DuPont de Nemours ! Sacré nom qui sonne bien français et qui désigne pourtant une des plus grosses firmes américaines de la chimie.
Je vous résume l’histoire. En pleine révolution française, on guillotine Lavoisier, le célèbre chimiste qui a identifié l’oxygène.
Mais parlons bien parlons fesses. Sa femme a eu une aventure avec Pierre-Samuel Du Pont de Nemours. Celui-ci avait le bon goût, étant proche du Ministre des Finances Turgot, d’être immensément riche. Il connut aussi le père de la constitution américaine, Thomas Jefferson, lors de la rédaction du traité de Versailles (indépendance des Etats-Unis en 1783).
Pierre-Samuel Du Pont de Nemours, royaliste jusqu’à défendre Louis XVI physiquement en 1792 face à la foule en colère, échappa de justesse à la guillotine. En effet, bien que condamné, la mort de Robespierre lui laissa le temps de s’éxiler aux Etats-Unis. Il y retrouva Jefferson pour qui il négocia notamment l’achat de la Louisiane par les Etats-Unis.
Son fils, Éleuthère Irénée, avait lui aussi défendu le roi en 1792. Il était assistant de Lavoisier et travaillait notamment sur la poudre à canon. C’est bien le fils qui est à l’origine de la création de l’entreprise DuPont de Nemours. Au départ, il s’agissait de fabriquer de la poudre à canon.
Éleuthère Irénée s’est fait naturaliser américain en 1803 et Jefferson lui assure alors que les Etats-Unis utiliseront sa poudre. Qui a dit pistonné ?
Petite anecdote en guise de conclusion: on raconte que le fils Du Pont aurait écrit plus tard une lettre à Madame Lavoisier (ancienne maîtresse donc de son père et surtout femme de son ancien patron en France) lui demandant s’il pouvait nommer son entreprise Lavoisier en l’honneur de son défunt mari. Si elle avait accepté, l’entreprise se serait peut-être appelé non pas Du Pont mais Lavoisier.
Après la poudre, DuPont de Nemours va se spécialiser dans la chimie. Et l’objet de ce billet est de passer sur 150 ans d’épopée industreille pour arrvier au produit qui nous intéresse : Le Téfal.
Et qui dit Téfal dit Téflon. Un revêtement anti-adhésif qui accroche tellement peu qu’il faut aussi trouver une colle spéciale pour le lier au fond de la poêle !
Le petit nom du Téflon est PFTE. Commercialisé depuis 1954, les poêles en Téfal ont envahi toutes nos cuisines. Pourtant, des doutes subsistent quant à leur nocivité. Alors du coup, rien de tel qu’une petite campagne de comm’ avec des feuilles vertes pour démentir tout cela.
Aperçus:
Des petites feuilles bien entendu, mais aussi des petits oiseaux qui gazouillent. Apparemment, chez DuPont de Nemours ils communiquent encore façon old school sur l’environnement.
Je ne vais pas ici m’attarder à mentionner les différents griefs faits au PFTE (et au PFOA). L’histoire de DuPont (comme celle de Monsanto) parle d’elle même.
Evidemment, les quelques sites prétendument écolos qui ont accepté d’héberger cette publicité (ou plutôt publi-reportage) ne gagnent pas en crédibilité.
J’imagine le tollé si l’on avait mis ceci sur eco-SAPIENS…
Comme promis, voici le compte rendu de notre conférence du 3 Décembre autour de la question « Y a-t-il un business model dans la décroissance ?»
Conférence est un bien grand mot puisque l’idée était bien de profiter de la convivialité et de la simplicité du lieu (l’Equitable Café à Marseille) pour pouvoir discuter décontracté.
Comme cela a duré deux heures, qu’il y a eu environ 30 questions/interventions, il est inconcevable de balancer l’enregistrement tel quel. Voici donc le synopsis.
Développement durable et décroissance
Et si on passait à côté du débat !
D’emblée, Dominique Bourg envoie le développement durable aux oubliettes. Non seulement il explique (en s’appuyant sur le rapport de Tim Jackson… on en reparlera) que ce n’est pas possible de découpler croissance économique et prélèvement des ressources, mais il va plus loin encore dans son « apostasie» .
Le Développement Durable aura servi à masquer les questions soulevées par les pionniers de l’écologie qui interrogeaient la notion de croissance. Les 25 années d’essor du DD correspondent au moment où le néolibéralisme s’impose !
