Blog des eco-SAPIENS
Ethique = Cohérence

L’obsolescence programmée est un mythe

… selon certains experts bien informés.

Non mais, sans rire, je vous invite à lire cette interviou sur le journal Le Figaro.

On va quand même pas faire du bashing ?

C’est nul et pas très constructif le bashing ? Gratuit, mesquin et bileux n’est-ce pas ?

Allez, j’ai bien réfléchi…

On va faire du bashing.

Chapeau:

Pour l’économiste Alexandre Delaigue, les industriels ne planifient pas la dégradation anticipée de leurs produits, comme le suggère Eva Joly en proposant de mettre un terme à cette pratique.

Donc pour parler de l’obsolescence programmée, on invite un économiste qui évidemment n’aborde le problème technique que sous l’angle économique. Pour lui, la technique est une immanence, c’est à dire quelque chose qui n’est pas soumis aux aléas des hommes. Autrement dit, les ingénieurs ne peuvent pas être mesquins, lâches ou soumis. Ils exécutent et tout est mécaniquement pur. C’est le fameux mythe de la science neutre.

Rappelons que l’obsolescence programmée est cette stratégie économique qui engage des entreprises à créer des objets sciemment moins performants que ce qu’ils pourraient être avec les connaissances actuelles. Arte avait diffusé un documentaire montrant comment l’on sait très bien fabriquer des ampoules à incandescence increvables. Mais comme elles sont inusables, les consommateurs n’en achètent plus au bout d’un moment. D’où l’idée de les rendre moins durables. Et les Shadocks pompaient…

Un mot sur l’expert. Alexandre Delaigue anime le blog econoclaste qui, comme son nom l’indique, vise à briser les mythes économiques. Alors normalement, j’ai pas mal de sympathie car il est certain que c’est bien l’économie qui est un mythe (étymologiquement parlant, une parole créatrice). Pas l’obsolescence programmée.

Donc avant de commencer, je confesse que je suis déçu de voir la pauvreté argumentaire d’un économiste qui se prétend iconoclaste. En fait, on a un point de vue on ne peut plus conformiste. On crie à la théorie du complot, on demande des preuves et quand on en amène, on fait comme si ca n’existait pas.

Eva Joly a trouvé le bouc émissaire idéal pour expliquer l’avènement de la société de consommation: l’obsolescence programmée. Elle a proposé mercredi soir sur Public Sénat d’interdire cette pratique qui suppose que les industriels mettent en œuvre sciemment des mécanismes de dégradation de leurs produits pour accroître leurs ventes. Problème, personne n’a jamais pu prouver la véracité de ce phénomène, estime Alexandre Delaigue, professeur d’économie à Saint-Cyr et créateur du site Econoclaste. Pour lui, les industriels n’en retireraient de toute façon aucun bénéfice.

LE FIGARO.FR: Comment expliquer le succès de la théorie de l’obsolescence programmée?

Alexandre Delaigue : C’est l’agacement éprouvé par les clients devant la dégradation d’un produit qu’ils ont acheté qui les pousse à penser, par dépit, que la panne n’est pas le fruit du hasard mais d’un calcul des industriels. Cette idée est renforcée par la sensation très commune que cette situation est nouvelle et que les biens étaient plus durables «avant». Il y a là un biais de perception: parmi les vieux équipements, on ne remarque que ceux qui fonctionnent encore. On oublie tous ceux qui ont fini à la décharge. Une étude récente a montré que la durée de vie des appareils électroménager n’avait en réalité quasiment pas évolué entre les années 80 et aujourd’hui.

Tiens donc une étude sur le sujet ? Ah oui, l’article… du Figaro en fait. Un autre article sur l’obsolescence programmée à la gloire du Gifam (Groupement interprofessionnels des fabricants d’électroménagers) qui n’avait à se mettre sous la main non pas une étude mais… un sondage. 2 000 questionnaires. Faudrait savoir. Soit on fait confiance aux utilisateurs, soit on ne les consulte pas puisque ceux-ci ont un biais de perception.

Une étude, cela aurait été de regarder disons le taux d’appareils à la casse en fonction de leur date d’achat. Ou le taux de retour pour panne en fonction de la première date d’utilisation. Appeler sondage une étude, voilà un glissement sémantique qui ne fait pas peur à notre éconoclaste.

Mais les industriels n’auraient-ils pas intérêt à fabriquer des produits fragiles pour entretenir la demande?
Cette stratégie n’a aucun sens sur le plan économique. Pour prendre un exemple caricatural, il vaut mieux, en terme de marge, vendre 50 euros une paire de chaussettes qui dure un an que 50 paires à deux euros qui vont se trouer au bout d’une semaine. Si tous les industriels ne font pas ce choix, c’est parce que la durée de vie n’est qu’une qualité parmi d’autres. Les machines à laver ont intégré des composants électroniques et des moteurs plus complexes pour économiser de l’électricité et de l’eau. Or l’électronique a une influence néfaste sur la fiabilité. Cette situation n’est pas le fait d’une préméditation sournoise mais de la recherche d’un compromis entre le prix, l’efficacité et la durabilité. L’obsolescence programmée est une (sic) mythe.

