Blog des eco-SAPIENS
Ethique = Cohérence

L’obsolescence programmée est un mythe

… selon certains experts bien informés.

Non mais, sans rire, je vous invite à lire cette interviou sur le journal Le Figaro.

On va quand même pas faire du bashing ?

C’est nul et pas très constructif le bashing ? Gratuit, mesquin et bileux n’est-ce pas ?

Allez, j’ai bien réfléchi…

On va faire du bashing.

Chapeau:

Pour l’économiste Alexandre Delaigue, les industriels ne planifient pas la dégradation anticipée de leurs produits, comme le suggère Eva Joly en proposant de mettre un terme à cette pratique.

Donc pour parler de l’obsolescence programmée, on invite un économiste qui évidemment n’aborde le problème technique que sous l’angle économique. Pour lui, la technique est une immanence, c’est à dire quelque chose qui n’est pas soumis aux aléas des hommes. Autrement dit, les ingénieurs ne peuvent pas être mesquins, lâches ou soumis. Ils exécutent et tout est mécaniquement pur. C’est le fameux mythe de la science neutre.

Rappelons que l’obsolescence programmée est cette stratégie économique qui engage des entreprises à créer des objets sciemment moins performants que ce qu’ils pourraient être avec les connaissances actuelles. Arte avait diffusé un documentaire montrant comment l’on sait très bien fabriquer des ampoules à incandescence increvables. Mais comme elles sont inusables, les consommateurs n’en achètent plus au bout d’un moment. D’où l’idée de les rendre moins durables. Et les Shadocks pompaient…

Un mot sur l’expert. Alexandre Delaigue anime le blog econoclaste qui, comme son nom l’indique, vise à briser les mythes économiques. Alors normalement, j’ai pas mal de sympathie car il est certain que c’est bien l’économie qui est un mythe (étymologiquement parlant, une parole créatrice). Pas l’obsolescence programmée.

Donc avant de commencer, je confesse que je suis déçu de voir la pauvreté argumentaire d’un économiste qui se prétend iconoclaste. En fait, on a un point de vue on ne peut plus conformiste. On crie à la théorie du complot, on demande des preuves et quand on en amène, on fait comme si ca n’existait pas.

Eva Joly a trouvé le bouc émissaire idéal pour expliquer l’avènement de la société de consommation: l’obsolescence programmée. Elle a proposé mercredi soir sur Public Sénat d’interdire cette pratique qui suppose que les industriels mettent en œuvre sciemment des mécanismes de dégradation de leurs produits pour accroître leurs ventes. Problème, personne n’a jamais pu prouver la véracité de ce phénomène, estime Alexandre Delaigue, professeur d’économie à Saint-Cyr et créateur du site Econoclaste. Pour lui, les industriels n’en retireraient de toute façon aucun bénéfice.

LE FIGARO.FR: Comment expliquer le succès de la théorie de l’obsolescence programmée?

Alexandre Delaigue : C’est l’agacement éprouvé par les clients devant la dégradation d’un produit qu’ils ont acheté qui les pousse à penser, par dépit, que la panne n’est pas le fruit du hasard mais d’un calcul des industriels. Cette idée est renforcée par la sensation très commune que cette situation est nouvelle et que les biens étaient plus durables «avant». Il y a là un biais de perception: parmi les vieux équipements, on ne remarque que ceux qui fonctionnent encore. On oublie tous ceux qui ont fini à la décharge. Une étude récente a montré que la durée de vie des appareils électroménager n’avait en réalité quasiment pas évolué entre les années 80 et aujourd’hui.

Tiens donc une étude sur le sujet ? Ah oui, l’article… du Figaro en fait. Un autre article sur l’obsolescence programmée à la gloire du Gifam (Groupement interprofessionnels des fabricants d’électroménagers) qui n’avait à se mettre sous la main non pas une étude mais… un sondage. 2 000 questionnaires. Faudrait savoir. Soit on fait confiance aux utilisateurs, soit on ne les consulte pas puisque ceux-ci ont un biais de perception.

Une étude, cela aurait été de regarder disons le taux d’appareils à la casse en fonction de leur date d’achat. Ou le taux de retour pour panne en fonction de la première date d’utilisation. Appeler sondage une étude, voilà un glissement sémantique qui ne fait pas peur à notre éconoclaste.

Mais les industriels n’auraient-ils pas intérêt à fabriquer des produits fragiles pour entretenir la demande?
Cette stratégie n’a aucun sens sur le plan économique. Pour prendre un exemple caricatural, il vaut mieux, en terme de marge, vendre 50 euros une paire de chaussettes qui dure un an que 50 paires à deux euros qui vont se trouer au bout d’une semaine. Si tous les industriels ne font pas ce choix, c’est parce que la durée de vie n’est qu’une qualité parmi d’autres. Les machines à laver ont intégré des composants électroniques et des moteurs plus complexes pour économiser de l’électricité et de l’eau. Or l’électronique a une influence néfaste sur la fiabilité. Cette situation n’est pas le fait d’une préméditation sournoise mais de la recherche d’un compromis entre le prix, l’efficacité et la durabilité. L’obsolescence programmée est une (sic) mythe.

Alors là j’ai du mal à croire que l’on puisse être économiste et sortir un pseudo-calcul ras les chaussettes. Car pour calculer une marge, il faut avoir un prix de vente… mais il faut aussi définir un coût de production. Donc essayez de faire le calcul, il vous manque une donnée essentielle. Supposons que fabriquer une chaussette durable me coûte 25 euros. Ma marge est de 25 euros. Supposons que fabriquer une chaussette jetable me coute 1 €, ma marge sur l’année (52 semaines) sera de 52 euros. Merci l’économiste !

On voit pourtant dans un documentaire diffusé sur Arte l’été dernier, Prêt à jeter , l’exemple d’un compteur d’imprimante qui bloque le fonctionnement de l’appareil au bout d’un certain nombre d’impressions…
C’est un exemple très curieux. Ces fabricants ont basé leur business model sur des cartouches très chères et des imprimantes vendues presque à perte. Ils ont tout intérêt à ce que vous gardiez votre appareil le plus longtemps possible pour que vous continuiez à acheter leurs cartouches. Je pense que les ingénieurs avaient besoin d’un compteur pour une raison quelconque et que son blocage n’est qu’un vice de conception involontaire. Il faut bien comprendre qu’ils n’auraient absolument rien à y gagner. Ils prendraient au contraire le risque que, déçu, vous vous tourniez vers la concurrence.

« L’obsolescence programmée est un mythe.»  Et quand on lui exhibe un exemple, voilà que ce compteur d’imprimante devient curieux. Est-ce que les économistes font de la psychologie ? Ah non, ils font des calculs troués avec des chaussettes trouées. Parce qu’ils apprendraient qu’en psychologie, il existe un fameux dilemme, celui du piège abscons (Merci au traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens). En résumé, quand vous avez engagé une dépense, quand vous avez choisi une stratégie, vous êtes éternellement confronté à la question du retour en arrière pour changer de stratégie… au risque de perdre l’investissement de départ.

Je pense faire partie des millions d’utilisateurs d’imprimantes qui se sont posé la question de racheter une imprimante (puisque effectivement elles sont déraisonnablement bon marché) étant donné que la dernière vide entièrement une cartouche par feuille imprimée… Donc oui, on est déçu et on se tourne vers la concurrence. Et l’on a la même déception. Allons plus loin dans la théorie du complot… Et si tous les fabricants d’imprimante s’étaient entendus pour fabriquer des appareils avec les mêmes pièges technologiques ? Il existe aujourd’hui 5 grandes marques d’imprimantes (HP, Canon, Lexmark, Brother et Epson).