Autrement dit, les masques tombent. Le développement durable n’était que de la verdure digérée par le libéralisme. Et on a perdu du temps. Au passage, M Bourg rappelle quelques bases de la littérature décroissante. A savoir que la technologie ne résout pas les problèmes écologiques en raison de deux biais : création de nouveaux besoins donc de nouveaux biens (fuite en avant consumériste) et abaissement du coût de production entraînant une « démocratisation» des biens (effet rebond).
Il rappelle que des études démontrent que le maximum de bonheur ne correspondent pas au maximum de consommation de biens matériels (ndr: il fallait bien une étude pour ça !)
Sébastien Kopp met lui aussi les pieds dans le plat en disant qu’il avait demandé à changer le titre de la conférence (ce qui est vrai !). Croissance, décroissance, développement durable, on oublie un pilier fondamental, peut-être le seul : celui du sens. Quelle vision, quel projet de société, quelle portée culturelle et artistique ?
Paradoxalement, partant du constat que l’économie a pénétré toutes les sphères du réel, il explique qu’il faut donc créer des entreprises qui ne créent non pas de la richesse ou de la valeur mais qui créent du sens. En espérant que le sens suffira à faire office de marketing…
Je résume cela à la simple question de savoir pourquoi on se lève le matin et si l’on est heureux de se lever ! Etrangement, la recherche de la rentabilité a conduit nombre d’entreprises à trouver des modèles économiques de plus en plus complexes, voire incompréhensibles. D’une certaine manière, on s’éloigne du sens.
Au fond, cette quête obsessionnelle de l’argent démontre justement l’absence de sens. Comme on n’a pas de projet de société, en attendant, chacun cherche à accumuler le plus possible pour le jour où il y aura un projet de société.
Dominique Bourg plussoie ces remarques. Il observe que c’est la même désorientation qui sous-tend la notion de principe de précaution (même s’il n’est évidemment pas contre le principe de précaution).
Vision d’horreur : et demain ? la question du sens sera-t-elle encore possible demain ? Il évoque le projet transhumaniste qui vise à affranchir l’homme de toute limite, notamment l’immortalité.
La question du sens est révolutionnaire. C’est la seule qui soit aujourd’hui tabou. C’est pourtant la première que se posent les sociétés traditionnelles.
Sébastien Kopp raconte. Venant de milieux aisés et ayant fait de bonnes études, on ne se pose pas la question si « entreprendre » est facile ou difficile ». On se dit juste « si ce n’est pas nous qui le faisons, qui le fera ? ». On a fait une boîte pour travailler dedans mais aussi pour pouvoir se procurer la basket dont on rêvait.
Il mentionne les plus-values de la basket Veja (coton bio, agro-écologie, seringueros, payer le caoutchouc au prix qu’il faut pour laisser la forêt en pied).
Après 3 ans, ca marche. Mais on devenait des petits patrons un peu cons… Qu’est-ce qui se passe dans l’entreprise ? On pourrait être en SCOP par exemple. Pour l’instant on a plafonné les écarts de salaires.
Le projet est chouette mais si c’est pour finir patron en 4×4, on rate l’essentiel ! Paradoxalement, la première prime pour la coopérative brésilienne a été dépensée pour avoir des antennes télévisions… alors qu’il manquait tout là-bas ! Mais on ne peut rien dire. Ou alors on tombe dans le neo-colonialisme.
La consommation est un vote ! A pas tant que ça, on peut changer les choses rien que par le choix des achats !
Je rappelle les 3 modes d’eco-SAPIENS. L’information pour expliquer et convaincre par la raison. Le comparateur de produits pour la facilité d’accès, convaincre par la pulsion. Et enfin, l’entreprise elle-même qui a choisi la cohérence selon l’adage attribué à Gandhi : « L’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul ». Statut coopératif et La Nef.
Sébastien Kopp évoque en plus le fournisseur d’électricité verte Enercoop dont Veja est sociétaire et client. Mais il s’étonne de voir que ces acteurs exemplaires soient aussi peu connus finalement et que les principaux concernées fassent faux bond. Ainsi Les figures médiatiques de l’écologie pourraient les propulser en y adhérant.
