Blog des eco-SAPIENS
Ethique = Cohérence

Droit de réponse à Jancovici

Foin du statut de vache sacrée de Jean-Marc Jancovici, éternellement présenté comme l’expert « neutre»  sur les questions de l’énergie.

Invité au journal télévisé de France 2 (je n’ai pas la télévision mais on m’a passé le lien Internet pour me dire « regarde, il y a négaWatt au 20h ! ce qui est effectivement un évènement), Jancovici est introduit ainsi par le présentateur David Pujadas: « ni un pro ni un anti-nucléaire« .

Diantre ! Nous verrons, si besoin est, qu’il n’en est rien. On ne sort pas de l’X, on n’est pas formé et formateur au corps des Mines sans séquelles… Le site arrêtsurimages revient d’ailleurs sur ce glissement intellectuel pas anodin : quand on est neutre sur le nucléaire… on n’est pas contre !

Comme Jancovici, je suis évidemment pour aller d’abord et surtout chercher des économies d’énergie. Tout le monde le dit car c’est le début de tout. 30% de gisements de négaWatts. Venons-en donc au point de désaccord: l’énergie résiduelle qu’il nous faut consommer. Et aussi cette sempiternelle et inexorable alternative entre nucléaire « décarboné»  et vilaines usines à pétrole et charbon.

Comme Jancovici, je souhaite également que nos sociétés sortent de la dépendance au pétrole Et plus de gré que de force…

Dans une tribune publiée sur Good Planet à propos de Fukushima, on découvre tout de même que le cerveau de Janco (pour les intimes) sombre un peu dans le cartésianisme vulgaire et finit, pour le prestige de la démonstration, par mélanger choux et carottes. A trop vouloir sortir des chiffres, on oublie ce qu’il y a derrière. Pour Jancovici, un mort est un mort, il ne reste plus qu’à additionner, soustraire, calculer les moyennes et décréter au bout du calcul que ce qui est le moins mortifère est ce qui est bon.

Avant de m’adonner au bashing (exercice que je considère en principe peu constructif), je précise d’où je parle. Je suis diplômé d’une grande école en physique (ça c’est pour éviter les coups bas style « obscurantiste» ). En école d’ingénieur, tout le monde est pour le nucléaire. Mais au fur et à mesure de mes études, l’intérêt de cette industrie m’a paru de moins en moins évident.

En fait, j’ai réussi à dépasser le cadre purement technique pour aborder la question nucléaire sous d’autres angles, ce que ne font pas en général les ingénieurs (il faudrait consacrer un autre billet à ce qui est dispensé dans les écoles d’ingénieurs…). L’histoire du nucléaire, par exemple, est très éclairante sur la politique, la démocratie, et sur ce que le penseur Jacques Ellul appelle le système technicien.

En résumé, j’ai de sérieux doutes sur l’énergie nucléaire non pas pour des raisons techniques mais pour des raisons philosophiques.

Je fais partie de ces gens qui considèrent que la technique est un moyen et non une fin, qui doit être sous-tendue par une culture et une politique. Incroyable non ?

Petite plongée dans la tribune de Jancovici.

Le parallèle entre les deux catastrophe (sic) est faux, pour l’essentiel, selon Jean-Marc Jancovici. Si un ou plusieurs réacteurs de la centrale fond, ils n’exploseront pas, les dégâts seront beaucoup plus localisés, et le bilan humain sera bien moindre que celui du tsunami.

On ne pourrait pas comparer deux catastrophes sous prétexte qu’elles n’ont pas exactement les mêmes causes et a fortiori les mêmes conséquences. Et focalisez-vous plutôt sur le tsunami qui est le vrai problème et le plus mortel.
Conclusion: il vaut mieux une catastrophe de Fukushima qu’un tsunami…

Je dit (sic) « le réacteur»  mais ca concerne tous ceux de Fukushima, qui ont tous eux à peu près le même pépin.

1 – Une remarque sur les sources : que les antinucléaires aient, comme d’habitude, un avis définitif sur la base d’informations partielles et sans aucun recul est leur droit. Mais ils n’ont aucune raison d’avoir des informations primaires meilleures que celles des experts, au contraire : vous voyez un opérateur de centrales nucléaires japonais ou l’autorité de sûreté japonaise privilégier les antinucléaires français dans ses explications techniques ?

Les anti-nucléaires apprécieront d’être considérés comme des dogmatiques qui rouspètent sans savoir, comme d’habitude (ils deviennent lassants à dire la même chose depuis 50 ans).  J’aime beaucoup la délicatesse du « c’est leur droit» . Ils sont bornés, rabâcheurs et ignorants… mais c’est leur droit ! Jancovici est un grand démocrate.
Et c’est bien connu, les experts ont de meilleurs informations que les non-experts. Transmis à la CRIIRAD qui avait de moins bonnes mesures de radioactivité que les officielles…

2 – Certes des centrales nucléaires ont été touchées, mais cela est aussi vrai de centrales à charbon ou de barrages (et très accessoirement le Japon est privé partiellement de transports routiers par défaut de fonctionnement de raffineries, manque de distribution de carburant et effondrement des routes, tout cela va empêcher les malades et les blessés d’être acheminés vers les hôpitaux, ce qui prouve bien qu’il faut sortir du pétrole qui fait des morts que l’on vous cache.

On se demande vraiment pourquoi les médias ne parlent que des centrales nucléaires ! Il faudrait être équitable et évoquer tous ces dégâts ailleurs que sur les zones nucléaires. D’ailleurs, si le Japon était sorti du pétrole, il parviendrait à soigner ces (sic) blessés.

3 – A Fukushima, l’accident est arrivé par l’extérieur (et non par l’intérieur comme à Tchernobyl) alors que la réaction nucléaire avait été stoppée. Il ne s’agit pas d’un accident causé par un emballement de la réaction nucléaire (comme à Tchernobyl) mais d’un accident mécanique causé à une installation nucléaire mise à l’arrêt. Il n’y a donc aucun risque « d’explosion»  comme je l’ai déjà entendu dans la bouche d’antinucléaires repris par les media. Le risque est celui d’une absence d’évacuation de la chaleur résiduelle qui se dégage du coeur à cause de la radioactivité des produits de fission qui y sont présents, et d’une fonte du coeur qui libèrerait dans l’environnement proche des produits de fission gazeux (même dans ce cas, ca ne sera pas de nature à causer des morts par centaines).

Leitmotiv: Fukushima et Tchernobyl ne sont pas exactement la même catastrophe. On aura tous les détails techniques pour en être convaincus. Il ne manquera qu’un argument qui aurait pu étayer la démonstration de Jancovici: Tchernobyl est en Ukraine alors que Fukushima est au Japon.

4 – Fukushima ne pourra pas déboucher sur un scénario de type Tchernobyl. A Tchernobyl, ce qui a causé la dissémination de matières radioactives est essentiellement l’incendie des 600 tonnes de graphite que contenait le coeur (ce graphite servait de modérateur aux neutrons), incendie qui a entraîné dans l’atmosphère l’essentiel des produits de fission contenus dans le coeur. Cet incendie a pu avoir lieu parce que l’explosion d’hydrogène a eu lieu à l’intérieur de l’enceinte de confinement et a rompu cette dernière, et exposé le graphite à l’oxygène de l’air. A Fukushima, l’explosion d’hydrogène a eu lieu en dehors de l’enceinte de confinement du coeur. A l’instant où je tape ce message les matières radioactives sont donc toujours confinées dans la cuve, exception faite des lâchers de vapeur décrits dans la chronologie rappelée en pied de message.

Leitmotiv : Fukushima n’est pas Tchernobyl ! Compris ?

5 – Il n’y a rien de chimiquement combustible dans le coeur à Fukushima. Si le coeur fond (cette fonte sera causée par le dégagement de chaleur engendré par la radioactivité des produits de fission), soit il reste sur place dans la cuve qui résiste (et alors les conséquences sanitaires pour les populations sont à peu près nulles), soit il perce la cuve et à ce moment des produits de fission gazeux s’échappent (xenon, krypton, iode). En pareil cas la partie solide et les produits solubles (dont l’iode) fait une grosse bouillie pas sympathique mais qui reste sur place. Fukushima ne peut pas « exploser»  au sens d’une explosion nucléaire comme à Hiroshima.

