Blog des eco-SAPIENS
Ethique = Cohérence

Prévisions sur ce qui va se passer sur le gaz de schiste

C’est le nouveau combat.

Oui je sais, sur bien d’autres fronts, les tranchées sont encore ouvertes : OGM, nucléaire, pesticides, huile de palme, poissons, etc… Sans compter toutes les batailles locales : l’aéroport de Notre-Dame des Landes, le loup dans les Alpes, l’ours dans les Pyrénées, l’incinérateur de Fos, l’EPR et le centre d’enfouissage, le projet ITER…

Alors quand l’ennemi fait diversion, est-ce vraiment judicieux d’entamer une nouvelle ligne ? Tout bon tacticien sait qu’il vaut mieux concentrer ses forces pour mieux écraser, l’une après l’autre, les armées essaimées par l’adversaire.

« Bataille» , « combat» , « front» , « tranchée» , « ennemi» , « armée» . Le langage martial est-il bien judicieux lorsque l’on parle d’environnement ? En recourant, plus ou moins inconsciemment, au vocabulaire militaire, ne sommes-nous pas en train de diaboliser celles et ceux qui ne font que leur boulot ? Et surtout, ne risquons-nous pas de passer pour des fanatiques ?

J’ai employé à bon escient la métaphore guerrière pour rappeler un fait bête et méchant. Mais comme c’est dans l’ère du temps, mieux vaut être clair et net.

Plusieurs évènements tendent en effet à laisser accroire que le terrorisme écologiste existe.

On connaît la chansonnette : après Al Qaïda, l’écolo serait la deuxième menace terroriste en ce monde. On tremble !

Mettons donc les points sur les i : personne n’a jamais été tué par un écologiste. Que l’écologie soit une menace (pour l’ordre établi, la cupidité des intérêts privés, etc) c’est certain. Que certains mouvements écologistes, formels ou informels, aient déjà dégradé ou détruit des bâtiments oui aussi. Dans le jargon, on dit plutôt « neutraliser» …

Alors on se braque sur les mouvements de libération animale qui menacent les laboratoires d’expérimentation.

L’écrivaillon et diplomate Jean-Christophe Rufin avait d’ailleurs commis un roman à ce sujet. Le plus inquiétant est que l’académicien confondait sa fiction avec la réalité. Déballant toutes ses inepties à la télévision, c’est finalement Michel Polac qui lui répond (cf cet extrait, à 5min 54sec) que bon, l’écologie profonde, c’est plutôt petit et pas très grave par rapport à, par exemple, les anti-avortements américains.

Et Polac ajoute nonchalamment:

« Mais bon, les écolos n’ont pas commis de crimes comme les fondamentalistes.» 

Et Rufin de rétorquer

»  – Bien sûr que si ! Les écologistes radicaux tuent !» 

Là le lecteur attentif que je suis cherche donc le fait qui étaiera un tel propos. Le voici ! Des membres du FLA qui vont traire les vaches au Kosovo sous les bombes. Je n’invente rien. Rufin, quand on lui demande les crimes qui démontrent que les écologistes sont dangereux, ils invoquent deux trois péquins partis traire les vaches au risque de  leur vie.

L’Académie est pleine de gens irremplaçables…

Fin de cette parenthèse sur la prétendue dangerosité d’un mouvement qui d’ailleurs devrait plutôt déplorer sa non-violence au point d’avoir subi les bavures de l’armée ou des renseignements généraux.

Ah non encore autre chose ! Vous avez lu cette histoire de l’infiltré des services secrets anglais qui non seulement n’a pas trouvé que les écolos radicaux étaient des tueurs potentiels, mais surtout a fini par embrasser la cause environnementale. On rêve d’une situation inversée où un écolo infiltrerait nos services secrets… et leur retournerait le cerveau.

Alors pourquoi aujourd’hui les gaz de schiste ?

A vrai dire, quand on est submergé chaque jour par les mauvaises nouvelles, on finit par se forger une sorte de carapace qui devient fort commode pour ne plus rien faire. Tout est perdu alors à quoi bon lutter. Mais avec les gaz de schiste, je ne sais pourquoi, je reprends espoir. Ce n’est pas « nouveau»  et il n’y a donc pas besoin de débalterer scientifiquement. Cf débat sur le nucléaire, les OGM ou les nanos où, à chaque fois, on tombe dans le débat d’expert, qui ne fait que contourner le véritable problème.

Là il s’agit de gaz. Celui qu’on connaît. Certes, la méthode d’extraction est nouvelle. Et on peut effectivement vouloir débattre des aspects techniques. Est-ce sans danger ? La réponse est non bien évidemment. N’en déplaise aux gaziers américains qui viennent de publier un communiqué s’indignant de la nomination du documentaire Gasland aux Oscars. Et maintenant les stars canadiennes qui réalisent un clip contre le gaz de schiste au Québec. En France, ce sont les communes concernées par les permis d’exploration qui se soulèvent.

Bref, ca ne sent pas bon et les géants du gaz l’ont compris. Alors, il faut plier le débat. Et ne pas rentrer dans l’argumentaire technique. Juste dire que si l’on en vient à prospecter ce gaz, c’est donc que le gaz conventionnel s’épuise. Et de se demander, une fois le gaz de schiste épuisé, que restera-t-il ? Et donc de démontrer que ce n’est qu’une fuite (de gaz !) en avant.

Chaque jour, 1000 personnes signent la pétition en ligne lancée par Bové et Nicolino. Ce n’est pas grand chose mais c’est le préambule avant le face à face. Politique d’abord. On vainc l’ennemi d’autant plus facilement qu’il n’a même pas commencé à mettre le pied dans la porte.

