Blog des eco-SAPIENS
Ethique = Cohérence

Quelqu’un a-t-il compris la campagne « Tous candidats»  ?

Je vous assure que la question est sincère. Elle l’est d’autant plus que mon respect, ma sympathie et mon enthousiasme pour le mouvement Colibris est fort comme un roc !

Pour ceux qui auraient raté le train, je tente un bref résumé.

Il existe un homme ô combien précieux qui s’appelle Pierre Rabhi. Quiconque assiste à une de ses conférences ou dévore un de ces livres en sort, s’il est normalement constitué et si la société moderne n’a pas trop gâté ce qui lui reste d’humanité, conséquemment bouleversé. Ce vieux bonhomme a un parcours et une philosophie qui font du bien. Tous simplement. Il respire bonté, sincérité et humanisme. C’est un sage. Cela devient rare.

Objecteur de croissance, paysan agro-écologiste, propagateur de « l’insurrection des consciences« , Pierre Rabhi est aussi le fondateur du Mouvement pour la Terre et l’Humanisme dont le but est de partager l’agro-écologie.

Il est aussi l’initiateur du mouvement Colibris, dénommé ainsi en l’honneur de la fable qu’on n’ose plus raconter de peur de paraître tartignolle. Je vous la fais brève parce qu’elle est chouette quand même.

Un incendie dans la forêt. Tous les animaux paniquent. Mais un colibri prend quelques gouttes d’eau dans son bec qu’il jette sur les flammes. Alors aux animaux bouffons et rigolards qui lui demandent ce qu’il fait, le chétif volatile répond : « je fais ma part« .

C’est la fameuse part du colibri. Que l’on peut aussi traduire en termes plus universitaires « simplicité volontaire» . Id est, « déjà change toi toi-même avant de changer le monde« .

Variante gandhienne : l’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre les autres, c’est le seul.

Variante kantienne (amputée d’un bras !) : comporte toi comme tu voudrais que les autres se comportent.

Variante christique (clouée au pilori) : aimez-vous les uns les autres.

J’avoue être d’une ignorance crasse en éthique orientale mais je parie qu’on doit trouver des préceptes voisins chez Confucius, Boudha, Zarathoustra, Kim-Jung-Il ou Lao Tseu.

Le mouvement Colibris est l’orginsation fonctionnelle pour provoquer l’» insurrection des consciences» , c’est à dire aider les gens qui souhaitent se réapproprier leur destin, écologique, social et riche de sens, à se relier et à retrouver l’envie d’agir.

Bref, des gens biens qui changent le monde dans le bon sens et pacifiquement avec la patience et la détermination d’un colibri.

Le petit oiseau va sortir !

Il y a quelques mois, le mouvement a lancé une campagne de communication interpellant tous les Français à se déclarer candidat ! Oui oui à se déclarer candidat. Tous candidat en 2012. Alors bien entendu c’est symbolique. Personne ne va aller à la chasse aux 500 signatures.

D’abord j’ai trouvé l’idée amusante. Plutôt que d’être des millions d’électeurs, nous allons pouvoir renverser les rôles et devenir des millions d’élus.

Puis j’ai cherché dans la FAQ relative à cette campagne, qui consiste à envoyer son affiche électorale sous forme de portrait noir et blanc, quel était au fait l’objectif.

Et la seule réponse concrète que j’ai fini par épouiller est :

« L’objectif de la campagne est de nous faire prendre conscience que nous sommes beaucoup plus nombreux que ce que nous pensons à vouloir ces changements» .

Bigre !

Cela me rappelle un certain pacte lancé il y a à peine un quinquennat. Je veux bien entendu parler du pacte écologique initié par Nicolas Hulot à la précédente élection présidentielle. Ce pacte visait aussi in fine à « compter les troupes« .

C’est donc la grosse interrogation des dernières années. Avant de passer à l’attaque, assurons-nous que nous avons assez de divisions.

Plus que le Vatican ? Voire.

Vous n’êtes pas sans savoir que chaque année, les doctes études sociologiques révèlent que nous sommes 20% de créatifs culturels, cette espèce de masse protéiforme qui peine à prendre conscience de son unité et de son poids.

D’ailleurs si vous voulez savoir si vous en êtes… faites donc ce test chez l’ami Yves Michel.

Voilà voilà, on compte les troupes et on le fait le plus fun possible. Au temps de la gloire médiatique de Nicolas Hulot, on interpellait les politiques en leur demandant de signer le pacte (je le sais ! je les ai vus faire à Marseille !).

Revers de la médaille, ce ne fut qu’une promesse qui n’engage comme on sait, que ceux qui les formulent. Certains accusent l’ex animateur d’avoir paradoxalement liquidé l’écologie de la scène politique.

Désormais, on n’interpelle plus le politique. On ne compte plus que sur les anonymes, les sans-voix, les indignés, les desperados, les colibris de tous nos registres communaux. Avec l’espoir ineffable que si nous sommes suffisamment nombreux à nous tirer le portrait, les politiques ne pourront plus l’ignorer.

C’est une tactique qui est à la fois rassurante et cohérente.

Mais… est-elle efficace ?

J’avoue être mitigé. Je rappelle souvent que la majorité des Français sont contre les OGM mais que ce n’est pas cela qui fait de la France un pays sans OGM. C’est bien la détermination des faucheurs qui a bloqué le processus dans l’Hexagone.

Et, dernièrement, nous avons appris à nos dépends que même un référendum pouvait ne pas être entendu et simplement blackboulé quelques mois après.

Mais je suis fair-play: je soutiens la campagne et en fouillant, on verra même que j’ai envoyé ma binette dans les premiers !

Mais quand la nuit vient, voilà que j’embarque avec Paul Watson. Me voici en train de faire les derniers réglages sur l’un des drones que s’est procuré Sea Shepherd. Plus pratique pour détecter les baleiniers illicites.

Et, hajduk des temps modernes, me voici face aux embruns, prêt à harponner les navires d’un capitaine Achab spéculant sur le cours du sushi…

Alors qui est le plus lourd ? 30 millions de piafs ou une bonne grosse baleine de la famille qui dit « c’est assez»  ?

Verdict en 2012…

c’est à dire maintenant.