Alors là j’ai du mal à croire que l’on puisse être économiste et sortir un pseudo-calcul ras les chaussettes. Car pour calculer une marge, il faut avoir un prix de vente… mais il faut aussi définir un coût de production. Donc essayez de faire le calcul, il vous manque une donnée essentielle. Supposons que fabriquer une chaussette durable me coûte 25 euros. Ma marge est de 25 euros. Supposons que fabriquer une chaussette jetable me coute 1 €, ma marge sur l’année (52 semaines) sera de 52 euros. Merci l’économiste !

On voit pourtant dans un documentaire diffusé sur Arte l’été dernier, Prêt à jeter , l’exemple d’un compteur d’imprimante qui bloque le fonctionnement de l’appareil au bout d’un certain nombre d’impressions…
C’est un exemple très curieux. Ces fabricants ont basé leur business model sur des cartouches très chères et des imprimantes vendues presque à perte. Ils ont tout intérêt à ce que vous gardiez votre appareil le plus longtemps possible pour que vous continuiez à acheter leurs cartouches. Je pense que les ingénieurs avaient besoin d’un compteur pour une raison quelconque et que son blocage n’est qu’un vice de conception involontaire. Il faut bien comprendre qu’ils n’auraient absolument rien à y gagner. Ils prendraient au contraire le risque que, déçu, vous vous tourniez vers la concurrence.

« L’obsolescence programmée est un mythe.»  Et quand on lui exhibe un exemple, voilà que ce compteur d’imprimante devient curieux. Est-ce que les économistes font de la psychologie ? Ah non, ils font des calculs troués avec des chaussettes trouées. Parce qu’ils apprendraient qu’en psychologie, il existe un fameux dilemme, celui du piège abscons (Merci au traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens). En résumé, quand vous avez engagé une dépense, quand vous avez choisi une stratégie, vous êtes éternellement confronté à la question du retour en arrière pour changer de stratégie… au risque de perdre l’investissement de départ.

Je pense faire partie des millions d’utilisateurs d’imprimantes qui se sont posé la question de racheter une imprimante (puisque effectivement elles sont déraisonnablement bon marché) étant donné que la dernière vide entièrement une cartouche par feuille imprimée… Donc oui, on est déçu et on se tourne vers la concurrence. Et l’on a la même déception. Allons plus loin dans la théorie du complot… Et si tous les fabricants d’imprimante s’étaient entendus pour fabriquer des appareils avec les mêmes pièges technologiques ? Il existe aujourd’hui 5 grandes marques d’imprimantes (HP, Canon, Lexmark, Brother et Epson).

Un oligopole, comme dans le secteur de la téléphonie où ma foi, on sait bien qu’il n’y a jamais eu d’ententes sur les prix et les forfaits…

Les consommateurs sont-ils justement assez informés de la durabilité des produits qu’ils achètent pour faire un choix éclairé?
Il n’est pas forcément facile de savoir à l’achat si un produit est conçu ou non pour durer. Mais les contrats de garanties permettent aux constructeurs de faire la promotion de leur fiabilité. C’est un outil de marketing puissant. Les produits à longue durée de vie existent d’ailleurs mais les consommateurs préfèrent souvent se tourner vers leurs équivalents bon marché quitte à en changer plus régulièrement. Les gens disent vouloir des biens durables mais, dans les faits, force est de constater qu’ils aiment bien le changement.

C’est bien mal connaître les gens ! Les gens détestent se prendre la tête avant de choisir, ils craignent de ne pas avoir toutes les billes pour choisir le bon produit. Le moindre appareil existe avec des quinzaines d’options déclinables entre elles. Les gens ne changent que pour remplacer ou bénéficier d’une fonction qu’ils n’avaient pas dans le précédent appareil. Faut vraiment être maso pour croire que des gens changent de machine à laver quand elle marche…

La seule obsolescence programmée tacite et tolérée, c’est la mode. Mais c’est un autre débat.

Comment pourrait-on contraindre les industriels à fabriquer des produits plus durables comme le souhaite Eva Joly?
Il faudrait passer par des garanties obligatoires. Ce n’est pas impossible mais cela aurait un prix. Tous les biens de consommation seraient infiniment plus chers.

D’abord merci pour l’aveu.

En fin de compte, l’économiste reconnaît que les industriels pourraient fabriquer des produits plus durables mais qu’ils ne le font pas. Ou en tout cas, ce ne serait qu’une question de prix. Un prix infini (!) certes mais cela est possible. A l’époque de la télévision noir et blanc, on était capable d’envoyer des hommes sur la Lune, mais aujourd’hui, cela coûterait ‘achement plus cher de faire des objets robustes. Pardon pour la  réflexion de comptoir mais je me demande bien comment on a réussi à nous faire croire que c’était compliqué et onéreux de fabriquer un automatisme qui ne casse pas au bout de 30 cycles. Insidieusement, on essaie de nous faire croire que la durabilité est un luxe !

Et imposer des produits que l’on peut réparer facilement?
Penser un produit pour qu’il soit réparable a aussi un coût. D’autre part, la réparation elle-même est un artisanat et la main d’œuvre coûte cher. Les entreprises sont déjà obligées de vendre très cher les pièces de remplacement pour amortir leur coût élevé de fabrication. Sur le plan strictement économique, réparer n’est pas toujours la meilleure solution.

Merci pour la conclusion qui fait s’effondrer en une seconde tout l’argumentaire précédent.