Leitmotiv par transitivité : Fukushima n’est pas Hiroshima car Hiroshima était une explosion. Comme à Tchernobyl. OK ?

6 – 25 ans après l’accident, les conséquences sanitaires documentées à Tchernobyl (par des médecins !) sont environ 50 morts par irradiation au sein des pompiers (je n’ai plus le chiffre exact en tête, mais c’est de cet ordre), environ 4000 cancers de la thyroïde chez les enfants au moment de l’accident (les risques semblent devenir infimes après 12 ans) qui feront de quelques dizaines à quelques centaines de morts selon la qualité des soins, et enfin le stress au sein de la population déplacée, aux conséquences mal évaluées. Mais il n’y a pas eu les 25.000 morts que je revois commencer à circuler partout ; ce chiffre correspond à un calcul bien particulier avec des hypothèses utilisées pour la radioprotection et qui n’ont pas pour objet de dénombrer des morts survenus « pour de vrai»  (pour les explications techniques il me faut 3 pages, mais si d’aucun(e)s d’entre vous sont intéressés je peux voir ce que je peux faire…). Il n’y a pas plus eu de surplus de malformations, même si d’aucuns savants documentaires ont laissé croire le contraire.

Leitmotiv : Fukushima n’est pas Tchernobyl ! Vous le faîtes exprès ?

Et puis à Tchernobyl, il n’y a pas eu tant de morts comme ces idiots d’anti-nucléaires le colportent. Par contre, on ne doute pas que s’il y avait eu véritablement 25 000 morts, Jancovici aurait reconnu que les conséquences sanitaires furent graves à Tchernobyl. Pour un cerveau technicien comme le sien: 1 000 morts ça va. 25 000 morts ça ne va pas. Qu’on nous démontre pourquoi.

7 – De ce fait, il est difficile d’imaginer que l’accident de Fukushima, qui conduira à un relâchement de radioactivité dans l’environnement bien inférieur à celui de Tchernobyl même si le coeur fond et que le confinement est rompu (car à part les produits gazeux, notamment l’iode, l’essentiel de la radioactivité restera sur place) puisse changer significativement l’addition mortifère du tsunami. Parler de « 3è catastrophe possible»  après le tremblement de terre et le tsunami est donc comparer des choux et des carottes.

Leitmotiv : Fukushima n’est pas Tchernobyl ! Toujours pas compris ? Et puis franchement. Franchement. Le séisme c’est une catastrophe. Le tsunami, c’est une catastrophe. Mais des explosions dans des réacteurs nucléaires et des fuites radioactives, ce n’est pas catastrophique

C’est la nature qui fait des catastrophes. Pas les industriels, voyons.

8 – L’IRSN indique avoir ponctuellement mesuré des débits de dose (externes) de 1 mSv/heure à l’extérieur immédiat du bâtiment réacteur 1, décroissant en quelques heures à moins de 0,05 mSv/h. Il faut savoir que quand on passe une radio médicale on reçoit en quelques secondes ou minutes entre 5 et 80 mSv d’irradiation externe. 1mSv/heure, sur quelques heures, c’est donc quelque chose qui ne fera pas des morts par millions…

Bon, les chiffres ont changé depuis l’article de Jancovici. Ce n’est plus 1mSv/heure mais 1500 msV/heure. On continue à comparer avec la radio du dentiste ?

9 – Si le confinement du coeur est rompu, c’est l’iode radioactif qui est la préoccupation principale. La demi-vie des isotopes va de quelques heures à quelques jours. La bonne réponse des autorités est ce qui a été fait : l’évacuation (qui n’a pas besoin de durer des années comme à Tchernobyl, et qui est une application normale du principe de précaution, ca serait quand même farce que ce principe disparaisse parce qu’il s’agit de nucléaire !) et l’administration d’iode « normale» . Cette dernière va aller saturer la thyroïde, qui du coup n’aura plus envie de fixer de l’iode radioactif (car le danger est d’avoir cette iode fixée pour longtemps dans la thyroïde, si l’iode rentre et ressort du corps ca ne provoque pas de conséquences sanitaires particulières).

Pour l’iode, prenez la pastille verte. Pour le reste pas besoin de pastille. Et tout ira bien.

10 – le risque en France de conséquences de cette affaire est rigoureusement nul !!!

Saluons la grâce de ces scolaires trois points d’exclamation qui disent bien ce qu’ils veulent dire. Imbéciles de Français, c’est vous qui êtes nuls. Cessez de gémir.

Toute bonne démonstration se fait en 10 points.

Mais après ce décalogue, le scribe a cru bon d’ajouter quelques appendices aux modernes Tables de la Loi.

Et le mieux est à venir. Voici rassemblés tous les poncifs, sortis du chapeau magique des pro-nucléaires. Attention les yeux ! C’est scientifique. Le monsieur qui nous invitait à ne pas mélanger choux et carottes va devant vos yeux ébahis montrer que tout, absolument tout, fait plus de morts que le nucléaire !

Et voici quelques autres chiffres pour remettre tout cela en perspective :

- le charbon fait un peu moins de 10.000 morts par an rien que dans les mines, et ceux là ils portent tous un nom, à la différence des morts supposés de la pollution ou des radiations qui sont calculés dans le cadre d’études épidémiologiques et qui sont donc anonymes (donc depuis Tchernobyl le charbon a fait environ 200.000 morts, l’équivalent du tsunami en Indonésie d’il y a 10 ans, pour une production électrique à peu près 3 fois supérieure à celle du nucléaire, qui, à ma connaissance, n’a pas fait 60.000 morts…)

- la voiture fait quelques centaines de milliers de morts par an dans le monde

- le tabac n’importe quoi (sic) entre 500.000 et 5 millions de morts par an,

Jancovici qui a passé son temps à dire que l’on ne peut comparer Fukushima et Tchernobyl, n’hésite pas à comparer maintenant les morts du tabac et de la voiture avec ceux du nucléaire. Cherchez la logique. Je vous propose donc un début d’argumentaire à la manière Jancovici:

3 – A VoitureLand, l’accident est arrivé par l’extérieur (et non par l’intérieur comme à NucléaireLand) alors que etc…
4 – NucléaireLand ne pourra pas déboucher sur un scénario de type TabacLand. A TabacLand, ce qui a causé la dissémination etc…

- pour le moment, les réacteurs japonais c’est quasi zéro [morts], et même dans le scénario du pire ca ne changera pas grand chose au bilan du séisme.

Ca devient lassant cette comparaison nombre de morts liés au séisme versus liés à la centrale nucléaire. Encore une fois, comment peut-on comparer puisque les morts liés à la catastrophe naturelle sont directs et immédiats alors que dans le cas de la radioactivité, cela est indirect (voire improuvable parfois !) et espacé dans le temps ?

- le séisme a aussi détruit des centrales à charbon et au moins un barrage, donc la question est de savoir si on peut prévenir les dommages aux populations en cas d’accident industriel, pas de savoir si l’outil industriel doit pouvoir résister à tout, puisque cette suggestion ne semble venir à l’esprit de personne en ce qui concerne les raffineries, les routes, les aéroports et les barrages !

Mais pourquoi à la fin veut-on des centrales nucléaires plus sûres que des aéroports ?

- au risque d’en choquer certains, je ne vois pas en quoi il serait plus abominable de mourir irradié que noyé si un tsunami jette à bas logements et infrastructures, et endommage des centrales nucléaires.

Imparable !

Mourir dans une éruption volcanique n’est pas pire que mourir sur un bûcher préparé par les autorités compétentes.

Très accessoirement nous sommes à un stade de notre histoire sur les combustibles fossiles où les japonais (sic) auront le choix entre reconstruire du nucléaire et construire du gaz ou du charbon (oubliez les éoliennes pour tout remplacer, ca ne tient pas une seconde). Que doivent-ils choisir ?

Mon petit doigt me dit que pour Jancovici la réponse est toute trouvée !

Voici le lien de cette tribune accordée sur Good Planet dont le fondateur Yann Arthus-Bertrand assume tout à fait la sortie du pétrole appelée par Jancovici… en témoigne son récent soutien au Qatar.

Après tout, dans l’écologie médiatique, on en est pas une contradiction près. Voir aussi le logo BNP Paribas, banque la plus radio-active.