J’évoque mon expérience personnelle où, invité à la Fondation Nicolas Hulot, j’avais expliqué que je relaierai les actions quand la fondation changera de banque pour la Nef (eco-SAPIENS ainsi que ses salariés sont à la Nef)
Ca tombe bien, Dominique Bourg fait partie de la Fondation Nicolas Hulot. Il reconnaît que ce pourrait être un formidable echo. Mais il faut savoir lier les deux : petites initiatives exemplaires d’un côté et grosses machineries un peu inertes de l’autre. Si FNH ne va pas chez Enercoop, c’est parce qu’on reçoit des sous d’EDF. C’est effectivement une contradiction.
A la question posée pour savoir si la fin justife les moyens, Dominique Bourg rappelle que pour gagner en indépendance, il faut avoir beaucoup de dons personnels. Or les attaques climato-sceptiques ont sensiblement fait baisser cette part de don. Comme il travaille aussi avec EDF, il ne veut pas qu’on laisse croire qu’EDF est une entreprise de 150 000 salauds. Le monde n’est pas manichéen. Il faut savoir assumer ses contradictions. Enercoop a au moins le mérite d’inspirer EDF.
Sébastien Kopp répond qu’on a pas vraiment le temps d’attendre qu’EDF change.
Si Enercoop devient « en terme de taille » comme EDF, Enercoop deviendra-t-elle « en terme de valeur » comme EDF ?
Peut-on réduire l’Amazonie à sa valeur marchande ? Viable est préférable à rentable ?
Les initiatives porteuses de sens progressent mais sont petites. N’est-ce pas la course du vélo contre le TGV ?
Malheureusement, toutes ces belles initiatives ne font pas système.
Voire !
Sempiternelles questions sur les pauvres (au Sud comme au Nord) à qui on ne peut pas demander de faire une fort supplémentaire (l’éco-consommation est souvent plus chère).
Sébastien Kopp: Ceux qui ont la possibilité de le faire ne le font malheureusement pas. On vise les salaires medians. Or ils ont une vraie responsabilité car ils ont la gouvernance financière, intellectuelle et culturelle. Et c’est ceux-là qui ne changent pas !
Internet va vite et permet de connecter ce fourmillement d’initiatives « sensées» . Il manque certainement une incarnation (politique ? syndicale ?)
On a tellement peur de froisser les gens qu’on ose plus dire en face qu’ils dépensent mal leur argent. L’argent n’a qu’une valeur. Mais ne véhicule plus de valeurs…
Anecdote des salariés Moulinex qui manifestent contre la délocalisation de leur usine alors qu’ils achètent de l’électro-ménager chinois.
Beaucoup d’interventions pour démontrer que le choix par exemple d’une alimentation bio, ne dépend pas vraiment du revenu.
Encore un grand merci à Sébsatien Kopp de Veja, à Dominique Bourg bien sûr, à l’Equitable café pour l’accueil chaleureux (même si on a été privé de fanfare !) et des bises à l’Elephant du poulailler qui assure toujours pour transformer des citrouilles en carrosse.
Vendredi 3 décembre 2010, nous allons fêter cela. C’est à dire que nous allons d’abord examiner les comptes en présence des sociétaires présents. Puis nous allons voter les trucs sérieux. Puis nous irons au café. Plus exactement à l’équitable café.
Pour tout Marseillais aux nerfs un peu vifs, l’équitable café, juché désormais en haut du Cours Julien, c’est un lieu inexpugnable. On peut y boire une grihette en rentrant du boulot bien sûr. Mais on peut aussi assister aux nombreuses projections, conférences et concerts organisés.
Donc vendredi soir, c’est nous, en quelque sorte, qui sommes à l’honneur. On a donc la grihette, pour sûr. Et on s’est dit qu’on pouvait aborder de front la question que tout le monde actuellement se pose :
Y a-t-il un business model dans la décroissance ?
Forcément comme çà, c’est un peu provocateur. Le business model, c’est un concept de capitalistes qui rappelle bien que peu importe le goût de la soupe que l’on vend, l’essentiel c’est de la vendre. Comment vendre plus de soupes ?
A l’opposé, la décroissance consiste à se demander s’il est bien nécessaire de vendre plus de soupes s’il s’avère qu’elle n’a pas bon goût. Ou qu’elle est toxique. Ou qu’elle fait mourir les poissons. Ou qu’elle asservit des enfants dans la chaîne d’embouteillage…
On en a parlé récemment, le philosophe Dominique Bourg, pape et pionnier du développement durable commence à renier cette chimère. « Trop tard !» dirait-on. Le monde du business a déjà digéré ce concept pour en troubler le sens originel.