Cette bataille est gagnable aisément.

Il ne tient qu’à nous de prendre les devants.

PS: Vive le Québec libre !


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Ecrit par Baptiste le 27 janvier 2011 :: Classé dans Débat,Les autres...,Participez
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La conférence eco-SAPIENS avec Dominique Bourg et Sébastien Kopp

Comme promis, voici le compte rendu de notre conférence du 3 Décembre autour de la question « Y a-t-il un business model dans la décroissance ?» 

Conférence est un bien grand mot puisque l’idée était bien de profiter de la convivialité et de la simplicité du lieu (l’Equitable Café à Marseille) pour pouvoir discuter décontracté.

Comme cela a duré deux heures, qu’il y a eu environ 30 questions/interventions, il est inconcevable de balancer l’enregistrement tel quel. Voici donc le synopsis.

Développement durable et décroissance

Et si on passait à côté du débat !

le sens bordel !
D’emblée, Dominique Bourg envoie le développement durable aux oubliettes. Non seulement il explique (en s’appuyant sur le rapport de Tim Jackson… on en reparlera) que ce n’est pas possible de découpler croissance économique et prélèvement des ressources, mais il va plus loin encore dans son « apostasie» .

Le Développement Durable aura servi à masquer les questions soulevées par les pionniers de l’écologie qui interrogeaient la notion de croissance. Les 25 années d’essor du DD correspondent au moment où le néolibéralisme s’impose !

Autrement dit, les masques tombent. Le développement durable n’était que de la verdure digérée par le libéralisme. Et on a perdu du temps. Au passage, M Bourg rappelle quelques bases de la littérature décroissante. A savoir que la technologie ne résout pas les problèmes écologiques en raison de deux biais : création de nouveaux besoins donc de nouveaux biens (fuite en avant consumériste) et abaissement du coût de production entraînant une « démocratisation»  des biens (effet rebond).

Il rappelle que des études démontrent que le maximum de bonheur ne correspondent pas au maximum de consommation de biens matériels (ndr: il fallait bien une étude pour ça !)

Sébastien Kopp met lui aussi les pieds dans le plat en disant qu’il avait demandé à changer le titre de la conférence (ce qui est vrai !). Croissance, décroissance, développement durable, on oublie un pilier fondamental, peut-être le seul : celui du sens. Quelle vision, quel projet de société, quelle portée culturelle et artistique ?

Paradoxalement, partant du constat que l’économie a pénétré toutes les sphères du réel, il explique qu’il faut donc créer des entreprises qui ne créent non pas de la richesse ou de la valeur mais qui créent du sens. En espérant que le sens suffira à faire office de marketing…

Je résume cela à la simple question de savoir pourquoi on se lève le matin et si l’on est heureux de se lever ! Etrangement, la recherche de la rentabilité a conduit nombre d’entreprises à trouver des modèles économiques de plus en plus complexes, voire incompréhensibles. D’une certaine manière, on s’éloigne du sens.

Au fond, cette quête obsessionnelle de l’argent démontre justement l’absence de sens. Comme on n’a pas de projet de société, en attendant, chacun cherche à accumuler le plus possible pour le jour où il y aura un projet de société.

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Le pouvoir d’achat et le sens d’achat

Dominique Bourg plussoie ces remarques. Il observe que c’est la même désorientation qui sous-tend la notion de principe de précaution (même s’il n’est évidemment pas contre le principe de précaution).

Vision d’horreur : et demain ? la question du sens sera-t-elle encore possible demain ? Il évoque le projet transhumaniste qui vise à affranchir l’homme de toute limite, notamment l’immortalité.

La question du sens est révolutionnaire. C’est la seule qui soit aujourd’hui tabou. C’est pourtant la première que se posent les sociétés traditionnelles.

Sébastien Kopp raconte. Venant de milieux aisés et ayant fait de bonnes études, on ne se pose pas la question si « entreprendre » est facile ou difficile ». On se dit  juste « si ce n’est pas nous qui le faisons, qui le fera ? ». On a fait une boîte pour travailler dedans mais aussi pour pouvoir se procurer la basket dont on rêvait.

Il mentionne les plus-values de la basket Veja (coton bio, agro-écologie, seringueros, payer le caoutchouc au prix qu’il faut pour laisser la forêt en pied).

Après 3 ans, ca marche. Mais on devenait des petits patrons un peu cons… Qu’est-ce qui se passe dans l’entreprise ? On pourrait être en SCOP par exemple. Pour l’instant on a plafonné les écarts de salaires.

Le projet est chouette mais si c’est pour finir patron en 4×4, on rate l’essentiel ! Paradoxalement, la première prime pour la coopérative brésilienne a été dépensée pour avoir des antennes télévisions… alors qu’il manquait tout là-bas ! Mais on ne peut rien dire. Ou alors on tombe dans le neo-colonialisme.

La consommation est un vote ! A pas tant que ça, on peut changer les choses rien que par le choix des achats !

Ecouter la partie 2

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Contradiction et polémique sur EDF

Je rappelle les 3 modes d’eco-SAPIENS. L’information pour expliquer et convaincre par la raison. Le comparateur de produits pour la facilité d’accès, convaincre par la pulsion. Et enfin, l’entreprise elle-même qui a choisi la cohérence selon l’adage attribué à  Gandhi : « L’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul ». Statut coopératif et La Nef.

