Blog des eco-SAPIENS
Ethique = Cohérence

Petit tour de lecture

Comment surprendre encore dans le domaine de la littérature écologique ?

Aujourd’hui, de nombreux ouvrages paraissent, fort présentables et fort intéressants.

Rares sont ceux qui apportent de nouveaux éléments à la réflexion. Le plus souvent, ils dressent avec brio un état des lieux (cette actualisation est toujours de plus en plus angoissante: bois, poissons, pétrole, changement climatique, santé, perte du lien social…) qu’ils contrebalancent  tout de go avec des exemples porteurs d’espoir (telle association au Brésil, telle industrie en Scandinavie, tel penseur aux Etats-Unis, tel agriculteur en France etc)

En fait, on peut presque dire qu’avec une poignée d’auteurs anciens (Gorz, Latouche, Meda, Baudrillard, Ellul), un peu de spiritualité et un peu de culture historique, on est en mesure de savoir ce qu’on ne veut plus et là où l’on veut aller.

La littérature spécialisée contemporaine permet juste de décliner en cas pratiques et parfois fort éloquents comment les problématiques se matérialisent. Des fois qu’on aurait besoin de preuves. Après tout, la disparition des poissons c’est dur à évaluer quand l’océan est à jamais opaque pour nos yeux…

Personnellement, si quelqu’un vient à me parler de la crise grecque, je ne peux qu’avoir un sourire malicieux. Voici donc le bouc-émissaire. Les Grecs-qui-paient-pas-d’impôts.
Quelques minutes auparavant, ce furent les agences de notation.

Un peu plus tôt les marchés financiers.

Et voici que nous boucs favoris, les Chinois-qui-savent-pas-bosser-et-qui-font-que-de-la-contrefaçon, sont devenus une nuit nos principaux sauveteurs.

Désolé mais sur moi, ca ne fonctionne pas !

Quiconque réfléchit un instant sur ce qu’est l’argent ne peut que constater qu’à l’instar de l’écologie, tout a déjà été dit (Aristote, Marx, Simmel, Mauss) et que ces méga-évènements financiers ne sont là aussi que des déclinaisons pratiques dans un monde où les hautes technologies permettent de décupler les effets.

Avant Ponzi escroquait 40 000 personnes pour 15 millions de dollars. Aujourd’hui Madoff tape le 65 milliards de dollars. 60 fois le capital d’Air France. Si si ! Vous avez vu 60 compagnies couler le jour où l’escroc fut écroué ? Non ? Normal.

Nous vivons dans un monde fini et il y a en tout et pour tout autant de créances que de dettes. Les concentrations furtives, les nodosités de capital n’ont pas d’autres vocation à re-circuler un jour ou l’autre. Seul souci: certains confondent la fin et les moyens et croient qu’il faut stocker l’argent. Or rappelons cette évidence… l’argent se sert à rien si l’on ne l’utilise pas au bout d’un moment…

D’ailleurs un méchant-actionnaire-toujours-plus-avide-de-rendement a souvent pour ambition de faire beaucoup de profit pour pouvoir ré-investir. Et accessoirement acheter une piscine chauffante d’intérieur…

Ah si seulement il s'était appelé Fonzi !

Que vous possédiez une maison ou du cash, tout se résume à la confiance (le fameux fiduciaire – la foi). On vous donnera un équivalent cash pour votre maison que si la personne qui l’achète croit (crédit de credo) vraiment que cette maison nécessite un troc, certes amélioré.

Et bien entendu, il y a des niveaux de confiance qui semblent comme irréels. La faillite d’un état ? Quelque chose qui a existé dans une relative sérénité pendant des siècles peut soudain s’effondrer. La crise grecque aurait tout autant pu arriver il y a cinq ans, ou dans dix ans ou jamais.

Cela paraît irrationnel ? Assurément ! Tout autant est irrationnelle la décision des marchés de lâcher le Grèce. Croit-on vraiment que des indicateurs techniques et objectifs permettent de dire « c’est maintenant qu’il faut passer à la caisse.» 

L’humain garde encore une part d’irrationnel. Son rapport au futur l’est encore plus : angoisses, espoirs et volontés. Et que dire d’un groupe d’humains ? Plus encore ! D’un groupe d’humains tournés vers le futur. Complètement irrationnel. Forcément…

Il paraît plus sage d’accepter cette irrationalité. De reconnaître que l’argent permet simplement de contenir et de palper un peu de tangible dans cette irrationalité.

Il convient aussi et surtout, un moment donné, de retrouver sa lucidité, entrevoir de nouveau l’état d’égrégore qu’est l’argent. Et revenir in fine à la base. La politique ! A savoir : quel monde désirons-nous ?

Si la Nature, notre banquier en bout de chaîne ne peut fournir cette demande, il faut simplement revoir nos désirs. Ce n’est pas une parole en l’air que de dire que crise écologique et crise économique sont l’avers et le revers de la même pièce.

Et non pas partir du « de combien d’argent disposons-nous ?» 

Bref, nous sommes aujourd’hui en train de compter nos pénates, vous savez ces dieux pétrifiés d’origine étrusque.

Compter. Trancher. Amputer. Vénérer. Craindre.

Là où il nous faudrait, pour dégager l’horizon, briser les statues.

Publicité familiale !

La maison d’éditions Le Cavalier Bleu sort une collection consacrée au développement durable et dénommée Edden (tout un programme).

Sabine Rabourdin étant co-fondatrice historique du site eco-SAPIENS, il est bien normal de recommander son livre qui est un formidable pensum sur l’énergie ! Je le sais, je l’ai lu ! Et en plus Le Monde en dit du bien !

