Blog des eco-SAPIENS
Ethique = Cohérence

La conférence eco-SAPIENS avec Dominique Bourg et Sébastien Kopp

Comme promis, voici le compte rendu de notre conférence du 3 Décembre autour de la question « Y a-t-il un business model dans la décroissance ?» 

Conférence est un bien grand mot puisque l’idée était bien de profiter de la convivialité et de la simplicité du lieu (l’Equitable Café à Marseille) pour pouvoir discuter décontracté.

Comme cela a duré deux heures, qu’il y a eu environ 30 questions/interventions, il est inconcevable de balancer l’enregistrement tel quel. Voici donc le synopsis.

Développement durable et décroissance

Et si on passait à côté du débat !

le sens bordel !
D’emblée, Dominique Bourg envoie le développement durable aux oubliettes. Non seulement il explique (en s’appuyant sur le rapport de Tim Jackson… on en reparlera) que ce n’est pas possible de découpler croissance économique et prélèvement des ressources, mais il va plus loin encore dans son « apostasie» .

Le Développement Durable aura servi à masquer les questions soulevées par les pionniers de l’écologie qui interrogeaient la notion de croissance. Les 25 années d’essor du DD correspondent au moment où le néolibéralisme s’impose !

Autrement dit, les masques tombent. Le développement durable n’était que de la verdure digérée par le libéralisme. Et on a perdu du temps. Au passage, M Bourg rappelle quelques bases de la littérature décroissante. A savoir que la technologie ne résout pas les problèmes écologiques en raison de deux biais : création de nouveaux besoins donc de nouveaux biens (fuite en avant consumériste) et abaissement du coût de production entraînant une « démocratisation»  des biens (effet rebond).

Il rappelle que des études démontrent que le maximum de bonheur ne correspondent pas au maximum de consommation de biens matériels (ndr: il fallait bien une étude pour ça !)

Sébastien Kopp met lui aussi les pieds dans le plat en disant qu’il avait demandé à changer le titre de la conférence (ce qui est vrai !). Croissance, décroissance, développement durable, on oublie un pilier fondamental, peut-être le seul : celui du sens. Quelle vision, quel projet de société, quelle portée culturelle et artistique ?

Paradoxalement, partant du constat que l’économie a pénétré toutes les sphères du réel, il explique qu’il faut donc créer des entreprises qui ne créent non pas de la richesse ou de la valeur mais qui créent du sens. En espérant que le sens suffira à faire office de marketing…

Je résume cela à la simple question de savoir pourquoi on se lève le matin et si l’on est heureux de se lever ! Etrangement, la recherche de la rentabilité a conduit nombre d’entreprises à trouver des modèles économiques de plus en plus complexes, voire incompréhensibles. D’une certaine manière, on s’éloigne du sens.

Au fond, cette quête obsessionnelle de l’argent démontre justement l’absence de sens. Comme on n’a pas de projet de société, en attendant, chacun cherche à accumuler le plus possible pour le jour où il y aura un projet de société.

Ecouter la partie 1

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Le pouvoir d’achat et le sens d’achat

Dominique Bourg plussoie ces remarques. Il observe que c’est la même désorientation qui sous-tend la notion de principe de précaution (même s’il n’est évidemment pas contre le principe de précaution).

Vision d’horreur : et demain ? la question du sens sera-t-elle encore possible demain ? Il évoque le projet transhumaniste qui vise à affranchir l’homme de toute limite, notamment l’immortalité.

La question du sens est révolutionnaire. C’est la seule qui soit aujourd’hui tabou. C’est pourtant la première que se posent les sociétés traditionnelles.

Sébastien Kopp raconte. Venant de milieux aisés et ayant fait de bonnes études, on ne se pose pas la question si « entreprendre » est facile ou difficile ». On se dit  juste « si ce n’est pas nous qui le faisons, qui le fera ? ». On a fait une boîte pour travailler dedans mais aussi pour pouvoir se procurer la basket dont on rêvait.

Il mentionne les plus-values de la basket Veja (coton bio, agro-écologie, seringueros, payer le caoutchouc au prix qu’il faut pour laisser la forêt en pied).

Après 3 ans, ca marche. Mais on devenait des petits patrons un peu cons… Qu’est-ce qui se passe dans l’entreprise ? On pourrait être en SCOP par exemple. Pour l’instant on a plafonné les écarts de salaires.

Le projet est chouette mais si c’est pour finir patron en 4×4, on rate l’essentiel ! Paradoxalement, la première prime pour la coopérative brésilienne a été dépensée pour avoir des antennes télévisions… alors qu’il manquait tout là-bas ! Mais on ne peut rien dire. Ou alors on tombe dans le neo-colonialisme.

La consommation est un vote ! A pas tant que ça, on peut changer les choses rien que par le choix des achats !

Ecouter la partie 2

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Contradiction et polémique sur EDF

Je rappelle les 3 modes d’eco-SAPIENS. L’information pour expliquer et convaincre par la raison. Le comparateur de produits pour la facilité d’accès, convaincre par la pulsion. Et enfin, l’entreprise elle-même qui a choisi la cohérence selon l’adage attribué à  Gandhi : « L’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul ». Statut coopératif et La Nef.

Sébastien Kopp évoque en plus le fournisseur d’électricité verte Enercoop dont Veja est sociétaire et client. Mais il s’étonne de voir que ces acteurs exemplaires soient aussi peu connus finalement et que les principaux concernées fassent faux bond. Ainsi Les figures médiatiques de l’écologie pourraient les propulser en y adhérant.

J’évoque mon expérience personnelle où, invité à la Fondation Nicolas Hulot, j’avais expliqué que je relaierai les actions quand la fondation changera de banque pour la Nef (eco-SAPIENS ainsi que ses salariés sont à la Nef)

Ca tombe bien, Dominique Bourg fait partie de la Fondation Nicolas Hulot. Il reconnaît que ce pourrait être un formidable echo. Mais il faut savoir lier les deux : petites initiatives exemplaires d’un côté et grosses machineries un peu inertes de l’autre. Si FNH ne va pas chez Enercoop, c’est parce qu’on reçoit des sous d’EDF. C’est effectivement une contradiction.