Sébastien Kopp évoque en plus le fournisseur d’électricité verte Enercoop dont Veja est sociétaire et client. Mais il s’étonne de voir que ces acteurs exemplaires soient aussi peu connus finalement et que les principaux concernées fassent faux bond. Ainsi Les figures médiatiques de l’écologie pourraient les propulser en y adhérant.

J’évoque mon expérience personnelle où, invité à la Fondation Nicolas Hulot, j’avais expliqué que je relaierai les actions quand la fondation changera de banque pour la Nef (eco-SAPIENS ainsi que ses salariés sont à la Nef)

Ca tombe bien, Dominique Bourg fait partie de la Fondation Nicolas Hulot. Il reconnaît que ce pourrait être un formidable echo. Mais il faut savoir lier les deux : petites initiatives exemplaires d’un côté et grosses machineries un peu inertes de l’autre. Si FNH ne va pas chez Enercoop, c’est parce qu’on reçoit des sous d’EDF. C’est effectivement une contradiction.

A la question posée pour savoir si la fin justife les moyens, Dominique Bourg rappelle que pour gagner en indépendance, il faut avoir beaucoup de dons personnels. Or les attaques climato-sceptiques ont sensiblement fait baisser cette part de don. Comme il travaille aussi avec EDF, il ne veut pas qu’on laisse croire qu’EDF est une entreprise de 150 000 salauds. Le monde n’est pas manichéen. Il faut savoir assumer ses contradictions. Enercoop a au moins le mérite d’inspirer EDF.

Sébastien Kopp répond qu’on a pas vraiment le temps d’attendre qu’EDF change.

Si Enercoop devient « en terme de taille » comme EDF, Enercoop deviendra-t-elle « en terme de valeur » comme EDF ?

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Avalanche de questions

Peut-on réduire l’Amazonie à sa valeur marchande ? Viable est préférable à rentable ?
Les initiatives porteuses de sens progressent mais sont petites. N’est-ce pas la course du vélo contre le TGV ?

Malheureusement, toutes ces belles initiatives ne font pas système.
Voire !

Sempiternelles questions sur les pauvres (au Sud comme au Nord) à qui on ne peut pas demander de faire une fort supplémentaire (l’éco-consommation est souvent plus chère).

Sébastien Kopp: Ceux qui ont la possibilité de le faire ne le font malheureusement pas. On vise les salaires medians. Or ils ont une vraie responsabilité car ils ont la gouvernance financière, intellectuelle et culturelle. Et c’est ceux-là qui ne changent pas !

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Salauds de pauvres

Internet va vite et permet de connecter ce fourmillement d’initiatives « sensées» . Il manque certainement une incarnation (politique ? syndicale ?)

On a tellement peur de froisser les gens qu’on ose plus dire en face qu’ils dépensent mal leur argent. L’argent n’a qu’une valeur. Mais ne véhicule plus de valeurs…

Anecdote des salariés Moulinex qui manifestent contre la délocalisation de leur usine alors qu’ils achètent de l’électro-ménager chinois.

Beaucoup d’interventions pour démontrer que le choix par exemple d’une alimentation bio, ne dépend pas vraiment du revenu.

Ecouter la partie 5

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12 questions pour finir

En tout, il y aura eu 30 interventions dans la salle. C’est bien !

Sans pub, comment Veja s’est fait connaître ?

Veja peut continuer à se développer sans croître ?

Le système s’effondre aussi car même physiquement les gens s’effondrent (observateur de la Sécurité sociale)

Quid Enercoop ? Les certificats verts ? Les AMAP ? le statut SCOP

Relation Travail/Consommation

Ecouter la partie 6

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Encore un grand merci à Sébsatien Kopp de Veja, à Dominique Bourg bien sûr, à l’Equitable café pour l’accueil chaleureux (même si on a été privé de fanfare !) et des bises à l’Elephant du poulailler qui assure toujours pour transformer des citrouilles en carrosse.

La bande complète de 1h45min est disponible mais pèse 100 Mo !


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Ecrit par Baptiste le 15 décembre 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...,Participez
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Ipad, Iphone et Imonde…

geek jusqu'au boutMon nom est l’ecolo-geek.

C’est à dire que je suis un écolo, qui mange bio et vis sans voiture dans la ville, qui, selon les dernières études, a une empreinte écologique paradoxalement inférieure à celle de la campagne. Ca s’appelle même l’éco-densité.

Je suis écolo donc.

Mais je suis aussi geek. C’est à dire que je suis né à une époque où mes parents achetaient les premiers micro-ordinateurs. J’ai vu passer l’Amstrad, l’Atari et Windows95. J’ai connu les trafics de CD gravés au lycée qu’alimentait le seul type à avoir un graveur à la maison. Bref, je suis peut-être moins agile des raccourcis claviers que mon petit cousin, mais lui est quasiment devenu autiste car il n’y a rien de pire qu’être adolescent à l’heure des blogs et de facebook…

Je passe 9h par jour devant mon ordinateur. Disons deux tiers pour le travail. Un tiers pour surfer.

J’ai mes habitudes, mes flux RSS bien rangés, mes forums de prédilection, mon compte gmail, bit.ly, twitter, facebook et plein d’autres que je n’exploite pas à fond. Parfois, pour tuer le temps le soir, je vérifie que je n’ai pas reçu de mails importants à minuit…

Atari portableLe seul problème, c’est que je n’ai pas d’Ipad ni d’Iphone. Alors, quand je voyage en train régional express ou attends sur le quai le passage du métropolitain, je me sens en manque. J’ai des secondes disponibles dans les interstices inoccupées de ma vie… et je n’en fais rien. Pas d’écran à lire. Pas de clavier à pianoter. Je suis même, ô suprême vice de la modernité, injoignable.