Un oligopole, comme dans le secteur de la téléphonie où ma foi, on sait bien qu’il n’y a jamais eu d’ententes sur les prix et les forfaits…

Les consommateurs sont-ils justement assez informés de la durabilité des produits qu’ils achètent pour faire un choix éclairé?
Il n’est pas forcément facile de savoir à l’achat si un produit est conçu ou non pour durer. Mais les contrats de garanties permettent aux constructeurs de faire la promotion de leur fiabilité. C’est un outil de marketing puissant. Les produits à longue durée de vie existent d’ailleurs mais les consommateurs préfèrent souvent se tourner vers leurs équivalents bon marché quitte à en changer plus régulièrement. Les gens disent vouloir des biens durables mais, dans les faits, force est de constater qu’ils aiment bien le changement.

C’est bien mal connaître les gens ! Les gens détestent se prendre la tête avant de choisir, ils craignent de ne pas avoir toutes les billes pour choisir le bon produit. Le moindre appareil existe avec des quinzaines d’options déclinables entre elles. Les gens ne changent que pour remplacer ou bénéficier d’une fonction qu’ils n’avaient pas dans le précédent appareil. Faut vraiment être maso pour croire que des gens changent de machine à laver quand elle marche…

La seule obsolescence programmée tacite et tolérée, c’est la mode. Mais c’est un autre débat.

Comment pourrait-on contraindre les industriels à fabriquer des produits plus durables comme le souhaite Eva Joly?
Il faudrait passer par des garanties obligatoires. Ce n’est pas impossible mais cela aurait un prix. Tous les biens de consommation seraient infiniment plus chers.

D’abord merci pour l’aveu.

En fin de compte, l’économiste reconnaît que les industriels pourraient fabriquer des produits plus durables mais qu’ils ne le font pas. Ou en tout cas, ce ne serait qu’une question de prix. Un prix infini (!) certes mais cela est possible. A l’époque de la télévision noir et blanc, on était capable d’envoyer des hommes sur la Lune, mais aujourd’hui, cela coûterait ‘achement plus cher de faire des objets robustes. Pardon pour la  réflexion de comptoir mais je me demande bien comment on a réussi à nous faire croire que c’était compliqué et onéreux de fabriquer un automatisme qui ne casse pas au bout de 30 cycles. Insidieusement, on essaie de nous faire croire que la durabilité est un luxe !

Et imposer des produits que l’on peut réparer facilement?
Penser un produit pour qu’il soit réparable a aussi un coût. D’autre part, la réparation elle-même est un artisanat et la main d’œuvre coûte cher. Les entreprises sont déjà obligées de vendre très cher les pièces de remplacement pour amortir leur coût élevé de fabrication. Sur le plan strictement économique, réparer n’est pas toujours la meilleure solution.

Merci pour la conclusion qui fait s’effondrer en une seconde tout l’argumentaire précédent.

Oui, sur le plan strictement économique (qui est quand même le plan qui intéresse au plus haut point une entreprise…) réparer n’est pas toujours la meilleure solution. Une entreprise économiquement rationnelle se doit donc de faire des appareils difficilement réparables et pas forcément durables. Certes, il faut savoir distiller ces défauts à bon escient au risque de voir apparaître un concurrent qui proposerait des produits durables et réparables et capterait toute la clientèle. Mais regardons le monde industriel en face.

Il n’y a que des oligopoles et peu de contraintes législatives. Donc aujourd’hui la programmation de l’obsolescence est la stratégie la plus cohérente. On trouvera toujours des contre exemples (téléphones Nokia mais ca va pas fort pour eux en ce moment… en partie pour cette raison de durabilité).

Mais la récente Free-mania permet au moins de mettre en lumière cette évidence. Les industriels qui détiennent un secteur n’aiment pas trop quand on marche sur leurs plates-bandes. Et donc la stratégie est simple. Dégrader les objets pour assurer le business. S’entendre avec la concurrence pour se partager ce business.

L’obsolescence programmée existe. Je l’ai rencontrée.


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Ecrit par Baptiste le 27 janvier 2012 :: Classé dans Ad Hominem,Débat
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The unthinkable became obvious overnight

Duo Brassens Einstein : Fête de la Science ?

« En l’espace d’une nuit, l’impensable devenait l’évidence.» 

Après André Gorz, quoi de plus naturel que d’évoquer Ivan Illich. La Convivialité a vieilli car le ton est catastrophiste et noir au possible. On peut même lui reprocher de dépeindre la société avec un parti pris négatif injustifié.

Mais paradoxalement, La Convivialité n’a pas pris une ride ! En relisant les pages sur la chute de Wall Street, en pleine agitation d’Indignés, on se surprend à se dire que le grand soir (ou plutôt la petite nuit… et surtout le petit matin !) sont à portée.

Entendons-nous bien ! Plus personne ne croit au Grand Soir. Le Grand Soir, c’est la version eschatologique des idéalistes. Être idéaliste pourquoi pas ! Mais croire à la possibilité d’un achèvement, c’est navrant de naïveté.

Même Nicolas Hulot parle de grande mutation. C’est à dire de mouvement.

Bref, d’accord avec Illich que les renversement de situation passent du domaine de l’impensable à celui de l’évidence… après coup. Mais une nuit n’y suffira pas !

Titre anglais ou français...

Quoiqu’il en soit, sa dénonciation de notre course effrénée au mieux-être touche juste. Nous nous écartons sensiblement du bien-être par cette fuite en avant qui, d’ailleurs, confond mieux et plus.

Cela m’a rappelé ce calcul d’un lecteur du journal La Décroissance. Il observait que l’avion solaire Solar Impulse, le prototype de l’explorateur Bertrand Piccard, avait relié Bruxelles à Paris en 16 heures et 5 minutes. Soit une vitesse moyenne de 16 km/h.

Autant y aller en vélo…

Le sarcasme est facile et on m’opposera à raison que la science progresse aussi avec ce genre de fantaisie. D’ailleurs c’est la Fête de la Science ces jours-ci.

Mais de quelle Science parle-t-on ?

Le décalage est bien là. Si l’on s’évertue à vouloir rendre festive la science, c’est bien parce qu’elle ne promet plus des jours meilleurs.

Ah si ! On peaufine les gadgets pour entretenir notre besoin de besoins artificiels (je me demande d’ailleurs si ce besoin de besoins n’a pas lui même été créé…).

Un autre explorateur de l'absurde

Ah si ! On développe à tout va des bases de données pour câbler intelligemment le monde. Télé, ordinateur, smartphone, chaine hi-fi, interrupteur, ouverture de porte, etc. Tout doit avoir un numéro unique pour répertorier, faire des statistiques et étudier les interactions. Le cheptel humain suivra aussi mais d’une certaine manière, téléphone portable et passeport devraient fusionner.

Ah si, enfin ! Il faut fêter la Science qui va nous permettre de détecter, mesurer et évaluer in fine la nocivité des différentes émissions. Sans la science, pas de nouveaux matériaux plus sains et plus écologiques pour remplacer les vieux plastiques avec BPA, les crèmes gorgées de phtalates (phthalates en anglais), les poêles en Téflon, etc.

Bien sûr, le bois, le verre et l’inox suffisent. Bien sûr de l’huile végétale et un peu d’huile essentielle font l’affaire. Et bien sûr on pourrait cuisiner à la fonte et avec un peu d’huile d’olive…

Mais il faut faire bien faire de la Science. Parce que la Science n’est plus possible sans croissance et études marketing. Et que la croissance n’est plus possible sans innovation et obsolescence programmée.

Rassurons-nous, l’actualité nous montre que la Science décomplexée existe encore. Au CERN par exemple, où la découverte probable de particules contredisent le grand Einstein, en se permettant des excès de vitesse. Plus rapide que la lumière. Un siècle de théorie prête à s’éffondrer.

« En l’espace d’une nuit, l’impensable devenait l’évidence.« 


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Ecrit par Baptiste le 14 octobre 2011 :: Classé dans Ad Hominem,Débat,Itinéraire
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Publication du scenario NegaWatt : la guerre des prospectives énergétiques est lancée

En routeAprès 14 mois d’études, d’états de l’art des technologies et de savants calculs… l’association NegaWatt a partagé le 29 septembre son scénario 2011, applaudi par une salle comble de plus de 500 personnes.