Vers une nouvelle révolution énergétique ?

De tout temps, l’homme a été avide d’énergie pour satisfaire ses besoins… sans trop utiliser la sienne ! De la maîtrise du feu au Paléolithique à la non-maîtrise du nucléaire à Fukushima, le rapport de l’homme à l’énergie fut toujours placé sous le signe de la domination, économique, sociale ou politique.

Or, il est clair aujourd’hui que la course à la puissance énergétique est indissociable du chronomètre de la Terre et de la manière dont les hommes sauront prendre en compte ses limites.

Quelles options reste-t-il ?

Après le feu et la machine à vapeur, une troisième révolution énergétique semble aujourd’hui inéluctable.

Sera-t-elle dans la lignée des précédentes ou à contrecourant ?

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Ecrit par Baptiste le 10 novembre 2011 :: Classé dans Débat,Les autres...,Poïesis
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The unthinkable became obvious overnight

Duo Brassens Einstein : Fête de la Science ?

« En l’espace d’une nuit, l’impensable devenait l’évidence.» 

Après André Gorz, quoi de plus naturel que d’évoquer Ivan Illich. La Convivialité a vieilli car le ton est catastrophiste et noir au possible. On peut même lui reprocher de dépeindre la société avec un parti pris négatif injustifié.

Mais paradoxalement, La Convivialité n’a pas pris une ride ! En relisant les pages sur la chute de Wall Street, en pleine agitation d’Indignés, on se surprend à se dire que le grand soir (ou plutôt la petite nuit… et surtout le petit matin !) sont à portée.

Entendons-nous bien ! Plus personne ne croit au Grand Soir. Le Grand Soir, c’est la version eschatologique des idéalistes. Être idéaliste pourquoi pas ! Mais croire à la possibilité d’un achèvement, c’est navrant de naïveté.

Même Nicolas Hulot parle de grande mutation. C’est à dire de mouvement.

Bref, d’accord avec Illich que les renversement de situation passent du domaine de l’impensable à celui de l’évidence… après coup. Mais une nuit n’y suffira pas !

Titre anglais ou français...

Quoiqu’il en soit, sa dénonciation de notre course effrénée au mieux-être touche juste. Nous nous écartons sensiblement du bien-être par cette fuite en avant qui, d’ailleurs, confond mieux et plus.

Cela m’a rappelé ce calcul d’un lecteur du journal La Décroissance. Il observait que l’avion solaire Solar Impulse, le prototype de l’explorateur Bertrand Piccard, avait relié Bruxelles à Paris en 16 heures et 5 minutes. Soit une vitesse moyenne de 16 km/h.

Autant y aller en vélo…

Le sarcasme est facile et on m’opposera à raison que la science progresse aussi avec ce genre de fantaisie. D’ailleurs c’est la Fête de la Science ces jours-ci.

Mais de quelle Science parle-t-on ?

Le décalage est bien là. Si l’on s’évertue à vouloir rendre festive la science, c’est bien parce qu’elle ne promet plus des jours meilleurs.

Ah si ! On peaufine les gadgets pour entretenir notre besoin de besoins artificiels (je me demande d’ailleurs si ce besoin de besoins n’a pas lui même été créé…).

Un autre explorateur de l'absurde

Ah si ! On développe à tout va des bases de données pour câbler intelligemment le monde. Télé, ordinateur, smartphone, chaine hi-fi, interrupteur, ouverture de porte, etc. Tout doit avoir un numéro unique pour répertorier, faire des statistiques et étudier les interactions. Le cheptel humain suivra aussi mais d’une certaine manière, téléphone portable et passeport devraient fusionner.

Ah si, enfin ! Il faut fêter la Science qui va nous permettre de détecter, mesurer et évaluer in fine la nocivité des différentes émissions. Sans la science, pas de nouveaux matériaux plus sains et plus écologiques pour remplacer les vieux plastiques avec BPA, les crèmes gorgées de phtalates (phthalates en anglais), les poêles en Téflon, etc.

Bien sûr, le bois, le verre et l’inox suffisent. Bien sûr de l’huile végétale et un peu d’huile essentielle font l’affaire. Et bien sûr on pourrait cuisiner à la fonte et avec un peu d’huile d’olive…

Mais il faut faire bien faire de la Science. Parce que la Science n’est plus possible sans croissance et études marketing. Et que la croissance n’est plus possible sans innovation et obsolescence programmée.

Rassurons-nous, l’actualité nous montre que la Science décomplexée existe encore. Au CERN par exemple, où la découverte probable de particules contredisent le grand Einstein, en se permettant des excès de vitesse. Plus rapide que la lumière. Un siècle de théorie prête à s’éffondrer.

« En l’espace d’une nuit, l’impensable devenait l’évidence.« 


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Ecrit par Baptiste le 14 octobre 2011 :: Classé dans Ad Hominem,Débat,Itinéraire
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Hausser le ton

manchots observateursL’automne arrive.

Et c’est comme si personne ne s’intéressait aux derniers mois qui cloront 2011. C’est bien simple ! Octobre, Novembre et Décembre 2011 n’existent que virtuellement.

Tout le monde a hâte de passer à 2012. Car tout le monde se dit que l’on pourra remettre les compteurs à zéro.

Nouvelles élections présidentielles. En France bien sûr mais aussi, ne l’oublions pas, aux Etats-Unis.

Ainsi, de même que le Grenelle de l’Environnement est définitivement considéré comme un échec voire même un fumigène, la politique verte tant attendue par Obama vient de subir un sérieux revers.