Oui, sur le plan strictement économique (qui est quand même le plan qui intéresse au plus haut point une entreprise…) réparer n’est pas toujours la meilleure solution. Une entreprise économiquement rationnelle se doit donc de faire des appareils difficilement réparables et pas forcément durables. Certes, il faut savoir distiller ces défauts à bon escient au risque de voir apparaître un concurrent qui proposerait des produits durables et réparables et capterait toute la clientèle. Mais regardons le monde industriel en face.

Il n’y a que des oligopoles et peu de contraintes législatives. Donc aujourd’hui la programmation de l’obsolescence est la stratégie la plus cohérente. On trouvera toujours des contre exemples (téléphones Nokia mais ca va pas fort pour eux en ce moment… en partie pour cette raison de durabilité).

Mais la récente Free-mania permet au moins de mettre en lumière cette évidence. Les industriels qui détiennent un secteur n’aiment pas trop quand on marche sur leurs plates-bandes. Et donc la stratégie est simple. Dégrader les objets pour assurer le business. S’entendre avec la concurrence pour se partager ce business.

L’obsolescence programmée existe. Je l’ai rencontrée.


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Ecrit par Baptiste le 27 janvier 2012 :: Classé dans Ad Hominem,Débat
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Du plomb dans l’aile de la bio

Ce début d’année est morose pour les agriculteurs bio a qui l’on retire une des maigres avancées faites en leur faveur ces dernières années.

En effet, la décision prise au lendemain du Grenelle de doubler le crédit d’impôt accordés aux agriculteurs convertis à l’agriculture biologique n’a pas duré. Elle s’est éteinte avec la nouvelle loi de finance pour 2011 qui divise par deux le montant de ces aides. Pour quelques économies de bout de chandelles et au mépris des engagements pris d’augmenter la SAU française à  6% en 2012 et à 20% en 2020.

Pour le plus grand profit au passage de la filière agro-carburants et d’une France qui restera pour cette année encore un pays qui préfère faire rouler ses voitures (et dans lequel un ministre peut encore se féliciter de n’avoir que 3994 vies sacrifiées directement à cette addiction) que soutenir ses paysans à développer une agriculture de qualité.

Et pour le profit, hélas, d’une vision de la bio qui s’éloigne encore un peu plus de ses racines et des objectifs de proximité de saisonnalité et donc de relocalisation qu’il serait urgent d’encourager. (voir le communiqué de Nature & Progrès)

Ainsi, le souci actuel du citoyen pour sa santé, et dans une moindre mesure pour celle de la planète, sera plus que jamais satisfait à coup d’importations massives et parfois lointaines de produits estampillés bio. Des produits dont les conditions de production sont la plupart du temps fortement  éloignées des principes fondateurs de la bio porteurs de cohérence écologique et sociale.

En effet, en réduisant la bio à une simple technique de production, l’agro-industrie s’est empressée de faire passer à la trappe préoccupations écologiques et  conditions sociales de sa production, pour y calquer celles de l’agriculture intensive. Avec la complicité en premier lieu de la grande distribution mais aussi de distributeurs spécialisés, d’importateurs, de certificateurs et de consommateurs de tomates hivernales ou d’huile de palme bio.


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Ecrit par francoise le 7 janvier 2011 :: Classé dans Débat,Les autres...
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La conférence eco-SAPIENS avec Dominique Bourg et Sébastien Kopp

Comme promis, voici le compte rendu de notre conférence du 3 Décembre autour de la question « Y a-t-il un business model dans la décroissance ?» 

Conférence est un bien grand mot puisque l’idée était bien de profiter de la convivialité et de la simplicité du lieu (l’Equitable Café à Marseille) pour pouvoir discuter décontracté.

Comme cela a duré deux heures, qu’il y a eu environ 30 questions/interventions, il est inconcevable de balancer l’enregistrement tel quel. Voici donc le synopsis.

Développement durable et décroissance

Et si on passait à côté du débat !

le sens bordel !
D’emblée, Dominique Bourg envoie le développement durable aux oubliettes. Non seulement il explique (en s’appuyant sur le rapport de Tim Jackson… on en reparlera) que ce n’est pas possible de découpler croissance économique et prélèvement des ressources, mais il va plus loin encore dans son « apostasie» .

Le Développement Durable aura servi à masquer les questions soulevées par les pionniers de l’écologie qui interrogeaient la notion de croissance. Les 25 années d’essor du DD correspondent au moment où le néolibéralisme s’impose !

Autrement dit, les masques tombent. Le développement durable n’était que de la verdure digérée par le libéralisme. Et on a perdu du temps. Au passage, M Bourg rappelle quelques bases de la littérature décroissante. A savoir que la technologie ne résout pas les problèmes écologiques en raison de deux biais : création de nouveaux besoins donc de nouveaux biens (fuite en avant consumériste) et abaissement du coût de production entraînant une « démocratisation»  des biens (effet rebond).

Il rappelle que des études démontrent que le maximum de bonheur ne correspondent pas au maximum de consommation de biens matériels (ndr: il fallait bien une étude pour ça !)

Sébastien Kopp met lui aussi les pieds dans le plat en disant qu’il avait demandé à changer le titre de la conférence (ce qui est vrai !). Croissance, décroissance, développement durable, on oublie un pilier fondamental, peut-être le seul : celui du sens. Quelle vision, quel projet de société, quelle portée culturelle et artistique ?