Prenons du recul. Au risque de surprendre, ce droit de réponse à Jancovici n’est pas une argumentation anti-nucléaire contre une argumentation pro-nucléaire. Ce genre de trolls foisonne sur le net actuellement.

Comparaison n’est pas raison dit le proverbe. Les arguties de Jancovici, sous couvert de comparaison et de rationalité froide, ne sont plutôt qu’un symptôme. Le symptôme d’une industrie qui tourne en rond dans ses arguments: puisque ce n’est pas Tchernobyl, il n’y a pas à s’affoler.


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Ecrit par Baptiste le 18 mars 2011 :: Classé dans Ad Hominem,Débat,Les autres...
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La conférence eco-SAPIENS avec Dominique Bourg et Sébastien Kopp

Comme promis, voici le compte rendu de notre conférence du 3 Décembre autour de la question « Y a-t-il un business model dans la décroissance ?» 

Conférence est un bien grand mot puisque l’idée était bien de profiter de la convivialité et de la simplicité du lieu (l’Equitable Café à Marseille) pour pouvoir discuter décontracté.

Comme cela a duré deux heures, qu’il y a eu environ 30 questions/interventions, il est inconcevable de balancer l’enregistrement tel quel. Voici donc le synopsis.

Développement durable et décroissance

Et si on passait à côté du débat !

le sens bordel !
D’emblée, Dominique Bourg envoie le développement durable aux oubliettes. Non seulement il explique (en s’appuyant sur le rapport de Tim Jackson… on en reparlera) que ce n’est pas possible de découpler croissance économique et prélèvement des ressources, mais il va plus loin encore dans son « apostasie» .

Le Développement Durable aura servi à masquer les questions soulevées par les pionniers de l’écologie qui interrogeaient la notion de croissance. Les 25 années d’essor du DD correspondent au moment où le néolibéralisme s’impose !

Autrement dit, les masques tombent. Le développement durable n’était que de la verdure digérée par le libéralisme. Et on a perdu du temps. Au passage, M Bourg rappelle quelques bases de la littérature décroissante. A savoir que la technologie ne résout pas les problèmes écologiques en raison de deux biais : création de nouveaux besoins donc de nouveaux biens (fuite en avant consumériste) et abaissement du coût de production entraînant une « démocratisation»  des biens (effet rebond).

Il rappelle que des études démontrent que le maximum de bonheur ne correspondent pas au maximum de consommation de biens matériels (ndr: il fallait bien une étude pour ça !)

Sébastien Kopp met lui aussi les pieds dans le plat en disant qu’il avait demandé à changer le titre de la conférence (ce qui est vrai !). Croissance, décroissance, développement durable, on oublie un pilier fondamental, peut-être le seul : celui du sens. Quelle vision, quel projet de société, quelle portée culturelle et artistique ?

Paradoxalement, partant du constat que l’économie a pénétré toutes les sphères du réel, il explique qu’il faut donc créer des entreprises qui ne créent non pas de la richesse ou de la valeur mais qui créent du sens. En espérant que le sens suffira à faire office de marketing…

Je résume cela à la simple question de savoir pourquoi on se lève le matin et si l’on est heureux de se lever ! Etrangement, la recherche de la rentabilité a conduit nombre d’entreprises à trouver des modèles économiques de plus en plus complexes, voire incompréhensibles. D’une certaine manière, on s’éloigne du sens.

Au fond, cette quête obsessionnelle de l’argent démontre justement l’absence de sens. Comme on n’a pas de projet de société, en attendant, chacun cherche à accumuler le plus possible pour le jour où il y aura un projet de société.

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Le pouvoir d’achat et le sens d’achat

Dominique Bourg plussoie ces remarques. Il observe que c’est la même désorientation qui sous-tend la notion de principe de précaution (même s’il n’est évidemment pas contre le principe de précaution).

Vision d’horreur : et demain ? la question du sens sera-t-elle encore possible demain ? Il évoque le projet transhumaniste qui vise à affranchir l’homme de toute limite, notamment l’immortalité.

La question du sens est révolutionnaire. C’est la seule qui soit aujourd’hui tabou. C’est pourtant la première que se posent les sociétés traditionnelles.

Sébastien Kopp raconte. Venant de milieux aisés et ayant fait de bonnes études, on ne se pose pas la question si « entreprendre » est facile ou difficile ». On se dit  juste « si ce n’est pas nous qui le faisons, qui le fera ? ». On a fait une boîte pour travailler dedans mais aussi pour pouvoir se procurer la basket dont on rêvait.

Il mentionne les plus-values de la basket Veja (coton bio, agro-écologie, seringueros, payer le caoutchouc au prix qu’il faut pour laisser la forêt en pied).

Après 3 ans, ca marche. Mais on devenait des petits patrons un peu cons… Qu’est-ce qui se passe dans l’entreprise ? On pourrait être en SCOP par exemple. Pour l’instant on a plafonné les écarts de salaires.

Le projet est chouette mais si c’est pour finir patron en 4×4, on rate l’essentiel ! Paradoxalement, la première prime pour la coopérative brésilienne a été dépensée pour avoir des antennes télévisions… alors qu’il manquait tout là-bas ! Mais on ne peut rien dire. Ou alors on tombe dans le neo-colonialisme.

La consommation est un vote ! A pas tant que ça, on peut changer les choses rien que par le choix des achats !

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Contradiction et polémique sur EDF

Je rappelle les 3 modes d’eco-SAPIENS. L’information pour expliquer et convaincre par la raison. Le comparateur de produits pour la facilité d’accès, convaincre par la pulsion. Et enfin, l’entreprise elle-même qui a choisi la cohérence selon l’adage attribué à  Gandhi : « L’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul ». Statut coopératif et La Nef.

Sébastien Kopp évoque en plus le fournisseur d’électricité verte Enercoop dont Veja est sociétaire et client. Mais il s’étonne de voir que ces acteurs exemplaires soient aussi peu connus finalement et que les principaux concernées fassent faux bond. Ainsi Les figures médiatiques de l’écologie pourraient les propulser en y adhérant.

J’évoque mon expérience personnelle où, invité à la Fondation Nicolas Hulot, j’avais expliqué que je relaierai les actions quand la fondation changera de banque pour la Nef (eco-SAPIENS ainsi que ses salariés sont à la Nef)

Ca tombe bien, Dominique Bourg fait partie de la Fondation Nicolas Hulot. Il reconnaît que ce pourrait être un formidable echo. Mais il faut savoir lier les deux : petites initiatives exemplaires d’un côté et grosses machineries un peu inertes de l’autre. Si FNH ne va pas chez Enercoop, c’est parce qu’on reçoit des sous d’EDF. C’est effectivement une contradiction.

A la question posée pour savoir si la fin justife les moyens, Dominique Bourg rappelle que pour gagner en indépendance, il faut avoir beaucoup de dons personnels. Or les attaques climato-sceptiques ont sensiblement fait baisser cette part de don. Comme il travaille aussi avec EDF, il ne veut pas qu’on laisse croire qu’EDF est une entreprise de 150 000 salauds. Le monde n’est pas manichéen. Il faut savoir assumer ses contradictions. Enercoop a au moins le mérite d’inspirer EDF.

Sébastien Kopp répond qu’on a pas vraiment le temps d’attendre qu’EDF change.

Si Enercoop devient « en terme de taille » comme EDF, Enercoop deviendra-t-elle « en terme de valeur » comme EDF ?

Ecouter la partie 3

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Avalanche de questions

Peut-on réduire l’Amazonie à sa valeur marchande ? Viable est préférable à rentable ?
Les initiatives porteuses de sens progressent mais sont petites. N’est-ce pas la course du vélo contre le TGV ?

Malheureusement, toutes ces belles initiatives ne font pas système.
Voire !

Sempiternelles questions sur les pauvres (au Sud comme au Nord) à qui on ne peut pas demander de faire une fort supplémentaire (l’éco-consommation est souvent plus chère).

Sébastien Kopp: Ceux qui ont la possibilité de le faire ne le font malheureusement pas. On vise les salaires medians. Or ils ont une vraie responsabilité car ils ont la gouvernance financière, intellectuelle et culturelle. Et c’est ceux-là qui ne changent pas !

Ecouter la partie 4

Télécharger la partie 4

Salauds de pauvres

Internet va vite et permet de connecter ce fourmillement d’initiatives « sensées» . Il manque certainement une incarnation (politique ? syndicale ?)

