Blog des eco-SAPIENS
Ethique = Cohérence

Petit tour de lecture

Comment surprendre encore dans le domaine de la littérature écologique ?

Aujourd’hui, de nombreux ouvrages paraissent, fort présentables et fort intéressants.

Rares sont ceux qui apportent de nouveaux éléments à la réflexion. Le plus souvent, ils dressent avec brio un état des lieux (cette actualisation est toujours de plus en plus angoissante: bois, poissons, pétrole, changement climatique, santé, perte du lien social…) qu’ils contrebalancent  tout de go avec des exemples porteurs d’espoir (telle association au Brésil, telle industrie en Scandinavie, tel penseur aux Etats-Unis, tel agriculteur en France etc)

En fait, on peut presque dire qu’avec une poignée d’auteurs anciens (Gorz, Latouche, Meda, Baudrillard, Ellul), un peu de spiritualité et un peu de culture historique, on est en mesure de savoir ce qu’on ne veut plus et là où l’on veut aller.

La littérature spécialisée contemporaine permet juste de décliner en cas pratiques et parfois fort éloquents comment les problématiques se matérialisent. Des fois qu’on aurait besoin de preuves. Après tout, la disparition des poissons c’est dur à évaluer quand l’océan est à jamais opaque pour nos yeux…

Personnellement, si quelqu’un vient à me parler de la crise grecque, je ne peux qu’avoir un sourire malicieux. Voici donc le bouc-émissaire. Les Grecs-qui-paient-pas-d’impôts.
Quelques minutes auparavant, ce furent les agences de notation.

Un peu plus tôt les marchés financiers.

Et voici que nous boucs favoris, les Chinois-qui-savent-pas-bosser-et-qui-font-que-de-la-contrefaçon, sont devenus une nuit nos principaux sauveteurs.

Désolé mais sur moi, ca ne fonctionne pas !

Quiconque réfléchit un instant sur ce qu’est l’argent ne peut que constater qu’à l’instar de l’écologie, tout a déjà été dit (Aristote, Marx, Simmel, Mauss) et que ces méga-évènements financiers ne sont là aussi que des déclinaisons pratiques dans un monde où les hautes technologies permettent de décupler les effets.

Avant Ponzi escroquait 40 000 personnes pour 15 millions de dollars. Aujourd’hui Madoff tape le 65 milliards de dollars. 60 fois le capital d’Air France. Si si ! Vous avez vu 60 compagnies couler le jour où l’escroc fut écroué ? Non ? Normal.

Nous vivons dans un monde fini et il y a en tout et pour tout autant de créances que de dettes. Les concentrations furtives, les nodosités de capital n’ont pas d’autres vocation à re-circuler un jour ou l’autre. Seul souci: certains confondent la fin et les moyens et croient qu’il faut stocker l’argent. Or rappelons cette évidence… l’argent se sert à rien si l’on ne l’utilise pas au bout d’un moment…

D’ailleurs un méchant-actionnaire-toujours-plus-avide-de-rendement a souvent pour ambition de faire beaucoup de profit pour pouvoir ré-investir. Et accessoirement acheter une piscine chauffante d’intérieur…

Ah si seulement il s'était appelé Fonzi !

Que vous possédiez une maison ou du cash, tout se résume à la confiance (le fameux fiduciaire – la foi). On vous donnera un équivalent cash pour votre maison que si la personne qui l’achète croit (crédit de credo) vraiment que cette maison nécessite un troc, certes amélioré.

Et bien entendu, il y a des niveaux de confiance qui semblent comme irréels. La faillite d’un état ? Quelque chose qui a existé dans une relative sérénité pendant des siècles peut soudain s’effondrer. La crise grecque aurait tout autant pu arriver il y a cinq ans, ou dans dix ans ou jamais.

Cela paraît irrationnel ? Assurément ! Tout autant est irrationnelle la décision des marchés de lâcher le Grèce. Croit-on vraiment que des indicateurs techniques et objectifs permettent de dire « c’est maintenant qu’il faut passer à la caisse.» 

L’humain garde encore une part d’irrationnel. Son rapport au futur l’est encore plus : angoisses, espoirs et volontés. Et que dire d’un groupe d’humains ? Plus encore ! D’un groupe d’humains tournés vers le futur. Complètement irrationnel. Forcément…

Il paraît plus sage d’accepter cette irrationalité. De reconnaître que l’argent permet simplement de contenir et de palper un peu de tangible dans cette irrationalité.

Il convient aussi et surtout, un moment donné, de retrouver sa lucidité, entrevoir de nouveau l’état d’égrégore qu’est l’argent. Et revenir in fine à la base. La politique ! A savoir : quel monde désirons-nous ?

Si la Nature, notre banquier en bout de chaîne ne peut fournir cette demande, il faut simplement revoir nos désirs. Ce n’est pas une parole en l’air que de dire que crise écologique et crise économique sont l’avers et le revers de la même pièce.

Et non pas partir du « de combien d’argent disposons-nous ?» 

Bref, nous sommes aujourd’hui en train de compter nos pénates, vous savez ces dieux pétrifiés d’origine étrusque.

Compter. Trancher. Amputer. Vénérer. Craindre.

Là où il nous faudrait, pour dégager l’horizon, briser les statues.

Publicité familiale !

La maison d’éditions Le Cavalier Bleu sort une collection consacrée au développement durable et dénommée Edden (tout un programme).

Sabine Rabourdin étant co-fondatrice historique du site eco-SAPIENS, il est bien normal de recommander son livre qui est un formidable pensum sur l’énergie ! Je le sais, je l’ai lu ! Et en plus Le Monde en dit du bien !

Vers une nouvelle révolution énergétique ?

De tout temps, l’homme a été avide d’énergie pour satisfaire ses besoins… sans trop utiliser la sienne ! De la maîtrise du feu au Paléolithique à la non-maîtrise du nucléaire à Fukushima, le rapport de l’homme à l’énergie fut toujours placé sous le signe de la domination, économique, sociale ou politique.

Or, il est clair aujourd’hui que la course à la puissance énergétique est indissociable du chronomètre de la Terre et de la manière dont les hommes sauront prendre en compte ses limites.

Quelles options reste-t-il ?

Après le feu et la machine à vapeur, une troisième révolution énergétique semble aujourd’hui inéluctable.

Sera-t-elle dans la lignée des précédentes ou à contrecourant ?

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Ecrit par Baptiste le 10 novembre 2011 :: Classé dans Débat,Les autres...,Poïesis
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Hausser le ton

manchots observateursL’automne arrive.

Et c’est comme si personne ne s’intéressait aux derniers mois qui cloront 2011. C’est bien simple ! Octobre, Novembre et Décembre 2011 n’existent que virtuellement.

Tout le monde a hâte de passer à 2012. Car tout le monde se dit que l’on pourra remettre les compteurs à zéro.

Nouvelles élections présidentielles. En France bien sûr mais aussi, ne l’oublions pas, aux Etats-Unis.

Ainsi, de même que le Grenelle de l’Environnement est définitivement considéré comme un échec voire même un fumigène, la politique verte tant attendue par Obama vient de subir un sérieux revers.

L’association Respire et Fabrice Nicolino mentionnent (par-ci, par-là) cette tribune de Robert Redford, soutien médiatique d’Obama lors des élections, contre le président américain. L’acteur qui murmure aux oreilles des chevaux n’a pas su visiblement avoir celle d’Obama.

feux tricoloresCertains peuvent se demander que vient donc faire le people Redford dans cette histoire. Personnellement, jusqu’à la lecture du roman culte Le Gang de la clé à molette de Edward Abbey, et donc au passage la merveilleuse préface de Robert Redford dans la version française, j’ignorais aussi que l’acteur avait une sérieuse culture écologiste.