A la question posée pour savoir si la fin justife les moyens, Dominique Bourg rappelle que pour gagner en indépendance, il faut avoir beaucoup de dons personnels. Or les attaques climato-sceptiques ont sensiblement fait baisser cette part de don. Comme il travaille aussi avec EDF, il ne veut pas qu’on laisse croire qu’EDF est une entreprise de 150 000 salauds. Le monde n’est pas manichéen. Il faut savoir assumer ses contradictions. Enercoop a au moins le mérite d’inspirer EDF.

Sébastien Kopp répond qu’on a pas vraiment le temps d’attendre qu’EDF change.

Si Enercoop devient « en terme de taille » comme EDF, Enercoop deviendra-t-elle « en terme de valeur » comme EDF ?

Ecouter la partie 3

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Avalanche de questions

Peut-on réduire l’Amazonie à sa valeur marchande ? Viable est préférable à rentable ?
Les initiatives porteuses de sens progressent mais sont petites. N’est-ce pas la course du vélo contre le TGV ?

Malheureusement, toutes ces belles initiatives ne font pas système.
Voire !

Sempiternelles questions sur les pauvres (au Sud comme au Nord) à qui on ne peut pas demander de faire une fort supplémentaire (l’éco-consommation est souvent plus chère).

Sébastien Kopp: Ceux qui ont la possibilité de le faire ne le font malheureusement pas. On vise les salaires medians. Or ils ont une vraie responsabilité car ils ont la gouvernance financière, intellectuelle et culturelle. Et c’est ceux-là qui ne changent pas !

Ecouter la partie 4

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Salauds de pauvres

Internet va vite et permet de connecter ce fourmillement d’initiatives « sensées» . Il manque certainement une incarnation (politique ? syndicale ?)

On a tellement peur de froisser les gens qu’on ose plus dire en face qu’ils dépensent mal leur argent. L’argent n’a qu’une valeur. Mais ne véhicule plus de valeurs…

Anecdote des salariés Moulinex qui manifestent contre la délocalisation de leur usine alors qu’ils achètent de l’électro-ménager chinois.

Beaucoup d’interventions pour démontrer que le choix par exemple d’une alimentation bio, ne dépend pas vraiment du revenu.

Ecouter la partie 5

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12 questions pour finir

En tout, il y aura eu 30 interventions dans la salle. C’est bien !

Sans pub, comment Veja s’est fait connaître ?

Veja peut continuer à se développer sans croître ?

Le système s’effondre aussi car même physiquement les gens s’effondrent (observateur de la Sécurité sociale)

Quid Enercoop ? Les certificats verts ? Les AMAP ? le statut SCOP

Relation Travail/Consommation

Ecouter la partie 6

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Encore un grand merci à Sébsatien Kopp de Veja, à Dominique Bourg bien sûr, à l’Equitable café pour l’accueil chaleureux (même si on a été privé de fanfare !) et des bises à l’Elephant du poulailler qui assure toujours pour transformer des citrouilles en carrosse.

La bande complète de 1h45min est disponible mais pèse 100 Mo !


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Ecrit par Baptiste le 15 décembre 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...,Participez
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Y a-t-il un business model dans la décroissance ?

eco-SAPIENS va avoir 3 ans.

Vendredi 3 décembre 2010, nous allons fêter cela. C’est à dire que nous allons d’abord examiner les comptes en présence des sociétaires présents. Puis nous allons voter les trucs sérieux. Puis nous irons au café. Plus exactement à l’équitable café.

Pour tout Marseillais aux nerfs un peu vifs, l’équitable café, juché désormais en haut du Cours Julien, c’est un lieu inexpugnable. On peut y boire une grihette en rentrant du boulot bien sûr. Mais on peut aussi assister aux nombreuses projections, conférences et concerts organisés.

Donc vendredi soir, c’est nous, en quelque sorte, qui sommes à l’honneur. On a donc la grihette, pour sûr. Et on s’est dit qu’on pouvait aborder de front la question que tout le monde actuellement se pose :

Y a-t-il un business model dans la décroissance ?

Forcément comme çà, c’est un peu provocateur. Le business model, c’est un concept de capitalistes qui rappelle bien que peu importe le goût de la soupe que l’on vend, l’essentiel c’est de la vendre. Comment vendre plus de soupes ?

A l’opposé, la décroissance consiste à se demander s’il est bien nécessaire de vendre plus de soupes s’il s’avère qu’elle n’a pas bon goût. Ou qu’elle est toxique. Ou qu’elle fait mourir les poissons. Ou qu’elle asservit des enfants dans la chaîne d’embouteillage…

On en a parlé récemment, le philosophe Dominique Bourg, pape et pionnier du développement durable commence à renier cette chimère. « Trop tard !»  dirait-on. Le monde du business a déjà digéré ce concept pour en troubler le sens originel.

Du coup, le monde alternatif recule dans les tranchées sémantiques. Et se positionne contre le développement durable, le green business et revendique lentement mais sûrement la décroissance.

Le problème avec la décroissance, c’est qu’elle oblige à déconsidérer la notion de rentabilité financière. Alors que cela restait crucial dans le développement durable. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le développement durable pouvait dire à une entreprise qu’elle était utile, pertinente, écologique et sociale mais que, malheureusement, il fallait arrêter car ca ne dégageait pas assez d’argent. « Ca va pas être possible…» 

En quelque sorte, la décroissance dirait qu’il faut quand même le faire et que pour l’argent, il faudrait par exemple songer à dépenser moins pardi ! (comme ca on consomme encore moins)

Surtout, d’un point de vue individuel, nous sommes de plus en plus nombreux à nous poser des questions sur la finalité de cette société de marché. Parfois, j’ai le pressentiment que des écologistes de conviction sont plus à la recherche d’une bonne idée de business model (« ah tiens :  ca n’a pas encore été fait, faut que je me place !» ) qu’à une recherche authentique de qu’ils veulent, savent et peuvent faire.