Du coup, le monde alternatif recule dans les tranchées sémantiques. Et se positionne contre le développement durable, le green business et revendique lentement mais sûrement la décroissance.
Le problème avec la décroissance, c’est qu’elle oblige à déconsidérer la notion de rentabilité financière. Alors que cela restait crucial dans le développement durable. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le développement durable pouvait dire à une entreprise qu’elle était utile, pertinente, écologique et sociale mais que, malheureusement, il fallait arrêter car ca ne dégageait pas assez d’argent. « Ca va pas être possible…»
En quelque sorte, la décroissance dirait qu’il faut quand même le faire et que pour l’argent, il faudrait par exemple songer à dépenser moins pardi ! (comme ca on consomme encore moins)
Surtout, d’un point de vue individuel, nous sommes de plus en plus nombreux à nous poser des questions sur la finalité de cette société de marché. Parfois, j’ai le pressentiment que des écologistes de conviction sont plus à la recherche d’une bonne idée de business model (« ah tiens : ca n’a pas encore été fait, faut que je me place !» ) qu’à une recherche authentique de qu’ils veulent, savent et peuvent faire.
Or, quand on voit dans quel monde de galères survivent les entrepreneurs éthiques, on en vient à se demander si au final, l’éco-consommation peut faire vivre ses acteurs.
Alors on posera cette question à Dominique Bourg, qui nous fera l’honneur de sa présence. On la posera aussi à Sébastien Kopp des baskets Veja. On la posera à tous ceux qui viendront.
On en viendra, c’est certain, à se demander au fond ce qu’est ce drôle de truc qui nous fait vivre de manière arraisonnée et qui s’appelle… l’argent !
A mon grand regret je ne connais rien du Brésil. Je n’y suis allé qu’en lecture. Avec Tristes Tropiques de Levi-Strauss et manifestement, le Brésil a bien changé depuis que l’ethnographe a étudié la tribu Mbaya. Cette tribu qui m’a toujours fasciné dans la mesure où, selon la mythologie :
« Quand l’Etre suprême, Gonoenhodi, décida de créer les hommes, il tira d’abord de la terre les Guana, puis les autres tribus. Aux premiers, il donna l’agriculture en partage et la chasse aux secondes.
Le Trompeur [...] s’aperçut alors que les Mbaya avaient été oubliées au fond du trou et les en fit sortir ; mais comme il ne restait rien pour eux, ils eurent droit à la seule fonction encore disponible, celle d’opprimer et d’exploiter les autres. »
Ce pis-aller de la domination m’a longtemps interpellé. Je crois que ce dégoût de la politique, ce rejet des politiciens est toujours actuel et en chacun de nous. Le pouvoir fascine autant qu’il débecte…
Pour ma plus grande chance, on m’a présenté Bia Saldanha, une femme brésilienne qui a fait de la politique il y a 20 ans (elle est co-fondatrice du parti vert au Brésil). Styliste de formation, elle avait ouvert dans sa prime jeunesse une boutique de mode à Rio. Sensible à la cause des séringuéros, elle a définitivement basculé lors de l’assassinat du leader syndicaliste Chico Mendes en 1988.
Peut-être ne connaissez-vous pas l’histoire de cette icône de la résistance qu’est Chico Mendes. Sa lutte pour les droits des seringueiros, et plus globalement pour la forêt amazonienne, lui a couté la vie. Quand on y pense, c’est toujours grinçant du coup d’entendre parler de Khmers verts alors qu’aucun écologiste n’a jamais tué personne*. Tandis que l’inverse est arrivé plusieurs fois…
Bizarrement, ce meurtre a davantage ému la communauté internationale que le Brésil lui-même. Cela a cependant permis au pays de dégager de véritables lois pour protéger une partie de la forêt amazonienne. Il existe aussi une réserve qui porte son nom en sa mémoire.
Mais revenons à Bia. Après son « concept store» écologique de 700 m2 à Rio où elle cherche à développer des filières de matériaux écologiques, elle parvient à mettre au point un procédé pour valoriser le latex. Rappelons que la sève d’hévéa n’acquiert ses fantastiques propriétés qu’au détriment de quelques procédés chimiques plus ou moins clean.