Paradoxalement, partant du constat que l’économie a pénétré toutes les sphères du réel, il explique qu’il faut donc créer des entreprises qui ne créent non pas de la richesse ou de la valeur mais qui créent du sens. En espérant que le sens suffira à faire office de marketing…

Je résume cela à la simple question de savoir pourquoi on se lève le matin et si l’on est heureux de se lever ! Etrangement, la recherche de la rentabilité a conduit nombre d’entreprises à trouver des modèles économiques de plus en plus complexes, voire incompréhensibles. D’une certaine manière, on s’éloigne du sens.

Au fond, cette quête obsessionnelle de l’argent démontre justement l’absence de sens. Comme on n’a pas de projet de société, en attendant, chacun cherche à accumuler le plus possible pour le jour où il y aura un projet de société.

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Le pouvoir d’achat et le sens d’achat

Dominique Bourg plussoie ces remarques. Il observe que c’est la même désorientation qui sous-tend la notion de principe de précaution (même s’il n’est évidemment pas contre le principe de précaution).

Vision d’horreur : et demain ? la question du sens sera-t-elle encore possible demain ? Il évoque le projet transhumaniste qui vise à affranchir l’homme de toute limite, notamment l’immortalité.

La question du sens est révolutionnaire. C’est la seule qui soit aujourd’hui tabou. C’est pourtant la première que se posent les sociétés traditionnelles.

Sébastien Kopp raconte. Venant de milieux aisés et ayant fait de bonnes études, on ne se pose pas la question si « entreprendre » est facile ou difficile ». On se dit  juste « si ce n’est pas nous qui le faisons, qui le fera ? ». On a fait une boîte pour travailler dedans mais aussi pour pouvoir se procurer la basket dont on rêvait.

Il mentionne les plus-values de la basket Veja (coton bio, agro-écologie, seringueros, payer le caoutchouc au prix qu’il faut pour laisser la forêt en pied).

Après 3 ans, ca marche. Mais on devenait des petits patrons un peu cons… Qu’est-ce qui se passe dans l’entreprise ? On pourrait être en SCOP par exemple. Pour l’instant on a plafonné les écarts de salaires.

Le projet est chouette mais si c’est pour finir patron en 4×4, on rate l’essentiel ! Paradoxalement, la première prime pour la coopérative brésilienne a été dépensée pour avoir des antennes télévisions… alors qu’il manquait tout là-bas ! Mais on ne peut rien dire. Ou alors on tombe dans le neo-colonialisme.

La consommation est un vote ! A pas tant que ça, on peut changer les choses rien que par le choix des achats !

Ecouter la partie 2

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Contradiction et polémique sur EDF

Je rappelle les 3 modes d’eco-SAPIENS. L’information pour expliquer et convaincre par la raison. Le comparateur de produits pour la facilité d’accès, convaincre par la pulsion. Et enfin, l’entreprise elle-même qui a choisi la cohérence selon l’adage attribué à  Gandhi : « L’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul ». Statut coopératif et La Nef.

Sébastien Kopp évoque en plus le fournisseur d’électricité verte Enercoop dont Veja est sociétaire et client. Mais il s’étonne de voir que ces acteurs exemplaires soient aussi peu connus finalement et que les principaux concernées fassent faux bond. Ainsi Les figures médiatiques de l’écologie pourraient les propulser en y adhérant.

J’évoque mon expérience personnelle où, invité à la Fondation Nicolas Hulot, j’avais expliqué que je relaierai les actions quand la fondation changera de banque pour la Nef (eco-SAPIENS ainsi que ses salariés sont à la Nef)

Ca tombe bien, Dominique Bourg fait partie de la Fondation Nicolas Hulot. Il reconnaît que ce pourrait être un formidable echo. Mais il faut savoir lier les deux : petites initiatives exemplaires d’un côté et grosses machineries un peu inertes de l’autre. Si FNH ne va pas chez Enercoop, c’est parce qu’on reçoit des sous d’EDF. C’est effectivement une contradiction.

A la question posée pour savoir si la fin justife les moyens, Dominique Bourg rappelle que pour gagner en indépendance, il faut avoir beaucoup de dons personnels. Or les attaques climato-sceptiques ont sensiblement fait baisser cette part de don. Comme il travaille aussi avec EDF, il ne veut pas qu’on laisse croire qu’EDF est une entreprise de 150 000 salauds. Le monde n’est pas manichéen. Il faut savoir assumer ses contradictions. Enercoop a au moins le mérite d’inspirer EDF.

Sébastien Kopp répond qu’on a pas vraiment le temps d’attendre qu’EDF change.

Si Enercoop devient « en terme de taille » comme EDF, Enercoop deviendra-t-elle « en terme de valeur » comme EDF ?

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Avalanche de questions

Peut-on réduire l’Amazonie à sa valeur marchande ? Viable est préférable à rentable ?
Les initiatives porteuses de sens progressent mais sont petites. N’est-ce pas la course du vélo contre le TGV ?

Malheureusement, toutes ces belles initiatives ne font pas système.
Voire !

Sempiternelles questions sur les pauvres (au Sud comme au Nord) à qui on ne peut pas demander de faire une fort supplémentaire (l’éco-consommation est souvent plus chère).