On a tellement peur de froisser les gens qu’on ose plus dire en face qu’ils dépensent mal leur argent. L’argent n’a qu’une valeur. Mais ne véhicule plus de valeurs…

Anecdote des salariés Moulinex qui manifestent contre la délocalisation de leur usine alors qu’ils achètent de l’électro-ménager chinois.

Beaucoup d’interventions pour démontrer que le choix par exemple d’une alimentation bio, ne dépend pas vraiment du revenu.

Ecouter la partie 5

Télécharger la partie 5

12 questions pour finir

En tout, il y aura eu 30 interventions dans la salle. C’est bien !

Sans pub, comment Veja s’est fait connaître ?

Veja peut continuer à se développer sans croître ?

Le système s’effondre aussi car même physiquement les gens s’effondrent (observateur de la Sécurité sociale)

Quid Enercoop ? Les certificats verts ? Les AMAP ? le statut SCOP

Relation Travail/Consommation

Ecouter la partie 6

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Encore un grand merci à Sébsatien Kopp de Veja, à Dominique Bourg bien sûr, à l’Equitable café pour l’accueil chaleureux (même si on a été privé de fanfare !) et des bises à l’Elephant du poulailler qui assure toujours pour transformer des citrouilles en carrosse.

La bande complète de 1h45min est disponible mais pèse 100 Mo !


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Ecrit par Baptiste le 15 décembre 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...,Participez
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SPIPOLL : Ca fout le bourdon

Comme vous le savez sans doute, 2010, c’était l’année de la biodiversité. Je parle à l’imparfait volontairement. A l’image des grands enjeux de ces dernières années, le rendez-vous biodiversité a suivi inexorablement le même scénario. On s’enthousiasme au début. Et à la fin on repart la tête baissée.

Aussi le sommet de Nagoya sonne le glas de la vieille polémique concernant le « coût de la nature« . Débat qui, comme le rappelle Patrick Blandin, date de quasiment un siècle.

Je vous invite à visionner l’intervention de ce professeur émérite au Muséum d’Histoire naturelle, lors d’un colloque Iddri filmé par la webTV terre.tv

Pour ceux qui préfèrent lire, je résume le propos.

En 1923, lors du premier congrès international pour la protection de la nature, Louis Mangin résume les raisons pour lesquelles nous devons préserver la biodiversité. Outre les hautes valeurs (esthétique, moral) il dit qu’il faut aussi mentionner les valeurs purement économiques. Mais en discours de clôture, le président de la LPO dit « les arguments économiques, ca ne marche pas» .

En 1948, Jean-Paul Harroy, premier secrétaire général de l’UICN, reconnaît qu‘il faut des arguments anthropcentriquement utilitaires pour convaincre les masses.

Jean Dorst, auteur de Avant que nature meure et vice-président de l’UICN constate que bien qu’ayant à disposition tous les arguments utilitaristes et rationnels pour sauver la nature, nous ne la sauverons que si nous lui donnons un peu d’amour

Bref, ne nous illusionnons pas, l’argumentaire économique ne date pas d’aujourd’hui. Et si force est de constater que si les arguments moraux ont failli, les arguments utilitaires ont également failli.

Alors pourquoi s’obstiner à vouloir que les écologistes adoptent le langage des économistes pour sauver les meubles ? Allons-nous faire bégayer l’Histoire pour réaliser après coup, encore une fois, que la technique du pied dans la porte ne marche pas ? Les économistes parlent un langage qui, malheureusement, est de plus en plus déconnecté de la réalité.

Je crois que sur la question de la monétarisation des services rendus par la nature, il faut redevenir intransigeant. Non la nature n’a pas de coût. Non, il ne faut pas que le vivant rentre dans le marché. Comme le dit l’Institut Inspire, c’est bien au marché de rentrer dans le vivant.

Aussi, je rejoins tout à fait Patrick Blandin quand il dit que la crise de la biodiversité, le dérèglement climatique sont surtout révélateurs d’une crise éthique. C’est la crise éthique qui explique la crise écologique qui explique la crise économique, qui explique la crise sociale.

Et à l’origine de cette crise éthique qu’y a-t-il ? Là les réponses manquent !

Puisque l’on parle du Muséum National d’Histoire Naturel, peut-être avez-vous entendu parler de cette initiative qui consiste à demander à tous les citoyens de faire l’inventaire de la nature. Par exemple un programme appelé « observatoire des bourdons»  où chacun peut rapporter ce qu’il a observé comme bourdon. Après le web 2.0, voici la science 2.0 !

Ca paraît bien sympathique au premier abord. On se dit que c’est une manière de sensibiliser et d’impliquer le grand public. Malheureusement, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Je vous livre cette lettre adressée au président du muséum, à propos du programme SPIPOLL et du programme Observatoire des Bourdons (merci Veolia !).

Lettre ouverte à M. Gilles Boeuf pour dire «Halte aux programmes pseudo-scientifiques» du Muséum National d’Histoire Naturelle

Monsieur le Président,

Le Muséum lance avec le label «2010 année internationale de la diversité biologique» une opération de Suivi Photographique des Insectes Pollinisateurs nommée SPIPOLL. Comme entomologistes attachés à l’analyse
scientifique rigoureuse, nous émettons un avis unanimement négatif sur ce programme. Nous sommes convaincus que la démarche du SPIPOLL est totalement en dehors de l’étude de la diversité biologique. Elle est dangereuse pour
la connaissance
.

UNE IMPOSTURE SCIENTIFIQUE
Tout dans le montage du SPIPOLL montre un amalgame volontaire qui mélange artificiellement la sensibilisation du public et la production de prétendues données scientifiques. La plate-forme du SPIPOLL fait croire au public qu’il peut identifier lui-même les insectes photographiés grâce à une aide en ligne. C’est impossible. Aucune donnée ne sera validée par les experts, ni même utilisable un tant soit peu, notamment parce que l’aide en ligne, aussi attrayante soit-elle, n’est absolument pas fiable.

Cette aide en ligne peut aboutir, au mieux, à ce qu’un quidam est capable
d’identifier :  une «forme d’insecte » qui ne correspond ni à une espèce, ni à aucune entité dont la donnée serait exploitable pour l’étude de la diversité biologique. Des expériences similaires menées au Royaume-Uni par
le «Bumble-bee Conservation Trust» et par «Buglife» ont déjà montré que les données issues de ces programmes étaient très largement inexploitables.

UN PROGRAMME IMPROVISE SANS LES ENTOMOLOGISTES
Les initiateurs du SPIPOLL s’appuient sur l’expérience du programme de «Suivi Temporel des Oiseaux Communs» (STOC) qu’ils prétendent transposer aux insectes pollinisateurs. D’une part, cela démontre une grande méconnaissance de la faune pollinisatrice: les abeilles sauvages ne s’identifient pas comme les oiseaux. Elles comprennent beaucoup plus d’espèces sur le territoire de la France métropolitaine et leur systématique est bien connue pour être ardue en comparaison d’autres insectes.

D’autre part, alors que le programme STOC est encadré par des ornithologues chevronnés qui notent la présence des oiseaux à partir de critères comme le chant, dans le cas de SPIPOLL le public est livré à lui-même sans validation par des experts. Cette absence de validation possible par des experts provient de ce que ceux-ci sont rares et occupés à
du travail scientifique, et parce qu’ils n’accordent pas la moindre confiance à une telle opération. Ceci explique peut-être qu’aucun spécialiste n’ait été intégré dans l’équipe de SPIPOLL. Tout indique que SPIPOLL est une opération déplacée qui n’a aucun fondement entomologique, ni dans son initiation, ni dans son déroulement, ni dans sa validation, ni dans son exploitation. Les contacts qui ont été pris entre des entomologistes et des représentants de SPIPOLL (Réunion d’Orsay, janvier 2010) ont montré une totale incompréhension de ces derniers vis-à-vis des
préoccupations et des nécessités du monde des insectes et de leur étude.

C’est une opération de communication déguisée d’un vernis pseudo-scientifique qui ne peut produire aucune information utile ni sur la diversité des espèces, ni sur la richesse des communautés, ni sur la conservation. Elle ne peut mener rapidement qu’à une grande déception du public, dès lors qu’elle est dès le début mal accueillie par la communauté scientifique et associative et qu’aucun résultat tangible ne peut en être espéré.