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Ecrit par Baptiste le 13 janvier 2012 :: Classé dans Débat,Les autres...,Un peu sur nous
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Les deux dernières propagandes qui m’ont amusé

Je lis toujours le journal La Décroissance tout simplement parce que c’est provocateur. D’ailleurs, le dernier numéro propose comme action du mois « refuser le consensus« . Evidemment, ce genre d’impératif, dans nos sociétés policées, n’est pas très consensuel.

Dans le dernier numéro, un certain Christophe Catsaros, rapporte de Grèce des clichés de panneaux publicitaires vierges avec un commentaire.

Celui-ci figure à l’origine dans la revue d’architecture Archistorm.

« Le blanc des panneaux désaffectés démasque également une imposture: celle qui s’obstine à voir dans la joyeuse anarchie graphique des réclames un indice de liberté. Blancs, les panneaux émergent comme un système centralisé détraqué, une machine totalitaire défectueuse.» 

Belle citation, sur le fond comme sur la forme. Auparavant, quand d’aventure, certaines stations du métropolitain parisien arboraient des panneaux vierges, je ne retenais que la sensation d’apaisement. Je fais partie de ces gens qui sont comme obligés de lire tout ce qui présente à leurs yeux. Avec la publicité dans les lieux publics, on est sans cesse sollicité mais on ne s’en souvient plus. D’une certaine manière, comme la lecture de la Décroissance, cela stimule le cerveau… mais pas les neurones !

Mais voici qu’effectivement, la photo de cette Athènes avec d’immenses rectangles blancs me saisit. Coïncidence, je viens de finir une nouvelle de J.G. Ballard écrite en 1963 et intitulée « L’homme subliminal« . Un type suspecte des panneaux géants et complètements noirs d’influencer de manière subliminale les comportements d’achat des passants. Tout le monde le prend pour un fou jusqu’à ce qu’il aille saboter un de ces panneaux géants. Il y laisse sa vie mais son compère, jusque là sceptique, voit les messages subliminaux injonctant à consommer.

Bref, c’est le même phénomène mais comme inversé. A savoir que la manipulation paraît évidente quand un seul panneau se dérègle

Et je m’imagine seul, arpentant les boulevards d’Athènes, m’interrogeant sur ces étranges surfaces immaculées qui, ôtées de leur contenu, trahissent leur véritable fonction: la propagande !

Je m’imagine aussi à São Paulo, première grande ville à avoir interdit la publicité. Je m’imagine aussi à Forcalquier, où je déambulais il n’y a pas si longtemps et où, effectivement, il me sembla naturel de n’y apercevoir aucune réclame.

Et c’est du coup en reprenant le métropolitain de la capitale que la vérité de cette débauche graphique m’apparaît limpide. Entre deux secousses, je récolte sur un siège un journal dit gratuit. Ou plutôt un « gratuit»  dit journal.

Il est ouvert sur les pages 2 et 3 qui forment une publicité immense que voici.

Je me suis du coup demandé s’il s’agissait vraiment du journal. En voyant ces deux ours dévorer des sandwiches, j’ai repensé à cette propagande, dernière en date, d’un célèbre fast-food ici épinglé. Leur spot promotionnel montre papa ours et fiston ours en train de fêter le bulletin de note du petit en mangeant un BigMac.

Je me suis demandé si ce genre de coïncidence, cette obsession de montrer cet animal, menacé pour l’écologiste, mais aux airs débonnaires pour le marketeur, se repaître d’une nourriture infecte, n’avait pas un sens secret pour nos inconscients collectifs…

Finalement, j’ai réussi, à trouver au milieu des publicités la une du journal gratuit. La voici.

Cette dame, qui annonçait sans rire au moment de la crise, cette devise sibylline si on s’y arrête un peu, à savoir qu’il fallait « financer l’économie« , cette dame retrouve donc le sourire à l’annonce d’un slogan aussi creuse qu’hypothétique. La croissance repart.

En lisant l’article, je crois lire le bulletin météorologique.

« L’environnement international est bon»  [...] « La France bénéficie notamment de l’appel d’air créé par la reprise de la croissance mondiale»  [...] A condition que cette éclaircie soit possible.» 

Etc etc

Croissance croissance croissance.

Je tourne la page et retombe, j’avais oublié, sur les deux ours.

Sens ? Sens ? Sens ?

J’y ai fait une croix dessus.


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Ecrit par Baptiste le 10 février 2011 :: Classé dans Itinéraire,Poïesis,vidéo
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La conférence eco-SAPIENS avec Dominique Bourg et Sébastien Kopp

Comme promis, voici le compte rendu de notre conférence du 3 Décembre autour de la question « Y a-t-il un business model dans la décroissance ?» 

Conférence est un bien grand mot puisque l’idée était bien de profiter de la convivialité et de la simplicité du lieu (l’Equitable Café à Marseille) pour pouvoir discuter décontracté.

Comme cela a duré deux heures, qu’il y a eu environ 30 questions/interventions, il est inconcevable de balancer l’enregistrement tel quel. Voici donc le synopsis.

Développement durable et décroissance

Et si on passait à côté du débat !

le sens bordel !
D’emblée, Dominique Bourg envoie le développement durable aux oubliettes. Non seulement il explique (en s’appuyant sur le rapport de Tim Jackson… on en reparlera) que ce n’est pas possible de découpler croissance économique et prélèvement des ressources, mais il va plus loin encore dans son « apostasie» .

Le Développement Durable aura servi à masquer les questions soulevées par les pionniers de l’écologie qui interrogeaient la notion de croissance. Les 25 années d’essor du DD correspondent au moment où le néolibéralisme s’impose !

Autrement dit, les masques tombent. Le développement durable n’était que de la verdure digérée par le libéralisme. Et on a perdu du temps. Au passage, M Bourg rappelle quelques bases de la littérature décroissante. A savoir que la technologie ne résout pas les problèmes écologiques en raison de deux biais : création de nouveaux besoins donc de nouveaux biens (fuite en avant consumériste) et abaissement du coût de production entraînant une « démocratisation»  des biens (effet rebond).

Il rappelle que des études démontrent que le maximum de bonheur ne correspondent pas au maximum de consommation de biens matériels (ndr: il fallait bien une étude pour ça !)