Or, quand on voit dans quel monde de galères survivent les entrepreneurs éthiques, on en vient à se demander si au final, l’éco-consommation peut faire vivre ses acteurs.

Alors on posera cette question à Dominique Bourg, qui nous fera l’honneur de sa présence. On la posera aussi à Sébastien Kopp des baskets Veja. On la posera à tous ceux qui viendront.

On en viendra, c’est certain, à se demander au fond ce qu’est ce drôle de truc qui nous fait vivre de manière arraisonnée et qui s’appelle… l’argent !


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Ecrit par Baptiste le 17 novembre 2010 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Les autres...,Participez,Un peu sur nous
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A l’assemblée générale d’une banque pas comme les autres

money_maskedReprenons reprenons…

Si vous demandez à un boucher à quoi sert la viande qu’il manipule, il saura vous répondre. Mais si vous demandez à un trader ou à votre banquier à quoi sert l’argent qu’il manipule, il vous répondra « à faire plus d’argent. »  C’est ce qu’Aristote appelle la chrématistique, c’est à dire l’accumulation de moyens d’acquisition.

Confondre le moyen et la fin, ce n’est donc pas si nouveau. Et la dénonciation qui va avec non plus !

Il serait naïf de croire que c’est une dégénérescence de nos sociétés. La différence peut-être, c’est qu’auparavant, il était ringard d’être obsédé par l’argent. Aujourd’hui, c’est la classe que d’être trader. C’est à dire qu’on les conspue sur la place publique… tout en rêvant secrètement d’avoir les mêmes boni de fin d’année.

Or, il existe des banquiers à rebours. Ca a commencé il y a plus de trente ans maintenant, en France, où des personnes suffisament idéalistes pour vouloir changer le monde, et suffisamment réalistes pour se dire que cela passait par la comptabilité et les finances, ont décidé ce créer une banque éthique.

A l’époque, le terme éthique n’avait pas sa popularité d’aujourd’hui. Ils ont appelé leur société la Nef, Nouvelle Economie Fraternelle. Ne pouvant obtenir, pour des raisons purement politiques, l’agrément bancaire, ils n’ont pu faire une banque à proprement parler. Mais c’est tout pareil. C’est une société financière. En gros, un établissement qui peut administrer des comptes courants (il y a des chéquiers Nef) et qui peut octroyer des prêts.

money_bananaQu’y a t-il d’éthique ou de fraternel là-dedans ?

Sur la forme d’abord.

Fonctionnement coopératif c’est à dire qu’un sociétaire (un client si vous souhaitez continuer à raisonner dans l’ancien monde…) a une voix au conseil d’administration.

Une transparence totale.
Quand je dis « totale» , je pèse mes mots. Car non seulement on accède aux comptes détaillés de la banque mais surtout on veut vraiment que vous sachiez à qui l’argent a été prêté.

Sur le fond ensuite.

Les prêts sont toujours destinés à des projets typiquement « eco-sapiens« . Ce n’est pas un hasard si nombre de Biocoop, d’associations écologistes de la bio ou de l’équitable sont et font appel à la Nef.
Du coup, les millions d’euros brassés, une fois détaillés, deviennent très concrets. Ouf, mon argent n’a pas servi à doper l’huile de palme d’Indonésie !

Après cela on peut toujours rétorquer à quoi bon connaître tout cela ? Doit-on vraiment s’enquiquiner à savoir où part chaque kopek ? Ma foi je pense que oui. Car il est illogique de vilipender les traders et autres marchés financiers alors que ces dérives sont justement possibles par l’opacité et le laisser-aller d’aujourd’hui.

A eco-sapiens, on aime bien dire que chaque individu a trois pouvoirs. Celui de consommateur, celui de citoyen, et celui d’épargnant. Comme disait une célèbre publicité: « Mais ca fait trois choses à la fois !»  et ca fait donc beaucoup dans nos vies où le temps s’échappe par tous les horizons possibles.

money_homerQuand on voit la complexité du comment consommer mieux, quand on voit les promesses trahies des politiciens et le manque de scrupules des financiers, on est tenté de lâcher prise. Et de renoncer à ses trois pouvoirs. Discount, abstention et boursorama…

Or il ne faut pas. Et pour bien faire, le plus simple et le plus gratifiant, c’est de rencontrer directement les gens. Incroyable non ?

  1. Votre marchand. S’il est incapable de raconter l’histoire de ce qu’il vous vend allez-vous en.
  2. Votre maire. Si vous n’avez jamais discuté avec lui, votez pour celui qui aura été disponible.
  3. Votre banquier. S’il est incapable de vous dire où va l’argent que vous lui confiez ou s’il vous dit qu’ils font des placements écologiques… changez de banque.

De là, on comprend mieux la devise de la Nef: « Pour que l’argent relie les hommes» . Et oui, l’argent n’est décidément pas une fin. C’est aussi plus qu’un moyen.

Ceci dit, il faut se souvenir que l’argent n’est pas une fatalité. Il est tout à fait possible d’échanger biens et services directement, sans matérialisation pécuniaire. Mais ceci est une autre histoire… à écrire prochainement !

Pour finir, un dernier point, sous forme de point d’interrogation. Celui de la religion.

La Nef a été accusée il y a une dizaine d’années d’être une secte. C’est obvieusement calomnieux. (C’est même risible dans la mesure où la Nef est une institution financière avec commissaire aux comptes, agrément des autorités financières et autres procédures comptables diverses à même de faire fuire quiconque à envie d’endoctriner…)

money_marioNéanmoins, quand on sait que le mot « religion»  vient de « relier»  (pareil avec le pontif qui fait le pont) on sent bien que l’emploi des mots « fraternel»  et « relier»  si chers à la Nef, donne une dimension spirituelle à tout ceci.