UN GASPILLAGE DE FONDS PUBLICS
SPIPOLL détourne l’argent public qui aurait pu être mieux utilisé pour des études scientifiques réelles. La France a accumulé un retard considérable sur la connaissance de sa faune pollinisatrice. L’analyse de la diversité des insectes pollinisateurs devrait reposer sur l’identité des espèces, en associant au maximum les laboratoires compétents et les associations entomologiques efficaces. Malheureusement, ni ces laboratoires, ni ces associations n’ont reçu ne serait-ce qu’une fraction de la manne financière considérable dont bénéficie le programme SPIPOLL.

Une autre opération, l’Observatoire des Bourdons, qui porte également le sigle du muséum est un programme de la même veine, qui est mené par une équipe sans expérience sur les bourdons. Il apparaît comme un support de
communication pour le groupe industriel financier VEOLIA
, ici encore sans validation ni soutien scientifique.

Nous remarquons, dans le même temps, que la section d’Entomologie du Muséum, et d’autres sections qui se consacrent à la surveillance efficace de la Faune et de la Flore, souffrent d’un manque de moyen flagrant. SPIPOLL et l’Observatoire des Bourdons dilapident des fonds dont la connaissance scientifique et la bonne vulgarisation manquent cruellement. Nous estimons que ces opérations nuisent fortement à la réputation, à l’image et au fonctionnement même du Muséum d’Histoire Naturelle.

Nous souhaitons, Monsieur le Président, attirer votre attention sur ces opérations initiées, au nom du muséum, vers des pseudo-sciences très loin des exigences de la bonne science et de la communication publique de qualité qui ont construit la réputation mondiale de l’institution dont vous avez la responsabilité.

Nous recommandons au muséum de mettre fin à ces opérations, ou, au minimum, de prendre des distances claires vis-à-vis de ces initiatives.

Prof. Pierre Rasmont
Directeur du Laboratoire de Zoologie de l’Université de Mons, Belgique Rédacteur-en-Chef des Annales de la Société entomologique de France.
Partenaire du programme européen STEP de surveillance de pollinisateurs

Dr. Denis Michez
Chargé d’enseignement au Laboratoire de Zoologie de l’Université de Mons, Belgique
Membre du Conseil Supérieur Wallon de la Conservation de la Nature
Partenaire du programme européen STEP de surveillance de pollinisateurs

Dr Nicolas Vereecken, Evolution Biologique et Ecologie, Université libre de Bruxelles

Stuart Roberts, président de BWARS, National Society dedicated to studying and recording bees wasps and ants in
Britain and Ireland
Partenaire du programme européen STEP de surveillance de pollinisateurs

Bernard Vaissière, président de l’Observatoire des Abeilles, pour l’étude, l’information et la protection des abeilles sauvages en France
Partenaire du programme européen STEP de surveillance de pollinisateurs


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Ecrit par Baptiste le 28 octobre 2010 :: Classé dans Botaniqus,Débat
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On ne peut pas demander aux pauvres de décroître

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« Parlez de décroissance aux Chinois et aux Indiens et ils vont rire aux éclats» 

« Comment osez-vous parler de décroissance quand la moitié de l’humanité vit dans la misère ?» 

« C’est facile de prôner la décroissance quand on vit confortablement» 

Il y a dans ce genre de remarques une véritable exégèse à réaliser. L’écrivain Léon Bloy s’amusait à répertorier les clichés discursifs et les proverbes populaires de son temps. Qu’ils semblent « allant de soi»  ou remplis de sagesse, on peut toujours les dégonfler et on y sent alors, par l’odeur exhalée, les parfums idéologiques de l’époque.

Or quoi de plus immoral que de demander aux plus pauvres d’être encore plus pauvres ?

Il faut sérieusement prendre les objecteurs de croissance pour des imbéciles ou des monstres pour leur prêter de telles velléités. Bien sûr, le débat ne se situe pas ici. Il est question de réinterroger ces notions de pauvreté/richesse.

  1. D’abord qu’est-ce que la pauvreté ?
  2. Pourquoi y-a-t-il de la pauvreté quand le monde est si riche ?

A la première question, pas vraiment nouvelle d’ailleurs, nos sociétés modernes tentent actuellement une approche normative en définissant la « richesse» . Les nouveaux indicateurs (commission Stieglitz/Sen par exemple) ne doivent évidemment plus se cantonner au Produit Intérieur Brut car cela reviendrait à ne parler que de richesse matérielle.

Naïvement, on peut être porté à croire qu’un pauvre est celui qui ne peut pas obtenir ce qu’il désire. Là où un riche peut se l’offrir. Mais c’est méconnaître les processus de mimétisme qui font qu’en général, on désire justement ce que l’on ne peut pas s’offrir, car on désire rejoindre la classe immédiatement supérieure à laquelle nous appartenons. Tout ceci pour dire que la pauvreté n’est pas une affaire individuelle et personnelle mais au contraire fort collective et sociale*.

Après, on peut dire qu’il y a quand même des besoins vitaux (un toit, de l’eau potable, des soins, de la nourriture) qui permettent de dire « ceux-là sont pauvres» . Ils n’ont même pas le minimum. J’avoue personnellement ne pas avoir d’opinion claire là-dessus. Car, comme souvent, c’est un véritable continuum que cette histoire de besoins vitaux. Nous pourrions adopter un point de vue cynique en déclarant que celui qui réalise un emprunt sur 30 ans pour acheter son appartement de 30 m2 est « pauvre» . Il doit troquer 30 ans de sa vie pour un toit.

Cette remarque peut paraître déplacée car on sent bien que ces deux pauvretés ne sont pas comparables. Et en effet elles ne le sont pas. Et c’est justement ce qu’il fallait démontrer ! A savoir, que la pauvreté est une histoire toute relative. Que la frustration et la comparaison à autrui sont indissociables du sentiment de pauvreté.

Mais du coup, venons-en à la deuxième question: pourquoi y a-t-il de la pauvreté ?

Ceux qui sont un peu renseignés savent que les pays du Sud sont pauvres parce qu’ils sont exploités. On pourrait accumuler les exemples de nations aux ressources naturelles fantastiques (pétrole, diamant, or, cuivre…) mais qui ne profitent jamais à la population. Les pays du Nord ont mis le grappin dessus, ont favorisé ou entretenu des régimes autoritaires pour que l’exploitation se poursuive.

Présenté ainsi, cela semble manichéen mais c’est une explication bien plus satisfaisante, d’un point de vue moral comme d’un point de vue historique, comparée à une autre explication que j’ai déjà entendue… Genre : ils sont paresseux, pas mûrs pour la démocratie etc…

Mais regardons aussi la pauvreté au sein même de nos sociétés. Les statistiques sont, quand on s’y arrête un peu, ahurissantes ! En France, 8 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté (défini ici à 60% du revenu median**) En clair, 13% des Français vivent sur un revenu inférieur à 900 euros/mois. Parmi eux, 800 000 sont tout simplement SDF…

Il y a quelques jours, un jeune d’une vingtaine d’années s’est assis à côté de moi dans le métro. Il m’a demandé s’il pouvait me demander quelque chose. Il était SDF depuis deux mois mais il avait la chance de pouvoir dormir dans une cage d’immeuble. Au fur et à mesure que je lui posais des questions, il m’expliquait que sa mère acceptait de le nourrir une fois par semaine, l’obligeant ainsi à s’en sortir par lui-même. Auparavant, il était préparateur médical. Il m’a confié être extrêmement stressé à l’idée de faire la manche. C’est pour cela qu’il le faisait de manière privée.

A défaut d’argent je lui ai donné des chèques-déjeuners***. Tout à la fin de notre échange, il m’a dit qu’il y a quelques mois, il arrivait à s’en sortir, qu’il avait même pu acheter un super écran plat. Il a beaucoup insisté là-dessus. J’imagine que ce devait vraiment être important.

Bon. Je n’ai rien répondu. Je me voyais mal déballer ma critique de la télévision et de la consommation gadget. J’ai secrètement espéré qu’au moins il n’irait pas au McDonald avec mes tickets…

Et puis je me suis dit à quoi bon. Que je ne pouvais pas comprendre et qu’il me fallait du coup respecter ses choix qui ne sont pas les miens. Souhaitant qu’il s’en sorte et que, débarrassé des soucis matériels, il puisse justement questionner ces envies toutes matérielles.

