Blog des eco-SAPIENS
Ethique = Cohérence

Quelqu’un a-t-il compris la campagne « Tous candidats»  ?

Je vous assure que la question est sincère. Elle l’est d’autant plus que mon respect, ma sympathie et mon enthousiasme pour le mouvement Colibris est fort comme un roc !

Pour ceux qui auraient raté le train, je tente un bref résumé.

Il existe un homme ô combien précieux qui s’appelle Pierre Rabhi. Quiconque assiste à une de ses conférences ou dévore un de ces livres en sort, s’il est normalement constitué et si la société moderne n’a pas trop gâté ce qui lui reste d’humanité, conséquemment bouleversé. Ce vieux bonhomme a un parcours et une philosophie qui font du bien. Tous simplement. Il respire bonté, sincérité et humanisme. C’est un sage. Cela devient rare.

Objecteur de croissance, paysan agro-écologiste, propagateur de « l’insurrection des consciences« , Pierre Rabhi est aussi le fondateur du Mouvement pour la Terre et l’Humanisme dont le but est de partager l’agro-écologie.

Il est aussi l’initiateur du mouvement Colibris, dénommé ainsi en l’honneur de la fable qu’on n’ose plus raconter de peur de paraître tartignolle. Je vous la fais brève parce qu’elle est chouette quand même.

Un incendie dans la forêt. Tous les animaux paniquent. Mais un colibri prend quelques gouttes d’eau dans son bec qu’il jette sur les flammes. Alors aux animaux bouffons et rigolards qui lui demandent ce qu’il fait, le chétif volatile répond : « je fais ma part« .

C’est la fameuse part du colibri. Que l’on peut aussi traduire en termes plus universitaires « simplicité volontaire» . Id est, « déjà change toi toi-même avant de changer le monde« .

Variante gandhienne : l’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre les autres, c’est le seul.

Variante kantienne (amputée d’un bras !) : comporte toi comme tu voudrais que les autres se comportent.

Variante christique (clouée au pilori) : aimez-vous les uns les autres.

J’avoue être d’une ignorance crasse en éthique orientale mais je parie qu’on doit trouver des préceptes voisins chez Confucius, Boudha, Zarathoustra, Kim-Jung-Il ou Lao Tseu.

Le mouvement Colibris est l’orginsation fonctionnelle pour provoquer l’» insurrection des consciences» , c’est à dire aider les gens qui souhaitent se réapproprier leur destin, écologique, social et riche de sens, à se relier et à retrouver l’envie d’agir.

Bref, des gens biens qui changent le monde dans le bon sens et pacifiquement avec la patience et la détermination d’un colibri.

Le petit oiseau va sortir !

Il y a quelques mois, le mouvement a lancé une campagne de communication interpellant tous les Français à se déclarer candidat ! Oui oui à se déclarer candidat. Tous candidat en 2012. Alors bien entendu c’est symbolique. Personne ne va aller à la chasse aux 500 signatures.

D’abord j’ai trouvé l’idée amusante. Plutôt que d’être des millions d’électeurs, nous allons pouvoir renverser les rôles et devenir des millions d’élus.

Puis j’ai cherché dans la FAQ relative à cette campagne, qui consiste à envoyer son affiche électorale sous forme de portrait noir et blanc, quel était au fait l’objectif.

Et la seule réponse concrète que j’ai fini par épouiller est :

« L’objectif de la campagne est de nous faire prendre conscience que nous sommes beaucoup plus nombreux que ce que nous pensons à vouloir ces changements» .

Bigre !

Cela me rappelle un certain pacte lancé il y a à peine un quinquennat. Je veux bien entendu parler du pacte écologique initié par Nicolas Hulot à la précédente élection présidentielle. Ce pacte visait aussi in fine à « compter les troupes« .

C’est donc la grosse interrogation des dernières années. Avant de passer à l’attaque, assurons-nous que nous avons assez de divisions.

Plus que le Vatican ? Voire.

Vous n’êtes pas sans savoir que chaque année, les doctes études sociologiques révèlent que nous sommes 20% de créatifs culturels, cette espèce de masse protéiforme qui peine à prendre conscience de son unité et de son poids.

D’ailleurs si vous voulez savoir si vous en êtes… faites donc ce test chez l’ami Yves Michel.

Voilà voilà, on compte les troupes et on le fait le plus fun possible. Au temps de la gloire médiatique de Nicolas Hulot, on interpellait les politiques en leur demandant de signer le pacte (je le sais ! je les ai vus faire à Marseille !).

Revers de la médaille, ce ne fut qu’une promesse qui n’engage comme on sait, que ceux qui les formulent. Certains accusent l’ex animateur d’avoir paradoxalement liquidé l’écologie de la scène politique.

Désormais, on n’interpelle plus le politique. On ne compte plus que sur les anonymes, les sans-voix, les indignés, les desperados, les colibris de tous nos registres communaux. Avec l’espoir ineffable que si nous sommes suffisamment nombreux à nous tirer le portrait, les politiques ne pourront plus l’ignorer.

C’est une tactique qui est à la fois rassurante et cohérente.

Mais… est-elle efficace ?

J’avoue être mitigé. Je rappelle souvent que la majorité des Français sont contre les OGM mais que ce n’est pas cela qui fait de la France un pays sans OGM. C’est bien la détermination des faucheurs qui a bloqué le processus dans l’Hexagone.

Et, dernièrement, nous avons appris à nos dépends que même un référendum pouvait ne pas être entendu et simplement blackboulé quelques mois après.

Mais je suis fair-play: je soutiens la campagne et en fouillant, on verra même que j’ai envoyé ma binette dans les premiers !

Mais quand la nuit vient, voilà que j’embarque avec Paul Watson. Me voici en train de faire les derniers réglages sur l’un des drones que s’est procuré Sea Shepherd. Plus pratique pour détecter les baleiniers illicites.

Et, hajduk des temps modernes, me voici face aux embruns, prêt à harponner les navires d’un capitaine Achab spéculant sur le cours du sushi…

Alors qui est le plus lourd ? 30 millions de piafs ou une bonne grosse baleine de la famille qui dit « c’est assez»  ?

Verdict en 2012…

c’est à dire maintenant.


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Ecrit par Baptiste le 13 janvier 2012 :: Classé dans Débat,Les autres...,Un peu sur nous
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Hausser le ton

manchots observateursL’automne arrive.

Et c’est comme si personne ne s’intéressait aux derniers mois qui cloront 2011. C’est bien simple ! Octobre, Novembre et Décembre 2011 n’existent que virtuellement.

Tout le monde a hâte de passer à 2012. Car tout le monde se dit que l’on pourra remettre les compteurs à zéro.