Cerise sur le gâteau, un très bon ami, qui est musulman pratiquant, une fois expliqué le concept de la Nef, a été le plus prompt,  à y ouvrir un compte. Il est écolo mais moins que d’autres qui eux n’ont toujours pas fait le pas… Je crois que pour lui, l’argument de poids, c’est que la Nef répondait aussi à en partie aux exigences de ce qu’on appelle la finance islamique (une finance sans usure i.e. sans taux d’intérêt et qui ne finance pas la pornographie et l’armement).

Voilà, je ne sais s’il faut cela relève réellement de la religion. J’aurais tendance à appeler cela foi. C’est à dire une espérance… qui commence déjà par soi. C’est énorme.

Le site de La Nef

L’assemblé générale a eu lieu à la Cité des Sciences à Paris ce 29 mai. Traiteur bio et fanfare (!) ont animé la journée. Et en plus on y rencontre des sociétaires intéressants et sympathiques !


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Ecrit par Baptiste le 30 mai 2010 :: Classé dans Itinéraire,Les autres...
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BNPalme

mururoaDétendez-vous ! Vous êtes allongés sur le sable blanc ombragé par quelques palmiers à la silhouette de carte postale. Un vrai petit paradis arti-fiscal.

Les flots font le bruit doux des billets suavement froissés.

Normal car ici l’argent coule à flot.

Que vous ayez choisi les Iles Marshall, Iles Caïman, Iles Cook, les Bermudes, Sainte-Lucie, les Barbades ou les Bahamas, vous pouvez voir, dans un raccourci saisissant, l’argent et les palmiers.

C’est une lectrice d’eco-SAPIENS qui m’a transmis ce document, absolument pas confidentiel, émis par une grande banque française à l’attention de tout bon épargnant avide d’argent facile.

Je vous présente donc le certificat 100% Huile de Palme, un placement bien juteux bien gras.

Le Certificat 100% Huile de Palme permet en une seule transaction de diversifier son portefeuille en investissant sur l’indice Asian Plantation. Il est composé des sociétés asiatiques leaders qui tirent profit de l’exploitation de l’huile de palme.

L’utilisation de l’huile de palme dans l’agro-alimentaire a augmenté de 124% ces 10 dernières années. Concernant la production de l’huile de palme, les 3/4 sont consacrés aux produits alimentaires (biscuits,
chocolats, huiles végétales…), le solde étant principalement dédié à la cosmétique, les savons et les détergents.

On ne dit pas que l’huile de palme est une mauvaise huile alimentaire (acides gras saturés favorisant le cholesterol). On ne parle surtout pas de la déforestation et de toute la catastrophe écologique, sociale et culturelle liée à l’industrie de l’huile de palme.

Aujourd’hui 1,5% de la production mondiale de l’huile de palme est affectée aux biocarburants de l’Union Européenne. Son utilisation devrait augmenter de 75% d’ici à 2010. Pourtant, l’offre ne devrait que partiellement satisfaire la demande.

La BNP parle encore de « biocarburants»  là où il faut parler d’» agrocarburants» . Glissement sémantique évidemment pas anodin d’autant qu’il va de soi que cette huile de palme asiatique doit être consommée en Europe pour faire rouler des carosseries…

En 2007, l’indice Asian Plantation surperforme l’indice MSCI World EUR de 67,8% sur les 12 derniers  mois. Malgré une faible correction début 2008, l’Indice offre toujours , d’après les analystes BNP  Paribas, un fort potentiel de croissance.

Note aux néophytes déboussolés par les néologismes financiers… surperformer signifie tout simplement faire une performance supérieure à la moyenne. C’est presqu’un pléonasme puisqu’une performance se doit déjà d’être au-dessus de la moyenne… Mais bon, ca impressionne le badaud qui a besoin qu’on lui dise « extra, super, mega, hyper»  en langage plus sérieux et plus contenu. D’ailleurs, côté sérieux, je vous invite à regarder les divers pictogrammes du document comme ce Risk Awards 2008. Si si, il doit exister des trophées du risque dont j’ignore à mon grand dam où se déroule la cérémonie.

Je sais, il est facile et de bon ton de taper sur les vilains financiers. Mais, il est aussi vital de rappeler à quoi ressemble le visage du mal.

Ce visage, c’est la banalité.

Donc, messieurs de BNP (ou des autres banques concernées… c’est à dire presque toutes !) qui ont des pépites en guise de pupille, regardez un peu ce que vous détruisez pour quelques points de croissance. Regardez un peu qui vous affamez. Et regardez qui vous engraisser

Sinon, en attendant, il existe des banques qui font des choses nettement plus intéressantes !


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Ecrit par Baptiste le 16 mars 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...
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Green Academy (Toyota qui l’a dans le IQ)

Trouve cette pub sur le net

green-academy

Rien de tel qu’un bon jeu concours pour créer ce que l’on appelle du buzz.

Ce que je trouve intéressant, c’est la brochette d’entreprises sponsors. Au risque de me faire plein d’ennemis d’un coup,
on a un joli fleuron de sociétés qui surfent sur le greenwashing.

Le journal Le Monde (feu Le Monde) que je ne connais trop bien pour avoir habité plus d’un an chez un journaliste qui y a travaillé une vie entière ! Ce journal est une caricature du nouveau modèle de la presse. Avoir plus de lecteurs pour vendre plus cher mes espaces aux publicitaires pour faire plus de recettes. Quand on regarde les chroniques économiques signées Le Boucher ou Delhommais, on est simplement effaré qu’un journal sérieux puisse à ce point tomber dans la grossièreté et l’ineptie.

Yves Rocher, qui depuis 5 ans mise à fond sur l’aspect feuille verte et bio alors que, rappelons-le, Yves Rocher est aussi crado que l’Oréal. Mais bien plus bavard question environnement. Pourtant, de lourds dossiers à charge pèsent sur le fabricant de cosmétiques, en matière de biopiraterie notamment. Mais aussi une vieille histoire burkinabé, qu’on racontera prochainement…

MSN, c’est à dire Microsoft. Celui qui rafle la mise sur ses brevets informatiques et qui rend obsolète n’importe quelle machine pour peu que vous soyez accroc à ces logiciels. Microsoft dont on voit mal le rapport avec l’écologie, notamment comme nous l’avions évoqué sur notre actu Hasta la Vista.