L’association Respire et Fabrice Nicolino mentionnent (par-ci, par-là) cette tribune de Robert Redford, soutien médiatique d’Obama lors des élections, contre le président américain. L’acteur qui murmure aux oreilles des chevaux n’a pas su visiblement avoir celle d’Obama.

feux tricoloresCertains peuvent se demander que vient donc faire le people Redford dans cette histoire. Personnellement, jusqu’à la lecture du roman culte Le Gang de la clé à molette de Edward Abbey, et donc au passage la merveilleuse préface de Robert Redford dans la version française, j’ignorais aussi que l’acteur avait une sérieuse culture écologiste.

C’est à dessein que j’emploie le terme culture, de même que l’on parlerait de culture générale.

Voilà, Redford est déçu de voir que les actes ne suivent pas les discours. Les élections arrivent à grand pas et c’est le retour du pragmatisme. Pragmatisme industriel s’entend.

Certains diront que la crise est passée par là et que dans les conditions actuelles (vous savez ? la Grèce, le CAC 40 sous les 3 000 points, la note américaine dégradée de AAA en AA+, etc.) il faut d’abord se soucier d’emplois et de finances.

A n’en pas douter, comme tout le monde se focalisera sur 2012, dans le culte du RAZ (remise à zéro des compteurs), on ne peut que prévoir des crispations de toute part.

Pourtant, c’est bien maintenant, avant 2012, qu’il faut opérer ce changement de culture.

Facile à dire bien sûr ! D’autant qu’il y a de quoi se démoraliser encore plus en apprenant au passage que la cour d’appel de Paris a prononcé un non-lieu à propos des retombées du nuage de Tchernobyl en France. Les malades de la thyroïde (entre autres) ne peuvent que se résigner. Leur cancer n’a rien à voir.

Soyons plus précis et plus honnêtes à propos de ces cancers de la thyroïde car ceci est très instructif.

moto hondaD’abord, c’est un cancer avec un bon prognostic (on n’en meurt pas, il se « soigne»  bien). Certes.

Le plus déconcertant, c’est cette phrase extraite du site de la Ligue contre le cancer. L’association reprend à son compte le rapport de l’Institut de veille sanitaire.

Des études épidémiologiques avec calculs de risque ont montré que l’augmentation du nombre de cas de cancers thyroïdiens en France ne pouvait être imputée à l’accident nucléaire de Tchernobyl.

En réalité, dans la grande majorité des cas, les cancers de la thyroïde se développent sans cause précise.

Relisez donc.

On constate une augmentation depuis 20 ans. On sait que ce n’est pas Tchernobyl. Mais on ne sait pas la cause. Et l’on sait quand même que, majoritairement, c’est sans cause précise. Le raisonnement est évidemment contradictoire (on ne connait pas la cause mais on sait que ce n’est pas Tchernobyl).

Je ne dis évidemment pas que les auteurs du rapport mentent. Ou que la Ligue trompe le grand public. Je constate juste que rationnellement parlant, cela ne tient pas la route. Et comme tout citoyen lassé du discours lénifiant et abscons tenu par l’industrie nucléaire (y compris dans ses aspects sanitaires), je ne peux que développer de la méfiance.

Cette semaine, Jean-Luc Porquet a rappelé que, catastrophe oblige, malgré seulement un cinquième du parc nucléaire japonais en activité, l’archipel nippon ne s’est pas arrêté de vivre. Et ne s’éclaire pas à la bougie.

Ils ont, c’est incroyable, réduit leur consommation. Comme quoi c’est possible. Dommage que cela soit subi et qu’il faille une catastrophe pour avoir la preuve que oui, il est temps d’amorcer une décroissance énergétique.

Sus au gaspillage. Vive l’isolation. Haro sur la maîtrise de l’énergie et l’efficacité. Et enfin: place aux renouvelables.

Vous croyiez que les compteurs vont redémarrer en 2012. Détrompez-vous, le 29 septembre, l’association négaWatt présente son (tant attendu) scénario 2011.

Mais j’ai bien peur que cela soit déjà complet.


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Ecrit par Baptiste le 7 septembre 2011 :: Classé dans Poïesis
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Des livres sur l’écologie qui valent de l’or

Ecologie et politique GorzC’est l’été et on emmène avec soi les livres que l’on a pas eu le temps de lire pendant l’année.

On va profiter du farniente pour se mettre enfin à ces bouquins qu’on a stockés quelque part avec la mention « à lire dès que possible» .

Quant à moi, le dernier, je le montrais à un ami qui a aussi le goût de la lecture et de l’écologie. C’est un vieux livre qui a échu, j’ignore tout à fait comment, dans ma bibliothèque. Quelqu’un l’aura oublié.

Il s’agit de Ecologie et Politique signé André Gorz/Michel Bosquet.

André Gorz, c’est un peu l’initiateur et le théoricien de l’écologie politique. Michel Bosquet, c’est un peu pareil… puisqu’il s’agit de la même personne !

A savoir qu’André Gorz signait Michel Bosquet dans ses chroniques pour le journal Le Nouvel Observateur.

Où l’on découvre au passage que ce magazine n’a pas toujours été un catalogue de ventes (montres, voitures…) pour jeunes et moins jeunes CSP+…

Ecologie et Politique, c’est en réalité un recueil d’articles parus dans différents journaux et revues. On est autour de 1976 et rien qu’aux premières lignes, on comprend que tout a été dit (et fort bien dit) il y a quarante ans.