Nouvelles élections présidentielles. En France bien sûr mais aussi, ne l’oublions pas, aux Etats-Unis.

Ainsi, de même que le Grenelle de l’Environnement est définitivement considéré comme un échec voire même un fumigène, la politique verte tant attendue par Obama vient de subir un sérieux revers.

L’association Respire et Fabrice Nicolino mentionnent (par-ci, par-là) cette tribune de Robert Redford, soutien médiatique d’Obama lors des élections, contre le président américain. L’acteur qui murmure aux oreilles des chevaux n’a pas su visiblement avoir celle d’Obama.

feux tricoloresCertains peuvent se demander que vient donc faire le people Redford dans cette histoire. Personnellement, jusqu’à la lecture du roman culte Le Gang de la clé à molette de Edward Abbey, et donc au passage la merveilleuse préface de Robert Redford dans la version française, j’ignorais aussi que l’acteur avait une sérieuse culture écologiste.

C’est à dessein que j’emploie le terme culture, de même que l’on parlerait de culture générale.

Voilà, Redford est déçu de voir que les actes ne suivent pas les discours. Les élections arrivent à grand pas et c’est le retour du pragmatisme. Pragmatisme industriel s’entend.

Certains diront que la crise est passée par là et que dans les conditions actuelles (vous savez ? la Grèce, le CAC 40 sous les 3 000 points, la note américaine dégradée de AAA en AA+, etc.) il faut d’abord se soucier d’emplois et de finances.

A n’en pas douter, comme tout le monde se focalisera sur 2012, dans le culte du RAZ (remise à zéro des compteurs), on ne peut que prévoir des crispations de toute part.

Pourtant, c’est bien maintenant, avant 2012, qu’il faut opérer ce changement de culture.

Facile à dire bien sûr ! D’autant qu’il y a de quoi se démoraliser encore plus en apprenant au passage que la cour d’appel de Paris a prononcé un non-lieu à propos des retombées du nuage de Tchernobyl en France. Les malades de la thyroïde (entre autres) ne peuvent que se résigner. Leur cancer n’a rien à voir.

Soyons plus précis et plus honnêtes à propos de ces cancers de la thyroïde car ceci est très instructif.

moto hondaD’abord, c’est un cancer avec un bon prognostic (on n’en meurt pas, il se « soigne»  bien). Certes.

Le plus déconcertant, c’est cette phrase extraite du site de la Ligue contre le cancer. L’association reprend à son compte le rapport de l’Institut de veille sanitaire.

Des études épidémiologiques avec calculs de risque ont montré que l’augmentation du nombre de cas de cancers thyroïdiens en France ne pouvait être imputée à l’accident nucléaire de Tchernobyl.

En réalité, dans la grande majorité des cas, les cancers de la thyroïde se développent sans cause précise.

Relisez donc.

On constate une augmentation depuis 20 ans. On sait que ce n’est pas Tchernobyl. Mais on ne sait pas la cause. Et l’on sait quand même que, majoritairement, c’est sans cause précise. Le raisonnement est évidemment contradictoire (on ne connait pas la cause mais on sait que ce n’est pas Tchernobyl).

Je ne dis évidemment pas que les auteurs du rapport mentent. Ou que la Ligue trompe le grand public. Je constate juste que rationnellement parlant, cela ne tient pas la route. Et comme tout citoyen lassé du discours lénifiant et abscons tenu par l’industrie nucléaire (y compris dans ses aspects sanitaires), je ne peux que développer de la méfiance.

Cette semaine, Jean-Luc Porquet a rappelé que, catastrophe oblige, malgré seulement un cinquième du parc nucléaire japonais en activité, l’archipel nippon ne s’est pas arrêté de vivre. Et ne s’éclaire pas à la bougie.

Ils ont, c’est incroyable, réduit leur consommation. Comme quoi c’est possible. Dommage que cela soit subi et qu’il faille une catastrophe pour avoir la preuve que oui, il est temps d’amorcer une décroissance énergétique.

Sus au gaspillage. Vive l’isolation. Haro sur la maîtrise de l’énergie et l’efficacité. Et enfin: place aux renouvelables.

Vous croyiez que les compteurs vont redémarrer en 2012. Détrompez-vous, le 29 septembre, l’association négaWatt présente son (tant attendu) scénario 2011.

Mais j’ai bien peur que cela soit déjà complet.


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Ecrit par Baptiste le 7 septembre 2011 :: Classé dans Poïesis
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Les deux dernières propagandes qui m’ont amusé

Je lis toujours le journal La Décroissance tout simplement parce que c’est provocateur. D’ailleurs, le dernier numéro propose comme action du mois « refuser le consensus« . Evidemment, ce genre d’impératif, dans nos sociétés policées, n’est pas très consensuel.

Dans le dernier numéro, un certain Christophe Catsaros, rapporte de Grèce des clichés de panneaux publicitaires vierges avec un commentaire.

Celui-ci figure à l’origine dans la revue d’architecture Archistorm.

« Le blanc des panneaux désaffectés démasque également une imposture: celle qui s’obstine à voir dans la joyeuse anarchie graphique des réclames un indice de liberté. Blancs, les panneaux émergent comme un système centralisé détraqué, une machine totalitaire défectueuse.» 

Belle citation, sur le fond comme sur la forme. Auparavant, quand d’aventure, certaines stations du métropolitain parisien arboraient des panneaux vierges, je ne retenais que la sensation d’apaisement. Je fais partie de ces gens qui sont comme obligés de lire tout ce qui présente à leurs yeux. Avec la publicité dans les lieux publics, on est sans cesse sollicité mais on ne s’en souvient plus. D’une certaine manière, comme la lecture de la Décroissance, cela stimule le cerveau… mais pas les neurones !

Mais voici qu’effectivement, la photo de cette Athènes avec d’immenses rectangles blancs me saisit. Coïncidence, je viens de finir une nouvelle de J.G. Ballard écrite en 1963 et intitulée « L’homme subliminal« . Un type suspecte des panneaux géants et complètements noirs d’influencer de manière subliminale les comportements d’achat des passants. Tout le monde le prend pour un fou jusqu’à ce qu’il aille saboter un de ces panneaux géants. Il y laisse sa vie mais son compère, jusque là sceptique, voit les messages subliminaux injonctant à consommer.

Bref, c’est le même phénomène mais comme inversé. A savoir que la manipulation paraît évidente quand un seul panneau se dérègle

Et je m’imagine seul, arpentant les boulevards d’Athènes, m’interrogeant sur ces étranges surfaces immaculées qui, ôtées de leur contenu, trahissent leur véritable fonction: la propagande !