Poweo, entreprise, qui au fond ne fait que du « boursicotage»  sur le marché désormais ouvert de l’électricité. Une entreprise qui n’a rien, mais alors rien à voir avec les énergies renouvelables, puisque de toute façon elle propose toutes les offres. Vous voulez du pas cher, il y a du pas cher. Vous voulez du cher, il y a du cher. Du renouvelable ? pas de problème, on peut faire…

Greenzer, une jeune société du web qui propose aussi des actus et un comparateur écolo. Une sorte de concurrent pour votre SCOP dévouée. Mais pour avoir rencontré les bonhommes, fort sympathiques au demeurant, on sent bien qu’ils vendent du vert comme ils pourraient vendre des éponges ou des radiateurs.

Mais surtout Toyota ! Toyota qui est devenue le symbole, que dis-je, le syndrôme de la voiture verte. Faut-il le rappeler, la voiture hybride est loin d’être écolo ? Emet moins de CO2 qu’une berline classique certes. Mais primo cette réduction est faible (110g/km théorique mais 147g/km mesuré) pour une voiture équivalente à une Smart.
Secondo, au risque d’enfoncer des portes ouvertes, la voiture propre n’existe pas.

Car la voiture, ce n’est de toute façon pas qu’une question de CO2. C’est l’infrastructure qui va avec (autoroutes, parking, bison pas futé,…), la nuisance sociale (bruit, ville embouteillée,…) et un symbole (abolition du temps et de l’espace, sentiment de domination…)

Le problème de la nouvelle flopée d’écologistes qui arrive, c’est que le monde se résume pour eux à un marché de monnaies auquel se rajoute une nouvelle devise « verte» : le gramme de CO2.

Voilà, un exemple comme un autre de greenwashing collectif. On a les totems qu’on peut…

Mais de l’autre côté du monde, on ne manque pas de défouloirs !


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Ecrit par Baptiste le 25 septembre 2009 :: Classé dans Les autres...,Participez
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La Californie en faillite recourt aux monnaies libres

couverture Terra Eco

couverture Terra Eco

On en parle peu mais il se passe de drôles de choses en Californie. La Californie c’est, rappelons-le, un territoire mexicain cédé aux Etats-Unis en 1848. 10 ans auparavant, la province mexicaine comptait 5 000 Européens pour 30 000 Amérindiens. Aujourd’hui, c’est 40 millions de personnes qui vivent sur ce territoire qui représente 14% du PNB américain.

On dit souvent que si la Californie était indépendante, elle serait la sixième puissance économique mondiale…

A l’origine de cette explosion démographique et de cette richesse, il y a l’or (XIXème siècle), le pétrole (1910-1950), le cinéma (Hollywood 1930-aujourd’hui) et l’informatique (Silicon Valley 1971-aujourd’hui). Et un climat exceptionnel pour enrober cette vision chronologique des ressources stratégiques…

Mais la Californie est paradoxalement aussi riche qu’endettée. Paradoxe qui n’est qu’apparent pour ceux qui savent que l’argent d’aujourd’hui est constitué à 95% de dette.

24,3 milliards de dollars* de déficit à ce jour. Et cela s’accroit de 500 $ chaque seconde. Argh ! La richesse a un coût !

Ce marasme économique, c’est peut-être parce que nous n’achetons pas assez de mots clés à Google (siège social à San Jose, California). C’est plus vraisemblablement parce la crise économique frappe en premier lieu les fleurons de l’économie américaine.

Le célèbre gouverneur haltérophile Arnold Schwarzenegger tente désespérément de trouver des remèdes, même celles qui séduisent plus le camp adverse (démocrates) que son propre parti (républicains). Deux jours de moins pour les 250 000 fonctionnaires. Hausse d’impôts. Coupes drastiques dans l’éducation et la santé.

A l’Ouest rien de nouveau… (pour une fois que c’est idoine !)

Mais surtout, une nouvelle monnaie apparait: le IOU. I Owe Unto – Je dois sur une période indéterminée – contracté en langage courant en I Owe You – Je vous dois.

C’est une reconnaissance de dette… sans aucun terme échu. Evidemment, cela fait rire les banques qui ne reconnaîtront ni ne convertiront ces IOU.

Et alors ? Eh bien je me dis que les monnaies libres arrivent. Doucement mais sûrement…

* ou 40 milliards de dollars… ca dépend de la source !

Article américain qui parle des IOU


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Ecrit par Baptiste le 3 juillet 2009 :: Classé dans Itinéraire,Les autres...,Poïesis
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Pourquoi nous n’avons jamais acheté de mots clés à Google

adwords_minJe ne sais comment aborder ce sujet.

D’abord, j’ai cette peur de noyer le néophyte dans des considérations techniques. On va parler d’Internet, de modèle économique sur le web et aussi de spéculation. On va avancer des idées grinçantes. Et on va prendre un peu de recul sur cette compétition dans la communication, dans cette lutte incessante menée par entreprises, associations et collectivités pour sortir du vacarme informationnelle.

La publicité est un fantôme qui ne vit que parce que nous voulons bien entretenir ce brouhaha de l’information.

Voici pourquoi.

Le marché aux mots clés

Pour ceux qui ne savent pas ce que sont les mots clés Google, un petit résumé s’impose.

Google, c’est avant tout un algorithme de recherche précis, rapide et sémantiquement performant. Tellement fort que c’est le moteur de recherche utilisé par 80% de Français.

Comme le résultat d’une recherche est déterminé purement et simplement par l’algorithme, ce sont les résultats les plus pertinents qui sortent en premier. Là-dessus, un service est offert à l’internaute.