C’est à dessein que j’emploie le terme culture, de même que l’on parlerait de culture générale.

Voilà, Redford est déçu de voir que les actes ne suivent pas les discours. Les élections arrivent à grand pas et c’est le retour du pragmatisme. Pragmatisme industriel s’entend.

Certains diront que la crise est passée par là et que dans les conditions actuelles (vous savez ? la Grèce, le CAC 40 sous les 3 000 points, la note américaine dégradée de AAA en AA+, etc.) il faut d’abord se soucier d’emplois et de finances.

A n’en pas douter, comme tout le monde se focalisera sur 2012, dans le culte du RAZ (remise à zéro des compteurs), on ne peut que prévoir des crispations de toute part.

Pourtant, c’est bien maintenant, avant 2012, qu’il faut opérer ce changement de culture.

Facile à dire bien sûr ! D’autant qu’il y a de quoi se démoraliser encore plus en apprenant au passage que la cour d’appel de Paris a prononcé un non-lieu à propos des retombées du nuage de Tchernobyl en France. Les malades de la thyroïde (entre autres) ne peuvent que se résigner. Leur cancer n’a rien à voir.

Soyons plus précis et plus honnêtes à propos de ces cancers de la thyroïde car ceci est très instructif.

moto hondaD’abord, c’est un cancer avec un bon prognostic (on n’en meurt pas, il se « soigne»  bien). Certes.

Le plus déconcertant, c’est cette phrase extraite du site de la Ligue contre le cancer. L’association reprend à son compte le rapport de l’Institut de veille sanitaire.

Des études épidémiologiques avec calculs de risque ont montré que l’augmentation du nombre de cas de cancers thyroïdiens en France ne pouvait être imputée à l’accident nucléaire de Tchernobyl.

En réalité, dans la grande majorité des cas, les cancers de la thyroïde se développent sans cause précise.

Relisez donc.

On constate une augmentation depuis 20 ans. On sait que ce n’est pas Tchernobyl. Mais on ne sait pas la cause. Et l’on sait quand même que, majoritairement, c’est sans cause précise. Le raisonnement est évidemment contradictoire (on ne connait pas la cause mais on sait que ce n’est pas Tchernobyl).

Je ne dis évidemment pas que les auteurs du rapport mentent. Ou que la Ligue trompe le grand public. Je constate juste que rationnellement parlant, cela ne tient pas la route. Et comme tout citoyen lassé du discours lénifiant et abscons tenu par l’industrie nucléaire (y compris dans ses aspects sanitaires), je ne peux que développer de la méfiance.

Cette semaine, Jean-Luc Porquet a rappelé que, catastrophe oblige, malgré seulement un cinquième du parc nucléaire japonais en activité, l’archipel nippon ne s’est pas arrêté de vivre. Et ne s’éclaire pas à la bougie.

Ils ont, c’est incroyable, réduit leur consommation. Comme quoi c’est possible. Dommage que cela soit subi et qu’il faille une catastrophe pour avoir la preuve que oui, il est temps d’amorcer une décroissance énergétique.

Sus au gaspillage. Vive l’isolation. Haro sur la maîtrise de l’énergie et l’efficacité. Et enfin: place aux renouvelables.

Vous croyiez que les compteurs vont redémarrer en 2012. Détrompez-vous, le 29 septembre, l’association négaWatt présente son (tant attendu) scénario 2011.

Mais j’ai bien peur que cela soit déjà complet.


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Ecrit par Baptiste le 7 septembre 2011 :: Classé dans Poïesis
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Des livres sur l’écologie qui valent de l’or

Ecologie et politique GorzC’est l’été et on emmène avec soi les livres que l’on a pas eu le temps de lire pendant l’année.

On va profiter du farniente pour se mettre enfin à ces bouquins qu’on a stockés quelque part avec la mention « à lire dès que possible» .

Quant à moi, le dernier, je le montrais à un ami qui a aussi le goût de la lecture et de l’écologie. C’est un vieux livre qui a échu, j’ignore tout à fait comment, dans ma bibliothèque. Quelqu’un l’aura oublié.

Il s’agit de Ecologie et Politique signé André Gorz/Michel Bosquet.

André Gorz, c’est un peu l’initiateur et le théoricien de l’écologie politique. Michel Bosquet, c’est un peu pareil… puisqu’il s’agit de la même personne !

A savoir qu’André Gorz signait Michel Bosquet dans ses chroniques pour le journal Le Nouvel Observateur.

Où l’on découvre au passage que ce magazine n’a pas toujours été un catalogue de ventes (montres, voitures…) pour jeunes et moins jeunes CSP+…

Ecologie et Politique, c’est en réalité un recueil d’articles parus dans différents journaux et revues. On est autour de 1976 et rien qu’aux premières lignes, on comprend que tout a été dit (et fort bien dit) il y a quarante ans.

Extrait de l’introduction (la suite est ici):

L’écologie, c’est comme le suffrage universel et le repos du dimanche : dans un premier temps, tous les bourgeois et tous les partisans de l’ordre vous disent que vous voulez leur ruine, le triomphe de l’anarchie et de l’obscurantisme. Puis, dans un deuxième temps, quand la force des choses et la pression populaire deviennent irrésistibles, on vous accorde ce qu’on vous refusait hier et, fondamentalement, rien ne change. La prise en compte des exigences écologiques conserve beaucoup d’adversaires dans le patronat. Mais elle a déjà assez de partisans patronaux et capitalistes pour que son acceptation par les puissances d’argent devienne une probabilité sérieuse.

Alors mieux vaut, dès à présent, ne pas jouer à cache-cache : la lutte écologique n’est pas une fin en soi, c’est une étape. Elle peut créer des difficultés au capitalisme et l’obliger à changer ; mais quand après avoir longtemps résisté par la force et la ruse, celui-ci cèdera finalement parce que l’impasse écologique sera devenue inéluctable, il intègrera cette contrainte comme il a intégré toutes les autres.

C’est pourquoi il faut d’emblée poser la question franchement : que voulons-nous ? Un capitalisme qui s’accommode des contraintes écologiques ou une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes du capitalisme et, par là même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur environnement et à la nature ? Réforme ou révolution ?

Ne répondez surtout pas que cette question est secondaire et que l’important, c’est de ne pas saloper la planète au point qu’elle devienne inhabitable. Car la survie non plus n’est pas une fin en soi : vaut-il la peine de survivre dans « un monde transformé en hôpital planétaire, en école planétaire, en prison planétaire et où la tâche principale des ingénieurs de l’âme sera de fabriquer des hommes adaptés à cette condition » (Illich) ?
Si vous doutez encore que c’est bien ce monde que les technocrates de l’ordre établi nous préparent, lisez le dossier sur les nouvelles techniques de « lavage de cerveau » qu’une revue vient de faire paraître : à la suite de psychiatres et de psycho-chirurgiens américains, des chercheurs attachés à la clinique psychiatrique de l’université de Hambourg explorent, sous la direction des professeurs Gross et Svab, des méthodes propres à amputer les individus de cette agressivité qui les empêche de supporter tranquillement les frustrations les plus totales : celles que leur imposent le régime pénitentiaire, mais aussi le travail à la chaîne, l’entassement dans des cités surpeuplées.

