
Depuis 1922, enfants et adultes de La Oroya, au Pérou - village minier dans les Andes péruviennes, où se trouve une fonderie de plusieurs métaux - sont exposés aux émissions et rejets toxiques de l'usine. La Oroya se trouve dans la liste de la Loi péruvienne pour un Air Propre concernant les villages péruviens où l'on trouve des niveaux critiques de pollution de l'air. Mais l'initiative de nettoyage et de réduction de cette pollution a été retardée pour les 35.000 habitants de cette région. La fonderie, dont le propriétaire est actuellement la Doe Tun Corporation, basée au Missouri, est à l'origine des taux dangereux de plomb présents dans le sang des enfants.
D'après les études menées en 1999 par le Directeur Général de la Santé environnementale au Pérou, le taux de plomb dans le sang dépasse largement les limites acceptables pour 99% des enfants qui vivent à et autour de La Oroya. L'empoisonnement au plomb est connu pour ses effets particulièrement néfastes sur le développement mental des enfants. Une enquête réalisée en 1999 par le Ministère péruvien de la Santé révèle que les taux de plomb dans le sang des enfants locaux sont dangereusement élevés : la moyenne de 33,6 µg/dL pour les enfants de 6 mois à 10 ans représente le triple de la limite fixée par l'OMS, qui est de 10 µg/dL. Les neurologues des hôpitaux locaux ajoutent que même les nouveau-nés présentent des taux de plomb élevés, dont ils ont hérités lorsqu'ils étaient encore dans le ventre de leur mère. Les taux anormalement élevés de décès prématurés sont liés aux gaz nocifs émis par la fonderie. Les maladies pulmonaires sont fréquentes.
Les concentrations de dioxyde de soufre sont également dix fois plus élevées que les limites fixées de l'OMS. La végétation de la région a été détruite par les pluies acides liées aux émissions de dioxyde de soufre. Aucune étude de l'évolution de cette contamination du sol n'a été faite jusqu'à présent, et aucun plan pour son nettoyage n'a été mis en place.
De nombreuses études ont été menées pour évaluer les niveaux et les origines du plomb qui arrive encore maintenant à La Oroya. Des tests limités ont montré l'existence d'une pollution au plomb, à l'arsenic et au cadmium dans le village.
La Doe Run Corporation affirme qu'un plan de gestion de l'environnement a été développé pour la fonderie encore en fonction. En revanche, l'entreprise a demandé au gouvernement en 2004 une extension de quatre ans pour le plan de gestion environnementale de l'usine. Plusieurs ONG font actuellement pression sur l'entreprise et le gouvernement pour qu'ils accélèrent le développement de stratégies efficaces pour trouver un accord au sujet du site et pour qu'ils prennent en charge les soins des habitants malades. Quelques échantillons ont été prélevés et quelques tests ont été effectués dans les communautés locales et dans les régions autour de l'usine pour déterminer les niveaux de pollution.
En réponse à la présence de La Oroya parmi les 10 sites les plus pollués au monde en 2006, Doe Run a adressé le 2 mai 2007 une lettre au Blacksmith Institute, à l'origine de ce classement, dans laquelle l'entreprise expliquait que l'usine avait diminué ses émissions toxiques et que l'entreprise avait investi près de 1 million de dollars par an dans un programme en coopération avec le Ministère péruvien de la Santé dont le but est de réduire les taux de plomb dans le sang des habitants de la région. Doe Run explique que cela a représenté un investissement important dans les systèmes de contrôle des émissions, les usines de traitement de l'eau et les vestiaires des usines. L'entreprise assure qu'elle a également participé à des programmes d'amélioration de la santé de la population et qu'elle a rendu plus publique ses efforts pour l'environnement. Elle affirme que les niveaux d'émission ont chuté depuis ces programmes pour la santé, et que des investissements ont été effectués dans de nouvelles technologies.
On attend toujours les sanctions contre Doe Run, particulièrement pour les émissions de dioxyde de soufre que l'entreprise devait réduire cette année. Doe Run investit également dans le développement de la communauté et dans la réduction de la pauvreté en soutenant divers programmes de formation professionnelle. Doe Run est l'acteur principal de l'économie locale et a donc la possibilité de contrôler le niveau de vie de la population.
Le Conseil National de l'Environnement du gouvernement a approuvé le 10 août 2007 la mise en place prochaine d'un Plan de Prévision des états d'alerte. Son but est de limiter l'exposition des populations concernées à l'aide d'alertes rouges qui les invitent à rester chez eux en cas de haute toxicité de la qualité de l'air et si les conditions climatiques accentuent la pollution. Le maire de La Oroya explique que le programme d'alerte fonctionnera tant que Doe Run n'aura pas pris en charge des mesures importantes de réduction de la pollution. Si ce plan de prévision avait déjà été mis en place, l'état d'urgence aurait concerné pas moins de 183 jours cette année.