Alors je me convainc que de toute façon, toute cette camelote électronique n’est en réalité pas du tout écologique. Une part due au fameux effet rebond qui dit que certes, envoyer un message impacte moins aujourd’hui… sauf que nous sommes des milliards à envoyer ces messages virtuels.

On appelle cela la démocratisation.
On peut aussi l’appeler standardisation.

Une autre part due au simple prélèvement des ressources. Energie, eau, minerais.

Je sais que les métaux et terres rares utilisés pour tous ces nouveaux objets si XXIème siècle sont, comme leur nom l’indique, limités. Voire très limités. Plus de platine, plus de palladium, plus d’iridium. Et le coltan qu’on extrait dans le coeur des gorilles congolais.

Alors, quand je vois que tout site écolo, tout blog écolo, tout animalcule écolo est en train de développer son application Iphone, Blackberry, Androïd (ou le prochain qui sortira), je me pose des questions sur ce qui, après développement durable semble être un nouvel oxymore : ecolo-geek.

Autant dire chauffard responsable.

Où fixer la limite ? Bizarrement, aléatoirement, il semble que je l’ai fixée jusqu’aux écrans qui tiennent dans la main. Pourquoi ? Car un écran, c’est aussi un miroir, un reflet de soi-même. Et qu’instinctivement, me regarder continuellement dans un miroir n’est pas de mon acabit…

Peut-être au fond ne suis-je ni écolo ni geek. Mais que suis-je alors ?

J’ai demandé à Google.  15 200 000 résultats.

Walton Ford


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Ecrit par Baptiste le 26 novembre 2010 :: Classé dans Débat,Poïesis,Un peu sur nous
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Bienvenue chez Soleil Vert

Que du jour au lendemain, l’Etat, de concert avec l’industrie agro-alimentaire, décide de (ré)instaurer l’anthropophagie, nul doute que la révolte du public ne le mette aussitôt à bas.

– Mais, attendez- rien n’empêche d’en parler en interne. Entre gens sans préjugé. Théoriquement.

Les économistes dans les séminaires d’entreprises et les colloques universitaires soulignent la gravité de la crise des protéines, en rapport avec l’essor démographique et le tarissement des ressources.

Invités des cercles de réflexion et de prospective, les écologistes indiquent que, du point de vue de la souveraineté alimentaire, de la re-localisation de l’économie, et du respect de la bio-diversité, mieux vaut consommer un kilo de protéines autogènes, que de détruire un are de forêt amazonienne pour l’importer.

Les chimistes expliquent aux commissions parlementaires que la protéine, c’est de la protéine ; on peut lui donner le goût du veau, la couleur du saumon, un parfum de vanille, l’aspect d’une pizza.

Les anthropologues rappellent qu’il n’y a là rien de nouveau, le cannibalisme, y compris alimentaire est vieux comme l’humanité, et persiste dans certains endroits.

Les églises s’interrogent, et appellent au dialogue sur ce retour à l’authentique communion.

Les urbanistes regrettent le gaspillage de l’espace par les cimetières.

Les éthiciens remarquent qu’on est somme toute dans une variante du don d’organes et que l’important est le respect de la personne, et le caractère volontaire du don.

Une étude de l’Inra prouve la supériorité des farines anthropiques, leurs bénéfices pour la santé – élimination des virus et bactéries exogènes-, et leur rendement exceptionnel.

Les scientifiques des laboratoires de diététique moléculaire fustigent l’irrationalisme et l’obscurantisme des opposants aux recherches sur les Nouvelles Calories, qui voudraient nous ramener à l’âge de pierre et de la cueillette.

Les dirigeants pourfendent les végétariens. « Faire croire que l’on imposerait une alimentation anthropophagique à la population sans débat préalable, et que l’on transformerait les hôpitaux en abattoirs de science-fiction relève de la théorie du complot, etc. » Un sondage montre qu’en dehors de 15 % de conservateurs hostiles et de 15 % de modernistes enthousiastes, la population ne sait pas grand chose des Nouvelles Calories, et donc la Commission des Débats de Société organise avec l’association Vivaviandes un cycle « Farines anthropiques : à quelle sauce va-t-on nous manger ? »

L’avis consultatif du comité des sages, représentants du gouvernement, du sénat, du parlement, de l’industrie, des églises, de l’académie des sciences, conclut en toute indépendance, que ceux qui n’aiment pas ça, ne doivent pas en dégoûter les autres ; que chacun doit avoir la liberté de choisir ; et que donc, au-dessous de 1 %, la mention d’homoprotéines dans un produit alimentaire n’est pas obligatoire sur l’étiquette.

Disposition d’ailleurs contestée et violée par la marque Soleil Vert. Soudain, une mystérieuse épidémie de fièvre porcine, attaque biologique ou mutation d’un virus en batterie, extermine le cheptel mondial, et il n’y a plus d’alternative aux Nouvelles Calories. Dans l’urgence de la famine, le gouvernement sort des projets de ses cartons – gouverner, c’est prévoir-, dont l’interdiction de la crémation et la réquisition de toutes les réserves de protéines disponibles.

Mais qu’on se rassure : nous vivons en démocratie. Nous n’allons pas fabriquer des clones pour les cannibaliser.

*En voyant le nouveau logo proposé par Carrefour « Nourri sans OGM» , je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ce texte signé Pièces et Main d’Oeuvre. Il figure dans le livre « Terreur et Possession»  qui est un « indispensable« .
N’est-ce pas beau de voir Carrefour dire « liberté de manger ou pas des OGM»  ?