Mais si vous souhaitez apparaître en première page, vous pouvez payer une petite annonce, afin d’être affiché sur la colonne de droite pour le mot-clé de votre choix. On peut même apparaître en haut, mais alors, il y a un petit fond rose pâle avec écrit « liens commerciaux»  pour bien distinguer ceux qui payent de ceux qui sont bien classés (on dit bien référencés). Merci la législation américaine qui a su imposer cette belle idée qu’on ne mélange pas les torchons et les serviettes…

Aujourd’hui presque tous les sites internet achètent des mots-clés. Les marchands bien sûr. Ainsi, une agence de voyage achètera des mots-clés comme Thaïlande, Turquie, Corse… Comptez environ une quinzaine de centimes le mot-clé (s’il est cliqué une fois).

Mais il n’y a pas que les marchands. Les politiques s’y mettent (« retraites»  par exemple), les associations, les multinationales qui n’ont rien à vendre au particulier mais qui, comme dit le slogan, ont des idées ! Par exemple Areva achète beaucoup de « nucléaire»  vu que le réseau sortir du nucléaire apparaît gratuitement en haut vu qu’il est bien référencé…

Enfin, il a les journaux.

Pourquoi les journaux ? Mais pour avoir plus de lecteurs pardi ! Et plus de lecteurs, pour pouvoir toucher plus de recettes publicitaires.

La course aux mots-clés

Bref, si vous avez bien suivi, vous achetez de l’espace publicitaire pour pouvoir toucher plus de sous grâce à la publicité qui est chez vous !

Tordu ? Disons que cela s’appelle de la spéculation. Si vous payez 10 cts le mot-clé cliqué et que le visiteur ainsi hameçonné clique ensuite sur une pub chez vous qui vous rapporte 20 cts… vous gagnez la différence.

Cela peut se révéler compliqué à calculer. Mais l’interface Google AdWords (nom du programme où l’on fait son marché de mots clés) est tellement bien faite que vous pouvez connaître précisément le retour sur investissement. Le ROI (Return on Investment) si vous êtes jargonaute.

Si vous tapez Michaël Jackson, vous avez une ribambelle de media (l’express, voici…) qui cherchent à capter la manne d’internautes qui ont tapé ce nom. Bien entendu, ils ne payent pas car ils ont quelque chose d’important à dire sur le sujet. Ils payent pour gagner en trafic et ensuite voir les marchands de pneu: « regardez comme on a du monde qui vient chez nous ! Du coup, c’est plus cher l’encart pub sur notre journal !» .

Où l’on voit bien que les coûts se répercutent. Plus j’achète, plus j’ai du monde, plus je vends cher. Seuls les plus gros peuvent suivre. Ou ceux qui sont très amis avec le banquier.

Qu’un marchand fasse de la publicité, c’est ainsi et c’est compréhensible. Que les journaux raisonnent en terme de spéculation, c’est une déviance. La finalité n’est plus l’information mais l’audience.

Il y a quelques années, le directeur du magazine LeMonde2 avait avoué que son objectif était d’avoir plus de lecteurs pour vendre plus cher sa publicité. Il confondait donc la fin et les moyens.

Bulle spéculative

En un mot, la publicité s’autonomise. Elle devient sa propre finalité. Peut-on imaginer un monde où tout est gratuit grâce à la publicité ? A priori non puisqu’un moment ou un autre, il faudra bien acheter les produits de celui qui fait la publicité. Produit qui sera logiquement plus cher à cause des budgets publicitaires… D’autant que la concurrence est rude dans ce secteur. Il faut toujours dépenser plus en communication.

Aujourd’hui, c’est 35 milliards d’euros qui sont investis chez les publicitaires (du concepteur au colleur d’affiche, chiffre entendu à La Canalisation) chaque année. Cela fait vivre du monde certes. Mais ce sont autant de sous qui vont dans l’éphémère gaspillage de la lutte pour la notoriété. Et qui auraient pu être investis dans tellement d’oeuvres meilleures.

Il est toujours délicat de séparer une technique de ses applications. Pourrait-on exclure par principe certains types d’annonceurs. Et si un jour, de même qu’il y a des crises financières, il y avait des crises publicitaires ? Car il s’agit bien d’une bulle spéculative qui se crée sous nos yeux. Le seul qui est sûr de gagner à tous les coups, c’est la régie publicitaire.

eco-SAPIENS n’achète pas de mots-clés

…mais c’est pas faute d’avoir essayé !

Alors, pourquoi eco-sapiens n’a-t-il jamais acheté de mots clés ? Avouons-le, c’est d’abord par flemme ! Flemme de devoir calculer si tel mot clé est plus rentable que tel autre*. Flemme de devoir contrôler chaque jour les tendances pour être sûr de n’avoir pas été grillé par un autre site plus malin. Flemme de devoir rentrer dans une nouvelle bataille dans laquelle nous ne nous reconnaissons pas.

Comme l’argument de la paresse convainc rarement notre entourage, nous nous voyons répondre généralement ceci:

«  Mais pour que les gens découvrent eco-sapiens, il faut bien communiquer?» 

Que ce billet puisse leur apporter un élément de réponse plus construit. Même si nous revendiquerons aussi une certaine forme de paresse !

* D’autant qu’on estime à 35% le taux de clics provoqués par les concurrents ! Ah que la guerre économique est jolie…


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Ecrit par Baptiste le 2 juillet 2009 :: Classé dans Débat,Un peu sur nous
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Les monnaies libres

monnaies libres

monnaies libres

J’ai assisté hier soir à une conférence dont j’ignorais absolument tout le contenu. Juste intrigué par l’intitulé: « Les monnaies libres« , car, comme beaucoup j’imagine, je m’interroge souvent sur cette drôle d’invention qu’est la monnaie.

Instinctivement, on est porté à croire que l’argent (qui est un peu la monnaie-roi) a été inventé pour des raisons de commodité. Plus facile que le troc parce qu’il encombre moins que le bœuf qu’on échange, mais surtout parce que l’on peut le thésauriser.

Avec la crise financière, de très bons documentaires et écrits ont circulé sur le système monétaire actuel: qu’est-ce qu’une banque ? Qui créé l’argent ? Pourquoi tout, des Nations aux particuliers, est endetté ? Pourquoi le monde est pourtant si riche ?

