Blog des eco-SAPIENS
Ethique = Cohérence

De la résilience de la Nature

(à Daniel, rencontre fortuite et heureuse)

Chasse écoloEadem sed aliter. La même chose mais autrement. C’est, je le rappelle, la devise de Schopenhauer qui aimait comparer sa philosophie à la Thèbes aux cent portes.

Ainsi, en matière d’écologie, a-t-on non seulement l’impression que le l’Histoire humaine se répète à en devenir risible (mécanique plaqué sur du vivant). Mais surtout il me semble que l’écologie ne fait que dire la même chose, mais sur des plans différents. Et le noyau dur de la réflexion écologique serait : le monde est en interaction. Alors que la vision dominante industrielle est : l’homme est en action.

Une vision holistique face à une vision anthropocentrée. Une vision unifiée face à une vision segmentée.

Je rappelle qu’en physique, le problème dit à N corps qui étudie les interactions gravitationnelles de plusieurs astres, n’a pas de réponse exacte. En clair, on sait parfaitement modéliser l’interaction entre une étoile et une planète. On a théorisé il y a un siècle pour trois corps. Mais au-delà (un soleil + Mercure + Venus + Terre + Lune par exemple) on ne sait plus théoriser. Il faut recourir aux résolutions par approximation.

En soi ce n’est pas grave. Mais cela montre que l’écologie, qui s’intéresse aux interactions (et pas seulement gravitationnelles !) de milliers d’éléments aux propriétés différentes (eau, air, sol, plantes, animaux, …) a encore du chemin pour donner une vision exacte du monde…

Le mot résilience a une histoire étonnante. En latin, resilio possède deux sens: sauter en arrière, rebondir + renoncer. On retrouve d’ailleurs ce sens figuré en français quand on résilie un contrat. Quant au premier sens, c’est l’anglais qui l’a utilisé en 1920 dans le domaine scientifique. C’est l’élasticité du matériau, sa capacité à reprendre sa forme initiale.

Par extension, il a été utilisé en zoologie (Larousse parle de la fécondité des poissons…), en économie et plus que jamais en psychologie. C’est bien sûr Boris Cyrulnik qui a popularisé le concept. Il s’agit de la capacité qo’ont les individus à retrouver un état stable suite à un traumatisme.

Que ce soit en informatique, en écologie, en économie ou en psychologie, il y a toujours cette idée de « prendre un coup»  et d’arriver ensuite à retrouver une configuration stable. En clair, la résilience n’est pas la résistance car il s’agit d’un processus dynamique.

On comprend que cette notion puisse être à double tranchant. Aux Etats-Unis, la résilience est une qualité de self-made-man (savoir rebondir après un échec). L’huître, pour neutraliser l’impureté clandestine, ne va-t-elle pas fabriquer une perle ?

A contrario, sous prétexte de résilience, tout devient justifiable. Un monde chaotique avec des individus résilients est-il souhaitable ? Pour paraphraser Laurence Parisot, la précarité généralisée, est-ce vraiment intéressant ? Tout le monde n’est pas égal pour la résilience. Va-t-on demander à un enfant les mêmes capacités d’adaptation qu’un adulte ?

Mais venons-en plus précisément à la résilience écologique. Un résultat indéniable de l’écologie est : « plus on est de fous plus on rit« . C’est à dire que la biodiversité n’est pas là que pour la beauté des yeux. Elle est là pour multiplier les chances de survie et d’adaptation. Le bourdon, avec son pelage préhistorique, va certainement laisser la place à l’abeille un peu moins velue !

Comme je l’ai entendu lors d’un colloque organisé sur cette question « moins c’est binaire, moins c’est fragile» . Actuellement, le problème est qu’on est incapable de quantifier la résilience de la nature. Le dodo de l’île Maurice ne reviendra pas. Et toutes ces espèces végétales et animales qui meurent dans le silence médiatique ne reviendront pas non plus.

Bref, l’homme détruit des équilibres… pour en construire d’autres à sa manière. On entend parfois que Tchernobyl ou Deepwater ont provoqué un boom de la vie là où l’on pensait que la catastrophe avait tout cassé. C’est évidemment exagéré pour ne pas parler de propagande. La Nature reprend ses droits. Elle n’est plus la même. Les cartes ont été redistribuées, ce qui peut-être intéressant. C’est la fameuse histoire de la météorite qui détruit les dinosaures pour laisser la place à l’homme. Ce qui indéniablement est intéressant… pour nous !

L’enjeu philosophique consiste en fait à sortir de la vision d’une nature résiliente par nature (si j’ose dire!) transformée et agressée par l’homme. La résilience n’est pas un fait. C’est un défi. Et c’est justement parce que l’homme fait partie de la nature. Fait partie de cette histoire.


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Ecrit par Baptiste le 30 mars 2011 :: Classé dans Débat
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Prévisions sur ce qui va se passer sur le gaz de schiste

C’est le nouveau combat.

Oui je sais, sur bien d’autres fronts, les tranchées sont encore ouvertes : OGM, nucléaire, pesticides, huile de palme, poissons, etc… Sans compter toutes les batailles locales : l’aéroport de Notre-Dame des Landes, le loup dans les Alpes, l’ours dans les Pyrénées, l’incinérateur de Fos, l’EPR et le centre d’enfouissage, le projet ITER…

Alors quand l’ennemi fait diversion, est-ce vraiment judicieux d’entamer une nouvelle ligne ? Tout bon tacticien sait qu’il vaut mieux concentrer ses forces pour mieux écraser, l’une après l’autre, les armées essaimées par l’adversaire.

« Bataille» , « combat» , « front» , « tranchée» , « ennemi» , « armée» . Le langage martial est-il bien judicieux lorsque l’on parle d’environnement ? En recourant, plus ou moins inconsciemment, au vocabulaire militaire, ne sommes-nous pas en train de diaboliser celles et ceux qui ne font que leur boulot ? Et surtout, ne risquons-nous pas de passer pour des fanatiques ?

J’ai employé à bon escient la métaphore guerrière pour rappeler un fait bête et méchant. Mais comme c’est dans l’ère du temps, mieux vaut être clair et net.

Plusieurs évènements tendent en effet à laisser accroire que le terrorisme écologiste existe.

On connaît la chansonnette : après Al Qaïda, l’écolo serait la deuxième menace terroriste en ce monde. On tremble !

Mettons donc les points sur les i : personne n’a jamais été tué par un écologiste. Que l’écologie soit une menace (pour l’ordre établi, la cupidité des intérêts privés, etc) c’est certain. Que certains mouvements écologistes, formels ou informels, aient déjà dégradé ou détruit des bâtiments oui aussi. Dans le jargon, on dit plutôt « neutraliser» …

Alors on se braque sur les mouvements de libération animale qui menacent les laboratoires d’expérimentation.