Dédicace amicale au Marcel Vert qui s’est laissé engluer dans ce genre de publicité !


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Ecrit par Baptiste le 5 novembre 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...,Poïesis
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la propreté intellectuelle, c’est le viol… ou l’inverse

S'éveiller et jouer à la guerre

On connaît tous le refrain: « si je fabrique des armes, ce n’est pas pour attaquer, c’est pour me défendre face à l’autre qui fabrique des armes« .

Il a donc suffi que le premier être humain souhaite se défendre pour instaurer une ère à jamais belliqueuse. Le concept de « guerre préventive»  n’est d’ailleurs pas tant un euphémisme de la novlangue qu’un pléonasme. Si l’on attaque, c’est toujours pour défendre ses intérêts, considérant sa survie menacée. Idéologique (le Lebensraum) ou mercantile (Irak) l’invasion se fait toujours pour préserver son propre système.

Jusque là, rien que de très ancien.

Aujourd’hui, on fait moins la guerre avec des bombes qu’avec des accords et des brevets. Les bombes sont hélas toujours là, lorsque les juridictions ne suffisent plus. C’est l’adage « La guerre n’est qu’un prolongement de la politique par d’autres moyens»  que l’on doit au baron Von Clausewitz.

Là où le jeu guerrier devient subtil, c’est que les attaques économiques (OPA, délocalisations) et juridiques (OMC, droits des brevets) ne peuvent réellement être assumées que si l’on est sûr de sa force militaire. En clair, si Mc Donald’s vous menace d’un procès, vous y ferez attention alors que si vous recevez une lettre d’un avocat du Groenland, bah vous vous direz « cours toujours !» 

En dernier ressort, il y a toujours les canons. A ne faire sortir de la paperasse que si la cible s’évertue à ne pas céder.

Merci Monsieur le Baron.

Alors voici deux histoires juridiques dernièrement arrivées à eco-sapiens.

La première, où l’on verra que c’était nous les plus forts. La seconde où l’on verra qu’il faut savoir se cacher…

Une obscure fondation d’entreprises, comme il en fleurit chez toute compagnie qui a quelque image à redorer, a décidé de récompenser des étudiants qui mettraient les nouvelles technologies au service de l’environnement. Il y a 5 ans, « nouvelles technologies»  ca voulait dire Internet. Aujourd’hui, ca veut dire RFID, ces petites puces pour rendre les objets communicants et même « intelligents» . Ces RFID pourraient non seulement être présents sur chaque objet manufacturé mais aussi sur chaque être humain qui peut, lui, être communicant sans être intelligent…

Fiction ? Les moutons sont déjà fichés (c’est obligatoire). Alors n’importe quel troupeau fera l’affaire. D’ailleurs, on ne va pas mettre cela sous la peau (« et l’intégrité, monsieur» , « et la dignité humaine ?» ). Non. On va d’abord mettre cela dans des objets qui ne nous quittent pas. Portable, ordinateur, titre de transport par exemple.

Il se trouve que l’étudiant qui a remporté le concours avait proposé une sorte de logiciel qui commanderait une climatisation et pourrait la régler au mieux en connaissant le nombre de personnes dans une salle grâce aux RFID. A ce niveau, on est pris comme d’un vertige.

D’abord, il faut informatiser. Ensuite il faut une climatisation. Après, il faut des RFID et enfin il faut un logiciel. Il y a à peine quelques années, si on avait chaud, on proposait d’ouvrir la fenêtre.

On pourrait en rester là. Mais le hic! c’est que le nom de cet admirable projet était « ecosapiens»  .

Comme quoi on peut être étudiant en 2010, savoir programmer des logiciels couplés avec des RFID mais ne pas savoir taper dans Google le nom qu’on a choisi. N’importe quel groupe de musique ou n’importe quel club de bridge a ce réflexe au cas où le nom renverrait une webographie sulfureuse.

Incompréhension d’autant plus forte que dans le jury figurait une personne qui nous a rencontrés et qui nous avait envoyés des mails pour faire des partenariats. Offre que nous avions à l’époque décliné par manque de cohérence écologique (publicités McDo, Coca et Cetelem quand on parle d’environnement et de social, ca fait brouillon).

Happy end, nous avons eu l’étudiant en question. Devant l’arsenal juridique exhibé par nos soins, il a compris qu’il n’y avait pas d’échappatoire.

Sous les fleurs… des canons.

Deuxième histoire: la défaite.

Une lettre avec accusé de réception ce n’est jamais bon signe. Dans un langage admirablement châtié, on nous explique que la catégorie Eveil et Jeux va devoir être renommée. D’abord on n’ose y croire. Il y a une cinquantaine de sites internet qui utilisent cette dénomination, certains pour des livres, d’autres pour de la puériculture. Mais bon, la marque est déposée, le langage admirablement châtié et l’entreprise plus costaude que nous.

Un petit coup de fil quand même pour dire que l’on change cela (désormais c’est Eveil et Jouets) mais qu’on reste un tantinet ébaubi. Nous avons d’autres catégories qui pourraient ainsi être débaptisées si l’INPI n’autorisait pas chaque mot du dictionnaire à être reconnu comme marque… Chambre Enfant ? Mobilier de jardin ? Epicerie sucrée ? Boissons chaudes ? Qui sait ?