Il vaut mieux tenter de définir, dès le départ, pour quoi on lutte et pas seulement contre quoi. Et il vaut mieux essayer de prévoir comment le capitalisme sera affecté et changé par les contraintes écologiques que de croire que celles-ci provoqueront sa disparition, sans plus.

Mais d’abord, qu’est-ce, en termes économiques, qu’une contrainte écologique ? Prenez par exemple les gigantesques complexes chimiques de la vallée du Rhin, à Ludwigshafen (Basf), à Leverkusen (Bayer) ou Rotterdam (Akzo).

Pardonnez la longueur de l’extrait mais je trouve amusant de voir un aussi bon résumé des perceptions de l’écologie (accompagnement du capitalisme qui aboutira inéluctablement à un techno-fascisme ou rupture totale et décolonisation de l’imaginaire). Avec en prime une petite mention de Bayer…

La suite est encore mieux mais pour la lire… il vous faudra chercher désespérément le livre. Il n’est plus édité. C’est déjà un collector. 90 euros d’occasion sur Amazon.

C’est cet ami qui m’a alerté de l’introuvabilité de l’ouvrage. Et ca m’a rappelé un autre livre qui, lui, a une place attitrée dans la bibliothèque. Le guide de l’anti-consommateur de Dorothée Koechlin de Bizemont et Martine Grapas. A l’argus des bouquinistes, il tourne autour de 60 euros.

Ce livre, c’est un peu le guide du grand ménage de Raffa version 1970. Plein de recettes pour nettoyer, se faire beau, manger et que sais-je encore.

Du coup, je me suis demandé s’il y avait des livres encore plus côtés dans ce domaine qu’est l’écologie (politique ou pratique !).

Evidemment, il ne me vient pas à l’idée de vendre ces bouquins. Non que je sois attaché aux objets (je m’en veux même de prendre des notes directement sur des livres… dont j’apprends après coup, qu’ils ont une valeur marchande). Mais simplement parce que je suis un indécrottable lecteur qui trouve que c’est quand même plus pratiqe de tourner des pages que de scroller sur une souris ou de slider sur une tablette…

Et vous, vous avez des lectures onéreuses cet été ?

PS: l’occasion de rappeler l’existence de la Bibliothèque de l’écologie (billet) tenue par un fada !


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Ecrit par Baptiste le 5 août 2011 :: Classé dans Débat,Poïesis
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Qu’est-ce que l’écologie ? Qu’est-ce que la politique ? Qui est Hulot ?

Comme à son habitude, eco-SAPIENS ne parle pas de politique. Tout du moins de parti politique.

Alors, à l’heure où tous les medias ont décidé de consacrer leur une à la candidature aux primaires pour la présidentielle de Nicolas Hulot, j’ai en tête les premières phrases de Bruno Latour. Dans « Politique de la Nature»  , il entame ainsi:

Que faire de l’écologie politique? Rien. Que faire? De l’écologie politique!

Je me dis que pour qu’une célébrité comme Nicolas Hulot finisse par céder aux sirènes de l’investiture suprême, c’est qu’il est parti du même constat. Comment se fait-il que l’écologie politique jusqu’à présent en France n’ait jamais pu rassembler plus de 5,25% aux présidentielles (Noël Mamère en 2002) ? Et que faire aujourd’hui sinon de l’écologie politique ?

Alors tout dépend bien entendu de ce que l’on met dans « écologie»  ? Les filtres médiatiques l’ont souvent associée à « protection de l’environnement»  quand ce n’est pas une caricature de « hippies souhaitant retourner à l’âge de pierre» .

Les dièses de Hulot

Nicolas Hulot est intéressant comme candidat à plusieurs égards:

  • Ce n’est pas un professionnel de la politique.
  • C’est une personnalité complexe qui a fortement évolué ces dernières années et, ne le cachons pas, dans un sens qui nous plaît beaucoup.
    D’abord un durcissement de ton qui le dégage légèrement de la posture consensuelle obligatoire pour une personnalité soutenue par des sponsors aussi peu eco-friendly que Bouygues, l’Oréal ou EDF…
    Ensuite une évolution intellectuelle consistant à rappeler que la crise écologique est indissociable de la crise sociale.

Hulot lunettes rougesSymboliquement parlant, la candidature de Nicolas Hulot est stimulante car elle correspond à une réappropriation du champ politique par le citoyen. Qui plus est, un citoyen qui aurait longuement mûri une réflexion difficile qui est celle de l’écologie. Car aussi prétentieux que cela puisse paraître, l’écologie est par nature la pensée de la complexité. Nous avons déjà dit qu’elle était la réflexion autour des interactions et non autour des choses.

C’est donc une rupture épistémologique avec le savoir moderne. Ce qui n’est pas rien !

Pourquoi dissimuler sa joie ? Un parti politique qui peut proposer deux candidatures aussi fraîches et vierges que celles d’Eva Joly et Nicolas Hulot, voilà tout de même un signe que la façon de faire de la politique va changer.

Les bémols de Hulot

Les défauts de Hulot ? ils sont connus et archi-connus.

Ses connivences avec les sponsors de son émission phare Ushuaïa: L’Oréal, Bouygues et EDF entre autres. Sa fondation (qui vient de changer de nom du coup) qui ne vit que par les mêmes sponsors et dont on mesure mal l’impact sur le terrain.

Son pacte écologique qui a réuni énormément de signatures pour ne devenir finalement qu’un coup médiatique et un blanc seing pour les candidats à la dernière élection présidentielle.

Son Grenelle (ce n’est pas que lui bien sûr) qui ne fut qu’une opération de greenwashing (mais les éternels optimistes retiendront les deux trois victoires et promesses… non tenues).

Son absence de réactivité sur certains sujets d’actualité; par exemple les gaz de schiste… (communiqué datant du 20/02 soit des mois après la bataille)

Les lecteurs assidus du journal La Décroissance connaissent les bonnes phrases qui poursuivront l’animateur toute sa vie (voir Pacte contre Hulot). Notons que ce journal avait tout de même, récemment, publié un article de quasi-réconciliation avec leur télécologiste préféré. Ils prenaient acte du revirement. Ils avaient bien vu que le nouveau Hulot était effectivement un excellent crû pour eux. D’ailleurs, le seul député ouvertement favorable à la décroissance, Yves Cochet, est celui qui est le plus enthousiaste à l’annonce de Nicolas Hulot.

Mais ce nouveau Hulot, celui du film Le Syndrome du Titanic, ce n’est pas celui qui rameute. Le film a été boudé et nul doute que si Hulot devient plus virulent par rapport au monde industriel, il aura plus de difficultés à trouver des soutiens financiers…

Car le Hulot qui plaît aux Français, c’est celui qui ne fait pas de politique.

Raison pour laquelle, en écoutant l’interview exclusive attribuée à Terra Eco, on est un peu déçu de voir la consensualité mielleuse reprendre le dessus. Où lui échappe même le qualificatif « anti-nucléaire primaire« , terme peu sympathique pour les pionniers de l’écologie…

J’avais évoqué cette anecdote personnelle où, invité à la Fondation Nicolas Hulot, alors qu’on nous proposait de relayer leurs communiqués, j’avais répondu que nous le ferions volontiers le jour où la Fondation changerait de banque (pour la Nef bien entendu). On m’a dit que ce n’était pas possible.