L’écrivaillon et diplomate Jean-Christophe Rufin avait d’ailleurs commis un roman à ce sujet. Le plus inquiétant est que l’académicien confondait sa fiction avec la réalité. Déballant toutes ses inepties à la télévision, c’est finalement Michel Polac qui lui répond (cf cet extrait, à 5min 54sec) que bon, l’écologie profonde, c’est plutôt petit et pas très grave par rapport à, par exemple, les anti-avortements américains.

Et Polac ajoute nonchalamment:

« Mais bon, les écolos n’ont pas commis de crimes comme les fondamentalistes.» 

Et Rufin de rétorquer

»  – Bien sûr que si ! Les écologistes radicaux tuent !» 

Là le lecteur attentif que je suis cherche donc le fait qui étaiera un tel propos. Le voici ! Des membres du FLA qui vont traire les vaches au Kosovo sous les bombes. Je n’invente rien. Rufin, quand on lui demande les crimes qui démontrent que les écologistes sont dangereux, ils invoquent deux trois péquins partis traire les vaches au risque de  leur vie.

L’Académie est pleine de gens irremplaçables…

Fin de cette parenthèse sur la prétendue dangerosité d’un mouvement qui d’ailleurs devrait plutôt déplorer sa non-violence au point d’avoir subi les bavures de l’armée ou des renseignements généraux.

Ah non encore autre chose ! Vous avez lu cette histoire de l’infiltré des services secrets anglais qui non seulement n’a pas trouvé que les écolos radicaux étaient des tueurs potentiels, mais surtout a fini par embrasser la cause environnementale. On rêve d’une situation inversée où un écolo infiltrerait nos services secrets… et leur retournerait le cerveau.

Alors pourquoi aujourd’hui les gaz de schiste ?

A vrai dire, quand on est submergé chaque jour par les mauvaises nouvelles, on finit par se forger une sorte de carapace qui devient fort commode pour ne plus rien faire. Tout est perdu alors à quoi bon lutter. Mais avec les gaz de schiste, je ne sais pourquoi, je reprends espoir. Ce n’est pas « nouveau»  et il n’y a donc pas besoin de débalterer scientifiquement. Cf débat sur le nucléaire, les OGM ou les nanos où, à chaque fois, on tombe dans le débat d’expert, qui ne fait que contourner le véritable problème.

Là il s’agit de gaz. Celui qu’on connaît. Certes, la méthode d’extraction est nouvelle. Et on peut effectivement vouloir débattre des aspects techniques. Est-ce sans danger ? La réponse est non bien évidemment. N’en déplaise aux gaziers américains qui viennent de publier un communiqué s’indignant de la nomination du documentaire Gasland aux Oscars. Et maintenant les stars canadiennes qui réalisent un clip contre le gaz de schiste au Québec. En France, ce sont les communes concernées par les permis d’exploration qui se soulèvent.

Bref, ca ne sent pas bon et les géants du gaz l’ont compris. Alors, il faut plier le débat. Et ne pas rentrer dans l’argumentaire technique. Juste dire que si l’on en vient à prospecter ce gaz, c’est donc que le gaz conventionnel s’épuise. Et de se demander, une fois le gaz de schiste épuisé, que restera-t-il ? Et donc de démontrer que ce n’est qu’une fuite (de gaz !) en avant.

Chaque jour, 1000 personnes signent la pétition en ligne lancée par Bové et Nicolino. Ce n’est pas grand chose mais c’est le préambule avant le face à face. Politique d’abord. On vainc l’ennemi d’autant plus facilement qu’il n’a même pas commencé à mettre le pied dans la porte.

Cette bataille est gagnable aisément.

Il ne tient qu’à nous de prendre les devants.

PS: Vive le Québec libre !


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Ecrit par Baptiste le 27 janvier 2011 :: Classé dans Débat,Les autres...,Participez
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Du plomb dans l’aile de la bio

Ce début d’année est morose pour les agriculteurs bio a qui l’on retire une des maigres avancées faites en leur faveur ces dernières années.

En effet, la décision prise au lendemain du Grenelle de doubler le crédit d’impôt accordés aux agriculteurs convertis à l’agriculture biologique n’a pas duré. Elle s’est éteinte avec la nouvelle loi de finance pour 2011 qui divise par deux le montant de ces aides. Pour quelques économies de bout de chandelles et au mépris des engagements pris d’augmenter la SAU française à  6% en 2012 et à 20% en 2020.

Pour le plus grand profit au passage de la filière agro-carburants et d’une France qui restera pour cette année encore un pays qui préfère faire rouler ses voitures (et dans lequel un ministre peut encore se féliciter de n’avoir que 3994 vies sacrifiées directement à cette addiction) que soutenir ses paysans à développer une agriculture de qualité.

Et pour le profit, hélas, d’une vision de la bio qui s’éloigne encore un peu plus de ses racines et des objectifs de proximité de saisonnalité et donc de relocalisation qu’il serait urgent d’encourager. (voir le communiqué de Nature & Progrès)

Ainsi, le souci actuel du citoyen pour sa santé, et dans une moindre mesure pour celle de la planète, sera plus que jamais satisfait à coup d’importations massives et parfois lointaines de produits estampillés bio. Des produits dont les conditions de production sont la plupart du temps fortement  éloignées des principes fondateurs de la bio porteurs de cohérence écologique et sociale.

En effet, en réduisant la bio à une simple technique de production, l’agro-industrie s’est empressée de faire passer à la trappe préoccupations écologiques et  conditions sociales de sa production, pour y calquer celles de l’agriculture intensive. Avec la complicité en premier lieu de la grande distribution mais aussi de distributeurs spécialisés, d’importateurs, de certificateurs et de consommateurs de tomates hivernales ou d’huile de palme bio.


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Ecrit par francoise le 7 janvier 2011 :: Classé dans Débat,Les autres...
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Entre chien et loup

Un Loup n’avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.
L’attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l’eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l’aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu’il admire.
« Il ne tiendra qu’à vous beau sire,
D’être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d’assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l’épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. » 

Le Loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. » 
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.

Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
« Qu’est-ce là ? lui dit-il. – Rien. – Quoi ? rien ? – Peu de chose.
- Mais encor ? – Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? – Pas toujours ; mais qu’importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. » 
Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.

Des fables de La Fontaine, celle-ci a toujours été ma préférée. Difficile d’ailleurs de croire que c’est le même homme qui a écrit « Le Laboureur et ses enfants»  et sa conclusion « Le travail est un trésor»  qui sonne comme un contre-chant à cette fable là.

Mais je me garde de tout anachronisme. On ne va pas demander aux Anciens et aux Modernes de faire l’apologie de la paresse en leur siècle.