Je m’imagine aussi à São Paulo, première grande ville à avoir interdit la publicité. Je m’imagine aussi à Forcalquier, où je déambulais il n’y a pas si longtemps et où, effectivement, il me sembla naturel de n’y apercevoir aucune réclame.

Et c’est du coup en reprenant le métropolitain de la capitale que la vérité de cette débauche graphique m’apparaît limpide. Entre deux secousses, je récolte sur un siège un journal dit gratuit. Ou plutôt un « gratuit»  dit journal.

Il est ouvert sur les pages 2 et 3 qui forment une publicité immense que voici.

Je me suis du coup demandé s’il s’agissait vraiment du journal. En voyant ces deux ours dévorer des sandwiches, j’ai repensé à cette propagande, dernière en date, d’un célèbre fast-food ici épinglé. Leur spot promotionnel montre papa ours et fiston ours en train de fêter le bulletin de note du petit en mangeant un BigMac.

Je me suis demandé si ce genre de coïncidence, cette obsession de montrer cet animal, menacé pour l’écologiste, mais aux airs débonnaires pour le marketeur, se repaître d’une nourriture infecte, n’avait pas un sens secret pour nos inconscients collectifs…

Finalement, j’ai réussi, à trouver au milieu des publicités la une du journal gratuit. La voici.

Cette dame, qui annonçait sans rire au moment de la crise, cette devise sibylline si on s’y arrête un peu, à savoir qu’il fallait « financer l’économie« , cette dame retrouve donc le sourire à l’annonce d’un slogan aussi creuse qu’hypothétique. La croissance repart.

En lisant l’article, je crois lire le bulletin météorologique.

« L’environnement international est bon»  [...] « La France bénéficie notamment de l’appel d’air créé par la reprise de la croissance mondiale»  [...] A condition que cette éclaircie soit possible.» 

Etc etc

Croissance croissance croissance.

Je tourne la page et retombe, j’avais oublié, sur les deux ours.

Sens ? Sens ? Sens ?

J’y ai fait une croix dessus.


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Ecrit par Baptiste le 10 février 2011 :: Classé dans Itinéraire,Poïesis,vidéo
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La conférence eco-SAPIENS avec Dominique Bourg et Sébastien Kopp

Comme promis, voici le compte rendu de notre conférence du 3 Décembre autour de la question « Y a-t-il un business model dans la décroissance ?» 

Conférence est un bien grand mot puisque l’idée était bien de profiter de la convivialité et de la simplicité du lieu (l’Equitable Café à Marseille) pour pouvoir discuter décontracté.

Comme cela a duré deux heures, qu’il y a eu environ 30 questions/interventions, il est inconcevable de balancer l’enregistrement tel quel. Voici donc le synopsis.

Développement durable et décroissance

Et si on passait à côté du débat !

le sens bordel !
D’emblée, Dominique Bourg envoie le développement durable aux oubliettes. Non seulement il explique (en s’appuyant sur le rapport de Tim Jackson… on en reparlera) que ce n’est pas possible de découpler croissance économique et prélèvement des ressources, mais il va plus loin encore dans son « apostasie» .

Le Développement Durable aura servi à masquer les questions soulevées par les pionniers de l’écologie qui interrogeaient la notion de croissance. Les 25 années d’essor du DD correspondent au moment où le néolibéralisme s’impose !

Autrement dit, les masques tombent. Le développement durable n’était que de la verdure digérée par le libéralisme. Et on a perdu du temps. Au passage, M Bourg rappelle quelques bases de la littérature décroissante. A savoir que la technologie ne résout pas les problèmes écologiques en raison de deux biais : création de nouveaux besoins donc de nouveaux biens (fuite en avant consumériste) et abaissement du coût de production entraînant une « démocratisation»  des biens (effet rebond).

Il rappelle que des études démontrent que le maximum de bonheur ne correspondent pas au maximum de consommation de biens matériels (ndr: il fallait bien une étude pour ça !)

Sébastien Kopp met lui aussi les pieds dans le plat en disant qu’il avait demandé à changer le titre de la conférence (ce qui est vrai !). Croissance, décroissance, développement durable, on oublie un pilier fondamental, peut-être le seul : celui du sens. Quelle vision, quel projet de société, quelle portée culturelle et artistique ?

Paradoxalement, partant du constat que l’économie a pénétré toutes les sphères du réel, il explique qu’il faut donc créer des entreprises qui ne créent non pas de la richesse ou de la valeur mais qui créent du sens. En espérant que le sens suffira à faire office de marketing…

Je résume cela à la simple question de savoir pourquoi on se lève le matin et si l’on est heureux de se lever ! Etrangement, la recherche de la rentabilité a conduit nombre d’entreprises à trouver des modèles économiques de plus en plus complexes, voire incompréhensibles. D’une certaine manière, on s’éloigne du sens.

Au fond, cette quête obsessionnelle de l’argent démontre justement l’absence de sens. Comme on n’a pas de projet de société, en attendant, chacun cherche à accumuler le plus possible pour le jour où il y aura un projet de société.

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Le pouvoir d’achat et le sens d’achat

Dominique Bourg plussoie ces remarques. Il observe que c’est la même désorientation qui sous-tend la notion de principe de précaution (même s’il n’est évidemment pas contre le principe de précaution).

Vision d’horreur : et demain ? la question du sens sera-t-elle encore possible demain ? Il évoque le projet transhumaniste qui vise à affranchir l’homme de toute limite, notamment l’immortalité.

La question du sens est révolutionnaire. C’est la seule qui soit aujourd’hui tabou. C’est pourtant la première que se posent les sociétés traditionnelles.

Sébastien Kopp raconte. Venant de milieux aisés et ayant fait de bonnes études, on ne se pose pas la question si « entreprendre » est facile ou difficile ». On se dit  juste « si ce n’est pas nous qui le faisons, qui le fera ? ». On a fait une boîte pour travailler dedans mais aussi pour pouvoir se procurer la basket dont on rêvait.

Il mentionne les plus-values de la basket Veja (coton bio, agro-écologie, seringueros, payer le caoutchouc au prix qu’il faut pour laisser la forêt en pied).

Après 3 ans, ca marche. Mais on devenait des petits patrons un peu cons… Qu’est-ce qui se passe dans l’entreprise ? On pourrait être en SCOP par exemple. Pour l’instant on a plafonné les écarts de salaires.

Le projet est chouette mais si c’est pour finir patron en 4×4, on rate l’essentiel ! Paradoxalement, la première prime pour la coopérative brésilienne a été dépensée pour avoir des antennes télévisions… alors qu’il manquait tout là-bas ! Mais on ne peut rien dire. Ou alors on tombe dans le neo-colonialisme.

La consommation est un vote ! A pas tant que ça, on peut changer les choses rien que par le choix des achats !