Exercice le plus solide et abouti à ce jour, ce scenario s’inscrit dans la guerre des prospectives énergétiques 2050, lancé sur fonds d’enjeux industriels et électoraux, de crise économique et climatique.

Suivront -au minimum- les prospectives des Verts, du Parti Socialiste, de la Commission BESSON « Energie 2050 », et bien entendu, des visions futures divergentes de la France.

Confronté à ces buzz médiatiques, comment naviguer dans toutes ces paroles assurées d’experts ?

Pour réduire vos chances d’enfumage, je vous propose 5 questions basiques à se poser la prochaine fois qu’un expert vous assènera un message.

Ces 5 questions pratiques seront alors illustrées dans deux cas pratiques.

  1. Qui porte le message : à quel milieu appartient cette personne, qui dit-elle représenter, qui la nomme, et qui la paie ?
  2. Précise-t-elle des sources ? sont-elles vérifiables et crédibles ?
  3. Quelle idéologie sous-tend son propos ?
  4. Interpelle-t-elle mon libre arbitre, mes désirs ou mes peurs ?
  5. Qu’est-ce que cela signifie pour mes enfants ?

Le 22 septembre, la Une du Figaro annonçait que la sortie du nucléaire couterait 750 Milliards d’Euros à la France.

  1. Le messager : M. Bernard BIGOT, ancien Directeur du CEA (Commissariat à l’Energie Atomique), nomme par N. Sarkozy en 2009 administrateur général du Commissariat à l’énergie Atomique (CEA), et par décret administrateur d’AREVA NC
  2. Sources : un calcul de coin de table, rapportant le coût annoncé en Allemagne (250 Mds d’Euros) au nombre de réacteurs en France
  3. Idéologie sous-jacente : sortir du nucléaire n’est pas une option, surtout en période de crise et de surendettement de la France, mieux vaudrait sécuriser et prolonger… sans mentionner de coût cette fois-ci !
  4. Interpellation : craignez, pauvres hères, que les Ayatollahs verts ne grèvent lourdement le budget, pénalisent notre économie, et nous renvoient au Moyen-Âge.
  5. Et mes enfants ? Ils auront certes encore un peu d’énergie nucléaire, mais surtout des risques, des contaminations et un parc entier de centrales à décommissionner.

Le 29 septembre, NegaWatt annonce une possible sortie du nucléaire en 23 ans

(et annonce diviser les émissions de CO2 par 16 à l’horizon 2050, grâce à une trilogie sobriété+ efficacité + énergies renouvelables)

  1. Le messager : un panel d’une dizaine d’experts, bénévoles mais engagés, et joyeux, représentant un collectif d’un millier de praticiens, ingénieurs, architectes, urbanistes, sociologues…
  2. Sources : 14 mois de réactualisation du scenario 2006, les états de l’art, statistiques officielles (AIE, INSEE, etc.), des études concomitantes (Solagro, CIRED etc)
  3. Idéologie : remettre les citoyens au cœur du développement des territoires, en relocalisant les productions, et en tendant vers une souveraineté énergétique, renouvelable, décentralisée, diffuse, que s’est appropriées la population.
  4. Interpellation : les solutions techniques sont éprouvées et les hypothèses du scenario sont conservatrices. C’est donc juste une question de choix politique.
  5. Pour mes enfants : 750 Mds d’Euros d’importations de produits pétroliers évités d’ici 2030, et plus de 600,000 emplois verts nets créés. C’est-à-dire un projet de société qu’il m’appartient de construire au mieux.

Quand est-ce qu’on commence ?


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Ecrit par Minh le 3 octobre 2011 :: Classé dans Ad Hominem,Débat,Les autres...
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Droit de réponse à Jancovici

Foin du statut de vache sacrée de Jean-Marc Jancovici, éternellement présenté comme l’expert « neutre»  sur les questions de l’énergie.

Invité au journal télévisé de France 2 (je n’ai pas la télévision mais on m’a passé le lien Internet pour me dire « regarde, il y a négaWatt au 20h ! ce qui est effectivement un évènement), Jancovici est introduit ainsi par le présentateur David Pujadas: « ni un pro ni un anti-nucléaire« .

Diantre ! Nous verrons, si besoin est, qu’il n’en est rien. On ne sort pas de l’X, on n’est pas formé et formateur au corps des Mines sans séquelles… Le site arrêtsurimages revient d’ailleurs sur ce glissement intellectuel pas anodin : quand on est neutre sur le nucléaire… on n’est pas contre !

Comme Jancovici, je suis évidemment pour aller d’abord et surtout chercher des économies d’énergie. Tout le monde le dit car c’est le début de tout. 30% de gisements de négaWatts. Venons-en donc au point de désaccord: l’énergie résiduelle qu’il nous faut consommer. Et aussi cette sempiternelle et inexorable alternative entre nucléaire « décarboné»  et vilaines usines à pétrole et charbon.

Comme Jancovici, je souhaite également que nos sociétés sortent de la dépendance au pétrole Et plus de gré que de force…

Dans une tribune publiée sur Good Planet à propos de Fukushima, on découvre tout de même que le cerveau de Janco (pour les intimes) sombre un peu dans le cartésianisme vulgaire et finit, pour le prestige de la démonstration, par mélanger choux et carottes. A trop vouloir sortir des chiffres, on oublie ce qu’il y a derrière. Pour Jancovici, un mort est un mort, il ne reste plus qu’à additionner, soustraire, calculer les moyennes et décréter au bout du calcul que ce qui est le moins mortifère est ce qui est bon.

Avant de m’adonner au bashing (exercice que je considère en principe peu constructif), je précise d’où je parle. Je suis diplômé d’une grande école en physique (ça c’est pour éviter les coups bas style « obscurantiste» ). En école d’ingénieur, tout le monde est pour le nucléaire. Mais au fur et à mesure de mes études, l’intérêt de cette industrie m’a paru de moins en moins évident.

En fait, j’ai réussi à dépasser le cadre purement technique pour aborder la question nucléaire sous d’autres angles, ce que ne font pas en général les ingénieurs (il faudrait consacrer un autre billet à ce qui est dispensé dans les écoles d’ingénieurs…). L’histoire du nucléaire, par exemple, est très éclairante sur la politique, la démocratie, et sur ce que le penseur Jacques Ellul appelle le système technicien.

En résumé, j’ai de sérieux doutes sur l’énergie nucléaire non pas pour des raisons techniques mais pour des raisons philosophiques.

Je fais partie de ces gens qui considèrent que la technique est un moyen et non une fin, qui doit être sous-tendue par une culture et une politique. Incroyable non ?

Petite plongée dans la tribune de Jancovici.

Le parallèle entre les deux catastrophe (sic) est faux, pour l’essentiel, selon Jean-Marc Jancovici. Si un ou plusieurs réacteurs de la centrale fond, ils n’exploseront pas, les dégâts seront beaucoup plus localisés, et le bilan humain sera bien moindre que celui du tsunami.

On ne pourrait pas comparer deux catastrophes sous prétexte qu’elles n’ont pas exactement les mêmes causes et a fortiori les mêmes conséquences. Et focalisez-vous plutôt sur le tsunami qui est le vrai problème et le plus mortel.
Conclusion: il vaut mieux une catastrophe de Fukushima qu’un tsunami…

Je dit (sic) « le réacteur»  mais ca concerne tous ceux de Fukushima, qui ont tous eux à peu près le même pépin.

1 – Une remarque sur les sources : que les antinucléaires aient, comme d’habitude, un avis définitif sur la base d’informations partielles et sans aucun recul est leur droit. Mais ils n’ont aucune raison d’avoir des informations primaires meilleures que celles des experts, au contraire : vous voyez un opérateur de centrales nucléaires japonais ou l’autorité de sûreté japonaise privilégier les antinucléaires français dans ses explications techniques ?