Extrait de l’introduction (la suite est ici):

L’écologie, c’est comme le suffrage universel et le repos du dimanche : dans un premier temps, tous les bourgeois et tous les partisans de l’ordre vous disent que vous voulez leur ruine, le triomphe de l’anarchie et de l’obscurantisme. Puis, dans un deuxième temps, quand la force des choses et la pression populaire deviennent irrésistibles, on vous accorde ce qu’on vous refusait hier et, fondamentalement, rien ne change. La prise en compte des exigences écologiques conserve beaucoup d’adversaires dans le patronat. Mais elle a déjà assez de partisans patronaux et capitalistes pour que son acceptation par les puissances d’argent devienne une probabilité sérieuse.

Alors mieux vaut, dès à présent, ne pas jouer à cache-cache : la lutte écologique n’est pas une fin en soi, c’est une étape. Elle peut créer des difficultés au capitalisme et l’obliger à changer ; mais quand après avoir longtemps résisté par la force et la ruse, celui-ci cèdera finalement parce que l’impasse écologique sera devenue inéluctable, il intègrera cette contrainte comme il a intégré toutes les autres.

C’est pourquoi il faut d’emblée poser la question franchement : que voulons-nous ? Un capitalisme qui s’accommode des contraintes écologiques ou une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes du capitalisme et, par là même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur environnement et à la nature ? Réforme ou révolution ?

Ne répondez surtout pas que cette question est secondaire et que l’important, c’est de ne pas saloper la planète au point qu’elle devienne inhabitable. Car la survie non plus n’est pas une fin en soi : vaut-il la peine de survivre dans « un monde transformé en hôpital planétaire, en école planétaire, en prison planétaire et où la tâche principale des ingénieurs de l’âme sera de fabriquer des hommes adaptés à cette condition » (Illich) ?
Si vous doutez encore que c’est bien ce monde que les technocrates de l’ordre établi nous préparent, lisez le dossier sur les nouvelles techniques de « lavage de cerveau » qu’une revue vient de faire paraître : à la suite de psychiatres et de psycho-chirurgiens américains, des chercheurs attachés à la clinique psychiatrique de l’université de Hambourg explorent, sous la direction des professeurs Gross et Svab, des méthodes propres à amputer les individus de cette agressivité qui les empêche de supporter tranquillement les frustrations les plus totales : celles que leur imposent le régime pénitentiaire, mais aussi le travail à la chaîne, l’entassement dans des cités surpeuplées.

Il vaut mieux tenter de définir, dès le départ, pour quoi on lutte et pas seulement contre quoi. Et il vaut mieux essayer de prévoir comment le capitalisme sera affecté et changé par les contraintes écologiques que de croire que celles-ci provoqueront sa disparition, sans plus.

Mais d’abord, qu’est-ce, en termes économiques, qu’une contrainte écologique ? Prenez par exemple les gigantesques complexes chimiques de la vallée du Rhin, à Ludwigshafen (Basf), à Leverkusen (Bayer) ou Rotterdam (Akzo).

Pardonnez la longueur de l’extrait mais je trouve amusant de voir un aussi bon résumé des perceptions de l’écologie (accompagnement du capitalisme qui aboutira inéluctablement à un techno-fascisme ou rupture totale et décolonisation de l’imaginaire). Avec en prime une petite mention de Bayer…

La suite est encore mieux mais pour la lire… il vous faudra chercher désespérément le livre. Il n’est plus édité. C’est déjà un collector. 90 euros d’occasion sur Amazon.

C’est cet ami qui m’a alerté de l’introuvabilité de l’ouvrage. Et ca m’a rappelé un autre livre qui, lui, a une place attitrée dans la bibliothèque. Le guide de l’anti-consommateur de Dorothée Koechlin de Bizemont et Martine Grapas. A l’argus des bouquinistes, il tourne autour de 60 euros.

Ce livre, c’est un peu le guide du grand ménage de Raffa version 1970. Plein de recettes pour nettoyer, se faire beau, manger et que sais-je encore.

Du coup, je me suis demandé s’il y avait des livres encore plus côtés dans ce domaine qu’est l’écologie (politique ou pratique !).

Evidemment, il ne me vient pas à l’idée de vendre ces bouquins. Non que je sois attaché aux objets (je m’en veux même de prendre des notes directement sur des livres… dont j’apprends après coup, qu’ils ont une valeur marchande). Mais simplement parce que je suis un indécrottable lecteur qui trouve que c’est quand même plus pratiqe de tourner des pages que de scroller sur une souris ou de slider sur une tablette…

Et vous, vous avez des lectures onéreuses cet été ?

PS: l’occasion de rappeler l’existence de la Bibliothèque de l’écologie (billet) tenue par un fada !


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Ecrit par Baptiste le 5 août 2011 :: Classé dans Débat,Poïesis
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Zadig et Voltaire ? Références dépassées !

Que n’accable-t-on pas ce cher porte-parole du gouvernement !

Si le monsieur avait baigné dans un autre milieu, peut-être aurait-il eu une culture plus honorable !

Exercice de style où l’on imaginerait un homme politique qui aurait eu d’autres références vestimentaires…

Votre opéra préféré ?
L’opéra de quat’rues

Votre héros de dessin animé
Laspid y Gonazles

Votre livre préféré
La vie devant soie
Lucien Zazaou dans le métro

Votre essai préféré
Ethos et Thanathos

Votre scientifique préféré
g=9.8

Votre boisson préférée

Le koka Kolam

Votre livre de philo ?
Ainsi parlait Zaza Factory
Le Prince de Machja Weil

Inspiré par http://twitter.com/#!/search?q=%23bibliolefebvre


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Ecrit par Baptiste le 4 avril 2011 :: Classé dans Ad Hominem,Poïesis,vidéo
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Philosophie de la clé à molette

J’entame l’oeuvre phare de l’écrivain américain Edward Abbey Le gang de la clef à molette. Pour la petite histoire, il m’avait été signalé par le seul libraire itinérant spécialisé dans l’écologie.