Mieux encore, Dominque Bourg, membre de la Fondation que nous avions invité pour les 3 ans de la SCOP eco-SAPIENS, nous avait avoué en direct qu’il n’avait jamais entendu parler de la Nef. Et que la « fondation ne pouvait aller chez Enercoop pour les raisons que l’on sait» …

Bref, on sent bien que la fondation n’est pas très au fait de comment on va passer au chapitre 2

Alors rêvons…

Rêvons que ce qui compte tout simplement, ce n’est pas la star, la personne, le people. Rêvons que ce qui importe c’est un collectif, une équipe, une multitude.

Que faire de l’écologie politique? Rien. Que faire? De l’écologie politique!

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Ecrit par Baptiste le 13 avril 2011 :: Classé dans Ad Hominem,Débat,Les autres...
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De la résilience de la Nature

(à Daniel, rencontre fortuite et heureuse)

Chasse écoloEadem sed aliter. La même chose mais autrement. C’est, je le rappelle, la devise de Schopenhauer qui aimait comparer sa philosophie à la Thèbes aux cent portes.

Ainsi, en matière d’écologie, a-t-on non seulement l’impression que le l’Histoire humaine se répète à en devenir risible (mécanique plaqué sur du vivant). Mais surtout il me semble que l’écologie ne fait que dire la même chose, mais sur des plans différents. Et le noyau dur de la réflexion écologique serait : le monde est en interaction. Alors que la vision dominante industrielle est : l’homme est en action.

Une vision holistique face à une vision anthropocentrée. Une vision unifiée face à une vision segmentée.

Je rappelle qu’en physique, le problème dit à N corps qui étudie les interactions gravitationnelles de plusieurs astres, n’a pas de réponse exacte. En clair, on sait parfaitement modéliser l’interaction entre une étoile et une planète. On a théorisé il y a un siècle pour trois corps. Mais au-delà (un soleil + Mercure + Venus + Terre + Lune par exemple) on ne sait plus théoriser. Il faut recourir aux résolutions par approximation.

En soi ce n’est pas grave. Mais cela montre que l’écologie, qui s’intéresse aux interactions (et pas seulement gravitationnelles !) de milliers d’éléments aux propriétés différentes (eau, air, sol, plantes, animaux, …) a encore du chemin pour donner une vision exacte du monde…

Le mot résilience a une histoire étonnante. En latin, resilio possède deux sens: sauter en arrière, rebondir + renoncer. On retrouve d’ailleurs ce sens figuré en français quand on résilie un contrat. Quant au premier sens, c’est l’anglais qui l’a utilisé en 1920 dans le domaine scientifique. C’est l’élasticité du matériau, sa capacité à reprendre sa forme initiale.

Par extension, il a été utilisé en zoologie (Larousse parle de la fécondité des poissons…), en économie et plus que jamais en psychologie. C’est bien sûr Boris Cyrulnik qui a popularisé le concept. Il s’agit de la capacité qo’ont les individus à retrouver un état stable suite à un traumatisme.

Que ce soit en informatique, en écologie, en économie ou en psychologie, il y a toujours cette idée de « prendre un coup»  et d’arriver ensuite à retrouver une configuration stable. En clair, la résilience n’est pas la résistance car il s’agit d’un processus dynamique.

On comprend que cette notion puisse être à double tranchant. Aux Etats-Unis, la résilience est une qualité de self-made-man (savoir rebondir après un échec). L’huître, pour neutraliser l’impureté clandestine, ne va-t-elle pas fabriquer une perle ?

A contrario, sous prétexte de résilience, tout devient justifiable. Un monde chaotique avec des individus résilients est-il souhaitable ? Pour paraphraser Laurence Parisot, la précarité généralisée, est-ce vraiment intéressant ? Tout le monde n’est pas égal pour la résilience. Va-t-on demander à un enfant les mêmes capacités d’adaptation qu’un adulte ?

Mais venons-en plus précisément à la résilience écologique. Un résultat indéniable de l’écologie est : « plus on est de fous plus on rit« . C’est à dire que la biodiversité n’est pas là que pour la beauté des yeux. Elle est là pour multiplier les chances de survie et d’adaptation. Le bourdon, avec son pelage préhistorique, va certainement laisser la place à l’abeille un peu moins velue !

Comme je l’ai entendu lors d’un colloque organisé sur cette question « moins c’est binaire, moins c’est fragile» . Actuellement, le problème est qu’on est incapable de quantifier la résilience de la nature. Le dodo de l’île Maurice ne reviendra pas. Et toutes ces espèces végétales et animales qui meurent dans le silence médiatique ne reviendront pas non plus.

Bref, l’homme détruit des équilibres… pour en construire d’autres à sa manière. On entend parfois que Tchernobyl ou Deepwater ont provoqué un boom de la vie là où l’on pensait que la catastrophe avait tout cassé. C’est évidemment exagéré pour ne pas parler de propagande. La Nature reprend ses droits. Elle n’est plus la même. Les cartes ont été redistribuées, ce qui peut-être intéressant. C’est la fameuse histoire de la météorite qui détruit les dinosaures pour laisser la place à l’homme. Ce qui indéniablement est intéressant… pour nous !

L’enjeu philosophique consiste en fait à sortir de la vision d’une nature résiliente par nature (si j’ose dire!) transformée et agressée par l’homme. La résilience n’est pas un fait. C’est un défi. Et c’est justement parce que l’homme fait partie de la nature. Fait partie de cette histoire.


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Ecrit par Baptiste le 30 mars 2011 :: Classé dans Débat
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Droit de réponse à Jancovici

Foin du statut de vache sacrée de Jean-Marc Jancovici, éternellement présenté comme l’expert « neutre»  sur les questions de l’énergie.

Invité au journal télévisé de France 2 (je n’ai pas la télévision mais on m’a passé le lien Internet pour me dire « regarde, il y a négaWatt au 20h ! ce qui est effectivement un évènement), Jancovici est introduit ainsi par le présentateur David Pujadas: « ni un pro ni un anti-nucléaire« .

Diantre ! Nous verrons, si besoin est, qu’il n’en est rien. On ne sort pas de l’X, on n’est pas formé et formateur au corps des Mines sans séquelles… Le site arrêtsurimages revient d’ailleurs sur ce glissement intellectuel pas anodin : quand on est neutre sur le nucléaire… on n’est pas contre !

Comme Jancovici, je suis évidemment pour aller d’abord et surtout chercher des économies d’énergie. Tout le monde le dit car c’est le début de tout. 30% de gisements de négaWatts. Venons-en donc au point de désaccord: l’énergie résiduelle qu’il nous faut consommer. Et aussi cette sempiternelle et inexorable alternative entre nucléaire « décarboné»  et vilaines usines à pétrole et charbon.

Comme Jancovici, je souhaite également que nos sociétés sortent de la dépendance au pétrole Et plus de gré que de force…

Dans une tribune publiée sur Good Planet à propos de Fukushima, on découvre tout de même que le cerveau de Janco (pour les intimes) sombre un peu dans le cartésianisme vulgaire et finit, pour le prestige de la démonstration, par mélanger choux et carottes. A trop vouloir sortir des chiffres, on oublie ce qu’il y a derrière. Pour Jancovici, un mort est un mort, il ne reste plus qu’à additionner, soustraire, calculer les moyennes et décréter au bout du calcul que ce qui est le moins mortifère est ce qui est bon.

Avant de m’adonner au bashing (exercice que je considère en principe peu constructif), je précise d’où je parle. Je suis diplômé d’une grande école en physique (ça c’est pour éviter les coups bas style « obscurantiste» ). En école d’ingénieur, tout le monde est pour le nucléaire. Mais au fur et à mesure de mes études, l’intérêt de cette industrie m’a paru de moins en moins évident.