Cet échange courtois avec l’avocat (elle fait son boulot) me rappelle que chacun a son monde. Il y a le bon sens et il y a la propriété intellectuelle. Parfois cela se rejoint; parfois il y a des dérives (brevets sur le vivant, sur des savoirs ancestraux, bio-piraterie). Surtout, cela rappelle cette évidence sur laquelle le discours écologiste glisse parfois trop vite : les mots ont un sens et ils ont encore une force.

Dommage que nos sociétés aient défini un protocole pour les mots quand il s’agit d’intérêt privés mais pas quand il s’agit de moralité publique. Ah… si l’INPI avait autant de force que l’OIP

Aussi, si vous avez 10 minutes et que vous souhaitez découvrir les charmes de cette terra incognita qui s’appelle « code de la propriété intellectuelle« , vous ne serez pas déçu. Ca fourmille d’anecdotes sur des conflits aux consonances surréalistes. Imaginez France Telecom attaquer le journal chrétien La Vie parce que… « Bienvenue dans la vie.com« .

Je vous laisse le soin de savoir si France Télécom a gagné…


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Ecrit par Baptiste le 13 juillet 2010 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Un peu sur nous
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Rendez-vous au salon Primevère

primevereCoucou !

C’est l’autre nom de la primevère qui commence de fleurir dans mon jardin tandis que les perce-neige sont encore en pleine forme, oscillant leur tête de bas en haut.

Au creux des mots le secret des choses… Primevère c’est étymologiquement la première du printemps. Et comme tout est lié, c’est aussi la période où le coucou fait entendre son joli chant.

Par contre, les Espagnols sont ici des faux-amis puisque « été»  se dit verano ce qui fait croire que la primevère serait la première de l’été.

Quoiqu’il en soit, le salon Primevère lui, n’attend pas le printemps mais se cale sur la floraison de notre amie officinale. C’est à Lyon, pendant trois jours, à partir du vendredi. Comme à son habitude, le salon accueillera la crème des alternatives écologiques, bio et équitables. L’année dernière, nous avions découvert Tripalium (fabriquer son éolienne).

Cette année, pour les conférences, il y aura PMO pour parler nanotechnologies, Nicolino pour parler Bidoche, Danielle Mitterrand sur l’eau, et surtout des nouveaux thèmes qui pontent le bout de leur nez… la sortie de l’économie, les monnaies libres et gratuites.

Nous espérons vous rencontrer dans le labyrinthe des exposants. Nous aurons même l’honneur d’être exposés via notre poster « Les bons labels et les truands« …

Le même que celui qui erre quelque part dans un wagon du RER D… un soir que j’avais la tête à penser aux coucous…


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Ecrit par Baptiste le 23 février 2010 :: Classé dans Botaniqus,Itinéraire
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Réponse à Chantal Jouanno sur les nanotechnologies

Camera-peinture-BanksyQu’on se rassure, il ne s’agit pas de politique. Ou plutôt si ! Mais de Politique au sens d’art de l’impossible.
Mais, en tant que suiveur de longue date du débat sur les nanotechnologies, il me tenait à cœur de pouvoir expliciter les malentendus sur les anti-nanotechnologies. Il se trouve que la secrétaire d’état à l’écologie, Chantal Jouanno, tombe à pieds joints dans toutes les idées reçues. Naïveté… ou technique de communication.

Extrait commenté de l’entretien paru dans Le Monde

Nous ne construirons une société écologique que dans une démocratie réaffirmée. Briser l’élan de la parole, empêcher les débats publics et l’information sont les voies redoutables de la tyrannie, non pas verte, mais tout simplement obscurantiste. Ce sont pourtant ces procédés qui bloquent aujourd’hui le débat autour des nanotechnologies, ouvert le 15 octobre 2009 et qui doit se clore le 23 février 2010. Cet engagement du Grenelle de l’environnement, voulu par tous ses acteurs – associations, syndicats, acteurs économiques et experts – est aujourd’hui en butte à d’inquiétantes entraves.

Dire que les empêcheurs de débat public sont des obscurantistes, c’est croire qu’il existe des obscurantistes. C’est à dire des gens qui diraient « halte au savoir !» . Honnêtement, mis à part les créationnistes, absents du débat français, on connaît peu de cette clique là. Il faut rappeler que les collectifs anti-nanos, dont Pièces & Main d’Oeuvre est incontestablement la figure de proue, ne versent pas vraiment dans l’obscurantisme. Il suffit de lire leur abondante littérature pour se convaincre qu’ils maîtrisent mieux que n’importe quel politique (et même n’imprte quel technicien !) les concepts et enjeux des  technologies convergentes. Et pour cause, la critique des nanos vient aussi et surtout des milieux scientifiques, universitaires et de chercheurs !

La clique qui existe bel et bien, c’est celle des technophiles. C’est à dire de ces gens qui confondent progrès et progrès technique. Ces gens qui naviguent encore sur cette vétuste conception de la science neutre démentie par l’histoire et l’actualité quotidienne.

Inquiétantes, tout d’abord, parce qu’elles trahissent les fondements mêmes de notre démocratie que sont la libre parole dans l’espace public et l’accès à l’information. Remplacer le verbe par la menace ou la violence, c’est manquer à notre tradition de liberté éclairée et partagée. Empêcher la tenue d’un débat dont le principe a été discuté, admis et inscrit dans la loi Grenelle 1 du 3 août 2009, c’est dénier la démocratie.