D’une manière générale, la littérature écologiste est peu connue en France, et encore plus quand elle nous vient des Etats-Unis.  On évoquera avec un sourire condescendant (à tort !) Walden de Henry David Thoreau, considérant qu’il s’agit d’un récit daté et anecdotique (que penser en effet d’un livre où l’on a la comptabilité des clous, des planches et des haricots ou encore des deux pages évoquant une bataille de fourmis rouges contre des fourmis noires…)

Voilà pour la littérature romanesque ou autobiographique qui a traversé l’Atlantique. Car, en vérité, seuls les essais passent l’Atlantique. La désobéissance civile de ThoreauPrintemps Silencieux de Rachel Carson (accessible via la récente maison d’édition Wild) et Effondrement de Jared Diamond.

Après la préface signée Robert Redford (sic !) et les premières pages, on sent déjà la force et la radicalité de l’auteur. Edward Abbey, surnommé le Thoreau de l’Ouest, est en fait un infatigable arpenteur de désert. Ceux de l’Utah, de l’Arizona, du Nouveau-Mexique… Un tempérament solitaire donc. Un amoureux de la nature sauvage. Et un adversaire des laides cicatrices techniciennes.

Le gang de la clef à molette réalise donc ce que tout écologiste rêve parfois secrètement, par désespoir, de faire. Sachant très bien la contradiction inhérente.

L’action directe.

Faire sauter les ponts, les barrages et pourquoi pas des centrales. Puisque les lois tardent à venir, ou simplement qu’elles ne sont pas respectées, puisque l’égoïsme n’a décidément plus de limites, puisqu’après tout il y a de la violence dans cette société technicienne, le gang de la clef à molette assouvit le fantasme de l’aventure hors-la-loi.

Et répond à la violence légale par la violence légitime.

On rigole bien plus que dans le sinistre roman « écolo-terroriste»  de l’ambassadeur Rufin épinglé sur ce blog (personne n’a jamais été tué par un écologiste).

On rigole d’un rire grinçant, un rire jaune. Le même rire crispé et nerveux à voir les images de la centrale nucléaire de Fukushima prendre feu. Oui, aussi choquant que cela puisse paraître, il y a une part d’humour dans la catastrophe japonaise. Un humour noir. Un humour glacé. Un humour de désespoir peut-être du au principe bien connu du comique de répétition. L’homme s’obstine donc à être si bête ?

C’est le gag du type à qui on répète cent fois que ce qu’il va faire n’est pas une bonne idée, qu’il va finir par glisser sur la peau de banane. Et zou, le type il y va quand même. Alors forcément on rigole.

Bergson écrivait dans son fameux essai que le rire, c’est du mécanique plaqué sur du vivant. En voyant en boucle les images de la centrale, impossible, avec un peu de recul, de ne pas déceler le côté mécanique de la chose. L’entêtement, l’obstination à répéter les mêmes grimaces industrielles.

Aussi, pour donner finalement du sérieux philosophique à cette grosse farce, je me suis dit qu’il y avait de l’ironie à considérer que le gang de la clef à molette était peut-être une allégorie du tsunami (ou un cyclone, ou une éruption volcanique etc).

Et j’ai aussi repensé à Zarathoustra, à son célèbre « Le désert croît : malheur à qui protège des déserts ! » Une prophétie contre Edward Abbey ?

Mais tout ceci est bien sérieux. Retournons au gai savoir !

Hiroshima, Nagasaki, Fukushima, Tchernobyl, Sellafield, Harrisburg…

On chante avec Kraftwerk (faudra penser à rajouter un couplet pour Metsamor, belle centrale arménienne qui cumule tout de même deux avantages: conception soviétique et faille sisimique)
On chante La Java des Bombes Atomiques avec Vian.

On rigole on rigole.

Et pendant ce temps là en France…

(…on s’agite comme des pantins tout aussi mécaniques)


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Ecrit par Baptiste le 15 mars 2011 :: Classé dans Débat,Poïesis
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Les deux dernières propagandes qui m’ont amusé

Je lis toujours le journal La Décroissance tout simplement parce que c’est provocateur. D’ailleurs, le dernier numéro propose comme action du mois « refuser le consensus« . Evidemment, ce genre d’impératif, dans nos sociétés policées, n’est pas très consensuel.

Dans le dernier numéro, un certain Christophe Catsaros, rapporte de Grèce des clichés de panneaux publicitaires vierges avec un commentaire.

Celui-ci figure à l’origine dans la revue d’architecture Archistorm.

« Le blanc des panneaux désaffectés démasque également une imposture: celle qui s’obstine à voir dans la joyeuse anarchie graphique des réclames un indice de liberté. Blancs, les panneaux émergent comme un système centralisé détraqué, une machine totalitaire défectueuse.» 

Belle citation, sur le fond comme sur la forme. Auparavant, quand d’aventure, certaines stations du métropolitain parisien arboraient des panneaux vierges, je ne retenais que la sensation d’apaisement. Je fais partie de ces gens qui sont comme obligés de lire tout ce qui présente à leurs yeux. Avec la publicité dans les lieux publics, on est sans cesse sollicité mais on ne s’en souvient plus. D’une certaine manière, comme la lecture de la Décroissance, cela stimule le cerveau… mais pas les neurones !