Sébastien Kopp met lui aussi les pieds dans le plat en disant qu’il avait demandé à changer le titre de la conférence (ce qui est vrai !). Croissance, décroissance, développement durable, on oublie un pilier fondamental, peut-être le seul : celui du sens. Quelle vision, quel projet de société, quelle portée culturelle et artistique ?

Paradoxalement, partant du constat que l’économie a pénétré toutes les sphères du réel, il explique qu’il faut donc créer des entreprises qui ne créent non pas de la richesse ou de la valeur mais qui créent du sens. En espérant que le sens suffira à faire office de marketing…

Je résume cela à la simple question de savoir pourquoi on se lève le matin et si l’on est heureux de se lever ! Etrangement, la recherche de la rentabilité a conduit nombre d’entreprises à trouver des modèles économiques de plus en plus complexes, voire incompréhensibles. D’une certaine manière, on s’éloigne du sens.

Au fond, cette quête obsessionnelle de l’argent démontre justement l’absence de sens. Comme on n’a pas de projet de société, en attendant, chacun cherche à accumuler le plus possible pour le jour où il y aura un projet de société.

Ecouter la partie 1

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Le pouvoir d’achat et le sens d’achat

Dominique Bourg plussoie ces remarques. Il observe que c’est la même désorientation qui sous-tend la notion de principe de précaution (même s’il n’est évidemment pas contre le principe de précaution).

Vision d’horreur : et demain ? la question du sens sera-t-elle encore possible demain ? Il évoque le projet transhumaniste qui vise à affranchir l’homme de toute limite, notamment l’immortalité.

La question du sens est révolutionnaire. C’est la seule qui soit aujourd’hui tabou. C’est pourtant la première que se posent les sociétés traditionnelles.

Sébastien Kopp raconte. Venant de milieux aisés et ayant fait de bonnes études, on ne se pose pas la question si « entreprendre » est facile ou difficile ». On se dit  juste « si ce n’est pas nous qui le faisons, qui le fera ? ». On a fait une boîte pour travailler dedans mais aussi pour pouvoir se procurer la basket dont on rêvait.

Il mentionne les plus-values de la basket Veja (coton bio, agro-écologie, seringueros, payer le caoutchouc au prix qu’il faut pour laisser la forêt en pied).

Après 3 ans, ca marche. Mais on devenait des petits patrons un peu cons… Qu’est-ce qui se passe dans l’entreprise ? On pourrait être en SCOP par exemple. Pour l’instant on a plafonné les écarts de salaires.

Le projet est chouette mais si c’est pour finir patron en 4×4, on rate l’essentiel ! Paradoxalement, la première prime pour la coopérative brésilienne a été dépensée pour avoir des antennes télévisions… alors qu’il manquait tout là-bas ! Mais on ne peut rien dire. Ou alors on tombe dans le neo-colonialisme.

La consommation est un vote ! A pas tant que ça, on peut changer les choses rien que par le choix des achats !

Ecouter la partie 2

Télécharger la partie 2

Contradiction et polémique sur EDF

Je rappelle les 3 modes d’eco-SAPIENS. L’information pour expliquer et convaincre par la raison. Le comparateur de produits pour la facilité d’accès, convaincre par la pulsion. Et enfin, l’entreprise elle-même qui a choisi la cohérence selon l’adage attribué à  Gandhi : « L’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul ». Statut coopératif et La Nef.

Sébastien Kopp évoque en plus le fournisseur d’électricité verte Enercoop dont Veja est sociétaire et client. Mais il s’étonne de voir que ces acteurs exemplaires soient aussi peu connus finalement et que les principaux concernées fassent faux bond. Ainsi Les figures médiatiques de l’écologie pourraient les propulser en y adhérant.

J’évoque mon expérience personnelle où, invité à la Fondation Nicolas Hulot, j’avais expliqué que je relaierai les actions quand la fondation changera de banque pour la Nef (eco-SAPIENS ainsi que ses salariés sont à la Nef)

Ca tombe bien, Dominique Bourg fait partie de la Fondation Nicolas Hulot. Il reconnaît que ce pourrait être un formidable echo. Mais il faut savoir lier les deux : petites initiatives exemplaires d’un côté et grosses machineries un peu inertes de l’autre. Si FNH ne va pas chez Enercoop, c’est parce qu’on reçoit des sous d’EDF. C’est effectivement une contradiction.

A la question posée pour savoir si la fin justife les moyens, Dominique Bourg rappelle que pour gagner en indépendance, il faut avoir beaucoup de dons personnels. Or les attaques climato-sceptiques ont sensiblement fait baisser cette part de don. Comme il travaille aussi avec EDF, il ne veut pas qu’on laisse croire qu’EDF est une entreprise de 150 000 salauds. Le monde n’est pas manichéen. Il faut savoir assumer ses contradictions. Enercoop a au moins le mérite d’inspirer EDF.

Sébastien Kopp répond qu’on a pas vraiment le temps d’attendre qu’EDF change.

Si Enercoop devient « en terme de taille » comme EDF, Enercoop deviendra-t-elle « en terme de valeur » comme EDF ?

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Avalanche de questions

Peut-on réduire l’Amazonie à sa valeur marchande ? Viable est préférable à rentable ?
Les initiatives porteuses de sens progressent mais sont petites. N’est-ce pas la course du vélo contre le TGV ?

Malheureusement, toutes ces belles initiatives ne font pas système.
Voire !

Sempiternelles questions sur les pauvres (au Sud comme au Nord) à qui on ne peut pas demander de faire une fort supplémentaire (l’éco-consommation est souvent plus chère).

Sébastien Kopp: Ceux qui ont la possibilité de le faire ne le font malheureusement pas. On vise les salaires medians. Or ils ont une vraie responsabilité car ils ont la gouvernance financière, intellectuelle et culturelle. Et c’est ceux-là qui ne changent pas !

Ecouter la partie 4

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Salauds de pauvres

Internet va vite et permet de connecter ce fourmillement d’initiatives « sensées» . Il manque certainement une incarnation (politique ? syndicale ?)