Sébastien Kopp: Ceux qui ont la possibilité de le faire ne le font malheureusement pas. On vise les salaires medians. Or ils ont une vraie responsabilité car ils ont la gouvernance financière, intellectuelle et culturelle. Et c’est ceux-là qui ne changent pas !

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Salauds de pauvres

Internet va vite et permet de connecter ce fourmillement d’initiatives « sensées» . Il manque certainement une incarnation (politique ? syndicale ?)

On a tellement peur de froisser les gens qu’on ose plus dire en face qu’ils dépensent mal leur argent. L’argent n’a qu’une valeur. Mais ne véhicule plus de valeurs…

Anecdote des salariés Moulinex qui manifestent contre la délocalisation de leur usine alors qu’ils achètent de l’électro-ménager chinois.

Beaucoup d’interventions pour démontrer que le choix par exemple d’une alimentation bio, ne dépend pas vraiment du revenu.

Ecouter la partie 5

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12 questions pour finir

En tout, il y aura eu 30 interventions dans la salle. C’est bien !

Sans pub, comment Veja s’est fait connaître ?

Veja peut continuer à se développer sans croître ?

Le système s’effondre aussi car même physiquement les gens s’effondrent (observateur de la Sécurité sociale)

Quid Enercoop ? Les certificats verts ? Les AMAP ? le statut SCOP

Relation Travail/Consommation

Ecouter la partie 6

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Encore un grand merci à Sébsatien Kopp de Veja, à Dominique Bourg bien sûr, à l’Equitable café pour l’accueil chaleureux (même si on a été privé de fanfare !) et des bises à l’Elephant du poulailler qui assure toujours pour transformer des citrouilles en carrosse.

La bande complète de 1h45min est disponible mais pèse 100 Mo !


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Ecrit par Baptiste le 15 décembre 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...,Participez
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Y a-t-il un business model dans la décroissance ?

eco-SAPIENS va avoir 3 ans.

Vendredi 3 décembre 2010, nous allons fêter cela. C’est à dire que nous allons d’abord examiner les comptes en présence des sociétaires présents. Puis nous allons voter les trucs sérieux. Puis nous irons au café. Plus exactement à l’équitable café.

Pour tout Marseillais aux nerfs un peu vifs, l’équitable café, juché désormais en haut du Cours Julien, c’est un lieu inexpugnable. On peut y boire une grihette en rentrant du boulot bien sûr. Mais on peut aussi assister aux nombreuses projections, conférences et concerts organisés.

Donc vendredi soir, c’est nous, en quelque sorte, qui sommes à l’honneur. On a donc la grihette, pour sûr. Et on s’est dit qu’on pouvait aborder de front la question que tout le monde actuellement se pose :

Y a-t-il un business model dans la décroissance ?

Forcément comme çà, c’est un peu provocateur. Le business model, c’est un concept de capitalistes qui rappelle bien que peu importe le goût de la soupe que l’on vend, l’essentiel c’est de la vendre. Comment vendre plus de soupes ?

A l’opposé, la décroissance consiste à se demander s’il est bien nécessaire de vendre plus de soupes s’il s’avère qu’elle n’a pas bon goût. Ou qu’elle est toxique. Ou qu’elle fait mourir les poissons. Ou qu’elle asservit des enfants dans la chaîne d’embouteillage…

On en a parlé récemment, le philosophe Dominique Bourg, pape et pionnier du développement durable commence à renier cette chimère. « Trop tard !»  dirait-on. Le monde du business a déjà digéré ce concept pour en troubler le sens originel.

Du coup, le monde alternatif recule dans les tranchées sémantiques. Et se positionne contre le développement durable, le green business et revendique lentement mais sûrement la décroissance.

Le problème avec la décroissance, c’est qu’elle oblige à déconsidérer la notion de rentabilité financière. Alors que cela restait crucial dans le développement durable. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le développement durable pouvait dire à une entreprise qu’elle était utile, pertinente, écologique et sociale mais que, malheureusement, il fallait arrêter car ca ne dégageait pas assez d’argent. « Ca va pas être possible…» 

En quelque sorte, la décroissance dirait qu’il faut quand même le faire et que pour l’argent, il faudrait par exemple songer à dépenser moins pardi ! (comme ca on consomme encore moins)

Surtout, d’un point de vue individuel, nous sommes de plus en plus nombreux à nous poser des questions sur la finalité de cette société de marché. Parfois, j’ai le pressentiment que des écologistes de conviction sont plus à la recherche d’une bonne idée de business model (« ah tiens :  ca n’a pas encore été fait, faut que je me place !» ) qu’à une recherche authentique de qu’ils veulent, savent et peuvent faire.

Or, quand on voit dans quel monde de galères survivent les entrepreneurs éthiques, on en vient à se demander si au final, l’éco-consommation peut faire vivre ses acteurs.

Alors on posera cette question à Dominique Bourg, qui nous fera l’honneur de sa présence. On la posera aussi à Sébastien Kopp des baskets Veja. On la posera à tous ceux qui viendront.

On en viendra, c’est certain, à se demander au fond ce qu’est ce drôle de truc qui nous fait vivre de manière arraisonnée et qui s’appelle… l’argent !