Ecouter la partie 2

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Contradiction et polémique sur EDF

Je rappelle les 3 modes d’eco-SAPIENS. L’information pour expliquer et convaincre par la raison. Le comparateur de produits pour la facilité d’accès, convaincre par la pulsion. Et enfin, l’entreprise elle-même qui a choisi la cohérence selon l’adage attribué à  Gandhi : « L’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul ». Statut coopératif et La Nef.

Sébastien Kopp évoque en plus le fournisseur d’électricité verte Enercoop dont Veja est sociétaire et client. Mais il s’étonne de voir que ces acteurs exemplaires soient aussi peu connus finalement et que les principaux concernées fassent faux bond. Ainsi Les figures médiatiques de l’écologie pourraient les propulser en y adhérant.

J’évoque mon expérience personnelle où, invité à la Fondation Nicolas Hulot, j’avais expliqué que je relaierai les actions quand la fondation changera de banque pour la Nef (eco-SAPIENS ainsi que ses salariés sont à la Nef)

Ca tombe bien, Dominique Bourg fait partie de la Fondation Nicolas Hulot. Il reconnaît que ce pourrait être un formidable echo. Mais il faut savoir lier les deux : petites initiatives exemplaires d’un côté et grosses machineries un peu inertes de l’autre. Si FNH ne va pas chez Enercoop, c’est parce qu’on reçoit des sous d’EDF. C’est effectivement une contradiction.

A la question posée pour savoir si la fin justife les moyens, Dominique Bourg rappelle que pour gagner en indépendance, il faut avoir beaucoup de dons personnels. Or les attaques climato-sceptiques ont sensiblement fait baisser cette part de don. Comme il travaille aussi avec EDF, il ne veut pas qu’on laisse croire qu’EDF est une entreprise de 150 000 salauds. Le monde n’est pas manichéen. Il faut savoir assumer ses contradictions. Enercoop a au moins le mérite d’inspirer EDF.

Sébastien Kopp répond qu’on a pas vraiment le temps d’attendre qu’EDF change.

Si Enercoop devient « en terme de taille » comme EDF, Enercoop deviendra-t-elle « en terme de valeur » comme EDF ?

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Avalanche de questions

Peut-on réduire l’Amazonie à sa valeur marchande ? Viable est préférable à rentable ?
Les initiatives porteuses de sens progressent mais sont petites. N’est-ce pas la course du vélo contre le TGV ?

Malheureusement, toutes ces belles initiatives ne font pas système.
Voire !

Sempiternelles questions sur les pauvres (au Sud comme au Nord) à qui on ne peut pas demander de faire une fort supplémentaire (l’éco-consommation est souvent plus chère).

Sébastien Kopp: Ceux qui ont la possibilité de le faire ne le font malheureusement pas. On vise les salaires medians. Or ils ont une vraie responsabilité car ils ont la gouvernance financière, intellectuelle et culturelle. Et c’est ceux-là qui ne changent pas !

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Salauds de pauvres

Internet va vite et permet de connecter ce fourmillement d’initiatives « sensées» . Il manque certainement une incarnation (politique ? syndicale ?)

On a tellement peur de froisser les gens qu’on ose plus dire en face qu’ils dépensent mal leur argent. L’argent n’a qu’une valeur. Mais ne véhicule plus de valeurs…

Anecdote des salariés Moulinex qui manifestent contre la délocalisation de leur usine alors qu’ils achètent de l’électro-ménager chinois.

Beaucoup d’interventions pour démontrer que le choix par exemple d’une alimentation bio, ne dépend pas vraiment du revenu.

Ecouter la partie 5

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12 questions pour finir

En tout, il y aura eu 30 interventions dans la salle. C’est bien !

Sans pub, comment Veja s’est fait connaître ?

Veja peut continuer à se développer sans croître ?

Le système s’effondre aussi car même physiquement les gens s’effondrent (observateur de la Sécurité sociale)

Quid Enercoop ? Les certificats verts ? Les AMAP ? le statut SCOP

Relation Travail/Consommation

Ecouter la partie 6

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Encore un grand merci à Sébsatien Kopp de Veja, à Dominique Bourg bien sûr, à l’Equitable café pour l’accueil chaleureux (même si on a été privé de fanfare !) et des bises à l’Elephant du poulailler qui assure toujours pour transformer des citrouilles en carrosse.

La bande complète de 1h45min est disponible mais pèse 100 Mo !


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Ecrit par Baptiste le 15 décembre 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...,Participez
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Y a-t-il un business model dans la décroissance ?

eco-SAPIENS va avoir 3 ans.

Vendredi 3 décembre 2010, nous allons fêter cela. C’est à dire que nous allons d’abord examiner les comptes en présence des sociétaires présents. Puis nous allons voter les trucs sérieux. Puis nous irons au café. Plus exactement à l’équitable café.

Pour tout Marseillais aux nerfs un peu vifs, l’équitable café, juché désormais en haut du Cours Julien, c’est un lieu inexpugnable. On peut y boire une grihette en rentrant du boulot bien sûr. Mais on peut aussi assister aux nombreuses projections, conférences et concerts organisés.

Donc vendredi soir, c’est nous, en quelque sorte, qui sommes à l’honneur. On a donc la grihette, pour sûr. Et on s’est dit qu’on pouvait aborder de front la question que tout le monde actuellement se pose :

Y a-t-il un business model dans la décroissance ?

Forcément comme çà, c’est un peu provocateur. Le business model, c’est un concept de capitalistes qui rappelle bien que peu importe le goût de la soupe que l’on vend, l’essentiel c’est de la vendre. Comment vendre plus de soupes ?

A l’opposé, la décroissance consiste à se demander s’il est bien nécessaire de vendre plus de soupes s’il s’avère qu’elle n’a pas bon goût. Ou qu’elle est toxique. Ou qu’elle fait mourir les poissons. Ou qu’elle asservit des enfants dans la chaîne d’embouteillage…

On en a parlé récemment, le philosophe Dominique Bourg, pape et pionnier du développement durable commence à renier cette chimère. « Trop tard !»  dirait-on. Le monde du business a déjà digéré ce concept pour en troubler le sens originel.

Du coup, le monde alternatif recule dans les tranchées sémantiques. Et se positionne contre le développement durable, le green business et revendique lentement mais sûrement la décroissance.