On a tellement peur de froisser les gens qu’on ose plus dire en face qu’ils dépensent mal leur argent. L’argent n’a qu’une valeur. Mais ne véhicule plus de valeurs…

Anecdote des salariés Moulinex qui manifestent contre la délocalisation de leur usine alors qu’ils achètent de l’électro-ménager chinois.

Beaucoup d’interventions pour démontrer que le choix par exemple d’une alimentation bio, ne dépend pas vraiment du revenu.

Ecouter la partie 5

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12 questions pour finir

En tout, il y aura eu 30 interventions dans la salle. C’est bien !

Sans pub, comment Veja s’est fait connaître ?

Veja peut continuer à se développer sans croître ?

Le système s’effondre aussi car même physiquement les gens s’effondrent (observateur de la Sécurité sociale)

Quid Enercoop ? Les certificats verts ? Les AMAP ? le statut SCOP

Relation Travail/Consommation

Ecouter la partie 6

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Encore un grand merci à Sébsatien Kopp de Veja, à Dominique Bourg bien sûr, à l’Equitable café pour l’accueil chaleureux (même si on a été privé de fanfare !) et des bises à l’Elephant du poulailler qui assure toujours pour transformer des citrouilles en carrosse.

La bande complète de 1h45min est disponible mais pèse 100 Mo !


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Ecrit par Baptiste le 15 décembre 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...,Participez
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Ipad, Iphone et Imonde…

geek jusqu'au boutMon nom est l’ecolo-geek.

C’est à dire que je suis un écolo, qui mange bio et vis sans voiture dans la ville, qui, selon les dernières études, a une empreinte écologique paradoxalement inférieure à celle de la campagne. Ca s’appelle même l’éco-densité.

Je suis écolo donc.

Mais je suis aussi geek. C’est à dire que je suis né à une époque où mes parents achetaient les premiers micro-ordinateurs. J’ai vu passer l’Amstrad, l’Atari et Windows95. J’ai connu les trafics de CD gravés au lycée qu’alimentait le seul type à avoir un graveur à la maison. Bref, je suis peut-être moins agile des raccourcis claviers que mon petit cousin, mais lui est quasiment devenu autiste car il n’y a rien de pire qu’être adolescent à l’heure des blogs et de facebook…

Je passe 9h par jour devant mon ordinateur. Disons deux tiers pour le travail. Un tiers pour surfer.

J’ai mes habitudes, mes flux RSS bien rangés, mes forums de prédilection, mon compte gmail, bit.ly, twitter, facebook et plein d’autres que je n’exploite pas à fond. Parfois, pour tuer le temps le soir, je vérifie que je n’ai pas reçu de mails importants à minuit…

Atari portableLe seul problème, c’est que je n’ai pas d’Ipad ni d’Iphone. Alors, quand je voyage en train régional express ou attends sur le quai le passage du métropolitain, je me sens en manque. J’ai des secondes disponibles dans les interstices inoccupées de ma vie… et je n’en fais rien. Pas d’écran à lire. Pas de clavier à pianoter. Je suis même, ô suprême vice de la modernité, injoignable.

Alors je me convainc que de toute façon, toute cette camelote électronique n’est en réalité pas du tout écologique. Une part due au fameux effet rebond qui dit que certes, envoyer un message impacte moins aujourd’hui… sauf que nous sommes des milliards à envoyer ces messages virtuels.

On appelle cela la démocratisation.
On peut aussi l’appeler standardisation.

Une autre part due au simple prélèvement des ressources. Energie, eau, minerais.

Je sais que les métaux et terres rares utilisés pour tous ces nouveaux objets si XXIème siècle sont, comme leur nom l’indique, limités. Voire très limités. Plus de platine, plus de palladium, plus d’iridium. Et le coltan qu’on extrait dans le coeur des gorilles congolais.

Alors, quand je vois que tout site écolo, tout blog écolo, tout animalcule écolo est en train de développer son application Iphone, Blackberry, Androïd (ou le prochain qui sortira), je me pose des questions sur ce qui, après développement durable semble être un nouvel oxymore : ecolo-geek.

Autant dire chauffard responsable.

Où fixer la limite ? Bizarrement, aléatoirement, il semble que je l’ai fixée jusqu’aux écrans qui tiennent dans la main. Pourquoi ? Car un écran, c’est aussi un miroir, un reflet de soi-même. Et qu’instinctivement, me regarder continuellement dans un miroir n’est pas de mon acabit…

Peut-être au fond ne suis-je ni écolo ni geek. Mais que suis-je alors ?

J’ai demandé à Google.  15 200 000 résultats.

Walton Ford


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Ecrit par Baptiste le 26 novembre 2010 :: Classé dans Débat,Poïesis,Un peu sur nous
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Y a-t-il un business model dans la décroissance ?

eco-SAPIENS va avoir 3 ans.

Vendredi 3 décembre 2010, nous allons fêter cela. C’est à dire que nous allons d’abord examiner les comptes en présence des sociétaires présents. Puis nous allons voter les trucs sérieux. Puis nous irons au café. Plus exactement à l’équitable café.

Pour tout Marseillais aux nerfs un peu vifs, l’équitable café, juché désormais en haut du Cours Julien, c’est un lieu inexpugnable. On peut y boire une grihette en rentrant du boulot bien sûr. Mais on peut aussi assister aux nombreuses projections, conférences et concerts organisés.

Donc vendredi soir, c’est nous, en quelque sorte, qui sommes à l’honneur. On a donc la grihette, pour sûr. Et on s’est dit qu’on pouvait aborder de front la question que tout le monde actuellement se pose :

Y a-t-il un business model dans la décroissance ?

Forcément comme çà, c’est un peu provocateur. Le business model, c’est un concept de capitalistes qui rappelle bien que peu importe le goût de la soupe que l’on vend, l’essentiel c’est de la vendre. Comment vendre plus de soupes ?

A l’opposé, la décroissance consiste à se demander s’il est bien nécessaire de vendre plus de soupes s’il s’avère qu’elle n’a pas bon goût. Ou qu’elle est toxique. Ou qu’elle fait mourir les poissons. Ou qu’elle asservit des enfants dans la chaîne d’embouteillage…

On en a parlé récemment, le philosophe Dominique Bourg, pape et pionnier du développement durable commence à renier cette chimère. « Trop tard !»  dirait-on. Le monde du business a déjà digéré ce concept pour en troubler le sens originel.