Quoique…

Si je partage cette admirable fable, ce n’est pour réhabiliter ni Jean de La Fontaine (qui souffre d’une réputation durable d’auteur pour enfant…) ni le loup qu’on chasse en France aujourd’hui encor.

Si je relis cette fable aujourd’hui en 2011, c’est qu’une nouvelle signification m’est apparue. Auparavant, j’étais naturellement pour le Loup. Pour la liberté au détriment du confort. Alors je me suis figuré que le Chien était l’allégorie moderne de notre société de consommation et d’exclusion. On aboie sur le manant, on ronge les reliefs et on porte le collier du salariat moderne.

Le loup, c’est bien entendu la sauvagerie. C’est le « plan galère»  où l’on se frotte à la réalité du monde quitte à endurer certaines frustrations.

Alors surgissent les clichés sur l’écologie, les plans galères comme en témoignent ceux qui dénigrent le confort ronflant de la voiture, la simplicité du supermarché, et la maison en parpaing pour tester les galères des crevaisons en vélo, du manque de gras et de sucre dans les biscuits bio, et du transport fastidieux de bûches pour son poêle à bois.

Les voilà nos loups modernes un brin galériens !

Tel le loup, je me suis révolté, pour une fois, contre l’intouchable La Fontaine ! Pourquoi cette dichotomie entre confort et liberté ? Peut-être cette fable a-t-elle structuré nos inconscients au point de croire que certes nous aimerions vivre comme des loups, mais que les sacrifices à encourir nous condamnent à rester chien, ce qui est finalement un statut point trop mauvais surtout aujourd’hui.

Néanmoins, il va falloir combattre cet imaginaire. On peut tout à fait être libre comme le loup (comprenez « autonome» , « écolo» , « alternatif» ) en vivant doucereusement comme un chien (comprenez « volupté» , « épanouissement» , « confort matériel et spirituel»  même !)

Alors du coup aujourd’hui, j’ai comme une faim de loup.

PS: Je lis sur Wikipedia que le cri du chien loup se nomme choulement. Ce terme semble improbable et respire le apax. Des spécialistes pour confirmer ?

http://www.jdlf.com/lesfables/livrev/lelaboureuretsesenfants

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Ecrit par Baptiste le 3 janvier 2011 :: Classé dans Itinéraire,Poïesis
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SPIPOLL : Ca fout le bourdon

Comme vous le savez sans doute, 2010, c’était l’année de la biodiversité. Je parle à l’imparfait volontairement. A l’image des grands enjeux de ces dernières années, le rendez-vous biodiversité a suivi inexorablement le même scénario. On s’enthousiasme au début. Et à la fin on repart la tête baissée.

Aussi le sommet de Nagoya sonne le glas de la vieille polémique concernant le « coût de la nature« . Débat qui, comme le rappelle Patrick Blandin, date de quasiment un siècle.

Je vous invite à visionner l’intervention de ce professeur émérite au Muséum d’Histoire naturelle, lors d’un colloque Iddri filmé par la webTV terre.tv

Pour ceux qui préfèrent lire, je résume le propos.

En 1923, lors du premier congrès international pour la protection de la nature, Louis Mangin résume les raisons pour lesquelles nous devons préserver la biodiversité. Outre les hautes valeurs (esthétique, moral) il dit qu’il faut aussi mentionner les valeurs purement économiques. Mais en discours de clôture, le président de la LPO dit « les arguments économiques, ca ne marche pas» .

En 1948, Jean-Paul Harroy, premier secrétaire général de l’UICN, reconnaît qu‘il faut des arguments anthropcentriquement utilitaires pour convaincre les masses.

Jean Dorst, auteur de Avant que nature meure et vice-président de l’UICN constate que bien qu’ayant à disposition tous les arguments utilitaristes et rationnels pour sauver la nature, nous ne la sauverons que si nous lui donnons un peu d’amour

Bref, ne nous illusionnons pas, l’argumentaire économique ne date pas d’aujourd’hui. Et si force est de constater que si les arguments moraux ont failli, les arguments utilitaires ont également failli.

Alors pourquoi s’obstiner à vouloir que les écologistes adoptent le langage des économistes pour sauver les meubles ? Allons-nous faire bégayer l’Histoire pour réaliser après coup, encore une fois, que la technique du pied dans la porte ne marche pas ? Les économistes parlent un langage qui, malheureusement, est de plus en plus déconnecté de la réalité.

Je crois que sur la question de la monétarisation des services rendus par la nature, il faut redevenir intransigeant. Non la nature n’a pas de coût. Non, il ne faut pas que le vivant rentre dans le marché. Comme le dit l’Institut Inspire, c’est bien au marché de rentrer dans le vivant.

Aussi, je rejoins tout à fait Patrick Blandin quand il dit que la crise de la biodiversité, le dérèglement climatique sont surtout révélateurs d’une crise éthique. C’est la crise éthique qui explique la crise écologique qui explique la crise économique, qui explique la crise sociale.

Et à l’origine de cette crise éthique qu’y a-t-il ? Là les réponses manquent !

Puisque l’on parle du Muséum National d’Histoire Naturel, peut-être avez-vous entendu parler de cette initiative qui consiste à demander à tous les citoyens de faire l’inventaire de la nature. Par exemple un programme appelé « observatoire des bourdons»  où chacun peut rapporter ce qu’il a observé comme bourdon. Après le web 2.0, voici la science 2.0 !

Ca paraît bien sympathique au premier abord. On se dit que c’est une manière de sensibiliser et d’impliquer le grand public. Malheureusement, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Je vous livre cette lettre adressée au président du muséum, à propos du programme SPIPOLL et du programme Observatoire des Bourdons (merci Veolia !).

Lettre ouverte à M. Gilles Boeuf pour dire «Halte aux programmes pseudo-scientifiques» du Muséum National d’Histoire Naturelle

Monsieur le Président,

Le Muséum lance avec le label «2010 année internationale de la diversité biologique» une opération de Suivi Photographique des Insectes Pollinisateurs nommée SPIPOLL. Comme entomologistes attachés à l’analyse
scientifique rigoureuse, nous émettons un avis unanimement négatif sur ce programme. Nous sommes convaincus que la démarche du SPIPOLL est totalement en dehors de l’étude de la diversité biologique. Elle est dangereuse pour
la connaissance
.

UNE IMPOSTURE SCIENTIFIQUE
Tout dans le montage du SPIPOLL montre un amalgame volontaire qui mélange artificiellement la sensibilisation du public et la production de prétendues données scientifiques. La plate-forme du SPIPOLL fait croire au public qu’il peut identifier lui-même les insectes photographiés grâce à une aide en ligne. C’est impossible. Aucune donnée ne sera validée par les experts, ni même utilisable un tant soit peu, notamment parce que l’aide en ligne, aussi attrayante soit-elle, n’est absolument pas fiable.