Les anti-nucléaires apprécieront d’être considérés comme des dogmatiques qui rouspètent sans savoir, comme d’habitude (ils deviennent lassants à dire la même chose depuis 50 ans).  J’aime beaucoup la délicatesse du « c’est leur droit» . Ils sont bornés, rabâcheurs et ignorants… mais c’est leur droit ! Jancovici est un grand démocrate.
Et c’est bien connu, les experts ont de meilleurs informations que les non-experts. Transmis à la CRIIRAD qui avait de moins bonnes mesures de radioactivité que les officielles…

2 – Certes des centrales nucléaires ont été touchées, mais cela est aussi vrai de centrales à charbon ou de barrages (et très accessoirement le Japon est privé partiellement de transports routiers par défaut de fonctionnement de raffineries, manque de distribution de carburant et effondrement des routes, tout cela va empêcher les malades et les blessés d’être acheminés vers les hôpitaux, ce qui prouve bien qu’il faut sortir du pétrole qui fait des morts que l’on vous cache.

On se demande vraiment pourquoi les médias ne parlent que des centrales nucléaires ! Il faudrait être équitable et évoquer tous ces dégâts ailleurs que sur les zones nucléaires. D’ailleurs, si le Japon était sorti du pétrole, il parviendrait à soigner ces (sic) blessés.

3 – A Fukushima, l’accident est arrivé par l’extérieur (et non par l’intérieur comme à Tchernobyl) alors que la réaction nucléaire avait été stoppée. Il ne s’agit pas d’un accident causé par un emballement de la réaction nucléaire (comme à Tchernobyl) mais d’un accident mécanique causé à une installation nucléaire mise à l’arrêt. Il n’y a donc aucun risque « d’explosion»  comme je l’ai déjà entendu dans la bouche d’antinucléaires repris par les media. Le risque est celui d’une absence d’évacuation de la chaleur résiduelle qui se dégage du coeur à cause de la radioactivité des produits de fission qui y sont présents, et d’une fonte du coeur qui libèrerait dans l’environnement proche des produits de fission gazeux (même dans ce cas, ca ne sera pas de nature à causer des morts par centaines).

Leitmotiv: Fukushima et Tchernobyl ne sont pas exactement la même catastrophe. On aura tous les détails techniques pour en être convaincus. Il ne manquera qu’un argument qui aurait pu étayer la démonstration de Jancovici: Tchernobyl est en Ukraine alors que Fukushima est au Japon.

4 – Fukushima ne pourra pas déboucher sur un scénario de type Tchernobyl. A Tchernobyl, ce qui a causé la dissémination de matières radioactives est essentiellement l’incendie des 600 tonnes de graphite que contenait le coeur (ce graphite servait de modérateur aux neutrons), incendie qui a entraîné dans l’atmosphère l’essentiel des produits de fission contenus dans le coeur. Cet incendie a pu avoir lieu parce que l’explosion d’hydrogène a eu lieu à l’intérieur de l’enceinte de confinement et a rompu cette dernière, et exposé le graphite à l’oxygène de l’air. A Fukushima, l’explosion d’hydrogène a eu lieu en dehors de l’enceinte de confinement du coeur. A l’instant où je tape ce message les matières radioactives sont donc toujours confinées dans la cuve, exception faite des lâchers de vapeur décrits dans la chronologie rappelée en pied de message.

Leitmotiv : Fukushima n’est pas Tchernobyl ! Compris ?

5 – Il n’y a rien de chimiquement combustible dans le coeur à Fukushima. Si le coeur fond (cette fonte sera causée par le dégagement de chaleur engendré par la radioactivité des produits de fission), soit il reste sur place dans la cuve qui résiste (et alors les conséquences sanitaires pour les populations sont à peu près nulles), soit il perce la cuve et à ce moment des produits de fission gazeux s’échappent (xenon, krypton, iode). En pareil cas la partie solide et les produits solubles (dont l’iode) fait une grosse bouillie pas sympathique mais qui reste sur place. Fukushima ne peut pas « exploser»  au sens d’une explosion nucléaire comme à Hiroshima.

Leitmotiv par transitivité : Fukushima n’est pas Hiroshima car Hiroshima était une explosion. Comme à Tchernobyl. OK ?

6 – 25 ans après l’accident, les conséquences sanitaires documentées à Tchernobyl (par des médecins !) sont environ 50 morts par irradiation au sein des pompiers (je n’ai plus le chiffre exact en tête, mais c’est de cet ordre), environ 4000 cancers de la thyroïde chez les enfants au moment de l’accident (les risques semblent devenir infimes après 12 ans) qui feront de quelques dizaines à quelques centaines de morts selon la qualité des soins, et enfin le stress au sein de la population déplacée, aux conséquences mal évaluées. Mais il n’y a pas eu les 25.000 morts que je revois commencer à circuler partout ; ce chiffre correspond à un calcul bien particulier avec des hypothèses utilisées pour la radioprotection et qui n’ont pas pour objet de dénombrer des morts survenus « pour de vrai»  (pour les explications techniques il me faut 3 pages, mais si d’aucun(e)s d’entre vous sont intéressés je peux voir ce que je peux faire…). Il n’y a pas plus eu de surplus de malformations, même si d’aucuns savants documentaires ont laissé croire le contraire.

Leitmotiv : Fukushima n’est pas Tchernobyl ! Vous le faîtes exprès ?

Et puis à Tchernobyl, il n’y a pas eu tant de morts comme ces idiots d’anti-nucléaires le colportent. Par contre, on ne doute pas que s’il y avait eu véritablement 25 000 morts, Jancovici aurait reconnu que les conséquences sanitaires furent graves à Tchernobyl. Pour un cerveau technicien comme le sien: 1 000 morts ça va. 25 000 morts ça ne va pas. Qu’on nous démontre pourquoi.

7 – De ce fait, il est difficile d’imaginer que l’accident de Fukushima, qui conduira à un relâchement de radioactivité dans l’environnement bien inférieur à celui de Tchernobyl même si le coeur fond et que le confinement est rompu (car à part les produits gazeux, notamment l’iode, l’essentiel de la radioactivité restera sur place) puisse changer significativement l’addition mortifère du tsunami. Parler de « 3è catastrophe possible»  après le tremblement de terre et le tsunami est donc comparer des choux et des carottes.

Leitmotiv : Fukushima n’est pas Tchernobyl ! Toujours pas compris ? Et puis franchement. Franchement. Le séisme c’est une catastrophe. Le tsunami, c’est une catastrophe. Mais des explosions dans des réacteurs nucléaires et des fuites radioactives, ce n’est pas catastrophique

C’est la nature qui fait des catastrophes. Pas les industriels, voyons.

8 – L’IRSN indique avoir ponctuellement mesuré des débits de dose (externes) de 1 mSv/heure à l’extérieur immédiat du bâtiment réacteur 1, décroissant en quelques heures à moins de 0,05 mSv/h. Il faut savoir que quand on passe une radio médicale on reçoit en quelques secondes ou minutes entre 5 et 80 mSv d’irradiation externe. 1mSv/heure, sur quelques heures, c’est donc quelque chose qui ne fera pas des morts par millions…

Bon, les chiffres ont changé depuis l’article de Jancovici. Ce n’est plus 1mSv/heure mais 1500 msV/heure. On continue à comparer avec la radio du dentiste ?

9 – Si le confinement du coeur est rompu, c’est l’iode radioactif qui est la préoccupation principale. La demi-vie des isotopes va de quelques heures à quelques jours. La bonne réponse des autorités est ce qui a été fait : l’évacuation (qui n’a pas besoin de durer des années comme à Tchernobyl, et qui est une application normale du principe de précaution, ca serait quand même farce que ce principe disparaisse parce qu’il s’agit de nucléaire !) et l’administration d’iode « normale» . Cette dernière va aller saturer la thyroïde, qui du coup n’aura plus envie de fixer de l’iode radioactif (car le danger est d’avoir cette iode fixée pour longtemps dans la thyroïde, si l’iode rentre et ressort du corps ca ne provoque pas de conséquences sanitaires particulières).