Du coup, le monde alternatif recule dans les tranchées sémantiques. Et se positionne contre le développement durable, le green business et revendique lentement mais sûrement la décroissance.

Le problème avec la décroissance, c’est qu’elle oblige à déconsidérer la notion de rentabilité financière. Alors que cela restait crucial dans le développement durable. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le développement durable pouvait dire à une entreprise qu’elle était utile, pertinente, écologique et sociale mais que, malheureusement, il fallait arrêter car ca ne dégageait pas assez d’argent. « Ca va pas être possible…» 

En quelque sorte, la décroissance dirait qu’il faut quand même le faire et que pour l’argent, il faudrait par exemple songer à dépenser moins pardi ! (comme ca on consomme encore moins)

Surtout, d’un point de vue individuel, nous sommes de plus en plus nombreux à nous poser des questions sur la finalité de cette société de marché. Parfois, j’ai le pressentiment que des écologistes de conviction sont plus à la recherche d’une bonne idée de business model (« ah tiens :  ca n’a pas encore été fait, faut que je me place !» ) qu’à une recherche authentique de qu’ils veulent, savent et peuvent faire.

Or, quand on voit dans quel monde de galères survivent les entrepreneurs éthiques, on en vient à se demander si au final, l’éco-consommation peut faire vivre ses acteurs.

Alors on posera cette question à Dominique Bourg, qui nous fera l’honneur de sa présence. On la posera aussi à Sébastien Kopp des baskets Veja. On la posera à tous ceux qui viendront.

On en viendra, c’est certain, à se demander au fond ce qu’est ce drôle de truc qui nous fait vivre de manière arraisonnée et qui s’appelle… l’argent !


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Ecrit par Baptiste le 17 novembre 2010 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Les autres...,Participez,Un peu sur nous
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Un bon blogueur est un blogueur mort

Longue absence sur le blog eco-sapiens étant donné que nous étions plongés dans une migration périlleuse. En clair, nous avons changé de serveur. Et, croyez-moi, ce n’est jamais une mince affaire que de déplacer sans perte des gigaoctets de données.

Les connaisseurs de western auront remplacé dans ce titre le mot « blogueur»  par « Indien« . Peu importe si l’officier Sheridan a réellement prononcé cette phrase, là-bas les choses se sont faites sans avoir eu besoin d’être explicitées. Aujourd’hui, combien de peuples autochtones et traditionnels restent-ils sur cette planète ?

Hier, j’ai rencontré un homme formidable (et donc quasi-inconnu…) qui s’intéresse de très près au sort de ces communautés aux multiples qualificatifs: Indiens, sauvages, autochtones, traditionnels, tribu etc.

Il a notamment eu un coup de coeur pour une tribu qui est presque tout un symbole. Les Shiwiar qui vivent en Equateur, au Point Zéro, c’est à dire à l’endroit le plus éloigné du front de colonisation. En pleine Amzonie, ne vivant que des ressources de la forêt, perpétuant une culture millénaire fondée sur l’équilibre avec la nature. Mais surtout, une tribu menacée par l’avancée globale des multinationales qui avalent goulûment l’Amazonie : bois, soja, palme et surtout pétrole.

Abstrait ? Manichéen ? Demandez à Texaco où en est le procès… Pendant 30 ans, la compagnie pétrolière a allègrement déversé 70 millions de litres de pétrole dans les rivières.  Et avec les essais sismiques pour repérer les poches de pétrole, les glissements de terrain perforent la canopée comme du gruyère de l’emmental.

En fait, si l’on dressait le catalogue des tribus encore préservées de ce monde on observerait une gradation:

  • ceux qui sont sur le déclin: autrement dit la majorité. Ainsi les voisins des Shiwiar, les Sapara, n’ont pas été épargnés par l’avancée des pétroliers. Ils coupent le bois et délaissent leurs cultures vivrières. Plus connus, les Inuits connaissent l’alcoolisme et un taux de suicide important.
  • ceux qui ont touché le fond et remontent progressivement: c’est notamment le cas des Amérindiens d’Amérique du Nord
  • ceux qui ont « réussi»  à conserver identité en côtoyant la modernité. On peut évoquer les Kunas du Panama
  • ceux dont l’avenir se joue aujourd’hui. Ainsi des Shiwiar (Jivaro) et des Kogi qui ont connu une certaine médiatisation.

Pour réussir une cohabitation fructueuse entre l’Occident et ces multiples tribus, il est indispensable avant tout d’attribuer un territoire à la tribu.  En Australie, ce droit a mis trop longtemps à exister. Ce n’est qu’en 1992, que l’Australie a reconnu rétroactivement que le continent n’avait jamais été terra nullius (territoire sans maître, territoire non cultivé et donc appropriable par le premier qui la cultive. Allez faire comprendre ce concept britannique à des gens qui vivent là depuis des millénaires…)

Ainsi donc, pour sauver les Shiwiar, il faut que l’Equateur leur reconnaisse un territoire. C’est justement l’action de l’association Arutam dont fait partie Jean-Patrick Costa. Pour le moment, grâce aux fonds collectés, les Shiwiar sont effectivement propriétaires de la forêt qui les abrite. Mais cette zone pourrait et doit encore s’agrandir car les oléoducs se rapprochent dangereusement (à peine 50km).

Le point zéro, les Shiwiar, c’est donc tout un symbole. Et si vous ne savez pas à qui donner ces temps-ci, foncez faire un don sur Arutam ou Zéro-Déforestation

Certains croiront, à tort, que je verse dans le mythe du bon sauvage. Or dans ce billet à propos de l’extermination de la mégafaune, je crois ne pas tomber dans l’angélisme. Selon moi, et avec un brin de provocation, l’Africain, l’Amérindien ou l’Aborigène sont aussi barbares que l’homme blanc. Simplement, l’Occidental a gagné. Militairement parlant s’entend. Ce n’est pas une grande preuve d’ingéniosité de sa part. Mais comme il est gagnant et que ce sont les vainqueurs qui écrivent l’Histoire, il a bien fallu qu’il justifie sa domination en se parant des vertus à la mode (droits de l’homme, développement, culture…)

En réalité, au-delà de cette « relativisation des valeurs»  qui n’en est pas une, seule compte à mes yeux la biodiversité appliquée à l’espèce humaine: c’est à dire la diversité culturelle.