Mais voici qu’effectivement, la photo de cette Athènes avec d’immenses rectangles blancs me saisit. Coïncidence, je viens de finir une nouvelle de J.G. Ballard écrite en 1963 et intitulée « L’homme subliminal« . Un type suspecte des panneaux géants et complètements noirs d’influencer de manière subliminale les comportements d’achat des passants. Tout le monde le prend pour un fou jusqu’à ce qu’il aille saboter un de ces panneaux géants. Il y laisse sa vie mais son compère, jusque là sceptique, voit les messages subliminaux injonctant à consommer.

Bref, c’est le même phénomène mais comme inversé. A savoir que la manipulation paraît évidente quand un seul panneau se dérègle

Et je m’imagine seul, arpentant les boulevards d’Athènes, m’interrogeant sur ces étranges surfaces immaculées qui, ôtées de leur contenu, trahissent leur véritable fonction: la propagande !

Je m’imagine aussi à São Paulo, première grande ville à avoir interdit la publicité. Je m’imagine aussi à Forcalquier, où je déambulais il n’y a pas si longtemps et où, effectivement, il me sembla naturel de n’y apercevoir aucune réclame.

Et c’est du coup en reprenant le métropolitain de la capitale que la vérité de cette débauche graphique m’apparaît limpide. Entre deux secousses, je récolte sur un siège un journal dit gratuit. Ou plutôt un « gratuit»  dit journal.

Il est ouvert sur les pages 2 et 3 qui forment une publicité immense que voici.

Je me suis du coup demandé s’il s’agissait vraiment du journal. En voyant ces deux ours dévorer des sandwiches, j’ai repensé à cette propagande, dernière en date, d’un célèbre fast-food ici épinglé. Leur spot promotionnel montre papa ours et fiston ours en train de fêter le bulletin de note du petit en mangeant un BigMac.

Je me suis demandé si ce genre de coïncidence, cette obsession de montrer cet animal, menacé pour l’écologiste, mais aux airs débonnaires pour le marketeur, se repaître d’une nourriture infecte, n’avait pas un sens secret pour nos inconscients collectifs…

Finalement, j’ai réussi, à trouver au milieu des publicités la une du journal gratuit. La voici.

Cette dame, qui annonçait sans rire au moment de la crise, cette devise sibylline si on s’y arrête un peu, à savoir qu’il fallait « financer l’économie« , cette dame retrouve donc le sourire à l’annonce d’un slogan aussi creuse qu’hypothétique. La croissance repart.

En lisant l’article, je crois lire le bulletin météorologique.

« L’environnement international est bon»  [...] « La France bénéficie notamment de l’appel d’air créé par la reprise de la croissance mondiale»  [...] A condition que cette éclaircie soit possible.» 

Etc etc

Croissance croissance croissance.

Je tourne la page et retombe, j’avais oublié, sur les deux ours.

Sens ? Sens ? Sens ?

J’y ai fait une croix dessus.


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Ecrit par Baptiste le 10 février 2011 :: Classé dans Itinéraire,Poïesis,vidéo
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Bienvenue chez Soleil Vert

Que du jour au lendemain, l’Etat, de concert avec l’industrie agro-alimentaire, décide de (ré)instaurer l’anthropophagie, nul doute que la révolte du public ne le mette aussitôt à bas.

– Mais, attendez- rien n’empêche d’en parler en interne. Entre gens sans préjugé. Théoriquement.

Les économistes dans les séminaires d’entreprises et les colloques universitaires soulignent la gravité de la crise des protéines, en rapport avec l’essor démographique et le tarissement des ressources.

Invités des cercles de réflexion et de prospective, les écologistes indiquent que, du point de vue de la souveraineté alimentaire, de la re-localisation de l’économie, et du respect de la bio-diversité, mieux vaut consommer un kilo de protéines autogènes, que de détruire un are de forêt amazonienne pour l’importer.

Les chimistes expliquent aux commissions parlementaires que la protéine, c’est de la protéine ; on peut lui donner le goût du veau, la couleur du saumon, un parfum de vanille, l’aspect d’une pizza.

Les anthropologues rappellent qu’il n’y a là rien de nouveau, le cannibalisme, y compris alimentaire est vieux comme l’humanité, et persiste dans certains endroits.

Les églises s’interrogent, et appellent au dialogue sur ce retour à l’authentique communion.

Les urbanistes regrettent le gaspillage de l’espace par les cimetières.

Les éthiciens remarquent qu’on est somme toute dans une variante du don d’organes et que l’important est le respect de la personne, et le caractère volontaire du don.

Une étude de l’Inra prouve la supériorité des farines anthropiques, leurs bénéfices pour la santé – élimination des virus et bactéries exogènes-, et leur rendement exceptionnel.

Les scientifiques des laboratoires de diététique moléculaire fustigent l’irrationalisme et l’obscurantisme des opposants aux recherches sur les Nouvelles Calories, qui voudraient nous ramener à l’âge de pierre et de la cueillette.

Les dirigeants pourfendent les végétariens. « Faire croire que l’on imposerait une alimentation anthropophagique à la population sans débat préalable, et que l’on transformerait les hôpitaux en abattoirs de science-fiction relève de la théorie du complot, etc. » Un sondage montre qu’en dehors de 15 % de conservateurs hostiles et de 15 % de modernistes enthousiastes, la population ne sait pas grand chose des Nouvelles Calories, et donc la Commission des Débats de Société organise avec l’association Vivaviandes un cycle « Farines anthropiques : à quelle sauce va-t-on nous manger ? »

L’avis consultatif du comité des sages, représentants du gouvernement, du sénat, du parlement, de l’industrie, des églises, de l’académie des sciences, conclut en toute indépendance, que ceux qui n’aiment pas ça, ne doivent pas en dégoûter les autres ; que chacun doit avoir la liberté de choisir ; et que donc, au-dessous de 1 %, la mention d’homoprotéines dans un produit alimentaire n’est pas obligatoire sur l’étiquette.