Pour l’iode, prenez la pastille verte. Pour le reste pas besoin de pastille. Et tout ira bien.

10 – le risque en France de conséquences de cette affaire est rigoureusement nul !!!

Saluons la grâce de ces scolaires trois points d’exclamation qui disent bien ce qu’ils veulent dire. Imbéciles de Français, c’est vous qui êtes nuls. Cessez de gémir.

Toute bonne démonstration se fait en 10 points.

Mais après ce décalogue, le scribe a cru bon d’ajouter quelques appendices aux modernes Tables de la Loi.

Et le mieux est à venir. Voici rassemblés tous les poncifs, sortis du chapeau magique des pro-nucléaires. Attention les yeux ! C’est scientifique. Le monsieur qui nous invitait à ne pas mélanger choux et carottes va devant vos yeux ébahis montrer que tout, absolument tout, fait plus de morts que le nucléaire !

Et voici quelques autres chiffres pour remettre tout cela en perspective :

- le charbon fait un peu moins de 10.000 morts par an rien que dans les mines, et ceux là ils portent tous un nom, à la différence des morts supposés de la pollution ou des radiations qui sont calculés dans le cadre d’études épidémiologiques et qui sont donc anonymes (donc depuis Tchernobyl le charbon a fait environ 200.000 morts, l’équivalent du tsunami en Indonésie d’il y a 10 ans, pour une production électrique à peu près 3 fois supérieure à celle du nucléaire, qui, à ma connaissance, n’a pas fait 60.000 morts…)

- la voiture fait quelques centaines de milliers de morts par an dans le monde

- le tabac n’importe quoi (sic) entre 500.000 et 5 millions de morts par an,

Jancovici qui a passé son temps à dire que l’on ne peut comparer Fukushima et Tchernobyl, n’hésite pas à comparer maintenant les morts du tabac et de la voiture avec ceux du nucléaire. Cherchez la logique. Je vous propose donc un début d’argumentaire à la manière Jancovici:

3 – A VoitureLand, l’accident est arrivé par l’extérieur (et non par l’intérieur comme à NucléaireLand) alors que etc…
4 – NucléaireLand ne pourra pas déboucher sur un scénario de type TabacLand. A TabacLand, ce qui a causé la dissémination etc…

- pour le moment, les réacteurs japonais c’est quasi zéro [morts], et même dans le scénario du pire ca ne changera pas grand chose au bilan du séisme.

Ca devient lassant cette comparaison nombre de morts liés au séisme versus liés à la centrale nucléaire. Encore une fois, comment peut-on comparer puisque les morts liés à la catastrophe naturelle sont directs et immédiats alors que dans le cas de la radioactivité, cela est indirect (voire improuvable parfois !) et espacé dans le temps ?

- le séisme a aussi détruit des centrales à charbon et au moins un barrage, donc la question est de savoir si on peut prévenir les dommages aux populations en cas d’accident industriel, pas de savoir si l’outil industriel doit pouvoir résister à tout, puisque cette suggestion ne semble venir à l’esprit de personne en ce qui concerne les raffineries, les routes, les aéroports et les barrages !

Mais pourquoi à la fin veut-on des centrales nucléaires plus sûres que des aéroports ?

- au risque d’en choquer certains, je ne vois pas en quoi il serait plus abominable de mourir irradié que noyé si un tsunami jette à bas logements et infrastructures, et endommage des centrales nucléaires.

Imparable !

Mourir dans une éruption volcanique n’est pas pire que mourir sur un bûcher préparé par les autorités compétentes.

Très accessoirement nous sommes à un stade de notre histoire sur les combustibles fossiles où les japonais (sic) auront le choix entre reconstruire du nucléaire et construire du gaz ou du charbon (oubliez les éoliennes pour tout remplacer, ca ne tient pas une seconde). Que doivent-ils choisir ?

Mon petit doigt me dit que pour Jancovici la réponse est toute trouvée !

Voici le lien de cette tribune accordée sur Good Planet dont le fondateur Yann Arthus-Bertrand assume tout à fait la sortie du pétrole appelée par Jancovici… en témoigne son récent soutien au Qatar.

Après tout, dans l’écologie médiatique, on en est pas une contradiction près. Voir aussi le logo BNP Paribas, banque la plus radio-active.

Prenons du recul. Au risque de surprendre, ce droit de réponse à Jancovici n’est pas une argumentation anti-nucléaire contre une argumentation pro-nucléaire. Ce genre de trolls foisonne sur le net actuellement.

Comparaison n’est pas raison dit le proverbe. Les arguties de Jancovici, sous couvert de comparaison et de rationalité froide, ne sont plutôt qu’un symptôme. Le symptôme d’une industrie qui tourne en rond dans ses arguments: puisque ce n’est pas Tchernobyl, il n’y a pas à s’affoler.


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Ecrit par Baptiste le 18 mars 2011 :: Classé dans Ad Hominem,Débat,Les autres...
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Bienvenue chez Soleil Vert

Que du jour au lendemain, l’Etat, de concert avec l’industrie agro-alimentaire, décide de (ré)instaurer l’anthropophagie, nul doute que la révolte du public ne le mette aussitôt à bas.

– Mais, attendez- rien n’empêche d’en parler en interne. Entre gens sans préjugé. Théoriquement.

Les économistes dans les séminaires d’entreprises et les colloques universitaires soulignent la gravité de la crise des protéines, en rapport avec l’essor démographique et le tarissement des ressources.

Invités des cercles de réflexion et de prospective, les écologistes indiquent que, du point de vue de la souveraineté alimentaire, de la re-localisation de l’économie, et du respect de la bio-diversité, mieux vaut consommer un kilo de protéines autogènes, que de détruire un are de forêt amazonienne pour l’importer.

Les chimistes expliquent aux commissions parlementaires que la protéine, c’est de la protéine ; on peut lui donner le goût du veau, la couleur du saumon, un parfum de vanille, l’aspect d’une pizza.

Les anthropologues rappellent qu’il n’y a là rien de nouveau, le cannibalisme, y compris alimentaire est vieux comme l’humanité, et persiste dans certains endroits.

Les églises s’interrogent, et appellent au dialogue sur ce retour à l’authentique communion.

Les urbanistes regrettent le gaspillage de l’espace par les cimetières.

Les éthiciens remarquent qu’on est somme toute dans une variante du don d’organes et que l’important est le respect de la personne, et le caractère volontaire du don.

Une étude de l’Inra prouve la supériorité des farines anthropiques, leurs bénéfices pour la santé – élimination des virus et bactéries exogènes-, et leur rendement exceptionnel.

Les scientifiques des laboratoires de diététique moléculaire fustigent l’irrationalisme et l’obscurantisme des opposants aux recherches sur les Nouvelles Calories, qui voudraient nous ramener à l’âge de pierre et de la cueillette.

Les dirigeants pourfendent les végétariens. « Faire croire que l’on imposerait une alimentation anthropophagique à la population sans débat préalable, et que l’on transformerait les hôpitaux en abattoirs de science-fiction relève de la théorie du complot, etc. » Un sondage montre qu’en dehors de 15 % de conservateurs hostiles et de 15 % de modernistes enthousiastes, la population ne sait pas grand chose des Nouvelles Calories, et donc la Commission des Débats de Société organise avec l’association Vivaviandes un cycle « Farines anthropiques : à quelle sauce va-t-on nous manger ? »

L’avis consultatif du comité des sages, représentants du gouvernement, du sénat, du parlement, de l’industrie, des églises, de l’académie des sciences, conclut en toute indépendance, que ceux qui n’aiment pas ça, ne doivent pas en dégoûter les autres ; que chacun doit avoir la liberté de choisir ; et que donc, au-dessous de 1 %, la mention d’homoprotéines dans un produit alimentaire n’est pas obligatoire sur l’étiquette.