OurouborosComme le dit Jean-Patrick Costa : « Nous avons beaucoup à apprendre des Shiwiar« . Non pas qu’il nous faille vivre comme eux. Mais parce que dans leur manière de vivre, ils démontrent qu’un « autrement»  est possible. Et vu l’état de suffocation de l’Occident, tel un Ourobouros aveugle et satisfait de se manger la queue, il serait bon d’examiner toutes les pistes qui nous sortiraient de ce cercle vicieux.

Par exemple le savoir. Malgré des efforts administratifs et laborieux pour promouvoir des apprentissages plus interactifs, le seul savoir légitime reste la présentation marginale. Or, la plupart des tribus ont une méthode pédagogique qui surprendrait bien des inspecteurs d’académie… Avec un savoir horizontal qui se diffuse plus qu’il ne descend au fond du puits.

Il existe d’autres manières de soutenir ces tribus. L’éco-tourisme, sujet controversé, en est une. A ce propos, Jean-Patrick Costa raconte une anecdote à double tranchant.

Il paraît que pour l’émission de TF1, Bienvenue dans ma tribu, on a demandé aux Zaparas de mettre des costumes traditionnels pour faire plus « authentique»  alors qu’en réalité, ils ne portent plus lesdits vêtements. Cela a suscité une vive polémique, certains experts dénonçant un retour aux méthodes des expositions coloniales. S’il est certain que travestir la réalité est inadmissible, on se demande pourquoi il faudrait s’offusquer plus que d’habitude. La télé ne fait que cela: travestir la réalité, faire vrai avec du faux.

Cependant, on peut aussi voir un aspect positif dans ce regain pour nos bons sauvages. D’un seul coup, les autochtones réalisent que leurs coutumes intéressent. Ils cessent, d’une certaine manière, d’être déconsidérés. Cela est d’autant plus vrai concernant le chamanisme où l’on observe une recrudescence de carrières chamanes chez les jeunes parce que cela intéresse l’homme blanc (dommage que celui-ci, 40 après Castaneda, n’en retienne encore que l’aspect psychotrope).

Au fond, c’est la question du rapport à l’autre qui se pose, encore et toujours.

Là où le colon exterminait jadis, là où le missionnaire déculturait ensuite, là où le FMI développe aujourd’hui, il ne reste plus grand chose de ces joyaux humains. Alors anthropologues et associations tentent de rétablir des ponts, en prenant soin à ne pas les transformer en autoroute. Tâche ô combien difficile dans ce monde friand de vitesse.

Il faut donc se faire à l’idée. Muettes, ces tribus sont pourtant encore parmi nous. Certaines ont compris les enjeux. Et ont choisi. Quand je dis « comprendre»  c’est qu’à mon avis il n’y a pas de mot pour décrire ce qui est un mélange de sagesse et d’orgueil. Sagesse à fonder une vie sur l’équilibre et l’harmonie. Orgueil à affirmer leur culture… de peur de tout perdre en la perdant.

Et nous dans tout cà?

Mieux vaut citer le poète.

« Le Grand Jeu est irrémédiable; il ne se joue qu’une fois. Nous voulons le jouer à tous les instants de notre vie. C’est encore à « qui perd gagne ». Car il s’agit de se perdre. Nous voulons gagner. Or, le Grand Jeu est un jeu de hasard, c’est-à-dire d’adresse, ou mieux de « grâce » : la grâce de Dieu, et la grâce des gestes »


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Ecrit par Baptiste le 16 septembre 2010 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Les autres...,Poïesis
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Ambert et contre tous

Après le salon primev800px-Ambert_JPG01ère, je me suis dit : pourquoi ne pas aller voir Ambert ?

Située à mi-chemin entre Saint-Étienne et Clermont-Ferrand, c’est une ville méconnue (bien que sous-préfecture du Puy-de-Dôme) qui doit sa survie consonante à la fourme. La fourme d’Ambert, n’est pas ce disque enveloppé de cellophane que l’on trouve dans les grandes surfaces. C’est un fromage tout en hauteur; la ville a même sa mairie en forme de fourme. Enfin, c’est un hasard…

Mais parlons ferme ! Car si je me suis permis le luxe de franchir le col de la croix de l’homme mort par une tempête de neige nocturne, c’est pour visiter une drôle de ferme.

A cent mètres du centre ville on tombe un terrain où poussent des légumes. Bienvenue à la Poule Rouge, Groupe Agricole situé en plein coeur de la ville. La parcelle d’un peu plus d’un hectare est évidemment en bio. Elle devrait aller au-delà grâce au label Nature et Progrès et pourquoi pas même aller encore plus loin avec une agriculture biodynamique.

Ce sont deux amis qui cultivent avec passion et curiosité ce terrain inédit. Ingénieurs agronomes, ils sont de cette trempe d’ingénieurs qui marche à côté des sentiers battus. Point de recherches en OGM ou en pesticides comme leurs collègues. Un peu comme deux fondateurs eco-sapiens qui auraient délaissé les grandes entreprises de défense nationale…

Donc Florent et Maxime (faisons connaissance et permettons-nous ses familiarités) font de la bio en Auvergne, région agricole s’il en est, pas forcément pionnière en biologique d’ailleurs. Avec une modestie non feinte, la jeunesse bouscule les principes ancestraux des locaux.

Car avouons-le, cette ferme pédagogique est à mi-chemin entre l’expérimentation et la production. D’abord parce qu’elle a aussi une vocation pédagogique: accueil du public, sensibilisation des plus jeunes, poulailler, réalisations de toilettes sèches, d’un puits, d’un composteur etc. Ensuite parce que la première année a commencé trop tard pour eux. Ils n’ont commencé à travailler qu’en mars. Quelques tonnes de pomme de terre et de tomate en ne semant que tardivement, c’est bien mais ce n’est pas encore optimal.

Cela suffit tout de même à faire un repas bio hebdomadaire pour les cantines d’Ambert et alimenter les marchés. Mais ils ne veulent pas vendre leur production au-delà d’un rayon de quelques kilomètres !