Disposition d’ailleurs contestée et violée par la marque Soleil Vert. Soudain, une mystérieuse épidémie de fièvre porcine, attaque biologique ou mutation d’un virus en batterie, extermine le cheptel mondial, et il n’y a plus d’alternative aux Nouvelles Calories. Dans l’urgence de la famine, le gouvernement sort des projets de ses cartons – gouverner, c’est prévoir-, dont l’interdiction de la crémation et la réquisition de toutes les réserves de protéines disponibles.

Mais qu’on se rassure : nous vivons en démocratie. Nous n’allons pas fabriquer des clones pour les cannibaliser.

*En voyant le nouveau logo proposé par Carrefour « Nourri sans OGM» , je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ce texte signé Pièces et Main d’Oeuvre. Il figure dans le livre « Terreur et Possession»  qui est un « indispensable« .
N’est-ce pas beau de voir Carrefour dire « liberté de manger ou pas des OGM»  ?

Dédicace amicale au Marcel Vert qui s’est laissé engluer dans ce genre de publicité !


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Ecrit par Baptiste le 5 novembre 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...,Poïesis
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De mèche avec les renseignements généreux

Follow your dreamsIl y a quelques temps, je participais à une action de désobéissance. Bref, je faisais quelque chose d’illégal… mais de légitime. D’ailleurs, à bien chercher, nous avons tous commis des actes illégaux mais légitimes. Par exemple, dans le métro, passer par-dessus le portillon parce que le ticket s’est démagnétisé, ou parce que l’on s’était trompé de quai.

Durant cette action de désobéissance où nous nous apprêtions à occuper une grande entreprise de missiles (sous couvert d’un patronyme à la mémoire d’un célèbre théorème…) nous avons, justement, pris le métro parisien. Au bout de cinq secondes, nous avons repéré un type bizarre, un quidam plutôt costaud, habillé sombre et en train d’appeler avec un super téléphone.

Je me suis approché de lui pour savoir ce qu’il racontait au téléphone.

« Il y a deux chèvres, cinq vaches, trois cochons…» 

Je n’invente rien.

Alors j’ai eu mal pour mon pays. Moi qui imaginais les agents des renseignements généraux sur-entraînés, discrets et aptes à parler un langage codé anodin et indécelable. Eh bien non ! C’était grossier, criard et bouffon. En cinq secondes, il était grillé. Alors la trentaine de désobéissants que nous étions, nous l’avons regardé fixement. Il avait l’air penaud et moi j’étais mal à l’aise pour lui. Déçu aussi que mes impôts partent dans une élite aussi peu professionnelle. Chacun son rôle ! Moi je désobéis. Lui doit être discret.

Dali dans le mtéro parisien

Dali sortant du métropolitain

Nous l’avons semé à la station d’après. Un jeu d’enfant.

Voilà, ce fut ma première rencontre avec les renseignements généraux, institution pour la quelle j’ai, bizarrement, beaucoup de sympathie.

Au final, nous avons bien squatté le siège de l’entreprise spécialisée dans les systèmes de défense. L’action s’est bien passée malgré un impact médiatique faible (un article dans le Figaro).

Mais oublions les renseignements généraux et voyons leurs cousins: les renseignements généreux. Au départ, comme le nom l’indique, il s’agit de partager, sous formes de brochures, une synthèse autour d’enjeux sociétaux: publicité, dette des pays du Sud, nucléaire, agriculture, démocratie…

Partisans, les renseignements généreux ? Oui mais tout sauf dogmatiques car on est séduit par la limpidité et le déroulé pédagogique du propos.

Les brochures circulaient sous le manteau, de festivals en festivals tout en étant consultables sur le site internet. Site web qui fournit également d’autres ressources documentaires toujours pertinentes et inspirantes. Eco-sapiens se nourrit d’ailleurs de ces informations (cf interview d’un fabricant de papier recyclé).

Désormais, les renseignements généreux sortent une revue dont le mot d’ordre, avouons-le, fait du bien !

La revue La Traverse commence en effet avec un article intitulé « Nous avons besoin de visions positives« , sorte de pied de nez au travail encyclopédique de recensement de toutes les mauvaises nouvelles qui pleuvent sur nos semaines.

La revue essaie de remonter aux sources du problème global: pourquoi si peu de contestation ? En cela, la théorie de la tendance à la réduction de la dissonance cognitive (résultat de la psychologie sociale) nous permet au moins d’envisager une cause. Il est dur de renoncer à quelque chose pour  lequel nous nous sommes beaucoup impliqués.

Plus tard, un article teinté d’humour aborde la question du langage. On y apprend (ou rappelle) que la position « modérée»  (appelée bof-bof) mène très souvent à l’absurde. Croire aux fantôme, croire en Dieu ou croire au complot du 11 Septembre (lisez l’article ne serait-ce que pour apprendre comment la Maison Blanche n’a jamais eu besoin de tuer 2 000 personnes pour manipuler l’opinion publique, une fausse infirmière qui passe à la télé suffit à partir en guerre contre l’Irak). On ne voit pas trop comment la position intermédiaire peut tenir.

Enfin, l’interview de Xavier Renou est éclairante. D’abord parce que son parcours est chargé de symboles. Etudiant, il s’inscrit dans l’anti-fascisme (choisissant de faire une thèse sur le GUD… à la faculté d’Assas !) pour arriver à la dénonciation de la privatisation de la violence (campagne Greenpeace). Aujourd’hui, avec le collectif des désobéissants, il initie à la désobéissance civile non-violente. Ainsi, des milieux de tous horizons, avec des causes fort différentes, se retrouvent. C’est ainsi que le monde du handicap qui dénonce le manque d’investissement au Conseil général des Hauts de Seine, va, temporairement, rencontrer des faucheurs ! Partage d’expérience garantie !