Disposition d’ailleurs contestée et violée par la marque Soleil Vert. Soudain, une mystérieuse épidémie de fièvre porcine, attaque biologique ou mutation d’un virus en batterie, extermine le cheptel mondial, et il n’y a plus d’alternative aux Nouvelles Calories. Dans l’urgence de la famine, le gouvernement sort des projets de ses cartons – gouverner, c’est prévoir-, dont l’interdiction de la crémation et la réquisition de toutes les réserves de protéines disponibles.

Mais qu’on se rassure : nous vivons en démocratie. Nous n’allons pas fabriquer des clones pour les cannibaliser.

*En voyant le nouveau logo proposé par Carrefour « Nourri sans OGM» , je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ce texte signé Pièces et Main d’Oeuvre. Il figure dans le livre « Terreur et Possession»  qui est un « indispensable« .
N’est-ce pas beau de voir Carrefour dire « liberté de manger ou pas des OGM»  ?

Dédicace amicale au Marcel Vert qui s’est laissé engluer dans ce genre de publicité !


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Ecrit par Baptiste le 5 novembre 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...,Poïesis
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De retour des universités négaWatt (le futur a un avenir !)

canards en mareLe week-end dernier s’est tenue la 4ème édition des universités négaWatt. Pour ceux qui ont raté quelques épisodes précédents, rappelons que l’association négaWatt est un consortium d’experts qui prospecte pour un scénraio énergétique jouable. Ils sont à l’origine du fameux facteur 4, qui dit qu’on peut vivre mieux en consommant quatre fois moins d’énergie, en divisant par quatre nos émissions de CO2.

Ironie du sort, le lendemain c’était le 10/10/10 que de savants récupérateurs en communication ont décidé de célébrer sous le mot d’ordre: -10% d’émissions en une année. Comme le dit le site 1010global.org, « Big tasks are easier if broken up into smaller, manageable pieces – and 10% this year is much more tangible and achievable than, say, 80% by 2050″ [Les grands chantiers deviennent plus faciles à réaliser quand on les divise en petites tâches à remplir. Et -10% cette année, c'est bien plus tangible et atteignable que de dire 80% en 2050]

Bref, le 10/10/10 c’est la première marche. On refera peut-être sept fois un petit coup de -10%. En 2015, 2020, 2025, 2030, 2035, 2040, 2045 et hop ! l’affaire est pliée.

Allons ! Cessons d’être sarcastique devant cette enième opération de matraquage ès communication qui n’a au fond que deux intérêts : compter les troupes et organiser des fêtes et des cocktails géants. Voilà, c’est du court-terme, de la sensibilisation light, ce n’est pas mon truc.  Et même si je suis toujours exaspéré de voir que BNP, le MEDEF et consorts affichent leurs logos pour l’opération, je ne vais pas taper dessus.

Tout simplement parce que l’avenir se joue ailleurs. En coulisses.

Et que se passe-t-il dans les coulisses ? Et bien en France en tout cas, ce n’est pas joli joli. Qui veut encore se souvenir qu’il y a eu un Grenelle de l’environnement ? Un peu de respect pour les défunts !

Un exemple tiré au hasard, et exhumé lors d’une table ronde des universités négaWatt. Celui du rapport pondu en plein mois d’août par la France pour expliquer comment elle allait respecter la directive européenne sur les énergies renouvelables. Un vrai devoir de vacances : bâclé, irréaliste et incohérent. Nouvelles amendes en perspective là où d’autres pays européens voient plutôt cette directive comme une opportunité.

Autant le dire tout de suite, les universités négaWatt, c’est technique ! Même si c’est ponctué de bons moments humoristiques et conviviaux, on navigue entre graphes et tableurs.

Qui sait faire les bons cafés ?

Tiens ! Un chiffre utile à retenir. La consommation d’un distributeur de boissons dans un bureau : 3 000 kWh/an. En gros, ca coûte 365 euros au porte-monnaie et 129kg de carbone (je ne rentre pas dans les détails pour savoir pourquoi j’ai retenu un coefficient  de 43 g de CO2/kWh… sachez juste que je suis clément envers l’ADEME -cf cahier n°27 de Global Chance).

En résumé, huit distributeurs de boissons  sont équivalents à un aller-retour Paris-New-York. C’est ballot non ?

On pourrait ainsi enfiler certains chiffres histoire de mettre à plat les enjeux. Le scénario négaWatt est extrêmement simple dans la mesure où l’on remplit déjà la moitié des objectifs rien qu’avec la sobriété. On aura beau dire que l’on va fabriquer des distributeurs moins énergivores ou qu’il seront alimentés par photovoltaïque, ils auront toujours la mauvaise habitude de faire des gros et des diabétiques, comme le dit Olivier Sidler du cabinet Enertech.

D’ailleurs, si vous ne connaissez pas le bonhomme, ca vaut le détour. En écoutant sa tribune, je me disais deux choses.

1) Que ca peut être bien d’être ingénieur finalement… Suffit juste de savoir pour qui et pour quoi on déballe son ingéniosité. J’avoue être pas mal fâché avec ma formation tant j’ai l’impression qu’elle ne sert qu’à fabriquer des petits soldats pour optimiser cette société suicidaire.

2) Qu’il y a peut-être un business model dans la décroissance ?

Monnaie de singe

Entendons-nous bien. Je ne pense pas que Olivier Sidler soit un partisan de la décroissance. Il fait ce qu’on appelle des ESCOS (Energy Service Company). De toute façon, il faudrait longuement redéfinir la décroissance. Je crois juste qu’il a du bon sens:

  • Je mesure la consommation d’un bâtiment.
  • Je fais un devis pour dire comment je vais pouvoir faire réduire et optimiser cette consommation énergétique.
  • Je fais les travaux.
  • Je mesure après.
  • Je démontre que la bâtiment a fait des économies.
  • Je prends des sous sur les économies ainsi réalisées.
  • Tout le monde y gagne !
  • Sauf EDF bien sûr…

Puis, entendons-nous sur l’usage volontairement provocateur de « business model« . En demandant s’il y en a un dans la décroissance, ne suis-je pas dans la récidive du développement durable ? A voir…

Autour de moi, il y a plein d’ingénieurs qui aimeraient faire du Olivier Sidler. Mais faut bien vivre. Alors on finit chez EDF (par exemple). Ce qui est certain, c’est que désormais que le concept de négaWatt est popularisé, il faut voir comment on fait vivre celui de négaEuro !

Y a-t-il un business model dans la décroissance ? Ce sera le thème notre fête pour les 3 ans de la SCOP eco-SAPIENS, le vendredi 3 décembre à Marseille. Avec (peut-être) un invité prestigieux dont on a déjà parlé !


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Ecrit par Baptiste le 11 octobre 2010 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Les autres...,Un peu sur nous
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Comme pris d’un doute avec Philips

Prenons un peu de recul…

Il existe dans ce monde une grande entreprise, d’origine néerlandaise, qui s’appelle Philips. Le grand public la coudoie par ces produits électro-ménagers mais aussi pour son label musical (du classique). On connaît aussi Philips par ses activités dans le domaine médical (appareils d’imagerie) et en tant que principal constructeur de demi-conducteurs.

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il y a deux gammes de produits où la marque domine tous les autres. Les ampoules basse conso et les biberons (via sa marque Avent).

Ce mercredi 23 Juin, suite à l’avis rendu par l’AFSSA, l’agence française sanitaire, le fameux Bisphénol A est interdit. D’abord, vous remarquerez que vous pouvez continuer à acheter des articles avec bisphénol A. En clair, c’est interdit mais on peut continuer à en vendre

C’est une fabuleuse épopée que celle du bisphénol A. D’abord car on suspecte cet additif aux plastiques d’être dangereux depuis 80 ans. Mais c’est vrai que c’est bien pratique, alors l’inertie industrielle et mercantile a réalisé des tas d’études, avec diverses agences sanitaires (la plus connue étant la FDA américaine, dont on a reparlé avec les histoires de Monsanto) le tout pour montrer qu’avec les quantités employées, y a pas de danger.

