant de se remettre à la couture et se faire ces vêtements avec la nappe ou les rideaux du salon.
De manière plus générale de plus en plus de stylistes, jeunes (comme Ginger Sisters) ou expérimentés (Catherine de Machja) n'envisage plus de faire produire leur création dans de mauvaises conditions sociales et environnementales. Ils apportent leur savoir faire pour que plus personne ne puissent dire que la mode éthique se limite aux panchos et bonnets péruviens.
Notons également que des graphistes originaux utilisent des supports éthiques pour leur créations : on pense à Laspid qui utilisent des t-shirts Ideo et Quat'rues qui travaille avec Switcher.
Certaines marques sont créées sous forme de coopérative (SCOP) dans lesquelles les salariés détiennent majoritairement le capital de leur entreprise : Ideo et Côté Nature Bio.
Certaines reversent 1% du chiffre d'affaires à des associations de défenses de l'environnement comme c'est le cas de Reversible, d'Envão et du Kakapo, via l'association 1% for Planet créée par Patagonia.
Enfin, notons la démarche exemplaire des membres du Transparent Trade, qui ouvrent et publient l'ensemble de leur compte sur le site : www.transparent-trade.org. Pour Azimuts, Côté Nature Bio, La Queue du chat et Pachama', c'est la seule manière de participer à un commerce équitable et de sortir des labellisations parfois critiqués.
Nous n'avons pas de doutes que malgré la complexité de labéliser toutes la filière de fabrication des vêtements, toutes ces créations et initiatives vous donneront envie de vous habiller autrement !