Bia élabore le Treetap, une sorte de mélange caoutchouc/coton qui s’apparente à du cuir végétal. Ainsi, elle peut trouver des débouchés à l’artisanat de l’Amazonie. Où l’on voit que les démarches équitables et écologiques se rejoignent pour se confondre. Belle manière d’honorer la célèbre phrase de Chico:
« Au début, je pensais que je me battais pour sauver les hévéas ; puis j’ai pensé que je me battais pour sauver la forêt amazonienne. Maintenant, je sais que je me bats pour l’humanité »
« Valoriser la forêt sans la détruire» m’a-t-elle répété. Non pas sanctuariser la forêt mais simplement la faire vivre avec ses habitants.
Car, faut-il vraiment le rappeler, l’Amazonie, comme les autres forêts primaires, est gravement menacée. Soja, pâturage, éthanol, un peu de palme au Sud et un peu de monoculture d’arbres à caoutchouc. Rappelons par contre que la récolte du latex à la méthode seringueros n’a rien à voir avec la récolte conventionnelle et industrielle (monocultures d’hévéas en Asie).
Pour donner un ordre de grandeur, un seul seringueros a besoin de 300 ha de forêt. Pouah ! Quel manque de rendement ! Et en plus, le latex sauvage c’est plus cher…
C’est pourtant avec elle et avec ces seringueiros que la marque de basket Veja collabore. Je ne rentre pas dans les détails de ce mode de production qui a bien des avantages. Cette vidéo en dira plus et mieux.
Ce qui est rassurant, c’est de voir que économie et politique se mêlent ici dans un cercle vertueux. Motivé par ces nouveaux débouchés, l’état de l’Acre (où travaillent ces seringueiros) prend la voie de l’exemplarité. Mais à côté, des états voisins, notamment le Parà, sacrifient leur territoire amazonien.
Alors quand je lui demande si selon elle, ca « bouge» assez vite, si tout de même l’échec de Copenhague (où elle était) ne lui donne pas le cafard, elle m’e répond d’un air optimiste que si effectivement cela n’allait pas assez vite, au moins on allait dans la bonne direction. Tout est question de point de vue…
Mai 2005 - Tribu photographiée pour la première fois, état de l'Acre
J’ai conclu cette rencontre en lui demandant ce qu’elle pensait de la fameuse phrase de Levi-Strauss qui, du haut de ses 100 ans, jetait ce verdict sans appel sur le monde moderne (« Je m’apprête à quitter un monde que je n’aime pas« ) signifiant par là que tout ce qu’il aimait, la biodiversité et la diversité des cultures, le XXème siècle l’a détruit.
Bia n’est pas d’accord. Et elle connaît bien les anthropologues pour en avoir épousé un ! Celui-ci étudie les tribus du Brésil dont certaines qui sont réellement coupées du monde. « L’anthropologue préfère que les choses ne changent pas» . Alors nous sommes rentrés dans ce débat inextricable autour de la technologie, de l’ingérence et du droit à tout savoir.
Et même si je ne partage pas l’optimisme d’un Occident respectant et s’enrichissant au contact de ces cultures qu’il n’a pas encore anéanties, même si je ne partage pas l’optimisme d’un Indien d’Amazonie faisant la part des choses au contact d’Internet, je me surprends à espérer que là-bas, à l’Ouest de l’Acre, on a véritablement réfléchi au monde que l’on veut construire.
Que le Nouveau Monde n’a pas encore été découvert.
* Aux éditions L’échappée, « A la recherche du nouvel ennemi» traite du sujet de la prétendue menace écologiste inventée par la CIA et de l’académicien romancier Jean-Christophe Rufin. Indispensable pour rappeler quelques vérités en société…
La vidéo diffusée dans « L’édition spéciale» , le magazine midi de Canal plus.
Initialement, cela aurait du être diffusé vendredi 12 Mars mais les aléas techniques ont reporté d’une semaine notre passage. Vous pouvez donc voir les 3 co-fondateurs: Françoise, Baptiste et Benjamin (qui maintient ses moustaches depuis notre 2ème anniversaire…)
Bon, sur le fond, il y a peu à dire. 3 minutes c’est court ! La télévision, ca va vite. Expliquer ce qu’est la décroissance et la simplicité volontaire, cela prendrait une journée… peut-être même une vie !