Il n’empêche que je me suis fait la réflexion que c’était une société bien paradoxale, celle où l’on peut dépenser pour de fastueux écrans plasma avant de se retrouver à la rue.

J’ai beaucoup de doutes sur ces questions de misère et de pauvreté pour la simple raison que je ne les ai jamais côtoyées. Mais j’ai tout de même des certitudes relatives à certaines expériences. Ce sont souvent les plus pauvres qui donnent le plus ! Et les plus riches les plus pingres…

On peut aussi se dire qu’il faille en fait renverser la causalité ! Les riches sont riches parce qu’ils sont radins/prévoyants/sobres. Les pauvres le sont car ils sont insouciants/trop généreux/dépensiers.

Bof…

Voilà, quand on me prend pour un irresponsable à souhaiter la décroissance, sous le prétexte qu’il y a des pauvres, je ne réponds rien. Il n’y a rien à répondre.

Cependant je continue de m’interroger.

Je sais évidemment très bien que mon détracteur n’a pas plus d’idée que moi sur ce qu’est au final la pauvreté ou la misère. Qu’il n’est évidemment pas plus que moi dans la tête des Indiens à qui il prête 1 milliards d’aspirations uniformes. Bref qu’il fait des généralités. Qu’il fait plutôt de la pensée réchauffée.

Finalement, le plus grand problème de la pauvreté, c’est de n’avoir pas de porte-parole là où la richesse chante à l’unisson: « Croissance !» 

* Baudrillard, dans un renversement dont il est coutumier, disait que ce n’est pas la croissance qui augmente les inégalités. Ce sont les inégalités qui font la croissance. En bref, la société matérialiste et productiviste a besoin d’inégalités, c’est à dire de disparités riches-pauvres pour entretenir la frustration et la jalousie, moteurs du productivisme.

** Chèque déjeuner (Une SCOP !) plutôt que Ticket Restaurant (Groupe ACCOR qui fait plutôt dans le greenwashing…) Voilà, comme ca, vous savez que ce n’est pas pareil ;-)

*** Le salaire médian est le salaire  tel que la moitié des salariés de la population considérée gagne moins et l’autre moitié gagne plus.

Salaire tel que la moitié des salariés de la population considérée gagne moins et l’autre moitié gagne plus.

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Ecrit par Baptiste le 24 mars 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...,Poïesis
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Veja écoloclaste

bleu-projectA rebours…

C’est le titre d’un roman de J.K. Huysmans certes. Mais c’est surtout la nouvelle posture de la marque Veja.

Veja, rappelons-le, fabrique des baskets au Brésil avec du coton bio et du caoutchouc « écologique» , le tout dans une démarche équitable.

Veja, enfin, ca signifie « regarde»  dans la langue de Brésil. La nouveauté, c’est qu‘à rebours de tout le monde, Veja a décidé aussi de montrer à voir… ce qui ne va pas chez eux.

Sous la bannière de la transparence, la marque nous affirme spartiatement:

  • Les lacets ne sont pas en coton biologique, faute de volume. Veja ne fabrique qu’une faible quantité de baskets, et donc n’utilise pas « assez» de lacets.
  • La mousse pour maintenir la cheville est un produit synthétique à base de pétrole.
  • La semelle extérieure des baskets Veja contient entre 30 et 40% de caoutchouc sauvage.
    La semelle intérieure en contient 5%. Pour donner toutes ses propriétés techniques à une semelle (souplesse, résistance, confort), il faut encore utiliser différents composants dont du caoutchouc synthétique.
  • Les œillets ne contiennent pas de nickel mais sont en métal, dont l’origine n’est pas contrôlée.
  • Le recyclage des baskets n’a pas été mis en place.
  • Le transport pour livrer les clients asiatiques et américains s’effectue en avion.
  • Veja fait fabriquer ses baskets et accessoires au Brésil, là où sont cultivés le coton et le caoutchouc, à plus de 8 000 km de ses clients.
  • Les baskets sont un objet de sur-consommation. Veja ne cesse d’améliorer la qualité de ses produits et d’augmenter leur durée de vie.

Etc etc.

A mon sens, il ne s’agit pas de faire de l’auto-flagellation mais de rappeler une évidence toute simple: au royaume de la publicité et du développement durable, on ne parle jamais de ce qui ne va pas. Et c’est vrai que bizarrement, vous verrez toujours les pires pollueurs expliquer comment ils font des progrès, comment ils s’améliorent et comment le soleil brille sur cet avenir plein de promesses sucrées…

Exemple pris au hasard, McDo qui nous offre un beau palmarès de gentils oiseaux. Avec de tels titres de billets (agir ensemble pour le climat) et de tels sites internets (coopérons pour l’environnement) on crie bien sûr au greenwashing.

Sauf pour les indécrottables optimistes qui diront que c’est encourageant, que c’est mieux que rien.

scotomeIl y a un point aveugle dans l’oeil qui s’appelle le scotome. C’est le fond de la rétine, dénué de photorécepteurs. Eh bien avec la communication développement durable, on est en plein dans le scotome. McDo ne dit pas ce qui ne va pas. Les poulets en  batterie, les pommes de terre arrosées de pesticides, l’industrie de la viande (cf Bidoche), le climat social etc.

Je lis dans un billet récent du blog environnement de McDo France que désormais tous les « restaurants»  sont fournis en électricté verte.

A compter de janvier 2010, 100% de nos restaurants couvriront 100% de leurs consommations avec de l’électricité d’origine renouvelable. Pour ce faire nous avons bien étudié le marché français actuel et choisi de travailler avec la société Green Access qui représente des petits producteurs et à qui nous allons acheter des certificats verts. Celle-ci nous assure qu’une quantité de kilowattheures d’origine renouvelable équivalente à la consommation de nos restaurants est injectée sur le réseau électrique. L’achat d’électricité d’origine renouvelable est un bon moyen d’encourager le développement des systèmes de production d’électricité renouvelable sur le territoire français

Ami lecteur, c’est vrai eco-sapiens n’a pas encore fait de dossier pour t’expliquer comment fonctionnent ces certificats verts, sésames magiques qui fait des merveilles chez nos industriels en mal de communication verte.
Tiens mais que dit donc Green Access, revendeur de certificats verts choisis par McDO ?

Il est important de savoir que cet outil [le certificat vert] ne sert en aucun cas à développer la filière renouvelable. Ce qui permet de financer ce développement, ce sont les contrats d’achat signés entre les producteurs et EDF à partir des conditions définies par les pouvoirs publics.

Il y a donc eu un malentendu quelque part. Passons.

Ce qui est sûr, c’est qu’à l’instar de la démarche Transparent Trade,  Veja ouvre une nouvelle voie de ce que peut être la transparence. On va pouvoir « regarder»  la transparence et s’en mettre plein les mirettes. Alors qu’avec McDo, on a comme le sentiment de se faire scotomiser.


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Ecrit par Baptiste le 29 janvier 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...
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Cadeau d’anniversaire eco-SAPIENS: des visages

equipeVendredi soir nous fêtions les deux ans de la SCOP eco-SAPIENS, Une belle cérémonie de clôture pour le mois de l’économie sociale et solidaire.

Ce fut aussi l’occasion pour nous de rencontrer des partenaires que nous ne connaissions que d’Internet…

Ce fut le moment d’échanges autour du « faire soi-même»  avec des recettes maison.

Ce fut des débats épars autour de Copenhague (rappelons que Françoise et Benjamin seront du voyage – 17h de train tout de même) et de Marseille.

Ce fut une belle mise en scène de nos amis poulets bicyclettes (photo, musique, animation) avec qui nous travaillons en in (graphisme) et en off (pistes cyclables).

Ce fut enfin la convivialité, le verre levé (bière bio ou rhum équitable de Cuba ?) en l’honneur d’un monde empli de solidarité et d’écologie, de savoirs et de questions, de coeur et d’esprit…

Un monde encore à venir…

Merci à tous d’être venus ! Et à l’année prochaine.