En fait, j’ai réussi à dépasser le cadre purement technique pour aborder la question nucléaire sous d’autres angles, ce que ne font pas en général les ingénieurs (il faudrait consacrer un autre billet à ce qui est dispensé dans les écoles d’ingénieurs…). L’histoire du nucléaire, par exemple, est très éclairante sur la politique, la démocratie, et sur ce que le penseur Jacques Ellul appelle le système technicien.

En résumé, j’ai de sérieux doutes sur l’énergie nucléaire non pas pour des raisons techniques mais pour des raisons philosophiques.

Je fais partie de ces gens qui considèrent que la technique est un moyen et non une fin, qui doit être sous-tendue par une culture et une politique. Incroyable non ?

Petite plongée dans la tribune de Jancovici.

Le parallèle entre les deux catastrophe (sic) est faux, pour l’essentiel, selon Jean-Marc Jancovici. Si un ou plusieurs réacteurs de la centrale fond, ils n’exploseront pas, les dégâts seront beaucoup plus localisés, et le bilan humain sera bien moindre que celui du tsunami.

On ne pourrait pas comparer deux catastrophes sous prétexte qu’elles n’ont pas exactement les mêmes causes et a fortiori les mêmes conséquences. Et focalisez-vous plutôt sur le tsunami qui est le vrai problème et le plus mortel.
Conclusion: il vaut mieux une catastrophe de Fukushima qu’un tsunami…

Je dit (sic) « le réacteur»  mais ca concerne tous ceux de Fukushima, qui ont tous eux à peu près le même pépin.

1 – Une remarque sur les sources : que les antinucléaires aient, comme d’habitude, un avis définitif sur la base d’informations partielles et sans aucun recul est leur droit. Mais ils n’ont aucune raison d’avoir des informations primaires meilleures que celles des experts, au contraire : vous voyez un opérateur de centrales nucléaires japonais ou l’autorité de sûreté japonaise privilégier les antinucléaires français dans ses explications techniques ?

Les anti-nucléaires apprécieront d’être considérés comme des dogmatiques qui rouspètent sans savoir, comme d’habitude (ils deviennent lassants à dire la même chose depuis 50 ans).  J’aime beaucoup la délicatesse du « c’est leur droit» . Ils sont bornés, rabâcheurs et ignorants… mais c’est leur droit ! Jancovici est un grand démocrate.
Et c’est bien connu, les experts ont de meilleurs informations que les non-experts. Transmis à la CRIIRAD qui avait de moins bonnes mesures de radioactivité que les officielles…

2 – Certes des centrales nucléaires ont été touchées, mais cela est aussi vrai de centrales à charbon ou de barrages (et très accessoirement le Japon est privé partiellement de transports routiers par défaut de fonctionnement de raffineries, manque de distribution de carburant et effondrement des routes, tout cela va empêcher les malades et les blessés d’être acheminés vers les hôpitaux, ce qui prouve bien qu’il faut sortir du pétrole qui fait des morts que l’on vous cache.

On se demande vraiment pourquoi les médias ne parlent que des centrales nucléaires ! Il faudrait être équitable et évoquer tous ces dégâts ailleurs que sur les zones nucléaires. D’ailleurs, si le Japon était sorti du pétrole, il parviendrait à soigner ces (sic) blessés.

3 – A Fukushima, l’accident est arrivé par l’extérieur (et non par l’intérieur comme à Tchernobyl) alors que la réaction nucléaire avait été stoppée. Il ne s’agit pas d’un accident causé par un emballement de la réaction nucléaire (comme à Tchernobyl) mais d’un accident mécanique causé à une installation nucléaire mise à l’arrêt. Il n’y a donc aucun risque « d’explosion»  comme je l’ai déjà entendu dans la bouche d’antinucléaires repris par les media. Le risque est celui d’une absence d’évacuation de la chaleur résiduelle qui se dégage du coeur à cause de la radioactivité des produits de fission qui y sont présents, et d’une fonte du coeur qui libèrerait dans l’environnement proche des produits de fission gazeux (même dans ce cas, ca ne sera pas de nature à causer des morts par centaines).

Leitmotiv: Fukushima et Tchernobyl ne sont pas exactement la même catastrophe. On aura tous les détails techniques pour en être convaincus. Il ne manquera qu’un argument qui aurait pu étayer la démonstration de Jancovici: Tchernobyl est en Ukraine alors que Fukushima est au Japon.

4 – Fukushima ne pourra pas déboucher sur un scénario de type Tchernobyl. A Tchernobyl, ce qui a causé la dissémination de matières radioactives est essentiellement l’incendie des 600 tonnes de graphite que contenait le coeur (ce graphite servait de modérateur aux neutrons), incendie qui a entraîné dans l’atmosphère l’essentiel des produits de fission contenus dans le coeur. Cet incendie a pu avoir lieu parce que l’explosion d’hydrogène a eu lieu à l’intérieur de l’enceinte de confinement et a rompu cette dernière, et exposé le graphite à l’oxygène de l’air. A Fukushima, l’explosion d’hydrogène a eu lieu en dehors de l’enceinte de confinement du coeur. A l’instant où je tape ce message les matières radioactives sont donc toujours confinées dans la cuve, exception faite des lâchers de vapeur décrits dans la chronologie rappelée en pied de message.

Leitmotiv : Fukushima n’est pas Tchernobyl ! Compris ?

5 – Il n’y a rien de chimiquement combustible dans le coeur à Fukushima. Si le coeur fond (cette fonte sera causée par le dégagement de chaleur engendré par la radioactivité des produits de fission), soit il reste sur place dans la cuve qui résiste (et alors les conséquences sanitaires pour les populations sont à peu près nulles), soit il perce la cuve et à ce moment des produits de fission gazeux s’échappent (xenon, krypton, iode). En pareil cas la partie solide et les produits solubles (dont l’iode) fait une grosse bouillie pas sympathique mais qui reste sur place. Fukushima ne peut pas « exploser»  au sens d’une explosion nucléaire comme à Hiroshima.

Leitmotiv par transitivité : Fukushima n’est pas Hiroshima car Hiroshima était une explosion. Comme à Tchernobyl. OK ?

6 – 25 ans après l’accident, les conséquences sanitaires documentées à Tchernobyl (par des médecins !) sont environ 50 morts par irradiation au sein des pompiers (je n’ai plus le chiffre exact en tête, mais c’est de cet ordre), environ 4000 cancers de la thyroïde chez les enfants au moment de l’accident (les risques semblent devenir infimes après 12 ans) qui feront de quelques dizaines à quelques centaines de morts selon la qualité des soins, et enfin le stress au sein de la population déplacée, aux conséquences mal évaluées. Mais il n’y a pas eu les 25.000 morts que je revois commencer à circuler partout ; ce chiffre correspond à un calcul bien particulier avec des hypothèses utilisées pour la radioprotection et qui n’ont pas pour objet de dénombrer des morts survenus « pour de vrai»  (pour les explications techniques il me faut 3 pages, mais si d’aucun(e)s d’entre vous sont intéressés je peux voir ce que je peux faire…). Il n’y a pas plus eu de surplus de malformations, même si d’aucuns savants documentaires ont laissé croire le contraire.

Leitmotiv : Fukushima n’est pas Tchernobyl ! Vous le faîtes exprès ?