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Ecrit par Baptiste le 17 novembre 2010 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Les autres...,Participez,Un peu sur nous
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SPIPOLL : Ca fout le bourdon

Comme vous le savez sans doute, 2010, c’était l’année de la biodiversité. Je parle à l’imparfait volontairement. A l’image des grands enjeux de ces dernières années, le rendez-vous biodiversité a suivi inexorablement le même scénario. On s’enthousiasme au début. Et à la fin on repart la tête baissée.

Aussi le sommet de Nagoya sonne le glas de la vieille polémique concernant le « coût de la nature« . Débat qui, comme le rappelle Patrick Blandin, date de quasiment un siècle.

Je vous invite à visionner l’intervention de ce professeur émérite au Muséum d’Histoire naturelle, lors d’un colloque Iddri filmé par la webTV terre.tv

Pour ceux qui préfèrent lire, je résume le propos.

En 1923, lors du premier congrès international pour la protection de la nature, Louis Mangin résume les raisons pour lesquelles nous devons préserver la biodiversité. Outre les hautes valeurs (esthétique, moral) il dit qu’il faut aussi mentionner les valeurs purement économiques. Mais en discours de clôture, le président de la LPO dit « les arguments économiques, ca ne marche pas» .

En 1948, Jean-Paul Harroy, premier secrétaire général de l’UICN, reconnaît qu‘il faut des arguments anthropcentriquement utilitaires pour convaincre les masses.

Jean Dorst, auteur de Avant que nature meure et vice-président de l’UICN constate que bien qu’ayant à disposition tous les arguments utilitaristes et rationnels pour sauver la nature, nous ne la sauverons que si nous lui donnons un peu d’amour

Bref, ne nous illusionnons pas, l’argumentaire économique ne date pas d’aujourd’hui. Et si force est de constater que si les arguments moraux ont failli, les arguments utilitaires ont également failli.

Alors pourquoi s’obstiner à vouloir que les écologistes adoptent le langage des économistes pour sauver les meubles ? Allons-nous faire bégayer l’Histoire pour réaliser après coup, encore une fois, que la technique du pied dans la porte ne marche pas ? Les économistes parlent un langage qui, malheureusement, est de plus en plus déconnecté de la réalité.

Je crois que sur la question de la monétarisation des services rendus par la nature, il faut redevenir intransigeant. Non la nature n’a pas de coût. Non, il ne faut pas que le vivant rentre dans le marché. Comme le dit l’Institut Inspire, c’est bien au marché de rentrer dans le vivant.

Aussi, je rejoins tout à fait Patrick Blandin quand il dit que la crise de la biodiversité, le dérèglement climatique sont surtout révélateurs d’une crise éthique. C’est la crise éthique qui explique la crise écologique qui explique la crise économique, qui explique la crise sociale.

Et à l’origine de cette crise éthique qu’y a-t-il ? Là les réponses manquent !

Puisque l’on parle du Muséum National d’Histoire Naturel, peut-être avez-vous entendu parler de cette initiative qui consiste à demander à tous les citoyens de faire l’inventaire de la nature. Par exemple un programme appelé « observatoire des bourdons»  où chacun peut rapporter ce qu’il a observé comme bourdon. Après le web 2.0, voici la science 2.0 !

Ca paraît bien sympathique au premier abord. On se dit que c’est une manière de sensibiliser et d’impliquer le grand public. Malheureusement, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Je vous livre cette lettre adressée au président du muséum, à propos du programme SPIPOLL et du programme Observatoire des Bourdons (merci Veolia !).

Lettre ouverte à M. Gilles Boeuf pour dire «Halte aux programmes pseudo-scientifiques» du Muséum National d’Histoire Naturelle

Monsieur le Président,

Le Muséum lance avec le label «2010 année internationale de la diversité biologique» une opération de Suivi Photographique des Insectes Pollinisateurs nommée SPIPOLL. Comme entomologistes attachés à l’analyse
scientifique rigoureuse, nous émettons un avis unanimement négatif sur ce programme. Nous sommes convaincus que la démarche du SPIPOLL est totalement en dehors de l’étude de la diversité biologique. Elle est dangereuse pour
la connaissance
.

UNE IMPOSTURE SCIENTIFIQUE
Tout dans le montage du SPIPOLL montre un amalgame volontaire qui mélange artificiellement la sensibilisation du public et la production de prétendues données scientifiques. La plate-forme du SPIPOLL fait croire au public qu’il peut identifier lui-même les insectes photographiés grâce à une aide en ligne. C’est impossible. Aucune donnée ne sera validée par les experts, ni même utilisable un tant soit peu, notamment parce que l’aide en ligne, aussi attrayante soit-elle, n’est absolument pas fiable.

Cette aide en ligne peut aboutir, au mieux, à ce qu’un quidam est capable
d’identifier :  une «forme d’insecte » qui ne correspond ni à une espèce, ni à aucune entité dont la donnée serait exploitable pour l’étude de la diversité biologique. Des expériences similaires menées au Royaume-Uni par
le «Bumble-bee Conservation Trust» et par «Buglife» ont déjà montré que les données issues de ces programmes étaient très largement inexploitables.

