
Deux prix Nobel d'économie, Amartya Sen et Joseph Stiglitz, ont accepté de présider une commission voulue par le président français afin d'établir de nouveaux indicateurs.
Comme nous le rappelions dans notre dossier sur la décroissance, il est évident que la croissance (variation du Produit Intérieur Brut) ne peut pas refléter le bien-être. La commission pour la "libération de la croissance", également voulue par le président français, n'avait pourtant absolument abordé cette question. La croissance était bonne "en soi".
La critique de cet indicateur est fort ancienne. Aussi d'autres indicateurs ont été proposés et c'est notamment l'indice de développement humain (IDH) qui sert à "classer" les nations (pays développés, en voie de développement). Au moment où l'omerta sur la croissance n'est plus tenable, il faudrait également s'interroger sur la pertinence de ce critère de substitution. En effet, l'IDH est calculé à partir du PIB !
En France, des penseurs comme Dominique Méda, Jean Gadrey ou Patrick Viveret ont vivement critiqué cette "religion de la croissance". Bien d'autres indicateurs ont été créés, en prenant en compte les inégalités, l'accès à l'éducation, l'accès aux soins: BIP 40, Indicateur de progrès véritable, indice de pauvreté...
Mais peut-on mesurer le bien-être ? Peut-on quantifier ce qui est qualitatif ? Des critères prétendument universels ne sont-ils pas plutôt le reflet d'aspirations subjectives, teintées d'ethno-centisme?
Il est certain que "richesse" n'a pas la même signification d'une culture à une autre. Si nous l'assimilons à la richesse "du compte en banque", nous perdons l'essentiel de ce qui fait la richesse d'une vie.
Et si le bonheur pouvait se mesurer en taux de consommation d'antidépresseurs, de somnifères, le classement établi serait bien bousculé.
Aussi, sachant que le modèle de développement des pays occidentaux n'est pas soutenable, un critère idéal devrait leur attribuer de bien mauvaises notes...
Mais il n'y a pas que la croissance à repenser. Le terme de pouvoir d'achat laisse à croire que l'essentiel est de pouvoir acheter. De même que croissance de quoi ? on peut répondre pour acheter quoi ?.
Si l'on peut acheter plus de produits jetables, polluantes, dangereux pour la santé, nécéssitant l'exploitation d'enfants à l'autre bout du monde, faut-il vraiment défendre le pouvoir d'achat ?
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