Cette aide en ligne peut aboutir, au mieux, à ce qu’un quidam est capable
d’identifier :  une «forme d’insecte » qui ne correspond ni à une espèce, ni à aucune entité dont la donnée serait exploitable pour l’étude de la diversité biologique. Des expériences similaires menées au Royaume-Uni par
le «Bumble-bee Conservation Trust» et par «Buglife» ont déjà montré que les données issues de ces programmes étaient très largement inexploitables.

UN PROGRAMME IMPROVISE SANS LES ENTOMOLOGISTES
Les initiateurs du SPIPOLL s’appuient sur l’expérience du programme de «Suivi Temporel des Oiseaux Communs» (STOC) qu’ils prétendent transposer aux insectes pollinisateurs. D’une part, cela démontre une grande méconnaissance de la faune pollinisatrice: les abeilles sauvages ne s’identifient pas comme les oiseaux. Elles comprennent beaucoup plus d’espèces sur le territoire de la France métropolitaine et leur systématique est bien connue pour être ardue en comparaison d’autres insectes.

D’autre part, alors que le programme STOC est encadré par des ornithologues chevronnés qui notent la présence des oiseaux à partir de critères comme le chant, dans le cas de SPIPOLL le public est livré à lui-même sans validation par des experts. Cette absence de validation possible par des experts provient de ce que ceux-ci sont rares et occupés à
du travail scientifique, et parce qu’ils n’accordent pas la moindre confiance à une telle opération. Ceci explique peut-être qu’aucun spécialiste n’ait été intégré dans l’équipe de SPIPOLL. Tout indique que SPIPOLL est une opération déplacée qui n’a aucun fondement entomologique, ni dans son initiation, ni dans son déroulement, ni dans sa validation, ni dans son exploitation. Les contacts qui ont été pris entre des entomologistes et des représentants de SPIPOLL (Réunion d’Orsay, janvier 2010) ont montré une totale incompréhension de ces derniers vis-à-vis des
préoccupations et des nécessités du monde des insectes et de leur étude.

C’est une opération de communication déguisée d’un vernis pseudo-scientifique qui ne peut produire aucune information utile ni sur la diversité des espèces, ni sur la richesse des communautés, ni sur la conservation. Elle ne peut mener rapidement qu’à une grande déception du public, dès lors qu’elle est dès le début mal accueillie par la communauté scientifique et associative et qu’aucun résultat tangible ne peut en être espéré.

UN GASPILLAGE DE FONDS PUBLICS
SPIPOLL détourne l’argent public qui aurait pu être mieux utilisé pour des études scientifiques réelles. La France a accumulé un retard considérable sur la connaissance de sa faune pollinisatrice. L’analyse de la diversité des insectes pollinisateurs devrait reposer sur l’identité des espèces, en associant au maximum les laboratoires compétents et les associations entomologiques efficaces. Malheureusement, ni ces laboratoires, ni ces associations n’ont reçu ne serait-ce qu’une fraction de la manne financière considérable dont bénéficie le programme SPIPOLL.

Une autre opération, l’Observatoire des Bourdons, qui porte également le sigle du muséum est un programme de la même veine, qui est mené par une équipe sans expérience sur les bourdons. Il apparaît comme un support de
communication pour le groupe industriel financier VEOLIA
, ici encore sans validation ni soutien scientifique.

Nous remarquons, dans le même temps, que la section d’Entomologie du Muséum, et d’autres sections qui se consacrent à la surveillance efficace de la Faune et de la Flore, souffrent d’un manque de moyen flagrant. SPIPOLL et l’Observatoire des Bourdons dilapident des fonds dont la connaissance scientifique et la bonne vulgarisation manquent cruellement. Nous estimons que ces opérations nuisent fortement à la réputation, à l’image et au fonctionnement même du Muséum d’Histoire Naturelle.

Nous souhaitons, Monsieur le Président, attirer votre attention sur ces opérations initiées, au nom du muséum, vers des pseudo-sciences très loin des exigences de la bonne science et de la communication publique de qualité qui ont construit la réputation mondiale de l’institution dont vous avez la responsabilité.

Nous recommandons au muséum de mettre fin à ces opérations, ou, au minimum, de prendre des distances claires vis-à-vis de ces initiatives.

Prof. Pierre Rasmont
Directeur du Laboratoire de Zoologie de l’Université de Mons, Belgique Rédacteur-en-Chef des Annales de la Société entomologique de France.
Partenaire du programme européen STEP de surveillance de pollinisateurs

Dr. Denis Michez
Chargé d’enseignement au Laboratoire de Zoologie de l’Université de Mons, Belgique
Membre du Conseil Supérieur Wallon de la Conservation de la Nature
Partenaire du programme européen STEP de surveillance de pollinisateurs

Dr Nicolas Vereecken, Evolution Biologique et Ecologie, Université libre de Bruxelles

Stuart Roberts, président de BWARS, National Society dedicated to studying and recording bees wasps and ants in
Britain and Ireland
Partenaire du programme européen STEP de surveillance de pollinisateurs

Bernard Vaissière, président de l’Observatoire des Abeilles, pour l’étude, l’information et la protection des abeilles sauvages en France
Partenaire du programme européen STEP de surveillance de pollinisateurs


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Ecrit par Baptiste le 28 octobre 2010 :: Classé dans Botaniqus,Débat
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Un bon blogueur est un blogueur mort

Longue absence sur le blog eco-sapiens étant donné que nous étions plongés dans une migration périlleuse. En clair, nous avons changé de serveur. Et, croyez-moi, ce n’est jamais une mince affaire que de déplacer sans perte des gigaoctets de données.

Les connaisseurs de western auront remplacé dans ce titre le mot « blogueur»  par « Indien« . Peu importe si l’officier Sheridan a réellement prononcé cette phrase, là-bas les choses se sont faites sans avoir eu besoin d’être explicitées. Aujourd’hui, combien de peuples autochtones et traditionnels restent-ils sur cette planète ?

Hier, j’ai rencontré un homme formidable (et donc quasi-inconnu…) qui s’intéresse de très près au sort de ces communautés aux multiples qualificatifs: Indiens, sauvages, autochtones, traditionnels, tribu etc.

Il a notamment eu un coup de coeur pour une tribu qui est presque tout un symbole. Les Shiwiar qui vivent en Equateur, au Point Zéro, c’est à dire à l’endroit le plus éloigné du front de colonisation. En pleine Amzonie, ne vivant que des ressources de la forêt, perpétuant une culture millénaire fondée sur l’équilibre avec la nature. Mais surtout, une tribu menacée par l’avancée globale des multinationales qui avalent goulûment l’Amazonie : bois, soja, palme et surtout pétrole.