Et puis à Tchernobyl, il n’y a pas eu tant de morts comme ces idiots d’anti-nucléaires le colportent. Par contre, on ne doute pas que s’il y avait eu véritablement 25 000 morts, Jancovici aurait reconnu que les conséquences sanitaires furent graves à Tchernobyl. Pour un cerveau technicien comme le sien: 1 000 morts ça va. 25 000 morts ça ne va pas. Qu’on nous démontre pourquoi.

7 – De ce fait, il est difficile d’imaginer que l’accident de Fukushima, qui conduira à un relâchement de radioactivité dans l’environnement bien inférieur à celui de Tchernobyl même si le coeur fond et que le confinement est rompu (car à part les produits gazeux, notamment l’iode, l’essentiel de la radioactivité restera sur place) puisse changer significativement l’addition mortifère du tsunami. Parler de « 3è catastrophe possible»  après le tremblement de terre et le tsunami est donc comparer des choux et des carottes.

Leitmotiv : Fukushima n’est pas Tchernobyl ! Toujours pas compris ? Et puis franchement. Franchement. Le séisme c’est une catastrophe. Le tsunami, c’est une catastrophe. Mais des explosions dans des réacteurs nucléaires et des fuites radioactives, ce n’est pas catastrophique

C’est la nature qui fait des catastrophes. Pas les industriels, voyons.

8 – L’IRSN indique avoir ponctuellement mesuré des débits de dose (externes) de 1 mSv/heure à l’extérieur immédiat du bâtiment réacteur 1, décroissant en quelques heures à moins de 0,05 mSv/h. Il faut savoir que quand on passe une radio médicale on reçoit en quelques secondes ou minutes entre 5 et 80 mSv d’irradiation externe. 1mSv/heure, sur quelques heures, c’est donc quelque chose qui ne fera pas des morts par millions…

Bon, les chiffres ont changé depuis l’article de Jancovici. Ce n’est plus 1mSv/heure mais 1500 msV/heure. On continue à comparer avec la radio du dentiste ?

9 – Si le confinement du coeur est rompu, c’est l’iode radioactif qui est la préoccupation principale. La demi-vie des isotopes va de quelques heures à quelques jours. La bonne réponse des autorités est ce qui a été fait : l’évacuation (qui n’a pas besoin de durer des années comme à Tchernobyl, et qui est une application normale du principe de précaution, ca serait quand même farce que ce principe disparaisse parce qu’il s’agit de nucléaire !) et l’administration d’iode « normale» . Cette dernière va aller saturer la thyroïde, qui du coup n’aura plus envie de fixer de l’iode radioactif (car le danger est d’avoir cette iode fixée pour longtemps dans la thyroïde, si l’iode rentre et ressort du corps ca ne provoque pas de conséquences sanitaires particulières).

Pour l’iode, prenez la pastille verte. Pour le reste pas besoin de pastille. Et tout ira bien.

10 – le risque en France de conséquences de cette affaire est rigoureusement nul !!!

Saluons la grâce de ces scolaires trois points d’exclamation qui disent bien ce qu’ils veulent dire. Imbéciles de Français, c’est vous qui êtes nuls. Cessez de gémir.

Toute bonne démonstration se fait en 10 points.

Mais après ce décalogue, le scribe a cru bon d’ajouter quelques appendices aux modernes Tables de la Loi.

Et le mieux est à venir. Voici rassemblés tous les poncifs, sortis du chapeau magique des pro-nucléaires. Attention les yeux ! C’est scientifique. Le monsieur qui nous invitait à ne pas mélanger choux et carottes va devant vos yeux ébahis montrer que tout, absolument tout, fait plus de morts que le nucléaire !

Et voici quelques autres chiffres pour remettre tout cela en perspective :

- le charbon fait un peu moins de 10.000 morts par an rien que dans les mines, et ceux là ils portent tous un nom, à la différence des morts supposés de la pollution ou des radiations qui sont calculés dans le cadre d’études épidémiologiques et qui sont donc anonymes (donc depuis Tchernobyl le charbon a fait environ 200.000 morts, l’équivalent du tsunami en Indonésie d’il y a 10 ans, pour une production électrique à peu près 3 fois supérieure à celle du nucléaire, qui, à ma connaissance, n’a pas fait 60.000 morts…)

- la voiture fait quelques centaines de milliers de morts par an dans le monde

- le tabac n’importe quoi (sic) entre 500.000 et 5 millions de morts par an,

Jancovici qui a passé son temps à dire que l’on ne peut comparer Fukushima et Tchernobyl, n’hésite pas à comparer maintenant les morts du tabac et de la voiture avec ceux du nucléaire. Cherchez la logique. Je vous propose donc un début d’argumentaire à la manière Jancovici:

3 – A VoitureLand, l’accident est arrivé par l’extérieur (et non par l’intérieur comme à NucléaireLand) alors que etc…
4 – NucléaireLand ne pourra pas déboucher sur un scénario de type TabacLand. A TabacLand, ce qui a causé la dissémination etc…

- pour le moment, les réacteurs japonais c’est quasi zéro [morts], et même dans le scénario du pire ca ne changera pas grand chose au bilan du séisme.

Ca devient lassant cette comparaison nombre de morts liés au séisme versus liés à la centrale nucléaire. Encore une fois, comment peut-on comparer puisque les morts liés à la catastrophe naturelle sont directs et immédiats alors que dans le cas de la radioactivité, cela est indirect (voire improuvable parfois !) et espacé dans le temps ?

- le séisme a aussi détruit des centrales à charbon et au moins un barrage, donc la question est de savoir si on peut prévenir les dommages aux populations en cas d’accident industriel, pas de savoir si l’outil industriel doit pouvoir résister à tout, puisque cette suggestion ne semble venir à l’esprit de personne en ce qui concerne les raffineries, les routes, les aéroports et les barrages !

Mais pourquoi à la fin veut-on des centrales nucléaires plus sûres que des aéroports ?

- au risque d’en choquer certains, je ne vois pas en quoi il serait plus abominable de mourir irradié que noyé si un tsunami jette à bas logements et infrastructures, et endommage des centrales nucléaires.

Imparable !

Mourir dans une éruption volcanique n’est pas pire que mourir sur un bûcher préparé par les autorités compétentes.

Très accessoirement nous sommes à un stade de notre histoire sur les combustibles fossiles où les japonais (sic) auront le choix entre reconstruire du nucléaire et construire du gaz ou du charbon (oubliez les éoliennes pour tout remplacer, ca ne tient pas une seconde). Que doivent-ils choisir ?

Mon petit doigt me dit que pour Jancovici la réponse est toute trouvée !

Voici le lien de cette tribune accordée sur Good Planet dont le fondateur Yann Arthus-Bertrand assume tout à fait la sortie du pétrole appelée par Jancovici… en témoigne son récent soutien au Qatar.

Après tout, dans l’écologie médiatique, on en est pas une contradiction près. Voir aussi le logo BNP Paribas, banque la plus radio-active.

Prenons du recul. Au risque de surprendre, ce droit de réponse à Jancovici n’est pas une argumentation anti-nucléaire contre une argumentation pro-nucléaire. Ce genre de trolls foisonne sur le net actuellement.

Comparaison n’est pas raison dit le proverbe. Les arguties de Jancovici, sous couvert de comparaison et de rationalité froide, ne sont plutôt qu’un symptôme. Le symptôme d’une industrie qui tourne en rond dans ses arguments: puisque ce n’est pas Tchernobyl, il n’y a pas à s’affoler.


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Ecrit par Baptiste le 18 mars 2011 :: Classé dans Ad Hominem,Débat,Les autres...
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Philosophie de la clé à molette

J’entame l’oeuvre phare de l’écrivain américain Edward Abbey Le gang de la clef à molette. Pour la petite histoire, il m’avait été signalé par le seul libraire itinérant spécialisé dans l’écologie.