Aussi suis-je resté à discuter avec mes vieux amis qui ont osé « le retour à la terre« . Tout ce que j’avais lu sur le jardinage, la botanique, la permaculture, le purin, la lutte biologique contre les maladies, etc.. je me suis empressé de savoir leurs retours pratiques . Bien sûr, ils n’ont pas eu le temps de tout essayer et comme toujours en jardinage, la nature est imprévisible. Les mêmes causes n’entraînent pas les mêmes effets.

Pour Maxime, on sent la passion du semis, du sens presque poétique du labeur. Pour Florent, c’est peut-être plus politique. L’autonomie, l’indépendance semencière, l’impact local. Indéniablement, à l’heure où l’Europe débat de la pomme de terre transgénique proposée par un fabricant de bombes et de zyklon-B (fabricant aussi appelé aussi BASF), la poule rouge fait indéniablement sens.

Il y a ceux qui ont la patate. Et ceux qui se content d’avaler toujours les mêmes couleuvres.

max

La Poule Rouge fait du bio en en plein coeur d’Ambert !
crédit Le Progrès


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Ecrit par Baptiste le 7 mars 2010 :: Classé dans Botaniqus,Itinéraire,Les autres...
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Home, homme, O.M.

Veldorome vu du cielContrainte du jour: un billet qui relie 3 homonymes qu’a priori rien ne rassemble.

Seconde contrainte du jour: donner un avis sur The Film dont la pr(h)omo est aussi pachydermique qu’une épopée homérique. Un avis qui ne tombera pas dans trois écueils à savoir:

  1. Charybde: Film super avec de belles images. En plus c’est gratuit, mondial et ca peut éveiller les consciences. Si tout le monde prend conscience de la beauté et de la fragilité de la Terre, l’avenir sera plus vivable.
  2. Scyla: Film moraliste et hypocrite vu que les trois eco-tartuffes, passionnés jadis de Dakar, Taxi et Gucci, ont brûlé des tonnes d’essence pour leur hélico.
  3. Latium (le lieu commun…): dépassons la querelle des vrais et faux écolos. Si ce film permet à certains de prendre conscience et changer de comportement, c’est déjà un bon signal.

Ces sempiternels débats ne sont pas forcément inintéressants puisqu’ils posent perpétuellement deux questions au coeur de l’éthique:

  1. La fin justifie-t-elle les moyens ?
  2. Qu’est-ce qu’un « méchant»  ?

A vrai dire, la deuxième question m’est réapparue récemment en ré-écoutant un vieux cours de Deleuze sur Spinoza. Comme cela, ca fait très pompeux… mais l’affirmation de Deleuze est vérifiable concrètement tous les jours: « le mal n’est rien !« . Autrement dit, le méchant n’est pas forcément le malheureux. Et réciproquement.

Pourquoi je parle des « méchants»  ? Mais parce qu’on n’en voit aucun dans Home. Ils vivent cachés. Et donc, comme le dit l’adage, ils vivent heureux !

La semaine dernière, en visionnant Let’s Make Money, j’étais content de voir des méchants. Des méchants heureux certes, mais heureux à leur manière. Genre, dans une tour d’Ivoire de Singapour, avec une montre en ivoire…

Le problème des méchants, c’est que quand on en tient un, celui-ci dit impertubablement: « je ne suis pas coupable, je ne suis pas responsable. C’est le système qui est ainsi fait.» 

La responsabilité est reportée en haut (les ultra-riches qui tiennent les manettes) ou en-bas (le vulgus pecum qui achète et consomme tout ce qui passe). Mais on sent bien, qu’en réalité, cette responsabilité est diluée. Diluée parmi les 6 milliards d’êtres humains que nous sommes.
Un milliardième de responsabilité, autant dire qu’on est pas coupable, n’est-ce pas.

Et pourtant…

Et pourtant il va bien falloir en trouver des méchants. Non pas pour les pendre, mais tout simplement pour comprendre.
Car soyons clairs, ce ne sont pas les sponsors du film qui vont changer au point de métamorphoser ce monde en joli papillon vert… Faudrait être sacrément naïf.

Non pas que ces sponsors soient vicieux, mais simplement car ils sont le reflet et le moteur d’un système qui lui est vicieux. Pour qu’une structure change, il faut que le système dans lequel elle s’inscrit change radicalement de paradigme. Pragmatiquement, il va falloir cesser de vouloir faire plus de chiffre d’affaire, plus de croissance, plus de bénéfices. Et je ne crois pas que le système économique actuel soit franchement pour !

Pour ceux à qui il faut mâcher les choses: il n’y a pas de capitalisme vert, pas de capitalisme durable, pas de croissance verte, pas de libéralisme vertueux…

Mais voilà que nous avons oublié la première question, qui est aussi l’équation inscrite en haut à droite de ce blog !
Réparons ce fâcheux oubli illico-hélico en disant que tout ceci est bien délicat à estimer.
Si l’on sent bien qu’il est difficile de prôner la non-violence par la violence, on peut par contre vraisemblablement admettre qu’on peut défendre l’écologie même en polluant.

D’un point de vue technique, on se moque un peu de la pollution exacte, au gramme de carbone près, qu’a générée le film. De même qu’on se fiche un peu que tout ceci ait été compensé. Sauf bien sûr pour ceux qui croient encore qu’on peut être neutre en carbone…

D’un point de vue symbolique, on se voit mal jouer au « plus écolo que moi tu peux pas !« . C’est une histoire de poutre et de paille vieille de 2000 ans.

Personnellement, mon seul espoir pour ce film, c’est qu’il contribue à sa manière, à conforter cette idée importante que oui, nous allons droit dans le mur. On sait jamais, il y en reste certainement qui ne sont pas au courant.

Le gros bémol étant de séparer le risque environnemental de ses racines qui sont elles économiques et idéologiques.

Et la première contrainte ?

Et bien je crois que ce film aurait du s’appeler non pas Home (la maison, eko en grec, eco) mais « homme»  (sapiens ?).
Et que nous quitterons Charybde et Scyla pour gravir enfin l’Olympe de Marseille !

Mouarf !


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Ecrit par Baptiste le 5 juin 2009 :: Classé dans Débat,Les autres...,vidéo
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Wild Project

maison d'édition wild project
Amis lecteurs et amoureux du livre voici une nouvelle maison d’éditions fort ingénieuse.