Abstrait ? Manichéen ? Demandez à Texaco où en est le procès… Pendant 30 ans, la compagnie pétrolière a allègrement déversé 70 millions de litres de pétrole dans les rivières.  Et avec les essais sismiques pour repérer les poches de pétrole, les glissements de terrain perforent la canopée comme du gruyère de l’emmental.

En fait, si l’on dressait le catalogue des tribus encore préservées de ce monde on observerait une gradation:

  • ceux qui sont sur le déclin: autrement dit la majorité. Ainsi les voisins des Shiwiar, les Sapara, n’ont pas été épargnés par l’avancée des pétroliers. Ils coupent le bois et délaissent leurs cultures vivrières. Plus connus, les Inuits connaissent l’alcoolisme et un taux de suicide important.
  • ceux qui ont touché le fond et remontent progressivement: c’est notamment le cas des Amérindiens d’Amérique du Nord
  • ceux qui ont « réussi»  à conserver identité en côtoyant la modernité. On peut évoquer les Kunas du Panama
  • ceux dont l’avenir se joue aujourd’hui. Ainsi des Shiwiar (Jivaro) et des Kogi qui ont connu une certaine médiatisation.

Pour réussir une cohabitation fructueuse entre l’Occident et ces multiples tribus, il est indispensable avant tout d’attribuer un territoire à la tribu.  En Australie, ce droit a mis trop longtemps à exister. Ce n’est qu’en 1992, que l’Australie a reconnu rétroactivement que le continent n’avait jamais été terra nullius (territoire sans maître, territoire non cultivé et donc appropriable par le premier qui la cultive. Allez faire comprendre ce concept britannique à des gens qui vivent là depuis des millénaires…)

Ainsi donc, pour sauver les Shiwiar, il faut que l’Equateur leur reconnaisse un territoire. C’est justement l’action de l’association Arutam dont fait partie Jean-Patrick Costa. Pour le moment, grâce aux fonds collectés, les Shiwiar sont effectivement propriétaires de la forêt qui les abrite. Mais cette zone pourrait et doit encore s’agrandir car les oléoducs se rapprochent dangereusement (à peine 50km).

Le point zéro, les Shiwiar, c’est donc tout un symbole. Et si vous ne savez pas à qui donner ces temps-ci, foncez faire un don sur Arutam ou Zéro-Déforestation

Certains croiront, à tort, que je verse dans le mythe du bon sauvage. Or dans ce billet à propos de l’extermination de la mégafaune, je crois ne pas tomber dans l’angélisme. Selon moi, et avec un brin de provocation, l’Africain, l’Amérindien ou l’Aborigène sont aussi barbares que l’homme blanc. Simplement, l’Occidental a gagné. Militairement parlant s’entend. Ce n’est pas une grande preuve d’ingéniosité de sa part. Mais comme il est gagnant et que ce sont les vainqueurs qui écrivent l’Histoire, il a bien fallu qu’il justifie sa domination en se parant des vertus à la mode (droits de l’homme, développement, culture…)

En réalité, au-delà de cette « relativisation des valeurs»  qui n’en est pas une, seule compte à mes yeux la biodiversité appliquée à l’espèce humaine: c’est à dire la diversité culturelle.

OurouborosComme le dit Jean-Patrick Costa : « Nous avons beaucoup à apprendre des Shiwiar« . Non pas qu’il nous faille vivre comme eux. Mais parce que dans leur manière de vivre, ils démontrent qu’un « autrement»  est possible. Et vu l’état de suffocation de l’Occident, tel un Ourobouros aveugle et satisfait de se manger la queue, il serait bon d’examiner toutes les pistes qui nous sortiraient de ce cercle vicieux.

Par exemple le savoir. Malgré des efforts administratifs et laborieux pour promouvoir des apprentissages plus interactifs, le seul savoir légitime reste la présentation marginale. Or, la plupart des tribus ont une méthode pédagogique qui surprendrait bien des inspecteurs d’académie… Avec un savoir horizontal qui se diffuse plus qu’il ne descend au fond du puits.

Il existe d’autres manières de soutenir ces tribus. L’éco-tourisme, sujet controversé, en est une. A ce propos, Jean-Patrick Costa raconte une anecdote à double tranchant.

Il paraît que pour l’émission de TF1, Bienvenue dans ma tribu, on a demandé aux Zaparas de mettre des costumes traditionnels pour faire plus « authentique»  alors qu’en réalité, ils ne portent plus lesdits vêtements. Cela a suscité une vive polémique, certains experts dénonçant un retour aux méthodes des expositions coloniales. S’il est certain que travestir la réalité est inadmissible, on se demande pourquoi il faudrait s’offusquer plus que d’habitude. La télé ne fait que cela: travestir la réalité, faire vrai avec du faux.

Cependant, on peut aussi voir un aspect positif dans ce regain pour nos bons sauvages. D’un seul coup, les autochtones réalisent que leurs coutumes intéressent. Ils cessent, d’une certaine manière, d’être déconsidérés. Cela est d’autant plus vrai concernant le chamanisme où l’on observe une recrudescence de carrières chamanes chez les jeunes parce que cela intéresse l’homme blanc (dommage que celui-ci, 40 après Castaneda, n’en retienne encore que l’aspect psychotrope).

Au fond, c’est la question du rapport à l’autre qui se pose, encore et toujours.

Là où le colon exterminait jadis, là où le missionnaire déculturait ensuite, là où le FMI développe aujourd’hui, il ne reste plus grand chose de ces joyaux humains. Alors anthropologues et associations tentent de rétablir des ponts, en prenant soin à ne pas les transformer en autoroute. Tâche ô combien difficile dans ce monde friand de vitesse.

Il faut donc se faire à l’idée. Muettes, ces tribus sont pourtant encore parmi nous. Certaines ont compris les enjeux. Et ont choisi. Quand je dis « comprendre»  c’est qu’à mon avis il n’y a pas de mot pour décrire ce qui est un mélange de sagesse et d’orgueil. Sagesse à fonder une vie sur l’équilibre et l’harmonie. Orgueil à affirmer leur culture… de peur de tout perdre en la perdant.

Et nous dans tout cà?

Mieux vaut citer le poète.