D’une manière générale, la littérature écologiste est peu connue en France, et encore plus quand elle nous vient des Etats-Unis.  On évoquera avec un sourire condescendant (à tort !) Walden de Henry David Thoreau, considérant qu’il s’agit d’un récit daté et anecdotique (que penser en effet d’un livre où l’on a la comptabilité des clous, des planches et des haricots ou encore des deux pages évoquant une bataille de fourmis rouges contre des fourmis noires…)

Voilà pour la littérature romanesque ou autobiographique qui a traversé l’Atlantique. Car, en vérité, seuls les essais passent l’Atlantique. La désobéissance civile de ThoreauPrintemps Silencieux de Rachel Carson (accessible via la récente maison d’édition Wild) et Effondrement de Jared Diamond.

Après la préface signée Robert Redford (sic !) et les premières pages, on sent déjà la force et la radicalité de l’auteur. Edward Abbey, surnommé le Thoreau de l’Ouest, est en fait un infatigable arpenteur de désert. Ceux de l’Utah, de l’Arizona, du Nouveau-Mexique… Un tempérament solitaire donc. Un amoureux de la nature sauvage. Et un adversaire des laides cicatrices techniciennes.

Le gang de la clef à molette réalise donc ce que tout écologiste rêve parfois secrètement, par désespoir, de faire. Sachant très bien la contradiction inhérente.

L’action directe.

Faire sauter les ponts, les barrages et pourquoi pas des centrales. Puisque les lois tardent à venir, ou simplement qu’elles ne sont pas respectées, puisque l’égoïsme n’a décidément plus de limites, puisqu’après tout il y a de la violence dans cette société technicienne, le gang de la clef à molette assouvit le fantasme de l’aventure hors-la-loi.

Et répond à la violence légale par la violence légitime.

On rigole bien plus que dans le sinistre roman « écolo-terroriste»  de l’ambassadeur Rufin épinglé sur ce blog (personne n’a jamais été tué par un écologiste).

On rigole d’un rire grinçant, un rire jaune. Le même rire crispé et nerveux à voir les images de la centrale nucléaire de Fukushima prendre feu. Oui, aussi choquant que cela puisse paraître, il y a une part d’humour dans la catastrophe japonaise. Un humour noir. Un humour glacé. Un humour de désespoir peut-être du au principe bien connu du comique de répétition. L’homme s’obstine donc à être si bête ?

C’est le gag du type à qui on répète cent fois que ce qu’il va faire n’est pas une bonne idée, qu’il va finir par glisser sur la peau de banane. Et zou, le type il y va quand même. Alors forcément on rigole.

Bergson écrivait dans son fameux essai que le rire, c’est du mécanique plaqué sur du vivant. En voyant en boucle les images de la centrale, impossible, avec un peu de recul, de ne pas déceler le côté mécanique de la chose. L’entêtement, l’obstination à répéter les mêmes grimaces industrielles.

Aussi, pour donner finalement du sérieux philosophique à cette grosse farce, je me suis dit qu’il y avait de l’ironie à considérer que le gang de la clef à molette était peut-être une allégorie du tsunami (ou un cyclone, ou une éruption volcanique etc).

Et j’ai aussi repensé à Zarathoustra, à son célèbre « Le désert croît : malheur à qui protège des déserts ! » Une prophétie contre Edward Abbey ?

Mais tout ceci est bien sérieux. Retournons au gai savoir !

Hiroshima, Nagasaki, Fukushima, Tchernobyl, Sellafield, Harrisburg…

On chante avec Kraftwerk (faudra penser à rajouter un couplet pour Metsamor, belle centrale arménienne qui cumule tout de même deux avantages: conception soviétique et faille sisimique)
On chante La Java des Bombes Atomiques avec Vian.

On rigole on rigole.

Et pendant ce temps là en France…

(…on s’agite comme des pantins tout aussi mécaniques)


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Ecrit par Baptiste le 15 mars 2011 :: Classé dans Débat,Poïesis
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Prévisions sur ce qui va se passer sur le gaz de schiste

C’est le nouveau combat.

Oui je sais, sur bien d’autres fronts, les tranchées sont encore ouvertes : OGM, nucléaire, pesticides, huile de palme, poissons, etc… Sans compter toutes les batailles locales : l’aéroport de Notre-Dame des Landes, le loup dans les Alpes, l’ours dans les Pyrénées, l’incinérateur de Fos, l’EPR et le centre d’enfouissage, le projet ITER…

Alors quand l’ennemi fait diversion, est-ce vraiment judicieux d’entamer une nouvelle ligne ? Tout bon tacticien sait qu’il vaut mieux concentrer ses forces pour mieux écraser, l’une après l’autre, les armées essaimées par l’adversaire.

« Bataille» , « combat» , « front» , « tranchée» , « ennemi» , « armée» . Le langage martial est-il bien judicieux lorsque l’on parle d’environnement ? En recourant, plus ou moins inconsciemment, au vocabulaire militaire, ne sommes-nous pas en train de diaboliser celles et ceux qui ne font que leur boulot ? Et surtout, ne risquons-nous pas de passer pour des fanatiques ?

J’ai employé à bon escient la métaphore guerrière pour rappeler un fait bête et méchant. Mais comme c’est dans l’ère du temps, mieux vaut être clair et net.

Plusieurs évènements tendent en effet à laisser accroire que le terrorisme écologiste existe.

On connaît la chansonnette : après Al Qaïda, l’écolo serait la deuxième menace terroriste en ce monde. On tremble !

Mettons donc les points sur les i : personne n’a jamais été tué par un écologiste. Que l’écologie soit une menace (pour l’ordre établi, la cupidité des intérêts privés, etc) c’est certain. Que certains mouvements écologistes, formels ou informels, aient déjà dégradé ou détruit des bâtiments oui aussi. Dans le jargon, on dit plutôt « neutraliser» …

Alors on se braque sur les mouvements de libération animale qui menacent les laboratoires d’expérimentation.

L’écrivaillon et diplomate Jean-Christophe Rufin avait d’ailleurs commis un roman à ce sujet. Le plus inquiétant est que l’académicien confondait sa fiction avec la réalité. Déballant toutes ses inepties à la télévision, c’est finalement Michel Polac qui lui répond (cf cet extrait, à 5min 54sec) que bon, l’écologie profonde, c’est plutôt petit et pas très grave par rapport à, par exemple, les anti-avortements américains.

Et Polac ajoute nonchalamment:

« Mais bon, les écolos n’ont pas commis de crimes comme les fondamentalistes.» 

Et Rufin de rétorquer

»  – Bien sûr que si ! Les écologistes radicaux tuent !» 

Là le lecteur attentif que je suis cherche donc le fait qui étaiera un tel propos. Le voici ! Des membres du FLA qui vont traire les vaches au Kosovo sous les bombes. Je n’invente rien. Rufin, quand on lui demande les crimes qui démontrent que les écologistes sont dangereux, ils invoquent deux trois péquins partis traire les vaches au risque de  leur vie.

L’Académie est pleine de gens irremplaçables…

Fin de cette parenthèse sur la prétendue dangerosité d’un mouvement qui d’ailleurs devrait plutôt déplorer sa non-violence au point d’avoir subi les bavures de l’armée ou des renseignements généraux.