Le problème avec la décroissance, c’est qu’elle oblige à déconsidérer la notion de rentabilité financière. Alors que cela restait crucial dans le développement durable. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le développement durable pouvait dire à une entreprise qu’elle était utile, pertinente, écologique et sociale mais que, malheureusement, il fallait arrêter car ca ne dégageait pas assez d’argent. « Ca va pas être possible…» 

En quelque sorte, la décroissance dirait qu’il faut quand même le faire et que pour l’argent, il faudrait par exemple songer à dépenser moins pardi ! (comme ca on consomme encore moins)

Surtout, d’un point de vue individuel, nous sommes de plus en plus nombreux à nous poser des questions sur la finalité de cette société de marché. Parfois, j’ai le pressentiment que des écologistes de conviction sont plus à la recherche d’une bonne idée de business model (« ah tiens :  ca n’a pas encore été fait, faut que je me place !» ) qu’à une recherche authentique de qu’ils veulent, savent et peuvent faire.

Or, quand on voit dans quel monde de galères survivent les entrepreneurs éthiques, on en vient à se demander si au final, l’éco-consommation peut faire vivre ses acteurs.

Alors on posera cette question à Dominique Bourg, qui nous fera l’honneur de sa présence. On la posera aussi à Sébastien Kopp des baskets Veja. On la posera à tous ceux qui viendront.

On en viendra, c’est certain, à se demander au fond ce qu’est ce drôle de truc qui nous fait vivre de manière arraisonnée et qui s’appelle… l’argent !


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Ecrit par Baptiste le 17 novembre 2010 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Les autres...,Participez,Un peu sur nous
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De retour des universités négaWatt (le futur a un avenir !)

canards en mareLe week-end dernier s’est tenue la 4ème édition des universités négaWatt. Pour ceux qui ont raté quelques épisodes précédents, rappelons que l’association négaWatt est un consortium d’experts qui prospecte pour un scénraio énergétique jouable. Ils sont à l’origine du fameux facteur 4, qui dit qu’on peut vivre mieux en consommant quatre fois moins d’énergie, en divisant par quatre nos émissions de CO2.

Ironie du sort, le lendemain c’était le 10/10/10 que de savants récupérateurs en communication ont décidé de célébrer sous le mot d’ordre: -10% d’émissions en une année. Comme le dit le site 1010global.org, « Big tasks are easier if broken up into smaller, manageable pieces – and 10% this year is much more tangible and achievable than, say, 80% by 2050″ [Les grands chantiers deviennent plus faciles à réaliser quand on les divise en petites tâches à remplir. Et -10% cette année, c'est bien plus tangible et atteignable que de dire 80% en 2050]

Bref, le 10/10/10 c’est la première marche. On refera peut-être sept fois un petit coup de -10%. En 2015, 2020, 2025, 2030, 2035, 2040, 2045 et hop ! l’affaire est pliée.

Allons ! Cessons d’être sarcastique devant cette enième opération de matraquage ès communication qui n’a au fond que deux intérêts : compter les troupes et organiser des fêtes et des cocktails géants. Voilà, c’est du court-terme, de la sensibilisation light, ce n’est pas mon truc.  Et même si je suis toujours exaspéré de voir que BNP, le MEDEF et consorts affichent leurs logos pour l’opération, je ne vais pas taper dessus.

Tout simplement parce que l’avenir se joue ailleurs. En coulisses.

Et que se passe-t-il dans les coulisses ? Et bien en France en tout cas, ce n’est pas joli joli. Qui veut encore se souvenir qu’il y a eu un Grenelle de l’environnement ? Un peu de respect pour les défunts !

Un exemple tiré au hasard, et exhumé lors d’une table ronde des universités négaWatt. Celui du rapport pondu en plein mois d’août par la France pour expliquer comment elle allait respecter la directive européenne sur les énergies renouvelables. Un vrai devoir de vacances : bâclé, irréaliste et incohérent. Nouvelles amendes en perspective là où d’autres pays européens voient plutôt cette directive comme une opportunité.

Autant le dire tout de suite, les universités négaWatt, c’est technique ! Même si c’est ponctué de bons moments humoristiques et conviviaux, on navigue entre graphes et tableurs.

Qui sait faire les bons cafés ?

Tiens ! Un chiffre utile à retenir. La consommation d’un distributeur de boissons dans un bureau : 3 000 kWh/an. En gros, ca coûte 365 euros au porte-monnaie et 129kg de carbone (je ne rentre pas dans les détails pour savoir pourquoi j’ai retenu un coefficient  de 43 g de CO2/kWh… sachez juste que je suis clément envers l’ADEME -cf cahier n°27 de Global Chance).

En résumé, huit distributeurs de boissons  sont équivalents à un aller-retour Paris-New-York. C’est ballot non ?

On pourrait ainsi enfiler certains chiffres histoire de mettre à plat les enjeux. Le scénario négaWatt est extrêmement simple dans la mesure où l’on remplit déjà la moitié des objectifs rien qu’avec la sobriété. On aura beau dire que l’on va fabriquer des distributeurs moins énergivores ou qu’il seront alimentés par photovoltaïque, ils auront toujours la mauvaise habitude de faire des gros et des diabétiques, comme le dit Olivier Sidler du cabinet Enertech.

D’ailleurs, si vous ne connaissez pas le bonhomme, ca vaut le détour. En écoutant sa tribune, je me disais deux choses.

1) Que ca peut être bien d’être ingénieur finalement… Suffit juste de savoir pour qui et pour quoi on déballe son ingéniosité. J’avoue être pas mal fâché avec ma formation tant j’ai l’impression qu’elle ne sert qu’à fabriquer des petits soldats pour optimiser cette société suicidaire.

2) Qu’il y a peut-être un business model dans la décroissance ?

Monnaie de singe

Entendons-nous bien. Je ne pense pas que Olivier Sidler soit un partisan de la décroissance. Il fait ce qu’on appelle des ESCOS (Energy Service Company). De toute façon, il faudrait longuement redéfinir la décroissance. Je crois juste qu’il a du bon sens:

  • Je mesure la consommation d’un bâtiment.
  • Je fais un devis pour dire comment je vais pouvoir faire réduire et optimiser cette consommation énergétique.
  • Je fais les travaux.
  • Je mesure après.
  • Je démontre que la bâtiment a fait des économies.
  • Je prends des sous sur les économies ainsi réalisées.
  • Tout le monde y gagne !
  • Sauf EDF bien sûr…

Puis, entendons-nous sur l’usage volontairement provocateur de « business model« . En demandant s’il y en a un dans la décroissance, ne suis-je pas dans la récidive du développement durable ? A voir…

Autour de moi, il y a plein d’ingénieurs qui aimeraient faire du Olivier Sidler. Mais faut bien vivre. Alors on finit chez EDF (par exemple). Ce qui est certain, c’est que désormais que le concept de négaWatt est popularisé, il faut voir comment on fait vivre celui de négaEuro !

Y a-t-il un business model dans la décroissance ? Ce sera le thème notre fête pour les 3 ans de la SCOP eco-SAPIENS, le vendredi 3 décembre à Marseille. Avec (peut-être) un invité prestigieux dont on a déjà parlé !