« Le Grand Jeu est irrémédiable; il ne se joue qu’une fois. Nous voulons le jouer à tous les instants de notre vie. C’est encore à « qui perd gagne ». Car il s’agit de se perdre. Nous voulons gagner. Or, le Grand Jeu est un jeu de hasard, c’est-à-dire d’adresse, ou mieux de « grâce » : la grâce de Dieu, et la grâce des gestes »


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Ecrit par Baptiste le 16 septembre 2010 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Les autres...,Poïesis
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Bia Saldanha: sur les traces de Chico Mendes

A mon grand regret je ne connais rien du Brésil. Je n’y suis allé qu’en lecture. Avec Tristes Tropiques de Levi-Strauss et manifestement, le Brésil a bien changé depuis que l’ethnographe a étudié la tribu Mbaya. Cette tribu qui m’a toujours fasciné dans la mesure où, selon la mythologie :

« Quand l’Etre suprême, Gonoenhodi, décida de créer les hommes, il tira d’abord de la terre les Guana, puis les autres tribus. Aux premiers, il donna l’agriculture en partage et la chasse aux secondes.
Le Trompeur [...] s’aperçut alors que les Mbaya avaient été oubliées au fond du trou et les en fit sortir ; mais comme il ne restait rien pour eux, ils eurent droit à la seule fonction encore disponible, celle d’opprimer et d’exploiter les autres. »

Ce pis-aller de la domination m’a longtemps interpellé. Je crois que ce dégoût de la politique, ce rejet des politiciens est toujours actuel et en chacun de nous. Le pouvoir fascine autant qu’il débecte…

Pour ma plus grande chance, on m’a présenté Bia Saldanha, une femme brésilienne qui a fait de la politique il y a 20 ans (elle est co-fondatrice du parti vert au Brésil). Styliste de formation, elle avait ouvert dans sa prime jeunesse une boutique de mode à Rio. Sensible à la cause des séringuéros, elle a définitivement basculé lors de l’assassinat du leader syndicaliste Chico Mendes en 1988.

Peut-être ne connaissez-vous pas l’histoire de cette icône de la résistance qu’est Chico Mendes. Sa lutte pour les droits des seringueiros, et plus globalement pour la forêt amazonienne, lui a couté la vie. Quand on y pense, c’est toujours grinçant du coup d’entendre parler de Khmers verts alors qu’aucun écologiste n’a jamais tué personne*. Tandis que l’inverse est arrivé plusieurs fois…

Bizarrement, ce meurtre a davantage ému la communauté internationale que le Brésil lui-même. Cela a cependant permis au pays de dégager de véritables lois pour protéger une partie de la forêt amazonienne. Il existe aussi une réserve qui porte son nom en sa mémoire.

Mais revenons à Bia. Après son « concept store»  écologique de 700 m2 à Rio où elle cherche à développer des filières de matériaux écologiques, elle parvient à mettre au point un procédé pour valoriser le latex. Rappelons que la sève d’hévéa n’acquiert ses fantastiques propriétés qu’au détriment de quelques procédés chimiques plus ou moins clean.

Bia élabore le Treetap, une sorte de mélange caoutchouc/coton qui s’apparente à du cuir végétal. Ainsi, elle peut trouver des débouchés à l’artisanat de l’Amazonie. Où l’on voit que les démarches équitables et écologiques se rejoignent pour se confondre. Belle manière d’honorer la célèbre phrase de Chico:

« Au début, je pensais que je me battais pour sauver les hévéas ; puis j’ai pensé que je me battais pour sauver la forêt amazonienne. Maintenant, je sais que je me bats pour l’humanité »

« Valoriser la forêt sans la détruire»  m’a-t-elle répété. Non pas sanctuariser la forêt mais simplement la faire vivre avec ses habitants.

Car, faut-il vraiment le rappeler, l’Amazonie, comme les autres forêts primaires, est gravement menacée. Soja, pâturage, éthanol, un peu de palme au Sud et un peu de monoculture d’arbres à caoutchouc. Rappelons par contre que la récolte du latex à la méthode seringueros n’a rien à voir avec la récolte conventionnelle et industrielle (monocultures d’hévéas en Asie).

Pour donner un ordre de grandeur, un seul  seringueros a besoin de 300 ha de forêt. Pouah ! Quel manque de rendement ! Et en plus, le latex sauvage c’est plus cher…

C’est pourtant avec elle et avec ces seringueiros que la marque de basket Veja collabore. Je ne rentre pas dans les détails de ce mode de production qui a bien des avantages. Cette vidéo en dira plus et mieux.

Ce qui est rassurant, c’est de voir que économie et politique se mêlent ici dans un cercle vertueux. Motivé par ces nouveaux débouchés, l’état de l’Acre (où travaillent ces seringueiros) prend la voie de l’exemplarité. Mais à côté, des états voisins, notamment le Parà, sacrifient leur territoire amazonien.

Alors quand je lui demande si selon elle, ca « bouge»  assez vite, si tout de même l’échec de Copenhague (où elle était) ne lui donne pas le cafard, elle m’e répond d’un air optimiste que si effectivement cela n’allait pas assez vite, au moins on allait dans la bonne direction. Tout est question de point de vue…

Mai 2005 - Tribu photographiée pour la première fois, état de l'Acre

J’ai conclu cette rencontre en lui demandant ce qu’elle pensait de la fameuse phrase de Levi-Strauss qui, du haut de ses 100 ans, jetait ce verdict sans appel sur le monde moderne (« Je m’apprête à quitter un monde que je n’aime pas« ) signifiant par là que tout ce qu’il aimait, la biodiversité et la diversité des cultures, le XXème siècle l’a détruit.

Bia n’est pas d’accord. Et elle connaît bien les anthropologues pour en avoir épousé un ! Celui-ci étudie les tribus du Brésil dont certaines qui sont réellement coupées du monde. « L’anthropologue préfère que les choses ne changent pas» . Alors nous sommes rentrés dans ce débat inextricable autour de la technologie, de l’ingérence et du droit à tout savoir.

Et même si je ne partage pas l’optimisme d’un Occident respectant et s’enrichissant au contact de ces cultures qu’il n’a pas encore anéanties, même si je ne partage pas l’optimisme d’un Indien d’Amazonie faisant la part des choses au contact d’Internet, je me surprends à espérer que là-bas, à l’Ouest de l’Acre, on a véritablement réfléchi au monde que l’on veut construire.

Que le Nouveau Monde n’a pas encore été découvert.

* Aux éditions L’échappée, « A la recherche du nouvel ennemi»  traite du sujet de la prétendue menace écologiste inventée par la CIA et de l’académicien romancier Jean-Christophe Rufin. Indispensable pour rappeler quelques vérités en société…


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Ecrit par Baptiste le 29 juillet 2010 :: Classé dans Itinéraire,Les autres...,vidéo
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Jouons un peu avec les espèces disparues

Réédité en mars dernier aux éditions Agone, voici un livre qui est passé presque inaperçu. Il est signé Franz Broswimmer, de l’université d’Hawaï et s’intitule Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces.

Il précède et complète en tout point un autre livre, qui lui a largement bénéficié des trompettes médiatiques, le très documenté « Effondrement»  de Jared Diamond.