Ce fit surtout un échange sympathique avec le journaliste Gaël Legras qui nous avait avoué être très intéressé sans réellement connaître la décroissance. Belle ouverture d’esprit !
C’est ainsi que le plus naïvement du monde j’essaie parfois de poser une colle à mes amis. Aujourd’hui, le buzz occupe les esprits plus qu’il ne fait vivre l’intéressé. C’est à dire que quand quelque chose ne marche pas, il faut couvrir l’échec par un tintamare médiatique.
Je suis tombé par hasard sur cette dépêche à propos de la société Violet, fabricant du Nabaztag, lapin numérique non seulement gadget mais aussi camelote intrusive. Je me souviens que c’était très branché, qu’on les retrouvait en une de sites marchands et tout le tralala.
On lit sans rire sur wikipedia que lors du lancement aux USA, le site était inondé de demandes. Et pourtant deux ans plus tard c’est la débandade.
Cherche repreneur. STOP. Personne ? Ah 300 000 euros. Des clopinettes quoi. Alors on se pince quand on lite qu le Nabaztag a été victime de son succès.
« Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux…»
Mais au final, toute l’économie moderne est à l’avenant. On pourrait presque tenter une loi dite loi de Aldrin (en hommage à Buzz, éternel second…) qui dirait: « plus le buzz est grand, plus c’est un échec commercial« .
Mais revenons à la question de savoir qui est rentable aujourd’hui. Ceux qui ont vu le documentaire sur l’argent, à la rigueur, ne s’étonneront de rien. L’Etat est endetté, les entreprises sont endettés, les ménages sont endettés et les banques ne possèdent pas un centième de ce qu’elles ont prêté. Et pourtant… nous sommes riches !
Tandis que je vois des publicités Renault à tire larigot, j’apprends que la marque au losange emprunte 100 millions d’euros à l’Etat pour chercher la voiture électrique. Tandis que l’on crie sans cesse dans le trou de la sécurité sociale, impossible à combler, le ministère de la santé parvient à débloquer des milliards pour acheter un stock inutile de vaccins grippe A.
J’apprends que la société Dassault décroche la palme des rémunérations pour ses dirigeants quand pas un pays au monde n’achète ses avions.
&c.
Au fond, on sent bien que la rentabilité est une affaire de confiance. A la manière des chaînes de Ponzi, remises au goût du jour par un certain Bernard Madoff, les entreprises inspirent confiance et font parler d’elles jusqu’au jour critique où l’on découvre que le roi est nu.
Oh bien sûr, il existe des sociétés rentables. Celles qui empruntent considérablement à nos enfants (exploitation pétrolière, exploitation du bois…) ou celles qui ont su capter les flux d’informations, à la manière d’un péage (moteur de recherche pas gogole du tout, et d’une certaine manière ce guide d’achat éthique que vous connaissez).
Mais tout ceci pose tout de même la question encore plus naïve: tout le monde peut-il être rentable en même temps ? Ou pour le dire plus simplement: s’enrichir, n’est-ce pas du coup appauvrir son prochain ?
Je sais bien que l’échange peut-être gagnant-gagnant. Mais dans une économie globalisée et dont l’essentiel repose sur la communication, la totalité des acteurs peut-elle vraiment ressortir gagnante ?
D’où il apparaît que la seule échappatoire est de délaisser ces questions finalement métaphysiques pour se concentrer sur l’essentiel, à savoir le sens de nos échanges.
De l’art de transformer la métaphysique en éthique.
Qu’il me soit permis aussi de rendre hommage à un de ces personnages exceptionnels comme on en voit si peu. En plus d’être un botaniste reconnu, Jean-Marie Pelt est un homme érudit, humble, jovial et ultra-actif.
Vous pouvez le lire sans crainte. Sous sa plume, l’histoire des plantes devient tour à tour amusante, anecdotique et intelligente. De plus, comme une espièglerie, la métaphore sur notre société n’est jamais loin.
Vous pouvez l’entendre à la radio, dans ses chroniques hebdomadaires sur France Inter, toujours trop brèves.
Vous pouvez aussi le rencontrer. L’homme est abordable et le pétillant de son regard nous fait déjà sentir qu’il y a plein de bons mots prêts à faire sortir au détour d’une simple conversation.