C’est possible.

D’autant que le BPA n’est pas que dans les biberons, il est surtout dans le revêtement intérieur des boites de conserve. Mais ca, bizarrement, c’est moins évoqué.

Alors un jour un pays a dit « ca suffit ! On interdit« . C’est la Canada qui a inauguré la voie le 18 avril 2008. Suivi quelques années plus tard par les Etats-Unis (5 mars 2009). Curieusement, la marque Avent (propriété de Philips, donc) ne se cache pas d’avoir des biberons sans BPA disponibles dans ces deux pays depuis 2008 mais cela a tardé pour la France.

On imagine que l’entreprise se plie aux normes spécifiques de chaque pays. Comme disait Pascal… « Vérité en-deça des Pyrénées, erreur au-delà« . Sauf que… en terme de santé, on ne comprend pas bien pourquoi on continue à vendre des produits dangereux pour les bébés français là où les bébés nord-américains sont épargnés.

A l’époque où eco-sapiens relayait cette histoire de BPA (en mai 2008, pionniers ?) j’avais regardé l’argumentaire de Philips. Il a disparu et c’est dommage car j’aurais bien aimé voir le changement de discours. Aujourd’hui, c’est disponible à cette adresse. En clair, Philips fait tout pour passer au BPA-Free et donc, progressivement, le BPA va disparaître. N’est-ce pas une manière de reconnaître que ce produit n’est pas si inoffensif tel qu’il fut présenté l’année dernière ?

On peut aussi se dire que c’est l’AFSSA qui a été moteur. Celle-ci fanfaronne en appelant une mobilisation de l’industrie (…) pour mettre au point des substituts du BPA pour les usages alimentaires.

Rappelons que le Canard Enchaîné avait épinglé au départ l’agence pour collusion d’intérêts: certains experts avaient une deuxième casquette dans l’industrie du plastique. Un peu comme la FDA et l’évaluation des OGM (cf le documentaire de M-M Robin).

En même temps… reconnaissons qu’il n’y  pas meilleur expert que quelqu’un qui a fait carrière dans le secteur concerné. C’est toute la difficulté du monde politique à pouvoir créer des organismes indépendants qui disposeraient d’autant de moyens que les multinationales. Saviez-vous que l’IFREMER a été co-financé par Total pour évaluer l’impact de la marée noire Erika, payée par AREVA pour évaluer la radioactivité au large de la Hague ?

Je ne dis évidemment pas qu’il faille pour cela dénigrer nos chers instituts « indépendants» . Il n’y a pas corruption généralisée. Il y a juste des gens qui, par la force des choses, se côtoient, apprennent à se connaître et peuvent parfois verser dans une certaine empathie, et donc une certaine indulgence.

Le principal problème, c’est que le citoyen s’imagine que la science est neutre et définitive. Or elle est temporelle, géographique, culturelle, sociale et, lâchons le mot, humaine.

L’anecdote BPA suffit à montrer la malléabilité du concept innocuité selon les pays et les âges…

Mais au fait, les ampoules basse conso Philips ? Eh bien, j’ai comme le sentiment vague et improuvable que l’histoire se répète. Pour favoriser le business des ampoules basse conso, on établit des lois visant à interdire les perfides ampoules à filament. Oh il a suffi de quelques mois pour que la polémique sur ces nouvelles ampoules enfle. Mercure, rayonnement, problème du recyclage… Mais c’est trop tard. A la rigueur, on interdira les fluo-compactes pour imposer les LEDS.. quand les fabricants seront prêts !

Alors on se demande si ce sont les industriels qui s’adaptent aux lois ou si ce sont les lois qui organisent l’obsolescence générale pour le bonheur des marchands.


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Ecrit par Baptiste le 24 juin 2010 :: Classé dans Débat,Participez
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Que peut-on savoir ?

euler« Téléphone mobile et santé : l’étude Cosmos donne rendez-vous en 2040» 

Je me pince pour savoir si j’ai bien lu ce titre.
Je relis ce paragraphe qui me semble tout autant improbable:

Mais nous n’allons pas tarder à en savoir un peu plus. Il suffit d’attendre un peu, 2030 au plus tôt, 2040 au plus tard. Pilotée par l’Imperial College of London, l’étude Cosmos (Cohort Study Mobile Communications) vient d’être lancée et suit désormais 250.000 adultes, de 18 à 69 ans, dans cinq pays, le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suède.

Et ce paragraphe

[...] à 1,15 le risque de développer un gliome chez les utilisateurs réguliers et à 1,96 pour les utilisateurs intensifs. Mais en Allemagne, ces risques sont respectivement de 0,98 à 2,20, soit une augmentation de 125% ! En revanche, au Royaume-Uni, le risque paraît moins élevé chez les utilisateurs intensifs : 0,90 contre 0,94 chez les utilisateurs réguliers. Outre-Manche, le mobile protègerait du gliome…

Quand j’ai embrassé la filière scientifique, j’avais été séduit par la logique impeccable des sciences pures, par les modèles mécaniques dont on connaissait la marge d’erreur, et par la beauté des formules qui condensaient dans leur kabbale une certaine magie du monde.

Il  y avait cette fabuleuse science qui de Descartes à Newton, révélait les propriétés de la lumière et des corps. Il y avait aussi cette science ingrate que je n’aimais pas tant elle me semblait pleine de constantes arbitraires, j’ai nommé la thermodynamique. Heureusement, cette science typiquement XIXème, plus « industrielle»  que « poétique» , se dissipa au contact des sciences merveilleusement absurdes apportées par le XXème siècle: quantique et relativité. Planck et Einstein.

Aujourd’hui ? Théorie de l’information, théorie des systèmes et du chaos, théorie des cordes…, la science des dernières décennies a su renouer avec la philosophie dont elle était fille.

Quant à ce ramassis de statistiques mentionnées ci-dessus, où l’on nous dit, avec humour certes, que les ondes provoquent plus ou moins de cancer selon qu’on parle anglais ou français, voilà bien le fond du gouffre. Après cela, allez expliquer au grand public que le climat change… Est-ce de la science ?

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement disait un certain Boileau. Désormais, la médecine et la santé en général se réduisent aux statistiques… dont on sait pertinemment que c’est le payeur qui interprète le résultat.

Je lis aussi que le responsable des eaux minérales Nestlé Waters peut fournir des études qui démontrent que l’empreinte carbone de l’eau en bouteille est comparable à celle de l’eau du robinet.

Que les choses soient de plus en plus complexes, c’est indéniable. La pensée analytique est-elle à bout de souffle ? Ne serait-ce pas plutôt la paresse intellectuelle qui prend le dessus en disant que l’on va observer des milliers de personnes pendant 25 ans pour connaître l’impact sanitaire d’un gadget utilisé par des centaines de millions d’individus ?

Paresse intellectuelle mais agitation administrative et protocolaire. Croissance !

Franchement, rendez-vous en 2040. Je sais pas pourquoi mais je sens que les résultats de cette brillante étude vont passer aux oubliettes…

PS: pour ceux qui ne connaissent pas la formule sur la casquette, je précise que c’est une des plus belles qui soit ! La formule d’Euler a le bon goût de réunir tout : l’exponentiel e, l’imaginaire i, le mystérieux pi, l’addition, l’unité, l’égalité, … tout ceci pour du néant !


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Ecrit par Baptiste le 27 avril 2010 :: Classé dans Poïesis
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Mort aux vaches et morts au champ d’honneur

5361_d334_480J’ai eu la chance d’assister à l’avant-première du film de Coline Serreau. Pour ceux qui l’ignorent, la réalisatrice de « Trois hommes et un couffin»  sort aujourd’hui Solutions Locales pour Désordre Global qui est un film-documentaire sur l’agriculture.