Le « Collapse : How Societies Choose To Fail or Succeed»  du célèbre biologiste américain avait l’immense valeur anthropologique et historique de décortiquer les différentes causes de la disparition des civilisations. Entre autres, les Vikings du Groenland (qui ont cherché à reproduire strictement leur mode de vie scandinave sur une terre bien plus rude), les Pascuans (qu’on ne présente plus depuis qu’EDF utilise cette image d’Epinal dans leurs publicités greenwashing), mais aussi les Mayas et les Anasazis.

On y apprend vraiment des tas de choses passionnantes ! Dédicace aux navigateurs polynésiens dont on se demande comment ils ont pu coloniser tous ces îlots avec leur pirogue. Une belle leçon d’humilité pour nos civilisations méditerranéennes qui barbotaient gentiment à l’époque…

En plus c’est écrit à l’américaine. Thèse, démonstrations, illustrations, résumé. D’ailleurs tous les livres de Diamond sont des perles de documentation.

Mais…

Mais le livre de Broswimmer, comme le rappelle dans la superbe préface de Jean-Pierre Berlan pour cette réédition, apporte une dimension politique que Diamond n’évoque jamais. Quand je lisais Effondrement, dont le but est quand même de nous montrer les similarités entre ces civilisations suicidaires et la nôtre qui est en train de réaliser le potlatch final, je me disais qu’il était finalement peu critique et bien consensuel.

Jamais le libéralisme ou le capitalisme n’est évoqué. On dira qu’il est américain et que cela conditionne. Mais je ne pipe pas un mot de cet argument. Sinon Hawaï n’est pas vraiment aux Etats-Unis, et Broswimmer n’est pas vraiment américain…

Alors certes, ce petit livre encore fort méconnu est peut-être moins exhaustif que celui de son compatriote. Mais il va beaucoup plus loin. Parce qu’il remonte très loin.

En effet, Broswimmer aborde un phénomène que je ne connaissais pas: l’extermination de la mégafaune. A savoir tous ces mammifères et oiseaux géants qui pullulaient sur les continents. Le mammouth est le plus connu. Mais il y a aussi le cerf géant, le paresseux géant, le tigre à dents de sabre (smilodon) et même l’intriguant et southparkien castor géant.

Or, les preuves convergent pour assurer que l’homme est directement responsable de la disparition de ces gros animaux. Gibier abondant, encore peu farouche, certes délicat à chasser… mais on retrouve des traces paléontologiques montrant que déjà, les homo sapiens savaient précipiter des troupeaux entiers dans les falaises.

Quand on lit les chiffres, c’est véritablement un carnage sur une période pas si longue. La page wikipedia (plus précautionneuse que Broswimmer mais le verdict est tout de même sans appel pour la responsabilité humaine) sur l’extinction de l’Holocène dresse un bilan honorable. Je rajouterai des élements du livre, absents de wikipedia, à propos de l’Australie. Quand les Aborigènes arrivent sur le continent il y a 47 000 ans, il y a une importante mégafaune. Tout a disparu en quelques milliers d’année. La chasse intensive, mais aussi le brûlis nous rappelle juste que les Aborigènes, malgré certaines fables, sont comme les autres colons… pas forcément soucieux de leur ecosystèmes.

Evidemment, pas question de juger ! Et encore moins de laisser croire que les Aborigènes d’aujourd’hui sont identiques à leurs ancêtres !

Une thèse qui commence à frayer son chemin, c’est celle que la révolution néolithique serait une conséquence de cette disparition de la mégafaune. Eh oui ! Le gibier se raréfiant, il a fallu aux hommes inventer d’autres systèmes d’approvisionnement, à savoir l’agriculture.

Et comme le rappelle Thoreau dans son magique Walden, on y gagne pas vraiment en se sédentarisant et en adoptant un mode vie agricole ou pastoral. Davantage de boulot, et bien plus de dépendance aux saisons, aux parasites et aux maladies.

Ah que nous étions bien dans nos grottes à travailler peu, vivant de plantes et de gibier facile…*

Quoiqu’il en soit voici un enseignement important. Quand on bouleverse irrémédiablement son écosystème, quand on provoque un ecocide, il faut aussi savoir changer drastiquement son mode de vie. Une révolution néolithique, ce n’est pas tous les jours et c’est pas facile.

Je  peine à imaginer quelle révolution mentale et factuelle il faudra déployer pour s’adapter à l’écocide d’aujourd’hui.

Revenons brièvement au livre de Broswimmer. On évoque aussi les jeux du cirque à Rome.

C’est juste dément ce qu’ils ont fait les Romains. Imaginez déjà le style: gladiateurs contre crocodiles, ours blancs contre lions, sangliers onctre hippopotames, rhinocéros, girafes etc etc. Toutes les combinaisons y sont passées. Ca fait rêver.

Question nombre aussi, les Romains n’ont pas lésiné. On se dit que ca devait pas être commode de trimbaler des gros animaux sauvages depuis des contrées lointaines et qu’il y avait quand même d’autres priorités… Eh bien non.

Les chiffres sont hallucinants. C’est la grande boucherie. 9 000 animaux sacrifiés pour l’inauguration du Colisée, 11 000 pour César, pareil pour pour Trojan et les autres empereurs… N’en jetez plus.

Ainsi sommes-nous tentés, par ces exemples historiques, de déclarer forfait. Et si finalement c’était dans la nature humaine. Des Aborigènes aux Romains en passant par toutes les tribus de cette planète. Au risque de sortir une banalité… effectivement le monde n’a pas beaucoup changé en 50 000 ans. C’est l’écocide tout le temps…

Et parallèlement, il y a toujours eu des gens lucides sur la situation, des proto-écolos ! Est-ce présomptueux de dire que Platon était écologiste ? Il n’empêche que la remarque du philosophe athénien montre que oui vraiment il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

ce qui subsiste aujourd’hui, comparé avec ce qui existait autrefois, est comme le squelette d’un homme malade, toute cette terre grasse et molle s’étant épuisée, il ne reste que le squelette décharné du pays »

Platon

On trouverait des milliers de remarques similaires à celle de Platon dans l’Histoire. Dommage que nos télécologistes modernes croient tout inventer…

Le livre se poursuit avec la chasse aux castors au XIXème siècle en Amérique Nord. C’était la mode des chapeaux en castor… Puis l’extermination des baleines (extinction définitive évitée de justesse pour certaines espèces).

Et cela finit en apothéose avec l’exemple de la guerre du Vietnam. Il faut avoir le coeur solide quand on s’attaque à ce petit livre. Comme souvent, on oscille entre rage devant le laisser-faire et désespoir devant ce laisser-aller.

Comme si certaines forces en nous étaient plus fortes que nous. Pour façonner le monde à son image, il faut que l’homme détruise.