Pauline, Benjamin, Françoise, Doris et Baptiste


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Ecrit par Baptiste le 2 décembre 2009 :: Classé dans Un peu sur nous
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La raison du plus faible

Jean-Marie Pelt sur le cyclé éthique

Jean-Marie Pelt sur le cycle éthique

Qu’il me soit permis aussi de rendre hommage à un de ces personnages exceptionnels comme on en voit si peu. En plus d’être un botaniste reconnu, Jean-Marie Pelt est un homme érudit, humble, jovial et ultra-actif.

Vous pouvez le lire sans crainte. Sous sa plume, l’histoire des plantes devient tour à tour amusante, anecdotique et intelligente. De plus, comme une espièglerie, la métaphore sur notre société n’est jamais loin.

Vous pouvez l’entendre à la radio, dans ses chroniques hebdomadaires sur France Inter, toujours trop brèves.

Vous pouvez aussi le rencontrer. L’homme est abordable et le pétillant de son regard nous fait déjà sentir qu’il y a plein de bons mots prêts à faire sortir au détour d’une simple conversation.

Bref, on est jamais déçu.

Aussi, sans hésiter, je me suis procuré son dernier livre, La raison du plus faible.

Grâce à quelques exemples extraits principalement de Stephan Jay Gould, l’ouvrage déborde cette fois-ci le monde végétal pour parler aussi du monde animal.

Il est question, comme souvent, de s’émerveiller devant les adaptations déployées par le vivant. La question qui est posée est simple: le plus fort est-il toujours celui qu’on croit ?

Bien entendu, on pense tout de suite à la fable de La Fontaine, du lion et du rat, qui se conclut par le célèbre « on a toujours besoin d’un plus petit que soi» . On pense aussi à ces animaux microscopiques, comme les bactéries, qui finalement résistent bien mieux et qui sont capables d’anéantir le plus imposant des animaux.

Ou encore ces petits mammifères qui ont du rester petits à l’ère des dinosaures. Eux ont survécu à la catastrophe et leur descendance a pu dominer le monde. Eh oui, l’être humain est partout et l’on peut dire qu’en terme de domination du monde, homo sapiens en connaît un rayon. Pour le meilleur comme pour le pire d’ailleurs !

Et surtout, on réexamine la dialectique du maître et de l’esclave. L’esclave est bien dominé par le maître. Mais le maître, dépendant de l’esclave, est aussi d’une certaine manière le plus faible.

Les parallèles avec le monde économique sont tentants et Jean-Marie Pelt ne s’en prive pas.

Un extrait qui me parle particulièrement ces temps-ci où de drôles de spectres nous parlent d’OPA, de rachats, de « manger les autres avant de se faire manger» . Tandis que chez eco-SAPIENS, on a toujours eu pour souci de ne faire que ce qui nous semble cohérent, que ce qui relève non pas de la spéculation, mais de l’échange concret de bons procédés.

Où la société fait le contraire de la nature

[...]
Les multinationales ne cessent de grossir, se nourrissant par fusion amicales ou inamicales, avec leur concurrentes. Ainsi s’édifient des empires d’une puissance extraordinaire qui, grâce à des publicictés opportunes, font l’admiration de tous.
Les grandes entreprises, les grandes marques occupent les journaux, les radios, les télévisisons, même lorsqu’elles ne risquent pas de puiser des clients dans leurs cibles. A quoi sert-il donc à Areva d’occuper les écrans alors que nul téléspectateur n’ira bien évidemment acheter une centrale nucléaire ? Quant à ladite centrale, toujours plus grosse et toujours plus puissante, elle s’inscrit prfaitement dans ce phénomène de gigantisme généralisé.

[...]

Grossir à tout prix : tel est l’objectif. Et le mouvement s’accélère: toujours plus vite, toujours plus gros !

L’écologie, lorsque ses concepts s’appliquent à la révolution énergétique à venir, évolue en sens opposé: l’éolien, le solaire, l’hydrolien, la géothermie, autant de moyens de produire de l’énergie par la multiplication de petites unités. On s’étonne que les multinationales aient jusqu’ici raté le rendez-vous: contrôler dans le monde entier tout l’éolien, ou tout le solaire, ou comme le souhaiterait sans doute Monsanto, toute l’alimentation ! Certes, les instances compétentes de l’Union Européenne veillent à maintenir une concurrence pure et parfaite, selon la terminologie en vigueur, conforme aux canons du libéralisme dont Bruxelles a fait sa loi. Mais ce dogme revient à privilégier une compétition féroce entre les grands, censée permettre aux petits de consommer dans les meilleures conditions.

Souhaitons à ces petits d’être les homologues des mammifères pendant la longue ère secondaire, dans l’attente de la disparition des dinosaures, autrement dit de ces mégastructures !


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Ecrit par Baptiste le 3 août 2009 :: Classé dans Itinéraire,Les autres...
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De l’éthique chez l’ingénieur: le lobby dévoilé

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renseignements généreux

En tant qu’ancien élève de Centrale, je reçois, bon gré mal gré, des e-mails de la part de différents réseaux associés à cette Grande Ecole d’Ingénieur…

Avec les commerciaux, les ingénieurs font partie des personnes qui raisonnent bien plus en terme de sous qu’en termes de morale. Le dernier email que j’ai reçu du groupe Centraliens Entrepreneurs m’a été envoyé récemment ne fait vraiment pas dans la dentelle.

M. Sabatié Garat a monté il y a plusieurs années un cabinet spécialisé dans les opérations de lobbying, notamment à Bruxelles et organisé un réseau européen pour ce faire. Il a traité de nombreux problèmes liés à l’énergie, au transport, à l’environnement pour intervenir sur des projets de lois ou directives qui impactent la vie économiques de secteurs économiques entiers.

Il viendra le 22 janvier nous exposer ce qu’est le lobbying, pourquoi c’est nécessaire, et c’est largement utilisé, et comment une entreprise peut (ou doit ?) s’engager dans une démarche de lobbying.
Même si des petites entreprises ne sont pas directement concernées, vous avez certainement comme concurrents ou clients des entreprises qui ont recours à ces systèmes ; vous êtes également concernés par des acteurs qui influent sur des lois dont vous serez tributaires : il semble donc essentiel d’y voir clair et de savoir où vous mettez les pieds.

Je remercie donc très chaleureusement ce monsieur d’avoir pu faire du lobby pour que les seuils d’émission dans l’automobile n’aient pas évolué, d’avoir contribué à la contamination OGM et de continuer à promouvoir le nucléaire et le stockage de CO2… oui merci !

Le plus beau, c’est cette tentative de neutraliser le mot lobby en lui-même. En le lénifiant, on insinue que puisqu’on a eu la franchise d’employer le terme, puisqu’on assume, on est donc dans son bon droit.

Je propose donc de remplacer le mot lobby par corruption pour rappeler de quoi il s’agit. Car se faire payer pour faire pression afin d’obtenir des contreparties juridiques ou politiques, cela s’appelle de la corruption. Mais comme d’habitude, la frontière est ténue. On rencontre le même problème avec le glissement communication/publicité par exemple.

Mais allons plus loin. N’est-ce pas la même logique d’imitation (de singerie…) qui pousse à la guerre. Changeons la citation.

Il viendra le 22 janvier nous exposer ce qu’est la guerre, pourquoi c’est nécessaire, et c’est largement utilisé, et comment un état peut (ou doit ?) s’engager dans une démarche d’agression. Même si des petits pays ne sont pas directement concernées, vous avez certainement comme adversaires ou alliés des états qui ont recours à l’armement ; vous êtes également concernés par des pays qui influent sur des lois dont vous serez tributaires : il semble donc essentiel d’y voir clair et de savoir où vous mettez les pieds.

Selon l’adage bien connu qui dit que « la meilleure défense c’est l’attaque« , oublions nos valeurs et précipitons-nous gaiement dans les petits arrangements et les petites combines.

Ah ! Dernier détail, le premier jour à Centrale, tout le monde devait signer une charte éthique de l’ingénieur commise par la CNISF qui est à l’éthique ce que l’ARPP est à la surveillance publicitaire. Ca commence ainsi:

L’ingénieur est un citoyen responsable assurant le lien entre les sciences, les technologies et la communauté humaine; il s’implique dans des actions civiques visant au bien commun.

Ca ne mange pas de pain !