C’est un paradoxe que de dire que la libre parole est gage de démocratie quand on empêche la parole anti-nano de s’exprimer. Passons sur la menace ou la violence qui sont des fantasmes purs et simples. Ou alors dans quelle catégorie d’arme classer la boulettede papier ? On dirait du Jean-Christophe Rufin qui voit dans les divers fronts de libération animale (inexistants en France d’ailleurs) une menace terroriste majeure quand ces groupuscules étrangers n’ont jamais blessé le moindre humain. Pour information un certain Wouter Basson, aimablement surnommé à juste titre Docteur La Mort, est lui un scientifique dont les exploits terroristes sont tels qu’on se demande comment il peut encore officier dans les universités. A croire que stériliser les femmes noires et concocter des cigarettes à l’anthrax est un crime moins grave que libérer une douzaine de singes comme Brad Pitt.
Bref, on est ici dans le mensonge ou l’exagération.

Par contre, on peut admettre que ce soit effectivement un déni de démocratie que d’empêcher un débat qui a été décidé par une loi. Il s’agit plus d’entrave à la loi que de refus de la démocratie (beaucoup d’organisations environnementales ont dénoncé le Grenelle… mais c’est un autre débat).  Mais du coup, comment qualifier ceux qui organisent un referendum et passent outre (29 Mai) ou ceux qui n’appliquent pas la loi sur le logement social etc. Ne sont-ce pas là des manifestes dénis de la démocratie ?

Inquiétantes, aussi, parce qu’elles ferment la voie à ce que l’évolution du monde nous impose aujourd’hui de fonder : une politique appuyée sur des choix éclairés et débattus. Dans un domaine récent et en croissance rapide, les débats entre experts scientifiques sont une nécessité : il n’est pas de décision responsable qui soit fondée sur l’ignorance. Les bénéfices espérés des nanotechnologies pour nos modes de vie peuvent être majeurs, leurs effets potentiels sont à explorer. Elles appellent donc une information et une réflexion collectives. Elles appellent de nouveaux processus de concertation, ceux-là mêmes que le Grenelle de l’environnement a inaugurés. Empêcher le débat, c’est limiter l’accès au savoir et insulter notre société.

Paradoxe paradoxe… « L’évolution du monde nous impose»  mais il y a « un débat pour décider« … Et comme on aimerait entendre ces déclarations vertueuses pour d’autres enjeux technologiques comme les nouveaux chantiers nucléaires (nouvelle génération et fusion ITER), le type d’enfouissement des déchets associés (ah mais si le débat a eu lieu… après décision par lesdits experts), ou encore l’expérimentation génétique. En somme, nous souscrivons volontiers à ces pétitions de principe. Tout en regrettant que ceci n’ait jamais eu lieu en réalité. Et nous regrettons bien sûr que la seule fois où les experts se frottent vraiment à l’opinion publique et la démocratie populaire, ils dénigrent la vindicte plébéienne…

Entraves inquiétantes, enfin, parce que si elles ferment la porte du savoir et du progrès, elles ferment tout autant celle de la précaution. Ne nous mentons pas : la sûreté de notre société ne peut être construite dans l’ignorance des évolutions qui sont en cours. Car parler de nanotechnologies, c’est parler de quoi ? Non seulement de l’avenir, avec les inquiétudes autant que les espoirs qu’il soulève, mais c’est aussi parler de notre quotidien. Des cosmétiques à l’électronique, en passant par les emballages alimentaires, les médicaments ou les raquettes de tennis, leurs applications se multiplient.  C’est donc aujourd’hui qu’il nous faut apprécier leurs impacts potentiels, qu’ils soient sanitaires, environnementaux, économiques ou éthiques, pour accompagner leur développement.

Prétendre qu’un tel débat n’a pas de sens est imprudent puisque, précisément, certaines nanotechnologies sont déjà sur le marché. Le développement des sciences et des technologies est encouragé par notre société et c’est à notre société de construire une démocratie capable de les réguler et de les encadrer. C’est à notre société de refuser que les applications de la science deviennent incontrôlables. Le débat est une voie de régulation, car il permet de discuter et de fonder nos choix collectifs. La transparence, clé d’un accès partagé au savoir, l’est tout autant. C’est pourquoi nous avons voulu mettre en place un inventaire obligatoire de toutes les utilisations connues de substances nanoparticulaires dans le projet de loi Grenelle 2, actuellement en discussion à l’Assemblée nationale. C’est là une première, qui fait de la France une pionnière en matière de débat public et de vigilance sur ces questions.

Paradoxe toujours ! Les nanotechnologies sont déjà là. « La démocratie ne sert qu’à les encadrer« . Et dans la phrase d’après, on nous dit que le débat sert à discuter les choix collectifs. Choisir ou encadrer il faut… débattre.

On en perd son latin face à cette quadrature du cercle où la science incontrôlable doit se plier au règle de la démocratie qui consiste à encadrer la science. Passons sur la réduction du débat sur les nanotechnologies au plan toxicologique. Alors que PMO explique que ce qui est refusé, c’est la nanomonde, la société de contrainte à venir et rendue possible par les nanotechnologies.

Il nous appartient de construire un monde qui soit capable d’intégrer des technologies nouvelles. Nous ne devons pas en avoir peur. Le choix est simple : ne pas progresser, ne pas s’informer, ne pas dialoguer… ou inventer, connaître et choisir collectivement, pour un monde conscient et serein.

Un peu manichéen… On se demande même si Chantal Jouanno sait que PMO diffuse, organise des débats et possède même, comble de la perversion obscurantiste, un site internet où tous les documents sont accessibles.

Pour toutes ces raisons, nous avons besoin d’un débat ouvert sur la question des nanotechnologies. Un débat où chaque citoyen puisse s’exprimer, interroger, mesurer les risques. Il est encore temps de construire l’avenir en ce domaine, respectons le moment du débat. Donnons-nous, ainsi, les moyens de construire une société durable, qui soit une société du savoir et de la démocratie.