UN PROGRAMME IMPROVISE SANS LES ENTOMOLOGISTES
Les initiateurs du SPIPOLL s’appuient sur l’expérience du programme de «Suivi Temporel des Oiseaux Communs» (STOC) qu’ils prétendent transposer aux insectes pollinisateurs. D’une part, cela démontre une grande méconnaissance de la faune pollinisatrice: les abeilles sauvages ne s’identifient pas comme les oiseaux. Elles comprennent beaucoup plus d’espèces sur le territoire de la France métropolitaine et leur systématique est bien connue pour être ardue en comparaison d’autres insectes.

D’autre part, alors que le programme STOC est encadré par des ornithologues chevronnés qui notent la présence des oiseaux à partir de critères comme le chant, dans le cas de SPIPOLL le public est livré à lui-même sans validation par des experts. Cette absence de validation possible par des experts provient de ce que ceux-ci sont rares et occupés à
du travail scientifique, et parce qu’ils n’accordent pas la moindre confiance à une telle opération. Ceci explique peut-être qu’aucun spécialiste n’ait été intégré dans l’équipe de SPIPOLL. Tout indique que SPIPOLL est une opération déplacée qui n’a aucun fondement entomologique, ni dans son initiation, ni dans son déroulement, ni dans sa validation, ni dans son exploitation. Les contacts qui ont été pris entre des entomologistes et des représentants de SPIPOLL (Réunion d’Orsay, janvier 2010) ont montré une totale incompréhension de ces derniers vis-à-vis des
préoccupations et des nécessités du monde des insectes et de leur étude.

C’est une opération de communication déguisée d’un vernis pseudo-scientifique qui ne peut produire aucune information utile ni sur la diversité des espèces, ni sur la richesse des communautés, ni sur la conservation. Elle ne peut mener rapidement qu’à une grande déception du public, dès lors qu’elle est dès le début mal accueillie par la communauté scientifique et associative et qu’aucun résultat tangible ne peut en être espéré.

UN GASPILLAGE DE FONDS PUBLICS
SPIPOLL détourne l’argent public qui aurait pu être mieux utilisé pour des études scientifiques réelles. La France a accumulé un retard considérable sur la connaissance de sa faune pollinisatrice. L’analyse de la diversité des insectes pollinisateurs devrait reposer sur l’identité des espèces, en associant au maximum les laboratoires compétents et les associations entomologiques efficaces. Malheureusement, ni ces laboratoires, ni ces associations n’ont reçu ne serait-ce qu’une fraction de la manne financière considérable dont bénéficie le programme SPIPOLL.

Une autre opération, l’Observatoire des Bourdons, qui porte également le sigle du muséum est un programme de la même veine, qui est mené par une équipe sans expérience sur les bourdons. Il apparaît comme un support de
communication pour le groupe industriel financier VEOLIA
, ici encore sans validation ni soutien scientifique.

Nous remarquons, dans le même temps, que la section d’Entomologie du Muséum, et d’autres sections qui se consacrent à la surveillance efficace de la Faune et de la Flore, souffrent d’un manque de moyen flagrant. SPIPOLL et l’Observatoire des Bourdons dilapident des fonds dont la connaissance scientifique et la bonne vulgarisation manquent cruellement. Nous estimons que ces opérations nuisent fortement à la réputation, à l’image et au fonctionnement même du Muséum d’Histoire Naturelle.

Nous souhaitons, Monsieur le Président, attirer votre attention sur ces opérations initiées, au nom du muséum, vers des pseudo-sciences très loin des exigences de la bonne science et de la communication publique de qualité qui ont construit la réputation mondiale de l’institution dont vous avez la responsabilité.

Nous recommandons au muséum de mettre fin à ces opérations, ou, au minimum, de prendre des distances claires vis-à-vis de ces initiatives.

Prof. Pierre Rasmont
Directeur du Laboratoire de Zoologie de l’Université de Mons, Belgique Rédacteur-en-Chef des Annales de la Société entomologique de France.
Partenaire du programme européen STEP de surveillance de pollinisateurs

Dr. Denis Michez
Chargé d’enseignement au Laboratoire de Zoologie de l’Université de Mons, Belgique
Membre du Conseil Supérieur Wallon de la Conservation de la Nature
Partenaire du programme européen STEP de surveillance de pollinisateurs

Dr Nicolas Vereecken, Evolution Biologique et Ecologie, Université libre de Bruxelles

Stuart Roberts, président de BWARS, National Society dedicated to studying and recording bees wasps and ants in
Britain and Ireland
Partenaire du programme européen STEP de surveillance de pollinisateurs

Bernard Vaissière, président de l’Observatoire des Abeilles, pour l’étude, l’information et la protection des abeilles sauvages en France
Partenaire du programme européen STEP de surveillance de pollinisateurs


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Ecrit par Baptiste le 28 octobre 2010 :: Classé dans Botaniqus,Débat
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De retour des universités négaWatt (le futur a un avenir !)

canards en mareLe week-end dernier s’est tenue la 4ème édition des universités négaWatt. Pour ceux qui ont raté quelques épisodes précédents, rappelons que l’association négaWatt est un consortium d’experts qui prospecte pour un scénraio énergétique jouable. Ils sont à l’origine du fameux facteur 4, qui dit qu’on peut vivre mieux en consommant quatre fois moins d’énergie, en divisant par quatre nos émissions de CO2.