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Ecrit par Baptiste le 11 octobre 2010 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Les autres...,Un peu sur nous
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Pas de pitié pour la croissance

Au commencement était le Verbe

Il y eut une époque relativement sereine, c’était il y a à peine quatre ans, où quand on parlait de décroissance, les gens étaient stupéfaits et ne prenaient pas la peine de débattre tellement l’idée semblait farfelue.

C’était une notion d’extra-terrestre. Aussi, quand la question était évoquée, à gauche comme à droite, comme on manquait de culture sur cette question, l’habile politicien se contentait de répondre deux choses:

« Moi je ne suis pas pour la décroissance car je suis pour la croissance des énergies renouvelables et de l’amour par exemple»  (argument sémantique – Benhammias)

« Il est indécent, quand on voit la pauvreté en France comme dans le monde, de prôner la décroissance»  (argument moraliste – Juppé)

Au fil du temps, certains ont réalisé qu’ils n’avaient rien compris. Comme toujours, ils confondaient richesse et croissance, ils confondaient bien-être et production de marchandises. Mais peut-on leur jeter la pierre quand on voit le flou sémantique entretenu par économistes et médias sur ce qu’est la croissance.

Alors, ils ont sorti cette réponse:

« Moi je veux bien qu’on fasse la décroissance, mais je suis pas sûr que les Chinois aient envie»  (argument fataliste – Juppé bis !).

Il y a un argument qui a disparu aussi vite qu’il est apparu c’est celui sur lequel reposait au fond le développement durable :  l’idée que la technologie allait résoudre les dégâts de notre empreinte écologique. Des voitures moins polluantes, des avions moins polluants, des télé-conférences (mais pourquoi si les avions ne polluent plus ?).

Et ça repart comme en 40.

L’apostasie durable

Or, depuis un an, il y a manifestement un regain d’intérêt pour discuter de la décroissance. Le ton se fait plus virulent. Sur les questions environnementales, pas un politique (Vert compris) qui ne précise en préambule  : « Bon d’abord, moi je ne suis pas pour la décroissance« . Ils se sont passés le mot, comprenant qu’ils pouvaient perdre beaucoup de crédit à dire que ce concept n’était pas idiot (ou mal compris).

De l’autre côté, les tenants du développement durable commencent aussi à déchanter. A commencer par Dominique Bourg, pape du DD en France qui affirme aujourd’hui « Arrêtons la farce du développement durable« *. Son mentor américain, Tim Jackson, dans une interview sur Rue89  appelle quant à lui à une rupture avec le moteur de la croissance.

Que s’est-il passé ?

L’explication perfide qui me vient à l’esprit est que ces pionniers ont senti qu’ils s’étaient fait dépasser. Ils ont senti qu’aujourd’hui, il y avait plein d’autres ténors du développement durable et que donc, pour retrouver un statut de pionnier, il fallait se démarquer. Et du coup durcir un peu le ton.

Il ne faut pas oublier que dans l’histoire des Idées, ce sont souvent des conflits d’égo qui déroulent le fil invisible…

D’un côté, on se réjouit de voir tant de gens crédibles pour les décideurs devenir plus radicaux. De l’autre, on est tout de même stupéfait de voir que manifestement, ces apostats, n’ayant pas lu quelques ouvrages sur la décroissance, sont en train de réinventer la roue. On a perdu 40 ans.

Et peut-être plus, car le déni de réalité est tenace !

Le fil d’Ariane

Dans le cycle de Fondation,  Isaac Asimov imagine la psychohistoire. Il s’agit d’une science sociale prédictive où les psychohistoriens sont capables de prévoir l’avenir dans ses grandes lignes, pouvant ainsi anticiper certains évènements chaotiques. Ils dégagent des tendances et ainsi peuvent sauver la Fondation à travers les âges…

D’une certaine manière, la psychohistoire existe bel et bien mais elle est relève plus du pari que de la science. Ainsi, des cabinets d’experts établissent des scenarios prenant en compte le pic du pétrole, le changement climatique, le coût des matières premières, la consommation des ménages etc.

Exercice périlleux on s’en doute puisqu’il y a 15 ans, Internet n’existait pas, qu’il y a 10 ans, personne n’avait de téléphone portable etc. Difficile d’estimer offre et demande ne serait-ce que dans les 6 mois à venir.

Et pourtant… il nous faut bien un scenario, un fil d’Ariane. Un peu comme dans une start-up où l’on expose le plus sérieusement du monde à ses investisseurs, un budget prévisionnel sur 5 ans, un peu avant que Google existe, ou Facebook ou Twitter… Tout le monde fait semblant d’y croire. Parce que sinon, comment l’économie tournerait-elle ?

Le 10 Septembre 2010, à l’initiative du député vert Yves Cochet, quatre cabinets ont exposé leur scénario. Deux versions françaises, une version anglaise et une version danoise. Même si elles s’inscrivaient dans la même vaine (aucune n’avait émis l’hypothèse de la fusion nucléaire, du mouvement perpétuel ou de l’extraction des sbales bitumineux) elles différaient sensiblement.

L’un de ces scénarios est relativement célèbre. C’est le scénario négaWatt, notion issue de l’écologiste américain Amory Lovins.

Ici le tiercé gagnant et dans l’ordre est : sobriété, efficacité, renouvelable. Remarquez que le renouvelable arrive en fin de course ! Cette approche résume au mieux ce qu’est la décroissance par rapport au développement durable. Il y a des gisements de négaWatts partout ! Et quand on aura fait le tour des ces « gaspillages»  on aura déjà réduit la facture énergétique par quatre.

Ainsi, sur le graphique final du scénario négaWatt, nous arrivons en 2050 avec un peu de gaz, un reste de pétrole, du renouvelable et plein plein de négaWatts.

Le scénario devrait être réactualisé en 2011 mais une chose est sûre, par cette approche énergétique (et non économique) on a déjà une bonne piste pour savoir si oui ou non la Fondation sera encore là en 2050…

*citation de Dominique Bourg

« Nous parlons de développement durable depuis plus d’une vingtaine d’années. C’était une tentative pour dissocier la croissance du PIB de la consommation d’énergie des ressources naturelles.