Il serait bon que quelqu’un réponde à toutes les critiques formulées par PMO sur la prétendue neutralité de ce débat. Est-ce un hasard si les Amis de la Terre, la Ligue des droits de l’Homme, pompeusement invitées, se sont retirées des débats. Est-ce normal que ce soit un cabinet de lobbying qui sous-traite l’organisation du débat ? Est-ce normal que des instituts travaillent sur l’acceptabilité, par tous les moyens -notamment ludiques-, des nanotechnolgies de contrainte ?

Pour finir, se pourrait-il que ce pseudo-débat fasse partie du programme d’acceptabilité (»  Oh mais attendez, il y avait un débat pour vous exprimer !» ) ?

Baptiste, ingénieur optronique.

Pour ceux qui ont des yeux :

http://www.piecesetmaindoeuvre.com/

http://www.nanomonde.org/


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Ecrit par Baptiste le 18 février 2010 :: Classé dans Ad Hominem,Débat,Les autres...
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Le faux débat sur les nanos

L1003279Mardi soir, j’ai eu la chance d’assister au débat public sur les nanotechnologies au Palais du Pharo  à Marseille. Ou plutôt de ne pas y assister puisque ce débat n’a pas eu lieu.

Pour ceux qui ne sont pas au courant, disons qu’ils sont tout à fait pardonnés puisque les medias ne parlent absolument pas de cette consultation nationale. Pourtant, la commission est forcément passée près de chez vous puisqu’elle sillonne depuis deux mois la France entière. Sait-on que ce vaste débat a été décidé par le Grenelle de l’Environnement ? Sait-on qu’il aura coûté plus de 2 millions d’euros… pour rien ?

Sur eco-SAPIENS, nous avons relayé le relatif succès de cette initiative
Sur d’autres medias moins regardants, seul aura été relayé le communiqué de presse initial annonçant l’ouverture du débat public. Puis, pas un mot sur leur déroulement !

En réalité, il faut bien avouer que les millions d’euros dépensés pour organiser ce tour de France participatif n’ont servi qu’à révéler cette majorité silencieuse, prête à perturber chacune de ces rencontres. Perturber jusqu’à faire annuler ces débats: dans près de dix villes, le chahut et les banderoles ont tout simplement fait capoter la soirée.

Pendant la réunion à Marseille, 120 personnes étaient présentes dans le public. Malgré la fouille, les vigiles et une poignée de manifestants refoulés, 80 « anti-nano» s’étaient glissés dans la salle. 20 personnes étaient chercheurs ou affiliés au domaine des sciences concernées par les nanotechnologies. 20 personnes semblaient être venues par hasard (il s’avère qu’ils étaient étudiant ou dans la recherche).

Je me suis amusé à interroger quelques chercheurs aux tempes grisonnantes pour savoir s’ils comprenaient ce refus de débattre chez les anti-nanos. Je ne sais pas s’ils ont senti que j’avais été moi-même ingénieur-recherche en physique. En tout cas, ils se sont livrés.

Et là stupéfaction ! Ils m’ont dit clairement tout le mal qu’ils pensaient de ces personnes anti-démocratiques qui ne voulaient pas essayer de comprendre les enjeux. Comme je suis assez familier de la littérature anti-nanos, je leur ai demandé ce qu’ils pensaient des critiques formulées  à l’encontre des nanotechnologies et à l’encontre de cette commission (tout ceci est disponible sur Internet).

A vrai dire, ils n’avaient jamais pris la peine de prendre connaissance de ce genre de critiques. Une démarche pas très « scientifique»  je dois avouer. En général, un phénomène qu’on ne comprend pas, on se documente, on l’approfondit et on fait son opinion… Là, l’opinion était toute faite. Obscurantistes (sic!), anti-démocratiques, enfants gâtés qui ne connaissent pas la chance qu’ils ont de pouvoir débattre dans un pays libre. Etc.

Passons…

Personnellement, je trouve dommage que pas une figure écologiste ne mentionne ce débat. Il n’y a que les Amis de la Terre qui, après avoir été invité à y participer,  ont finalement décidé de se retirer de ce débat. Philippe Dieudonné, président de la Ligue des Droits de l’Homme à Marseille, qui était présent comme caution « morale»  à côté des experts ingénieurs et militaires, a lui aussi quitté la scène.

Mais sinon personne ! Ni ONG ni parti ni syndicat. Or, la critique du « bluff technologique»  est presque concomitante de l’écologie politique. Refus de voir la technique devenir finalité. Refus de jouer avec des outils aux potentialités telles que tout dégat semble irréversible, que toute liberté semble vouée à être bafouée.

Mais c’est vrai qu’après le nucléaire, les OGM, les pesticides… les nanos ouvrent un front supplémentaire et que, ne sachant plus où donner de la tête, ceux qui défendent l’esprit de la vie finissent par s’épuiser.

Courage !

PS: pour ceux qui n’ont jamais entendu parler de la critique technologique, il y a le livre de Jean-Luc Porquet sur Jacques Ellul. Pour la critique des nanotechnologies, une abondante littérature est disponible sur Internet ou aux éditions L’échappée.

PPS: pour ceux qui pensent que les anti-nanos sont des obscurantistes, des dictateurs ou des fous, il n’y a pas grand chose à faire sinon se documenter un peu…


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Ecrit par Baptiste le 25 janvier 2010 :: Classé dans Itinéraire
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