Hier donc, cette conférence proposait de vaticiner sur ce qu’allait devenir la monnaie. Le constat de départ, c’est qu’on vit dans un monde où la monnaie est rare. Il faut bien sûr rappeler que dans la plupart des pays, 10% de la population contrôle 70% de la richesse monétaire. 1% en contrôle 40%. Bref, les inégalités se creusent et le système actuel ne parvient plus à redistribuer les cartes.

C’est un peu comme un jeu de Monopoly où, même avec des joueurs de la meilleure volonté et solidarité qui soit, les règles font qu’à la fin… tout le monde meurt. Même le gagnant qui, pour vivre, a besoin que des joueurs tombent sur ses hôtels… C’est aussi ce que l’on appelle la loi Pareto.

C’est Jean-François Noubel qui intervenait, et à qui donc je dois cet exemple du Monopoly, et qui se mouillait à proposer un nouveau paradigme où la monnaie ne serait plus rare mais… suffisante.

Présentation du personnage au passage.
C’est l’un des fondateurs de AOL France. Ce qui revient à dire que c’est l’un de ceux qui a vraiment contribué à amener Internet en France. Son domaine, c’est plutôt l’intelligence collective. Aujourd’hui, il fait conférences et séminaires en marge de ses recherches sur l’intelligence collective. Avec d’autres, ils mettent au point une sorte de package open-source (du code informatique libre et ouvert) pour que tout le monde puisse créer son propre système monétaire.

Vous avez bien lu. Selon lui, très rapidement, les monnaies vont se multiplier. Il y en aura des millions. Je pourrai être sur telle monnaie locale de mon village. Et aussi sur telle vaste monnaie réunissant les centaines de millions de personnes qui souhaitent faire circuler leur argent que dans de la bio, de l’éthique etc.

Bon, on est dans l’utopie. Peut-être. Dans la dystopie. Peut-être aussi. Ce qui est sûr, c’est que l’on ressort de la conférence avec des yeux nouveaux. On se dit que oui c’est possible et imminent. De même que chacun est devenu media, on pourra devenir banque. On pourrait se rapproprier la monnaie.

Un monde s’ouvre. Avec beaucoup de questions. Notamment: « que vont devenir les monnaies d’Etat ? Comment les Etats vont réagir ? Où va passer la violence que contient la monnaie ?» 

En tout cas, même si je reste septique, j’avoue être de ceux qui pensent que puisque de toute façon le système actuel est vicié, pourquoi ne pas plonger dans l’inconnu ? Après tout, les SEL fonctionnent très bien dans certains villages, voire certaines villes.

La video de la conférence est déjà disponible.

Voyage au coeur de l’intelligence collective globale. Paris-June 12th from ChristopheDucamp on Vimeo.

Le site TheTransitioner


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Ecrit par Baptiste le 12 juin 2009 :: Classé dans Débat,Les autres...,Participez,vidéo
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Question de rentabilité

CAC 40 CAC 40 ouais !On connaissait les sociétés aux profits gigantesques qui supprimaient des emplois (pardon: le contexte économique oblige de délocaliser pour rester compétitif…).

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Voici désormais les sociétés qui vont bien et font faillite du jour et lendemain.
En fait j’ai eu un déclic avec l’histoire de la CAMIF. Le n°3 français de la vente à distance, le n°13 dans le e-commerce. La CAMIF fondée il y a 60 ans est en liquidation judiciaire aujourd’hui. Premièrement cela m’affecte car c’était une coopérative et que dans son secteur, la CAMIF se tournait toujours plus vers des produits écologiques.

Mais du coup, je me demande quelle est la véritable santé du n°4 et du reste de peloton..

Il y aussi MBO (recruteurs médicaux donc bien lié à l’industrie pharmaceutique pas très rose !) qui est dans une belle galère. Je connais quelqu’un qui y travaille et m’a dit qu’une semaine avant l’annonce de la liquidation, le PDG clamait les meilleurs chiffres depuis la création, une forte croissance etc.

Et là je viens de lire que le magazine « La société financière« , magazine sexagénaire sur la gestion du patrimoine financier, était également dans la choucroute. Bon forcément, ça amuse que ceux qui depuis 60 ans expliquent comment gérer ses finances soit incapables de gérer les leurs… Mais le plus fabuleux, c’est que c’est « comme si de rien n’était» : le site internet est là et ne fait aucune allusion.
Cerise sur le gâteau, avec la crise économique, la presse financière (Les Echos, La Tribune et La Vie Financière donc) voient leurs ventes augmenter considérablement. Comprenne qui pourra.

« La Vie Financière vit de sa diffusion mais aussi énormément de sa publicité qui se dégradait depuis quelques années, avec un coup de frein supplémentaire violent depuis septembre« , déclare la directrice du groupe.

La publicité se dégrade ! Ah bah ca alors. Je suppose que « se dégrader»  n’a ici aucune connotation morale… juste financière. Passons.

Ces 3 exemples (plus d’autres qu’il faudrait recenser éplucher…) illustrent à mon avis le flou artistique qui peut régner autour de la notion de rentabilité. Une notion qui paraît pourtant si simple.


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Ecrit par Baptiste le 12 novembre 2008 :: Classé dans Débat,Les autres...
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Comité d’éthique de la Nef – Bernard Ginisty

La NefJe reproduis ici le discours de Bernard GINISTY à l’Assemblée Générale de la Nef le 24 mai à Paris. Ce discours est d’autant plus intéressant dans le cadre de la crise financière. Enfin, il permettra de donner quelques éléments à ceux qui se demandent ce que peut-être l’éthique en général, et plus spécifiquement dans une initiative économique.

« Je m’exprime ici en tant que représentant du Comité d’Ethique de la Nef. L’an dernier, ce Comité a traversé une crise d’identité qui nous a conduit, collectivement, à préciser notre rôle. Il nous est apparu que le Comité d’éthique n’était ni une instance d’appel par rapport aux décisions prises par les organes de gestion de la Nef, ni une instance de jugement qui déciderait souverainement du bien et du mal, mais un organe de régulation éthique.