Alors le dernier exemple sur la guerre du Vietnam prend tout son sens. Je ne connaissais pas bien non plus. Et objectivement, tout écologiste devrait avoir en tête cet exemple. Ce pays a subi le plus grand écocide. 20% de forêts empoisonnées, des surfaces agricoles qui ne s’en remettront pas, des bombes en veux-tu en voilà, en plus grande quantité que deux guerres mondiales réunies. Oh les Etats-Unis n’ont pas fait dans la dentelle en profitant de ce terrain de jeu pour tester toutes sortes de nouvelles armes. L’agent orange notamment (si si vous savez, ce défoliant fabriqué par Monsanto…) mais aussi d’autres produits qui font frémir que vous trouverez dans le livre.

Rappelons cette réalité triviale: la guerre est de loin la principale activité écocidaire.

Qui désire vraiment protéger l’environnement doit donc être contre la guerre.

Quel scoop !

*Faut-il préciser que c’est ironique ?

NB: le terme écocide est comme le terme eco-sapiens. Un mélange hétéroclite de racines grecques et latines. Les puristes pardonneront. C’est que nous avons étudié longuement des fibres optiques monomodes

Pour avoir un autre compte rendu sur le livre, il y a un savoureux article sur article11

Pour le commander, il y a le site des éditions Agone (maison indépendante)


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Ecrit par Baptiste le 8 juin 2010 :: Classé dans Les autres...,Poïesis
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Le mystère des trous du Guatemala

1365826_3_f200_un-trou-geant-au-milieu-de-la-ville-deUn article du journal Le Monde qui m’a semblé passer inaperçu alors qu’il suffit de voir la photo et de compter les morts pour se dire que cela aurait du faire la une…

Ca paraît improbable ! On croirait un trucage Photoshop. En fait, le phénomène n’est pas nouveau et il y a même des videos tout aussi perturbantes.

Il y a bien sûr des explications géologiques à ces trous de 100m de profondeur en plein centre-ville.  Deux catastrophes naturelles viennent de frapper le Guatemala à 3 jours d’intervalle. D’abord une éruption volcanique (Pacaya, à quelques kilomètres de Guatemala City), puis la dépression Agatha, une tempête tropicale qui a fait 150 morts et 100 000 évacués.

L’explication de ces trous (apparemment 60 mètres de diamètre) n’est pas tout à fait claire. Ils portent le nom de doline en géologie, des gouffres qui se forment dans les régions calcaires. Mais la spontanéité et l’ampleur de ces dolines est à peine croyable. Des glissements de terrain ? Mais où passe la boue ?

Quand je vois l’ampleur du gouffre, je me demande vraiment comment les habitants comptent réparer cela. Faut-il plutôt faire un pont ? Faut-il évacuer toute la ville qui repose peut-être sur du gruyère ?

Ces phénomènes impressionnants sont-ils possibles par la présence de l’homme ? En effet, si vous avez vu « Solutions locales pour désordre global»  vous vous êtes certainement rappelés que les inondation de plus en plus fréquentes en France sont aussi dûs à la dégradation des sols agraires. Tout bêtement, une terre morte n’absorbe plus l’eau de pluie. Une terre vivante a un pouvoir d’absorption à toute épreuve. Essaye de voir une forêt s’inonder…

J’espère que des journalistes vont pouvoir faire la lumière sur tous ces trous…

Photos des trous au Guatemala


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Ecrit par Baptiste le 1 juin 2010 :: Classé dans Itinéraire,Les autres...,Poïesis
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Quel volcan ?

magma-logoQue de bons mots a fait couler ce volcan islandais !

A vrai dire, en survolant divers articles relatifs à Eyjafjallajokull, je n’ai vu qu’un magma journalistique. Trois choses m’ont particulièrement interpellé:

  1. La polémique sur la question des émissions carbone de l’éruption, qui gâcherait tous nos efforts domestiques (« aujourd’hui j’éteins mes appareils en veille etc…» )
  2. Le consensus sur le fait que le ciel n’a jamais été aussi pur
  3. Le rappel que la nature peut-être l’ennemi de l’homme (entendez… du business !)

Pour la comptabilité carbonique, il serait temps de cesser ces mélanges entre activités humaines et naturelles. Car, avec ce genre de raisonnement, on va finir par pester contre l’évaporation des océans ou le diamètre de l’orbite terrestre qui, s’il avait été plus grand, etc etc.

Le plus amusant, dans cette histoire, c’est que j’ai lu des blogs anti-écolos ironiser sur le fait que les écologistes devraient demander à installer des pots catalytiques sur les cratères. Qu’est-ce qu’on se marre !

D’une manière générale, ces tensions (pour l’instant bon enfant) entre les pro-volcans et les anti-volcans révèlent une fois de plus l’incompréhension de la pensée écologique. Je ne sais pas qui entretient cette idée que les écologistes considèrent la nature comme bonne ou parfaite ! Il suffit de lire n’importe quel philosophe de l’écologie pour se rendre compte que c’est hors-sujet !

Du coup, ceux qui parlent de Terre ennemie (Joffrin) sont franchement pathétiques. Ou alors, on devient animiste sur tout. Un évier bouché ? Les canalisations  sont cruelles ! Un bug informatique ? L’ordinateur est cruel !

Il y a tout simplement la Terre, et nous dessus, parmi tant d’autres éléments, vivants et non-vivants.

Evidemment, personne ne se réjouit que telle ou telle personne soit bloquée. Je connais personnellement une hôtesse de l’air coincée en Angola qui ne va pas voir son enfant qui a quelques mois pendant de longues semaines.

Et pourtant, au niveau global, on ne peut que se réjouir. Un petit test, une répétition générale des crises énergétiques à venir. Car si l’on peut imaginer raisonnablement que la déplétion énergétique entrainera une baisse progressive des transports, on peut aussi penser que certains pics ou certaines crises viendront ponctuer cette tendance.

Lors du choc pétrolier de 1973, on vivait une sorte d’état de crise en France avec des recommandations gouvernementales qui feraient rugir les plus libéraux d’aujourd’hui.

Pour moi, cette parenthèse dans l’agitation générale du XXIème siècle a démontré une chose. Avec moins d’avions, on vit bien ! Le monde peut continuer de vivre.

Il serait souhaitable qu’une panne générale d’Internet survienne pendant un mois. Ainsi, on reprendrait certainement goût à la vie physique, réalisant que la vie numérique est devenue une drogue.

Ce que je trouve le plus beau dans cette histoire c’est que contrairement à ce que l’on dit, ce n’est pas tant le volcan qui provoque cette pagaille, c’est bien plus la poussière.

La poussière ! Cette petite chose insignifiante et stérile. Ce truc qu’on évacue si facilement d’un coup de torchon. Ce truc d’où nous venons et où nous retournerons.

Un grain de sable, c’est déja bien gros pour enrayer la mécanique du monde marchand. La poussière suffit largement à l’affaire !


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Ecrit par Baptiste le 19 avril 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...,Poïesis
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