Ah non encore autre chose ! Vous avez lu cette histoire de l’infiltré des services secrets anglais qui non seulement n’a pas trouvé que les écolos radicaux étaient des tueurs potentiels, mais surtout a fini par embrasser la cause environnementale. On rêve d’une situation inversée où un écolo infiltrerait nos services secrets… et leur retournerait le cerveau.

Alors pourquoi aujourd’hui les gaz de schiste ?

A vrai dire, quand on est submergé chaque jour par les mauvaises nouvelles, on finit par se forger une sorte de carapace qui devient fort commode pour ne plus rien faire. Tout est perdu alors à quoi bon lutter. Mais avec les gaz de schiste, je ne sais pourquoi, je reprends espoir. Ce n’est pas « nouveau»  et il n’y a donc pas besoin de débalterer scientifiquement. Cf débat sur le nucléaire, les OGM ou les nanos où, à chaque fois, on tombe dans le débat d’expert, qui ne fait que contourner le véritable problème.

Là il s’agit de gaz. Celui qu’on connaît. Certes, la méthode d’extraction est nouvelle. Et on peut effectivement vouloir débattre des aspects techniques. Est-ce sans danger ? La réponse est non bien évidemment. N’en déplaise aux gaziers américains qui viennent de publier un communiqué s’indignant de la nomination du documentaire Gasland aux Oscars. Et maintenant les stars canadiennes qui réalisent un clip contre le gaz de schiste au Québec. En France, ce sont les communes concernées par les permis d’exploration qui se soulèvent.

Bref, ca ne sent pas bon et les géants du gaz l’ont compris. Alors, il faut plier le débat. Et ne pas rentrer dans l’argumentaire technique. Juste dire que si l’on en vient à prospecter ce gaz, c’est donc que le gaz conventionnel s’épuise. Et de se demander, une fois le gaz de schiste épuisé, que restera-t-il ? Et donc de démontrer que ce n’est qu’une fuite (de gaz !) en avant.

Chaque jour, 1000 personnes signent la pétition en ligne lancée par Bové et Nicolino. Ce n’est pas grand chose mais c’est le préambule avant le face à face. Politique d’abord. On vainc l’ennemi d’autant plus facilement qu’il n’a même pas commencé à mettre le pied dans la porte.

Cette bataille est gagnable aisément.

Il ne tient qu’à nous de prendre les devants.

PS: Vive le Québec libre !


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Ecrit par Baptiste le 27 janvier 2011 :: Classé dans Débat,Les autres...,Participez
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Du plomb dans l’aile de la bio

Ce début d’année est morose pour les agriculteurs bio a qui l’on retire une des maigres avancées faites en leur faveur ces dernières années.

En effet, la décision prise au lendemain du Grenelle de doubler le crédit d’impôt accordés aux agriculteurs convertis à l’agriculture biologique n’a pas duré. Elle s’est éteinte avec la nouvelle loi de finance pour 2011 qui divise par deux le montant de ces aides. Pour quelques économies de bout de chandelles et au mépris des engagements pris d’augmenter la SAU française à  6% en 2012 et à 20% en 2020.

Pour le plus grand profit au passage de la filière agro-carburants et d’une France qui restera pour cette année encore un pays qui préfère faire rouler ses voitures (et dans lequel un ministre peut encore se féliciter de n’avoir que 3994 vies sacrifiées directement à cette addiction) que soutenir ses paysans à développer une agriculture de qualité.

Et pour le profit, hélas, d’une vision de la bio qui s’éloigne encore un peu plus de ses racines et des objectifs de proximité de saisonnalité et donc de relocalisation qu’il serait urgent d’encourager. (voir le communiqué de Nature & Progrès)

Ainsi, le souci actuel du citoyen pour sa santé, et dans une moindre mesure pour celle de la planète, sera plus que jamais satisfait à coup d’importations massives et parfois lointaines de produits estampillés bio. Des produits dont les conditions de production sont la plupart du temps fortement  éloignées des principes fondateurs de la bio porteurs de cohérence écologique et sociale.

En effet, en réduisant la bio à une simple technique de production, l’agro-industrie s’est empressée de faire passer à la trappe préoccupations écologiques et  conditions sociales de sa production, pour y calquer celles de l’agriculture intensive. Avec la complicité en premier lieu de la grande distribution mais aussi de distributeurs spécialisés, d’importateurs, de certificateurs et de consommateurs de tomates hivernales ou d’huile de palme bio.


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Ecrit par francoise le 7 janvier 2011 :: Classé dans Débat,Les autres...
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Entre chien et loup

Un Loup n’avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.
L’attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l’eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l’aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu’il admire.
« Il ne tiendra qu’à vous beau sire,
D’être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d’assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l’épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. » 

Le Loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. » 
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.

Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
« Qu’est-ce là ? lui dit-il. – Rien. – Quoi ? rien ? – Peu de chose.
- Mais encor ? – Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? – Pas toujours ; mais qu’importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. » 
Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.

Des fables de La Fontaine, celle-ci a toujours été ma préférée. Difficile d’ailleurs de croire que c’est le même homme qui a écrit « Le Laboureur et ses enfants»  et sa conclusion « Le travail est un trésor»  qui sonne comme un contre-chant à cette fable là.

Mais je me garde de tout anachronisme. On ne va pas demander aux Anciens et aux Modernes de faire l’apologie de la paresse en leur siècle.

Quoique…

Si je partage cette admirable fable, ce n’est pour réhabiliter ni Jean de La Fontaine (qui souffre d’une réputation durable d’auteur pour enfant…) ni le loup qu’on chasse en France aujourd’hui encor.

Si je relis cette fable aujourd’hui en 2011, c’est qu’une nouvelle signification m’est apparue. Auparavant, j’étais naturellement pour le Loup. Pour la liberté au détriment du confort. Alors je me suis figuré que le Chien était l’allégorie moderne de notre société de consommation et d’exclusion. On aboie sur le manant, on ronge les reliefs et on porte le collier du salariat moderne.

Le loup, c’est bien entendu la sauvagerie. C’est le « plan galère»  où l’on se frotte à la réalité du monde quitte à endurer certaines frustrations.

Alors surgissent les clichés sur l’écologie, les plans galères comme en témoignent ceux qui dénigrent le confort ronflant de la voiture, la simplicité du supermarché, et la maison en parpaing pour tester les galères des crevaisons en vélo, du manque de gras et de sucre dans les biscuits bio, et du transport fastidieux de bûches pour son poêle à bois.

Les voilà nos loups modernes un brin galériens !

Tel le loup, je me suis révolté, pour une fois, contre l’intouchable La Fontaine ! Pourquoi cette dichotomie entre confort et liberté ? Peut-être cette fable a-t-elle structuré nos inconscients au point de croire que certes nous aimerions vivre comme des loups, mais que les sacrifices à encourir nous condamnent à rester chien, ce qui est finalement un statut point trop mauvais surtout aujourd’hui.

Néanmoins, il va falloir combattre cet imaginaire. On peut tout à fait être libre comme le loup (comprenez « autonome» , « écolo» , « alternatif» ) en vivant doucereusement comme un chien (comprenez « volupté» , « épanouissement» , « confort matériel et spirituel»  même !)

Alors du coup aujourd’hui, j’ai comme une faim de loup.

PS: Je lis sur Wikipedia que le cri du chien loup se nomme choulement. Ce terme semble improbable et respire le apax. Des spécialistes pour confirmer ?

http://www.jdlf.com/lesfables/livrev/lelaboureuretsesenfants

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Ecrit par Baptiste le 3 janvier 2011 :: Classé dans Itinéraire,Poïesis
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