Bref, on est jamais déçu.
Aussi, sans hésiter, je me suis procuré son dernier livre, La raison du plus faible.
Grâce à quelques exemples extraits principalement de Stephan Jay Gould, l’ouvrage déborde cette fois-ci le monde végétal pour parler aussi du monde animal.
Il est question, comme souvent, de s’émerveiller devant les adaptations déployées par le vivant. La question qui est posée est simple: le plus fort est-il toujours celui qu’on croit ?
Bien entendu, on pense tout de suite à la fable de La Fontaine, du lion et du rat, qui se conclut par le célèbre « on a toujours besoin d’un plus petit que soi» . On pense aussi à ces animaux microscopiques, comme les bactéries, qui finalement résistent bien mieux et qui sont capables d’anéantir le plus imposant des animaux.
Ou encore ces petits mammifères qui ont du rester petits à l’ère des dinosaures. Eux ont survécu à la catastrophe et leur descendance a pu dominer le monde. Eh oui, l’être humain est partout et l’on peut dire qu’en terme de domination du monde, homo sapiens en connaît un rayon. Pour le meilleur comme pour le pire d’ailleurs !
Et surtout, on réexamine la dialectique du maître et de l’esclave. L’esclave est bien dominé par le maître. Mais le maître, dépendant de l’esclave, est aussi d’une certaine manière le plus faible.
Les parallèles avec le monde économique sont tentants et Jean-Marie Pelt ne s’en prive pas.
Un extrait qui me parle particulièrement ces temps-ci où de drôles de spectres nous parlent d’OPA, de rachats, de « manger les autres avant de se faire manger» . Tandis que chez eco-SAPIENS, on a toujours eu pour souci de ne faire que ce qui nous semble cohérent, que ce qui relève non pas de la spéculation, mais de l’échange concret de bons procédés.
Où la société fait le contraire de la nature
[...]
Les multinationales ne cessent de grossir, se nourrissant par fusion amicales ou inamicales, avec leur concurrentes. Ainsi s’édifient des empires d’une puissance extraordinaire qui, grâce à des publicictés opportunes, font l’admiration de tous.
Les grandes entreprises, les grandes marques occupent les journaux, les radios, les télévisisons, même lorsqu’elles ne risquent pas de puiser des clients dans leurs cibles. A quoi sert-il donc à Areva d’occuper les écrans alors que nul téléspectateur n’ira bien évidemment acheter une centrale nucléaire ? Quant à ladite centrale, toujours plus grosse et toujours plus puissante, elle s’inscrit prfaitement dans ce phénomène de gigantisme généralisé.
[...]
Grossir à tout prix : tel est l’objectif. Et le mouvement s’accélère: toujours plus vite, toujours plus gros !
L’écologie, lorsque ses concepts s’appliquent à la révolution énergétique à venir, évolue en sens opposé: l’éolien, le solaire, l’hydrolien, la géothermie, autant de moyens de produire de l’énergie par la multiplication de petites unités. On s’étonne que les multinationales aient jusqu’ici raté le rendez-vous: contrôler dans le monde entier tout l’éolien, ou tout le solaire, ou comme le souhaiterait sans doute Monsanto, toute l’alimentation ! Certes, les instances compétentes de l’Union Européenne veillent à maintenir une concurrence pure et parfaite, selon la terminologie en vigueur, conforme aux canons du libéralisme dont Bruxelles a fait sa loi. Mais ce dogme revient à privilégier une compétition féroce entre les grands, censée permettre aux petits de consommer dans les meilleures conditions.
Souhaitons à ces petits d’être les homologues des mammifères pendant la longue ère secondaire, dans l’attente de la disparition des dinosaures, autrement dit de ces mégastructures !
Hier, j’étais invité au Salon des Entrepreneurs, au Palais des Congrès à Paris, pour affirmer l’existence et la nécessité de l’entrepreneuriat social.
Concrètement, le CODES (COllectif pour le Développement de l’Entrepreneuriat Social) qui regroupe de manière informelle 30 personnes historiques de l’économie sociale, ont décidé de « lever les troupes» . Désolé pour la métaphore guerrière mais cette période de crise économique où l’on demande des conseils à Jean-Marie Messier et où l’on sauve des banques à coups de milliards alors qu’elles font des bénéfices, tout cela conduit à hausser un peu le ton !