Nous savons maintenant que c’est impossible. Deuxième diagnostic sévère sur le développement durable : ce devrait être une démarche de prévention, d’anticipation à l’échelle des problèmes globaux, tant en matière d’environnement que de répartition de la richesse. Or, force est de constater que le développement durable est à cet égard un échec, même s’il est inspiré maintes actions intéressantes à une échelle locale, également pour les entreprises (…)

Repensons à ce que disaient les grands textes fondateurs de la réflexion écologique des années 1970, ceux d’Illitch, des époux Meadows, les auteurs du rapport au club de Rome, de Georgescu-Roegen, Goldsmith ou Gorz. Tous n’envisageaient d’autres possibilités qu’une décroissante des économies.
Or, nous sommes désormais contraints de considérer à nouveau cette perspective. Telle est part exemple la position défendue en mars 2009 par la commission britannique du développement durable. Le rêve d’un découplage entre la croissance des économies et la consommation de ressources a fait long feu.
Il convient donc de refermer la parenthèse du développement durable.

Cessons de croire que nous pouvons harmoniser une économie purement financière, dont les instruments visent à rendre impossible toute considération de long terme, et la préservation de la biosphère. Finissons-en avec la rhétorique des trois piliers et d’un équilibre aussi trompeur que mensonger entre les dimensions économiques, social et écologique. »

Revue Etudes, Juillet 2010, cité par La Décroissance Août 2010


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Ecrit par Baptiste le 29 septembre 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...
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On ne peut pas demander aux pauvres de décroître

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« Parlez de décroissance aux Chinois et aux Indiens et ils vont rire aux éclats» 

« Comment osez-vous parler de décroissance quand la moitié de l’humanité vit dans la misère ?» 

« C’est facile de prôner la décroissance quand on vit confortablement» 

Il y a dans ce genre de remarques une véritable exégèse à réaliser. L’écrivain Léon Bloy s’amusait à répertorier les clichés discursifs et les proverbes populaires de son temps. Qu’ils semblent « allant de soi»  ou remplis de sagesse, on peut toujours les dégonfler et on y sent alors, par l’odeur exhalée, les parfums idéologiques de l’époque.

Or quoi de plus immoral que de demander aux plus pauvres d’être encore plus pauvres ?

Il faut sérieusement prendre les objecteurs de croissance pour des imbéciles ou des monstres pour leur prêter de telles velléités. Bien sûr, le débat ne se situe pas ici. Il est question de réinterroger ces notions de pauvreté/richesse.

  1. D’abord qu’est-ce que la pauvreté ?
  2. Pourquoi y-a-t-il de la pauvreté quand le monde est si riche ?

A la première question, pas vraiment nouvelle d’ailleurs, nos sociétés modernes tentent actuellement une approche normative en définissant la « richesse» . Les nouveaux indicateurs (commission Stieglitz/Sen par exemple) ne doivent évidemment plus se cantonner au Produit Intérieur Brut car cela reviendrait à ne parler que de richesse matérielle.

Naïvement, on peut être porté à croire qu’un pauvre est celui qui ne peut pas obtenir ce qu’il désire. Là où un riche peut se l’offrir. Mais c’est méconnaître les processus de mimétisme qui font qu’en général, on désire justement ce que l’on ne peut pas s’offrir, car on désire rejoindre la classe immédiatement supérieure à laquelle nous appartenons. Tout ceci pour dire que la pauvreté n’est pas une affaire individuelle et personnelle mais au contraire fort collective et sociale*.

Après, on peut dire qu’il y a quand même des besoins vitaux (un toit, de l’eau potable, des soins, de la nourriture) qui permettent de dire « ceux-là sont pauvres» . Ils n’ont même pas le minimum. J’avoue personnellement ne pas avoir d’opinion claire là-dessus. Car, comme souvent, c’est un véritable continuum que cette histoire de besoins vitaux. Nous pourrions adopter un point de vue cynique en déclarant que celui qui réalise un emprunt sur 30 ans pour acheter son appartement de 30 m2 est « pauvre» . Il doit troquer 30 ans de sa vie pour un toit.

Cette remarque peut paraître déplacée car on sent bien que ces deux pauvretés ne sont pas comparables. Et en effet elles ne le sont pas. Et c’est justement ce qu’il fallait démontrer ! A savoir, que la pauvreté est une histoire toute relative. Que la frustration et la comparaison à autrui sont indissociables du sentiment de pauvreté.

Mais du coup, venons-en à la deuxième question: pourquoi y a-t-il de la pauvreté ?

Ceux qui sont un peu renseignés savent que les pays du Sud sont pauvres parce qu’ils sont exploités. On pourrait accumuler les exemples de nations aux ressources naturelles fantastiques (pétrole, diamant, or, cuivre…) mais qui ne profitent jamais à la population. Les pays du Nord ont mis le grappin dessus, ont favorisé ou entretenu des régimes autoritaires pour que l’exploitation se poursuive.

Présenté ainsi, cela semble manichéen mais c’est une explication bien plus satisfaisante, d’un point de vue moral comme d’un point de vue historique, comparée à une autre explication que j’ai déjà entendue… Genre : ils sont paresseux, pas mûrs pour la démocratie etc…

Mais regardons aussi la pauvreté au sein même de nos sociétés. Les statistiques sont, quand on s’y arrête un peu, ahurissantes ! En France, 8 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté (défini ici à 60% du revenu median**) En clair, 13% des Français vivent sur un revenu inférieur à 900 euros/mois. Parmi eux, 800 000 sont tout simplement SDF…

Il y a quelques jours, un jeune d’une vingtaine d’années s’est assis à côté de moi dans le métro. Il m’a demandé s’il pouvait me demander quelque chose. Il était SDF depuis deux mois mais il avait la chance de pouvoir dormir dans une cage d’immeuble. Au fur et à mesure que je lui posais des questions, il m’expliquait que sa mère acceptait de le nourrir une fois par semaine, l’obligeant ainsi à s’en sortir par lui-même. Auparavant, il était préparateur médical. Il m’a confié être extrêmement stressé à l’idée de faire la manche. C’est pour cela qu’il le faisait de manière privée.

A défaut d’argent je lui ai donné des chèques-déjeuners***. Tout à la fin de notre échange, il m’a dit qu’il y a quelques mois, il arrivait à s’en sortir, qu’il avait même pu acheter un super écran plat. Il a beaucoup insisté là-dessus. J’imagine que ce devait vraiment être important.

Bon. Je n’ai rien répondu. Je me voyais mal déballer ma critique de la télévision et de la consommation gadget. J’ai secrètement espéré qu’au moins il n’irait pas au McDonald avec mes tickets…

Et puis je me suis dit à quoi bon. Que je ne pouvais pas comprendre et qu’il me fallait du coup respecter ses choix qui ne sont pas les miens. Souhaitant qu’il s’en sorte et que, débarrassé des soucis matériels, il puisse justement questionner ces envies toutes matérielles.

Il n’empêche que je me suis fait la réflexion que c’était une société bien paradoxale, celle où l’on peut dépenser pour de fastueux écrans plasma avant de se retrouver à la rue.