Deux livres seulement pour l’instant mais quels titres pour déflorer les librairies !

Abordant la question écologique sous l’angle de la philosophie, les deux ouvrages, publiés il y a à peine une semaine, permettent de revenir à la racine de l’écologie.

C’est donc tout logiquement qu’Arne Næss, créateur de l’écologie profonde, nous confie dans des entretiens variés ce qu’a été sa longue vie. Mort il y a quelques mois, ce Norvégien aussi amoureux des fjords que du désert californien a vu sa pensée largement mutilée.

Dîtes écologie profonde… et l’on croira que vous êtes misanthrope, malthusien et adepte du retour aux cavernes. Laissons ces caricatures aux éternels aliborons de la gouaille médiatique…
En le parcourant, on a parfois l’impression de lire du Thoreau, ce génial américain lui aussi inventeur du formidable concept de désobéissance civile.

A croire que la solitude (mais n’exagérons rien… leurs solitudes n’étaient pas celles d’un ermite d’Epinal !) forge un style.

L’autre livre édité, c’est tout simplement un monument.

Difficile d’en parler puisque je ne l’a pas encore lu… Sachez juste que Silent Spring (Printemps silencieux) de Rachel Carson, peut être considéré comme la première pierre de l’écologie philosophique d’aujourd’hui. Inconnue en France, elle a eu un succès retentissant aux Etats-Unis en 1962. C’est la première alerte sérieuse et scientifique sur la menace que font peser les pesticides sur l’environnement, notamment le DDT.

Mais c’est surtout un véritable best-seller outre-Atlantique ! Près de 3 millions de ventes. Elu plusieurs fois parmi les meilleurs livres des comités américains (qui valent ce que ce ca vaut…).

Aujourd’hui le MDRGF, association française en croisade contre les pesticides, est assigné en justice pour avoir révélé que notre raisin de table sur les étals est bourré de pesticides. Même des interdits. Même des autorisés… mais avec des doses bien trop importantes.

Bref, 50 ans plus tard… les enjeux changent peu. Mais les lobby, eux, ont pris du galon.


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Ecrit par Baptiste le 4 juin 2009 :: Classé dans Les autres...,Poïesis
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Luxe, équitable et volupté

nespresso_clooney_2« Fiat lux ! »

C’est par ces deux mots que Dieu créé le monde.

« C’est du luxe ! »

C’est par ces mots que l’on disqualifie un excès, un orgueil ou tout simplement une pulsion idiote…

Ainsi peut-on s’interroger sur cette double nature, à la fois étincelante et aveuglante du luxe.

Paradoxe génialement résumé par Icare qui meurt en se brûlant d’avoir approché le soleil.

Questions : le luxe peut-il être équitable ? Le luxe peut-il être durable ?

A la première question, la réponse est trop simple. Le luxe est à l’opposé de l’équitable à moins de restreindre l’équitable à cette image qui lui colle encore trop à la peau, à savoir une œuvre de charité.
L’industrie du luxe, c’est la parade imbécile pour se distinguer en prouvant qu’on peut tout avoir. Alors qu’ils n’ont rien puisqu’ils n’ont que de l’argent.
Mais si on s’intéresse au sens originel du mot « équitable », à savoir un rapport d’égal à égal, on voit bien que le luxe, ne pouvant pas être partagé, nécessite un rapport de force inégalitaire.

Il faut en quelque sorte replacer l’industrie du luxe dans le système économique actuel. Il serait captieux de rapprocher cette forme de luxe des potlatchs ou des dépenses fastueuses organisées dans l’Histoire (Gilles de Rais par exemple). Car l’industrie du luxe n’est aucunement dans le don. Elle étoffe plus qu’elle ne dénude et ne recèle par conséquent aucun prestige symbolique.

L’industrie du luxe, n’est juste qu’une gouttelette qui condense toutes les dérives du système économique d’aujourd’hui. A savoir, éviter la question de l’origine insolente de notre richesse matérielle. Et compatir avec les opprimés pour se bercer dans l’illusion que nous sommes charitables et que décidément, oui, nous méritons bien cette illusoire opulence.

A la seconde question, il faut avouer que la réponse est plus délicate. Le luxe d’aujourd’hui est souvent le low cost de demain. Surtout pour la consommation matérielle. Il suffit de voir qu’avant Ford, une voiture, c’est un luxe. Un camescope en 1980 c’est un luxe. Etc.
C’est d’ailleurs le refuge le plus sécurisé pour le marketing que de miser sur le désir permanent de la distinction par l’objet. Si nous considérons un exemple récent de ce marketing, la cafetière nespresso, on sait bien que tout cela n’est pas vendu à un prix recouvrant une quelconque réalité matérielle. Ceux qui souhaitent goûter au luxe de ressembler un instant à Mr Clooney ne sont pas bêtes au point de croire vraiment que tout ceci est si technologiquement sophistiqué qu’il faille effectivement y mettre le prix. En payant le café 75 € le kilo…

Ils mettent le prix pour dire « je suis du happy few ». Et les autres entendent pourtant « ils sont sadly many »…

Ainsi en est-il des différents exposants que l’on pourra rencontrer dans ces salons aux intitulés qui mêlent, de manière faussement provocatrice, les termes de luxes et de durable.

Le problème est que dans le monde du luxe, « rien n’est trop beau ». On peut donc faire toutes les concessions que l’on veut. On retrouve bien la seconde étymologie, à savoir l’excès, la démesure. En général, le luxe assume bien sa schizophrénie : ça n’a pas de prix (ca ne sert à rien) et donc, c’est cher. Aussi le luxe se prend-il pour l’art… Mais le luxe est plutôt à l’exacte croisée du mercantilisme dans l’art et du désir de distinction dans un monde homogénéisée par la techno-industrie.

Nul doute que les artistes qui coudoient ce genre de manifestation sont déjà condamnés.

Aujourd’hui, le vrai luxe, c’est de savoir être sobre. Et de battre la mesure…

nabaztag

PS: On trouve même des Nabaztag de luxe à ce salon ! Oups !


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Ecrit par Baptiste le 14 mai 2009 :: Classé dans Débat
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