SteinerPuisqu’en me présentant, on a parlé de ma formation philosophique, je vais un peu « philosopher ».
Qu’est ce qu’on appelle chez Aristote un acte éthique ? C’est un acte qui n’oublie pas les raisons finales de son projet. La maladie du monde moderne et de la finance plus particulièrement c’est de l’autonomisation de différentes actions par rapport aux raisons finales. Je dirai donc que le rôle du comité d’éthique, dans une organisation comme la Nef, c’est de constamment veiller à ce que tous les acteurs dont le métier est d’avoir, comme on dit, « le nez sur le guidon », ne soient pas conduits, petit à petit, à faire de leur action un but en soi, mais la confrontent en permanence aux valeurs de la charte fondatrice de la Nef.

Il s’agit en fait de maintenir constamment ouverte la question de l’adéquation de l’outil avec les finalités que l’on proclame.

AristoteDès lors, notre Comité n’incarne pas je ne sais quel « Père la pudeur éthique », chargé de promouvoir des produits dits « éthiques » qui permettraient d’emballer d’autres produits qui le sont beaucoup moins ! Il s’agit, reprenant ici l’éthique dans son sens grec d’éthos, de veiller à ce que la Nef reste un organisme vivant dont les différentes actions trouvent leur cohérence dans les valeurs affirmées.

Si la Nef a été créée, c’est bien d’abord pour réagir contre les dérives d’une fonction financière qui s’est autonomisée d’abord par rapport à la fonction politique qui gère l’art de vivre des citoyens, et plus récemment par rapport à la fonction économique. Dans un organisme vivant quand un organe fonctionne pour lui-même en se développant de façon anarchique, cela s’appelle un cancer.

Pour éviter ces dérives, d’abord au sein de notre Comité, nous avons choisi un mode de fonctionnement collectif. Nous avons par ailleurs décidé de ne pas nommer de président de notre Comité pour bien montrer que nous ne sommes pas une instance de décision. Je m’exprime donc ici en tant que représentant d’un comité d’éthique rassemblant des personnes de sensibilités diverses.

Comment s’est traduite notre action au cours de l’exercice écoulé ? Pour illustrer cela, je vais commenter rapidement trois éléments qui figurent dans le rapport que vous avez entre les mains. Il a été rédigé par Béatrice Poncin qui s’excuse de ne pouvoir être parmi nous aujourd’hui.

Notre travail le plus important a concerné la consultation autour de la Charte du projet de Banque éthique. Pour nous, cette charte n’est pas un texte « sacré » écrit une fois pour toutes, mais la première phase d’un travail permanent de confrontation de la pratique de la Nef et des valeurs proclamées. Nous avons insisté pour que ce texte reste vivant et s’enrichisse en permanence de l’expérience de la vie de la Nef. Pour nous, la pratique de la Nef et la pratique des sociétaires sont sources de connaissance. Une des missions du Comité d’Ethique est donc de veiller à tout ce qui peut émerger de la pratique de la Nef pour enrichir le contenu cette charte.

Deuxièmement, nous avons été saisis par la nouvelle société de capital-risque créée par la Nef Nef Capital Ethique (NCE). Cette société a souhaité qu’un membre du comité d’éthique y soit censeur ainsi qu’il est mentionné dans le document de présentation de Nef Capital Ethique: «nous souhaiterions vivement que le comité d’éthique de la Nef soit représenté au Conseil d’Administration par un ou une (c’est une) censeur qui serait officiellement nommée à l’occasion d’une prochaine assemblée générale. D’autre part le management de Nef Capital Ethique entretiendra avec le Comité d’Ethique des relations régulières permettant de s’assurer mutuellement de la cohérence au regard des valeurs et de la charte éthique des actions entreprises, du choix de ses investisseurs, du choix de ses investissements et de sa gestion». Ce texte rejoint bien la conception que nous nous faisons du Comité d’Ethique comme organe de régulation interne chargé de rappeler aux différents acteurs de la Nef la hiérarchie des valeurs qu’ils se sont données. Chantal Hirshauer a été désignée pour remplir cette fonction de censeur.

Enfin, troisième aspect que je voudrais souligner : nous pensons que la fonction de régulation éthique passe par l’échange et les valeurs partagées. C’est pourquoi, nous envisageons de proposer aux sociétaires des séminaires, entre autres, sur les thèmes suivants :

  1. L’argent est-il un bien commun ? Sommes-nous propriétaires de notre argent ?
  2. Qu’est ce que le droit au crédit (puisque que ce droit est mentionné dans la charte) ?
  3. Le profit est-il juste s’il est issu d’activités orientées vers le bien commun et réinvesti dans de telles activités ?
  4. Comment l’argent contribue ou non à la construction d’une société plus fraternelle telle que nous essayons de la construire ?
  5. À quel moment la taille de l’outil devient-elle un obstacle au projet culturel lui-même ?Comment faire grandir l’institution sans dénaturer le projet ?

Voilà à la fois notre action et nos projets. Ils tendent à éviter la schizophrénie qui nous menace si souvent en juxtaposant des placements financiers dont le seul but est le maximum de profit et le minimum de risque avec des dons généreux à des bonnes oeuvres. Un peu comme au XIXème siècle, certains patrons exploitaient durement leurs ouvriers tandis que leurs femmes se livraient à de bonnes actions dans un ouvroir pour les pauvres du quartier.

L’originalité de la NEF réside dans cette volonté d’être une vraie institution financière avec les contrôles et les exigences de la profession, mais qui place les valeurs éthiques au cœur de son action. C’est parfois difficile de faire comprendre que nous ne sommes ni une ONG ni un organisme dont le seul but est le profit. Un des rôles essentiels du Comité d’éthique est de contribuer à maintenir cette tension, parfois inconfortable, mais toujours féconde, entre la rigueur professionnelle bancaire et les valeurs dont nous nous réclamons.

Je vous remercie ».


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Ecrit par Baptiste le 22 octobre 2008 :: Classé dans Débat,Les autres...
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