Lorsque Xavier Renou raconte l’anecdote de cet agent de la sûreté militaire qui avait infiltré les Désobéissants (« un type charmant» ) et qui a été démasqué par une lettre anonyme, je m’amuse encore.

J’imagine la vie de ces agents doubles, qui se retrouvent à faire des stages de clown-activisme ou à manger bio avec des anti-pubs. J’aimerais savoir ce qu’ils en pensent au fond. A-t-il des moments authentiques de joie durant ces stages ? Voit-il le monde différemment après ?

Et je me dis que j’ai raté ma carrière. J’aurais tant aimé être agent secret et énumérer les animaux de basse-cour dans le métro parisien…


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Ecrit par Baptiste le 21 septembre 2010 :: Classé dans Itinéraire,Les autres...,Participez
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Les écolos maudits (Hommage à Jaime Semprun)

La mort de l’écrivain et éditeur Jaime Semprun est passée inaperçue. C’était le 3 août 2010 et à ma connaissance, il n’y a guère que Jean-Luc Porquet, le chroniqueur du Canard Enchaîné, à lui avoir dit adieu comme il le mérite.

Peut-être le nom de Semprun vous dit-il quelque chose. C’est que le père, Jorge Semprun, est davantage connu, notamment pour un livre remarquable, Le Grand Voyage, qui est bien plus qu’un récit sur sa déportation. En parlant de ce qu’il a vécu, de la guerre d’Espagne à la Libération en passant par Buchenwald, il fait preuve d’un détachement métaphysique inouï. Chez lui, la révolte est si naturelle qu’elle n’a pas besoin de grands gestes. Au contraire, elle est calme et confiante.

Ironie des temps modernes, les rares magazines qui ont mentionné la mort de Jaime Semprun ont illustré leur nécrologie avec une photo de Jorge, le père…

Car il est vrai que Jaime avait choisi la discrétion, le refus de la télévision, s’attelant à publier modestement des oeuvres essentielles. Rassembler l’intégrale de Orwell, faire découvrir les oeuvres de Lewis Mumford, William Morris, Günther Anders et oser publier le manifeste du terroriste américain Theodore Kaczynski (Unabomber).

C’est que l’Encyclopédie des Nuisances, nom de la maison d’édition fondée par Semprun, avait le goût des livres qu’on range dans la case « mouvement anti-industriel« . Une critique de la société très peu connue en France, qui s’interroge sur la technologie et qui par conséquent, souffre d’une image passéiste voire obscurantiste.

Il faut reconnaître les immenses qualités du travail effectué par Semprun. D’abord sur la forme, les livres sont de vraies merveilles. J’ai appris grâce à Porquet que le « grain»  de ces ouvrages était dû au fait que Semprun utilisait les dernières imprimeries avec linotype et caractère en plomb. Bizarrement, pour ce genre d’artisanat, les prix étaient plutôt bas. On est donc pas dans l’intellectualisme chic. On est dans l’intellectualisme honnête et sans concession.

Sur le fond, quasiment tous les livres que j’y ai lus étaient d’une rare qualité. Evidemment très grincheux, très neurasthénique, très révolté, très pessimiste. Je dirai « malsain mais salutaire« .

A ce propos, je me suis dit qu’il était paradoxal que le mot « lucidité»  avait pour étymologie « lux»  (lumière) là où elle amène plutôt la noirceur

Par exemple, les deux derniers livres que j’ai lus étaient « Le sens du vent»  (un pamphlet contre les éoliennes et le Réseau sortir du Nucléaire) ainsi que Longévité d’une imposture : Michel Foucault dont on devine que ça balance sur le philosophe le plus intouchable… C’est mesquin, peut-être pas très constructif, mais c’est comme une bouffée d’air pur au milieu d’un ciel encombré de nuages au consensuel grisâtre et étouffant.

Ainsi, pour faire des étiquettes commodes, j’ai rangé les livres de l’Encyclopédie dans mon tiroirs « écologistes idéalistes… et donc jamais contents !» 

Je ne les ouvre que quand je suis bien dans ma tête. Alors je suis saisi, par exemple par le style de Baudoin de Bodinat, ou par les formules impeccables de Riesel et Semprun.

Aucun doute pour moi : l’Encyclopédie des Nuisances est une comète dans le paysage littéraire mais surtout dans le fourbis écologiste.

Sinon, hier, j’ai reçu le dernier numéro d’un magazine lui aussi admirable mais pour d’autres raisons. La Salamandre, à mi-chemin entre revue naturaliste et expression artistique. On est dans l’émerveillement et la poésie de la nature, bref à l’opposée de l’Encyclopédie des Nuisances !

Eh bien, y figure un article de Fleur (sic) Daugey qui titre « Eoliennes, l’illusion durable« . Diantre, les éoliennes se font attaquer par les écologistes idéalistes et par les écologistes naturalistes !

« Pfff… jamais contents»  dira le badaud !

Pour autant, les arguments formulés par la revue me semblent moins pertinents que ceux avancés par Arnaud Michon dans le livre sus-cité. Mais, en espérant un jour pouvoir rentrer dans le vif du débat, une chose est sûre, les éoliennes industrielles vont commencer à diviser, une fois n’est pas coutume les écologistes.


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Ecrit par Baptiste le 26 août 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...,Poïesis
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