Dit ainsi, cela semble peu aguicheur. Car au fond, qui s’intéresse aux agriculteurs ? Car qui rêve de devenir agriculteur ? Oui eux, je sais, mais bon…

Le film débute avec des plans très rapprochés sur des museaux. Pendant 5 minutes, sur fond de trio à cordes, on est collé à des groins, des gueules, des narines touffues, des yeux rieurs comme peuvent rire les animaux de ferme.

Et puis l’histoire de l’agriculture moderne commence. Oh bien sûr une telle version de l’histoire ne sierra pas aux techniciens de l’agronomie d’aujourd’hui. Et pourtant, tout ceci est fort bien connu et fort bien prouvé. Même Liebig, père de l’agriculture moderne le présentait

L’agriculture moderne est une agriculture de guerre. C’est avec la Grande Guerre que l’on a pu expérimenter et développer tout ce qui allait devenir intrants, engrais, pesticides, herbicides et fongicides. Si vous ne saviez pas, allez voir au cinéma !

Le film parle moins du sort des animaux pour se concentrer sur la terre, le sol, l’humus. On entend toujours avec plaisir Claude Bourguignon expliquer comment l’étude des sols (sa micro-biologie) a disparu de l’enseignement agricole. Aujourd’hui, on exploite des sols morts qui ne tiennent qu’à coup de produits chimiques. Lui parle de gestion de pathologie végétale.

utopiaLors du salon Planète Durable, j’ai eu l’occasion d’échanger vivement avec la responsable Environnement du CIV (Centre d’Information sur les Viandes, qui vise donc à informer sur la viande). Cet organisme est la représentation des éleveurs français, spécifiquement vache et mouton. Bref, on ne mélange pas les cochons avec les bavettes !

Inutile de préciser que la sortie du livre à charge Bidoche, de Fabrice Nicolino, sur l’industrie de la viande, a fait bondir plus d’un éleveur. Il fut assez long d’expliquer à mon interlocutrice que, selon moi, Bidoche n’est pas un livre contre les éleveurs. Ce qui est dénoncé c’est un système.

Car mettons nous à la place d’un agriculteur français d’aujourd’hui, qui choisirai la voie « conventionnelle» .

  1. Il est trimballé au gré des allocations de subventions européennes et françaises (par exemple le maïs il y a une dizaine d’années)
  2. Il est étranglé par les négociations des centrales d’achat de la grande distribution
  3. Il est sommé par les consommateurs exigeants de fournir des produits sains, de ne pas polluer les cours d’eau etc

D’où l’on tire comme conclusion que l’agriculture française n’est pas viable économiquement, ne suffit pas à l’autosuffisance alimentaire du pays et n’est pas durable.

Cela change. Lentement. Trop lentement.

Je ne cherche pas à ce que l’on plaigne les agriculteurs et les éleveurs. Mais il est aussi trop facile de les accuser. Nous sommes clairement embarqués sur la même galère et nul doute que dans la même situation, nous n’aurions peut-être pas agi mieux.

Pour moi, en étudiant les conditions historiques et idéologiques de l’élevage (abattoirs de Chicago, peur du manque dans l’après-guerre…) le livre de Nicolino dit la même chose. De manière regrettable, les corporations concernées l’ont ressenti comme une agression.

L’agriculture moderne est un secteur, parmi d’autres, saccagée par l’arraisonnement humain du XXème siècle.

Arraisonnement ! Le terme n’est pas trop fort quand on voit les aberrations patentes des lois actuelles.

Quand on déclare illégale telle variété de pomme de terre qui a nourri l’Europe pendant des siècles; quand des firmes souhaitent interdire le commerce de semences traditionnelles sous prétexte qu’elles ne dégénèrent pas;  quand ces mêmes firmes tentent de faire interdire le purin d’ortie; quand on nourrit des vaches avec des restes d’animaux…

Si ce n’est de la folie, comment appeler cela ?

moutonsPhilosophiquement parlant il est toujours difficile de voguer entre responsabilité systémique et responsabilité individuelle. En d’autres termes, il est plus prudent de dire à son interlocuteur: « ce n’est pas ta faute si tu agis mal, c’est le système» . Ca déresponsabilise et ca le soulage ! Nous sommes donc condamnés à nous accuser les uns les autres: soit nous ne sommes pas vertueux (mais nous sommes libres), soit nous ne sommes pas libres (et nous serions vertueux sinon…).

Et pourtant système il y a !

Au Monopoly, vous pouvez être quatre amis fort gentlemen et vertueux, vous constaterez que les pauvres s’appauvrissent et que les riches accumulent à toute vitesse. Et bien depuis de longes années, nous jouons au Monopoly in vivo. La règle étant simple: « les plus riches peuvent se servir dans la banque de la Nature tant qu’il y en aura« . A celà s’ajoute une bonne dose de foi dans le progrès technique, le graal aveuglant derrière lequel nous courrons pour résoudre tous les problèmes planétaires…)

Coline Serreau, le CIV, Bidoche, le Monopoly… où en étions-nous ?

Ah oui ! Nous voulions prévenir les lobbyistes agricoles, les détracteurs de la bio et autres contempteurs de l’écologie qu’en incendiant le film de Coline Serreau (ils vont le faire je n’en doute pas, et ca va être musclé  !) ils se trompent de combat.

Car le film est résolument tourné vers les alternatives et l’espérance. Ici, on ne dénonce personne ad hominem.

Ici on dit « regardez ! il y a des gens qui font autrement. Ca marche et en plus… ca paraît sensé» .

Merci donc pour cette piqure de rappel et pour tous ces gros plans sur les vaches !


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Ecrit par Baptiste le 7 avril 2010 :: Classé dans Botaniqus,Débat,Itinéraire,Les autres...,Participez,Poïesis
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Claude Allègre reconnaît le changement climatique et avoue avoir été payé par le lobby pétro-chimique

allegre-280Après avoir été invité sur France Inter ce mercredi 31 Mars, le géophysicien Claude Allègre, membre de l’Académie des Sciences a avoué « avoir reçu des cadeaux»  de la part de certains groupes industriels.

C’est à la toute fin du débat animé par Nicolas Demorand, face au député européen Yannick Jadot, que Claude Allègre a lâché une phrase ambiguë:

« La nature est en train de résoudre les choses par elle-même« .

Titillé par cette vision animiste inattendue de la part du climato-sceptique, le débat s’est poursuivi en coulisses. Dans un premier temps, selon les témoins, Claude Allègre aurait commencé à expliquer que l’homme faisait partie de la nature et que par conséquent, on pouvait bien dire que l’être humain était en passe de résoudre le problème climatique.

C’est alors que Nicolas Demorand a posé avec insistance la question suivante:

« Qu’est-ce qu’il y a résoudre puisque vous dites qu’il n’y a pas de problème climatique ?» 

Et Yannick Jadot d’ajouter « Pourquoi vouloir séquestrer le carbone alors que vous passez votre temps à expliquer que les émissions de carbone ne posent pas de problème ?» 

Et là, dans la stupéfaction générale du studio, le chercheur sceptique aurait tout avoué !

Qu’il n’est pas climatologue, qu’il a juste besoin de refaire parler de lui pour revenir éventuellement sur la scène politique et doper ses ventes en librairie. Et surtout qu’il aurait toucher plusieurs avantages en nature de la part de groupes industriels liés aux biotechnologies et au pétrole.

L’Académie des Sciences, dont Claude Allègre est membre depuis 1995, ne s’est pas prononcée pour le moment. Elle a juste rappelé qu’un membre qui n’a pas publié dans les revues scientifiques depuis plus de 20 ans est de toute façon remplacé.

Cette mise à jour des réels mobiles du plus célèbre climato-sceptique porte un coup dur, d’autant que l’intéressé a également avoué qu’il n’était pas le seul à bénéficier des bonnes grâces industrielles…

Ecouter le podcast de l’émission sur France Inter


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Ecrit par Baptiste le 1 avril 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...
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