J’ai beaucoup de doutes sur ces questions de misère et de pauvreté pour la simple raison que je ne les ai jamais côtoyées. Mais j’ai tout de même des certitudes relatives à certaines expériences. Ce sont souvent les plus pauvres qui donnent le plus ! Et les plus riches les plus pingres…

On peut aussi se dire qu’il faille en fait renverser la causalité ! Les riches sont riches parce qu’ils sont radins/prévoyants/sobres. Les pauvres le sont car ils sont insouciants/trop généreux/dépensiers.

Bof…

Voilà, quand on me prend pour un irresponsable à souhaiter la décroissance, sous le prétexte qu’il y a des pauvres, je ne réponds rien. Il n’y a rien à répondre.

Cependant je continue de m’interroger.

Je sais évidemment très bien que mon détracteur n’a pas plus d’idée que moi sur ce qu’est au final la pauvreté ou la misère. Qu’il n’est évidemment pas plus que moi dans la tête des Indiens à qui il prête 1 milliards d’aspirations uniformes. Bref qu’il fait des généralités. Qu’il fait plutôt de la pensée réchauffée.

Finalement, le plus grand problème de la pauvreté, c’est de n’avoir pas de porte-parole là où la richesse chante à l’unisson: « Croissance !» 

* Baudrillard, dans un renversement dont il est coutumier, disait que ce n’est pas la croissance qui augmente les inégalités. Ce sont les inégalités qui font la croissance. En bref, la société matérialiste et productiviste a besoin d’inégalités, c’est à dire de disparités riches-pauvres pour entretenir la frustration et la jalousie, moteurs du productivisme.

** Chèque déjeuner (Une SCOP !) plutôt que Ticket Restaurant (Groupe ACCOR qui fait plutôt dans le greenwashing…) Voilà, comme ca, vous savez que ce n’est pas pareil ;-)

*** Le salaire médian est le salaire  tel que la moitié des salariés de la population considérée gagne moins et l’autre moitié gagne plus.

Salaire tel que la moitié des salariés de la population considérée gagne moins et l’autre moitié gagne plus.

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Ecrit par Baptiste le 24 mars 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...,Poïesis
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eco-SAPIENS 3 minutes sur Canal+

La vidéo diffusée dans « L’édition spéciale» , le magazine midi de Canal plus.

Initialement, cela aurait du être diffusé vendredi 12 Mars mais les aléas techniques ont reporté d’une semaine notre passage. Vous pouvez donc voir les 3 co-fondateurs: Françoise, Baptiste et Benjamin (qui maintient ses moustaches depuis notre 2ème anniversaire…)

Bon, sur le fond, il y a peu à dire. 3 minutes c’est court ! La télévision, ca va vite. Expliquer ce qu’est la décroissance et la simplicité volontaire, cela prendrait une journée… peut-être même une vie !

Installer Flash Player pour voir cette vidéo

Ce fit surtout un échange sympathique avec le journaliste Gaël Legras qui nous avait avoué être très intéressé sans réellement connaître la décroissance. Belle ouverture d’esprit !


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Ecrit par Baptiste le 20 mars 2010 :: Classé dans Itinéraire,Un peu sur nous,vidéo
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Green Academy (Toyota qui l’a dans le IQ)

Trouve cette pub sur le net

green-academy

Rien de tel qu’un bon jeu concours pour créer ce que l’on appelle du buzz.

Ce que je trouve intéressant, c’est la brochette d’entreprises sponsors. Au risque de me faire plein d’ennemis d’un coup,
on a un joli fleuron de sociétés qui surfent sur le greenwashing.

Le journal Le Monde (feu Le Monde) que je ne connais trop bien pour avoir habité plus d’un an chez un journaliste qui y a travaillé une vie entière ! Ce journal est une caricature du nouveau modèle de la presse. Avoir plus de lecteurs pour vendre plus cher mes espaces aux publicitaires pour faire plus de recettes. Quand on regarde les chroniques économiques signées Le Boucher ou Delhommais, on est simplement effaré qu’un journal sérieux puisse à ce point tomber dans la grossièreté et l’ineptie.

Yves Rocher, qui depuis 5 ans mise à fond sur l’aspect feuille verte et bio alors que, rappelons-le, Yves Rocher est aussi crado que l’Oréal. Mais bien plus bavard question environnement. Pourtant, de lourds dossiers à charge pèsent sur le fabricant de cosmétiques, en matière de biopiraterie notamment. Mais aussi une vieille histoire burkinabé, qu’on racontera prochainement…

MSN, c’est à dire Microsoft. Celui qui rafle la mise sur ses brevets informatiques et qui rend obsolète n’importe quelle machine pour peu que vous soyez accroc à ces logiciels. Microsoft dont on voit mal le rapport avec l’écologie, notamment comme nous l’avions évoqué sur notre actu Hasta la Vista.

Poweo, entreprise, qui au fond ne fait que du « boursicotage»  sur le marché désormais ouvert de l’électricité. Une entreprise qui n’a rien, mais alors rien à voir avec les énergies renouvelables, puisque de toute façon elle propose toutes les offres. Vous voulez du pas cher, il y a du pas cher. Vous voulez du cher, il y a du cher. Du renouvelable ? pas de problème, on peut faire…

Greenzer, une jeune société du web qui propose aussi des actus et un comparateur écolo. Une sorte de concurrent pour votre SCOP dévouée. Mais pour avoir rencontré les bonhommes, fort sympathiques au demeurant, on sent bien qu’ils vendent du vert comme ils pourraient vendre des éponges ou des radiateurs.

Mais surtout Toyota ! Toyota qui est devenue le symbole, que dis-je, le syndrôme de la voiture verte. Faut-il le rappeler, la voiture hybride est loin d’être écolo ? Emet moins de CO2 qu’une berline classique certes. Mais primo cette réduction est faible (110g/km théorique mais 147g/km mesuré) pour une voiture équivalente à une Smart.
Secondo, au risque d’enfoncer des portes ouvertes, la voiture propre n’existe pas.

Car la voiture, ce n’est de toute façon pas qu’une question de CO2. C’est l’infrastructure qui va avec (autoroutes, parking, bison pas futé,…), la nuisance sociale (bruit, ville embouteillée,…) et un symbole (abolition du temps et de l’espace, sentiment de domination…)

Le problème de la nouvelle flopée d’écologistes qui arrive, c’est que le monde se résume pour eux à un marché de monnaies auquel se rajoute une nouvelle devise « verte» : le gramme de CO2.

Voilà, un exemple comme un autre de greenwashing collectif. On a les totems qu’on peut…

Mais de l’autre côté du monde, on ne manque pas de défouloirs !


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Ecrit par Baptiste le 25 septembre 2009 :: Classé dans Les autres...,Participez
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