Mais que l’on se rassure, les 100 premiers signataires (eco-sapiens bien sûr, mais aussi Papili, Okhra, Idéo, Bébés en vadrouille, Biocoop…) ne sont pas partis à l’abordage de tous les autres stands. Dans un esprit cordial et studieux, tout ce beau monde a proclamé l’urgence de sortir de l’ombre.
C’est en effet un problème récurrent dans le monde de l’économie sociale et solidaire. Un secteur qui, malgré ses contours flous et discutés, regroupe tout de même 10% de l’emploi en France. Et dans d’autres pays européens (Royaume-Uni par exemple) le mouvement prend de l’ampleur. Bref, nous sommes nombreux, nous défendons une vision saine et légitime de l’économie et de l’entrepreneuriat, nous recouvrons tous les secteurs d’activités… MAIS personne ne sait que cela existe !
A la conférence publique organisée au salon, la salle était comble, voire saturée. Obvieusement, la crise économique a interrogé le quidam.
Mais cette émergence, ce début de notoriété et de succès pose tout de même quelques questions philosophiques… Nous en reparlerons plus tard !
On connaissait les sociétés aux profits gigantesques qui supprimaient des emplois (pardon: le contexte économique oblige de délocaliser pour rester compétitif…).
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Voici désormais les sociétés qui vont bien et font faillite du jour et lendemain.
En fait j’ai eu un déclic avec l’histoire de la CAMIF. Le n°3 français de la vente à distance, le n°13 dans le e-commerce. La CAMIF fondée il y a 60 ans est en liquidation judiciaire aujourd’hui. Premièrement cela m’affecte car c’était une coopérative et que dans son secteur, la CAMIF se tournait toujours plus vers des produits écologiques.
Mais du coup, je me demande quelle est la véritable santé du n°4 et du reste de peloton..
Il y aussi MBO (recruteurs médicaux donc bien lié à l’industrie pharmaceutique pas très rose !) qui est dans une belle galère. Je connais quelqu’un qui y travaille et m’a dit qu’une semaine avant l’annonce de la liquidation, le PDG clamait les meilleurs chiffres depuis la création, une forte croissance etc.
Et là je viens de lire que le magazine « La société financière« , magazine sexagénaire sur la gestion du patrimoine financier, était également dans la choucroute. Bon forcément, ça amuse que ceux qui depuis 60 ans expliquent comment gérer ses finances soit incapables de gérer les leurs… Mais le plus fabuleux, c’est que c’est « comme si de rien n’était» : le site internet est là et ne fait aucune allusion.
Cerise sur le gâteau, avec la crise économique, la presse financière (Les Echos, La Tribune et La Vie Financière donc) voient leurs ventes augmenter considérablement. Comprenne qui pourra.
« La Vie Financière vit de sa diffusion mais aussi énormément de sa publicité qui se dégradait depuis quelques années, avec un coup de frein supplémentaire violent depuis septembre« , déclare la directrice du groupe.
La publicité se dégrade ! Ah bah ca alors. Je suppose que « se dégrader» n’a ici aucune connotation morale… juste financière. Passons.
Ces 3 exemples (plus d’autres qu’il faudrait recenser éplucher…) illustrent à mon avis le flou artistique qui peut régner autour de la notion de rentabilité. Une notion qui paraît pourtant si simple.
C’est avec grand plaisir que je vous annonce que la SEP Trampoline, votre Société en Participation existe officiellement depuis le 5 Novembre aux alentours de 21h. C’est en effet à ce moment que les statuts de la Société en Participation ont fini d’être signés en 10 exemplaires par les 8 co-signants : Pierre Levy, le gérant, Florent Prevot, Benjamin Huriet, Charles Verron et Céline Biechel (dans l’ordre des signataires) comme sociétaires et de nouveau Pierre Levy ainsi que Benjamin Leroy, Baptiste Rabourdin et Françoise de Butler pour le compte des 74 autres sociétaires.
La signature s’est déroulée sans problème majeur au sein des nouveaux locaux des eco-SAPIENS, dans la pépinière d’entreprise Essor 13, à Espace Liberté, 33 boulevard de la Liberté.
Trampoline compte donc 78 sociétaires pour un montant de souscription total de 34 150 €. C’est votre société. Son objet est d’entrer au capital de la SCOP eco-SAPIENS en cours de formation.