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Ecrit par Baptiste le 20 janvier 2009 :: Classé dans Débat,Les autres...,Un peu sur nous
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Comité d’éthique de la Nef – Bernard Ginisty

La NefJe reproduis ici le discours de Bernard GINISTY à l’Assemblée Générale de la Nef le 24 mai à Paris. Ce discours est d’autant plus intéressant dans le cadre de la crise financière. Enfin, il permettra de donner quelques éléments à ceux qui se demandent ce que peut-être l’éthique en général, et plus spécifiquement dans une initiative économique.

« Je m’exprime ici en tant que représentant du Comité d’Ethique de la Nef. L’an dernier, ce Comité a traversé une crise d’identité qui nous a conduit, collectivement, à préciser notre rôle. Il nous est apparu que le Comité d’éthique n’était ni une instance d’appel par rapport aux décisions prises par les organes de gestion de la Nef, ni une instance de jugement qui déciderait souverainement du bien et du mal, mais un organe de régulation éthique.

SteinerPuisqu’en me présentant, on a parlé de ma formation philosophique, je vais un peu « philosopher ».
Qu’est ce qu’on appelle chez Aristote un acte éthique ? C’est un acte qui n’oublie pas les raisons finales de son projet. La maladie du monde moderne et de la finance plus particulièrement c’est de l’autonomisation de différentes actions par rapport aux raisons finales. Je dirai donc que le rôle du comité d’éthique, dans une organisation comme la Nef, c’est de constamment veiller à ce que tous les acteurs dont le métier est d’avoir, comme on dit, « le nez sur le guidon », ne soient pas conduits, petit à petit, à faire de leur action un but en soi, mais la confrontent en permanence aux valeurs de la charte fondatrice de la Nef.

Il s’agit en fait de maintenir constamment ouverte la question de l’adéquation de l’outil avec les finalités que l’on proclame.

AristoteDès lors, notre Comité n’incarne pas je ne sais quel « Père la pudeur éthique », chargé de promouvoir des produits dits « éthiques » qui permettraient d’emballer d’autres produits qui le sont beaucoup moins ! Il s’agit, reprenant ici l’éthique dans son sens grec d’éthos, de veiller à ce que la Nef reste un organisme vivant dont les différentes actions trouvent leur cohérence dans les valeurs affirmées.

Si la Nef a été créée, c’est bien d’abord pour réagir contre les dérives d’une fonction financière qui s’est autonomisée d’abord par rapport à la fonction politique qui gère l’art de vivre des citoyens, et plus récemment par rapport à la fonction économique. Dans un organisme vivant quand un organe fonctionne pour lui-même en se développant de façon anarchique, cela s’appelle un cancer.

Pour éviter ces dérives, d’abord au sein de notre Comité, nous avons choisi un mode de fonctionnement collectif. Nous avons par ailleurs décidé de ne pas nommer de président de notre Comité pour bien montrer que nous ne sommes pas une instance de décision. Je m’exprime donc ici en tant que représentant d’un comité d’éthique rassemblant des personnes de sensibilités diverses.

Comment s’est traduite notre action au cours de l’exercice écoulé ? Pour illustrer cela, je vais commenter rapidement trois éléments qui figurent dans le rapport que vous avez entre les mains. Il a été rédigé par Béatrice Poncin qui s’excuse de ne pouvoir être parmi nous aujourd’hui.

Notre travail le plus important a concerné la consultation autour de la Charte du projet de Banque éthique. Pour nous, cette charte n’est pas un texte « sacré » écrit une fois pour toutes, mais la première phase d’un travail permanent de confrontation de la pratique de la Nef et des valeurs proclamées. Nous avons insisté pour que ce texte reste vivant et s’enrichisse en permanence de l’expérience de la vie de la Nef. Pour nous, la pratique de la Nef et la pratique des sociétaires sont sources de connaissance. Une des missions du Comité d’Ethique est donc de veiller à tout ce qui peut émerger de la pratique de la Nef pour enrichir le contenu cette charte.

Deuxièmement, nous avons été saisis par la nouvelle société de capital-risque créée par la Nef Nef Capital Ethique (NCE). Cette société a souhaité qu’un membre du comité d’éthique y soit censeur ainsi qu’il est mentionné dans le document de présentation de Nef Capital Ethique: «nous souhaiterions vivement que le comité d’éthique de la Nef soit représenté au Conseil d’Administration par un ou une (c’est une) censeur qui serait officiellement nommée à l’occasion d’une prochaine assemblée générale. D’autre part le management de Nef Capital Ethique entretiendra avec le Comité d’Ethique des relations régulières permettant de s’assurer mutuellement de la cohérence au regard des valeurs et de la charte éthique des actions entreprises, du choix de ses investisseurs, du choix de ses investissements et de sa gestion». Ce texte rejoint bien la conception que nous nous faisons du Comité d’Ethique comme organe de régulation interne chargé de rappeler aux différents acteurs de la Nef la hiérarchie des valeurs qu’ils se sont données. Chantal Hirshauer a été désignée pour remplir cette fonction de censeur.

Enfin, troisième aspect que je voudrais souligner : nous pensons que la fonction de régulation éthique passe par l’échange et les valeurs partagées. C’est pourquoi, nous envisageons de proposer aux sociétaires des séminaires, entre autres, sur les thèmes suivants :

  1. L’argent est-il un bien commun ? Sommes-nous propriétaires de notre argent ?
  2. Qu’est ce que le droit au crédit (puisque que ce droit est mentionné dans la charte) ?
  3. Le profit est-il juste s’il est issu d’activités orientées vers le bien commun et réinvesti dans de telles activités ?
  4. Comment l’argent contribue ou non à la construction d’une société plus fraternelle telle que nous essayons de la construire ?
  5. À quel moment la taille de l’outil devient-elle un obstacle au projet culturel lui-même ?Comment faire grandir l’institution sans dénaturer le projet ?

Voilà à la fois notre action et nos projets. Ils tendent à éviter la schizophrénie qui nous menace si souvent en juxtaposant des placements financiers dont le seul but est le maximum de profit et le minimum de risque avec des dons généreux à des bonnes oeuvres. Un peu comme au XIXème siècle, certains patrons exploitaient durement leurs ouvriers tandis que leurs femmes se livraient à de bonnes actions dans un ouvroir pour les pauvres du quartier.

L’originalité de la NEF réside dans cette volonté d’être une vraie institution financière avec les contrôles et les exigences de la profession, mais qui place les valeurs éthiques au cœur de son action. C’est parfois difficile de faire comprendre que nous ne sommes ni une ONG ni un organisme dont le seul but est le profit. Un des rôles essentiels du Comité d’éthique est de contribuer à maintenir cette tension, parfois inconfortable, mais toujours féconde, entre la rigueur professionnelle bancaire et les valeurs dont nous nous réclamons.

Je vous remercie ».


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Ecrit par Baptiste le 22 octobre 2008 :: Classé dans Débat,Les autres...
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Quand tout le monde se dit W3C…

W3C

Le W3C, c’est un peu le « grammairien»  du web. Un consortium de personnalités indépendantes qui préconisent les bonnes syntaxes pour que le web soit compatible.En effet, vous ne le savez peut-être pas, mais il a bien fallu adopter des conventions et dès le début, il fallait faire des compromis entre la syntaxe officielle et la syntaxe comprise par les navigateurs (Internet Explorer et Netscape/Firefox notamment).

De plus en plus de sites affichent le petit logo W3C pour affirmer qu’ils respectent les standards préconisés. Ce n’est bien sûr pas obligatoire mais çà fait bien de le mettre.

En effet, être W3C valide sous-entend que l’on fait attention à l’accessibilité (aveugles, mal-voyants) et qu’on souhaite un web homogène (non soumis à la concurrence des éditeurs de navigateurs). eco-sapiens a bien sûr décidé d’adopter ces standards.

Vous cliquez sur le logo et vous pouvez voir si la page respecte en effet les standards.
Je m’amuse parfois à le faire sur des sites qui l’arborent fièrement, juste pour voir. Et JAMAIS la page n’est valide… Si encore il n’y avait que 2 ou 3 erreurs, mais c’est plutôt proche de la centaine. Bref, de là à dire que c’est de la publicité mensongère…

Enfin, c’est l’intention qui compte…


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Ecrit par Baptiste le 16 novembre 2007 :: Classé dans Débat,Un peu sur nous
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