Ironie du sort, le lendemain c’était le 10/10/10 que de savants récupérateurs en communication ont décidé de célébrer sous le mot d’ordre: -10% d’émissions en une année. Comme le dit le site 1010global.org, « Big tasks are easier if broken up into smaller, manageable pieces – and 10% this year is much more tangible and achievable than, say, 80% by 2050″ [Les grands chantiers deviennent plus faciles à réaliser quand on les divise en petites tâches à remplir. Et -10% cette année, c'est bien plus tangible et atteignable que de dire 80% en 2050]

Bref, le 10/10/10 c’est la première marche. On refera peut-être sept fois un petit coup de -10%. En 2015, 2020, 2025, 2030, 2035, 2040, 2045 et hop ! l’affaire est pliée.

Allons ! Cessons d’être sarcastique devant cette enième opération de matraquage ès communication qui n’a au fond que deux intérêts : compter les troupes et organiser des fêtes et des cocktails géants. Voilà, c’est du court-terme, de la sensibilisation light, ce n’est pas mon truc.  Et même si je suis toujours exaspéré de voir que BNP, le MEDEF et consorts affichent leurs logos pour l’opération, je ne vais pas taper dessus.

Tout simplement parce que l’avenir se joue ailleurs. En coulisses.

Et que se passe-t-il dans les coulisses ? Et bien en France en tout cas, ce n’est pas joli joli. Qui veut encore se souvenir qu’il y a eu un Grenelle de l’environnement ? Un peu de respect pour les défunts !

Un exemple tiré au hasard, et exhumé lors d’une table ronde des universités négaWatt. Celui du rapport pondu en plein mois d’août par la France pour expliquer comment elle allait respecter la directive européenne sur les énergies renouvelables. Un vrai devoir de vacances : bâclé, irréaliste et incohérent. Nouvelles amendes en perspective là où d’autres pays européens voient plutôt cette directive comme une opportunité.

Autant le dire tout de suite, les universités négaWatt, c’est technique ! Même si c’est ponctué de bons moments humoristiques et conviviaux, on navigue entre graphes et tableurs.

Qui sait faire les bons cafés ?

Tiens ! Un chiffre utile à retenir. La consommation d’un distributeur de boissons dans un bureau : 3 000 kWh/an. En gros, ca coûte 365 euros au porte-monnaie et 129kg de carbone (je ne rentre pas dans les détails pour savoir pourquoi j’ai retenu un coefficient  de 43 g de CO2/kWh… sachez juste que je suis clément envers l’ADEME -cf cahier n°27 de Global Chance).

En résumé, huit distributeurs de boissons  sont équivalents à un aller-retour Paris-New-York. C’est ballot non ?

On pourrait ainsi enfiler certains chiffres histoire de mettre à plat les enjeux. Le scénario négaWatt est extrêmement simple dans la mesure où l’on remplit déjà la moitié des objectifs rien qu’avec la sobriété. On aura beau dire que l’on va fabriquer des distributeurs moins énergivores ou qu’il seront alimentés par photovoltaïque, ils auront toujours la mauvaise habitude de faire des gros et des diabétiques, comme le dit Olivier Sidler du cabinet Enertech.

D’ailleurs, si vous ne connaissez pas le bonhomme, ca vaut le détour. En écoutant sa tribune, je me disais deux choses.

1) Que ca peut être bien d’être ingénieur finalement… Suffit juste de savoir pour qui et pour quoi on déballe son ingéniosité. J’avoue être pas mal fâché avec ma formation tant j’ai l’impression qu’elle ne sert qu’à fabriquer des petits soldats pour optimiser cette société suicidaire.

2) Qu’il y a peut-être un business model dans la décroissance ?

Monnaie de singe

Entendons-nous bien. Je ne pense pas que Olivier Sidler soit un partisan de la décroissance. Il fait ce qu’on appelle des ESCOS (Energy Service Company). De toute façon, il faudrait longuement redéfinir la décroissance. Je crois juste qu’il a du bon sens:

  • Je mesure la consommation d’un bâtiment.
  • Je fais un devis pour dire comment je vais pouvoir faire réduire et optimiser cette consommation énergétique.
  • Je fais les travaux.
  • Je mesure après.
  • Je démontre que la bâtiment a fait des économies.
  • Je prends des sous sur les économies ainsi réalisées.
  • Tout le monde y gagne !
  • Sauf EDF bien sûr…

Puis, entendons-nous sur l’usage volontairement provocateur de « business model« . En demandant s’il y en a un dans la décroissance, ne suis-je pas dans la récidive du développement durable ? A voir…

Autour de moi, il y a plein d’ingénieurs qui aimeraient faire du Olivier Sidler. Mais faut bien vivre. Alors on finit chez EDF (par exemple). Ce qui est certain, c’est que désormais que le concept de négaWatt est popularisé, il faut voir comment on fait vivre celui de négaEuro !

Y a-t-il un business model dans la décroissance ? Ce sera le thème notre fête pour les 3 ans de la SCOP eco-SAPIENS, le vendredi 3 décembre à Marseille. Avec (peut-être) un invité prestigieux dont on a déjà parlé !


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Ecrit par Baptiste le 11 octobre 2010 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Les autres...,Un peu sur nous
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Comme pris d’un doute avec Philips

Prenons un peu de recul…

Il existe dans ce monde une grande entreprise, d’origine néerlandaise, qui s’appelle Philips. Le grand public la coudoie par ces produits électro-ménagers mais aussi pour son label musical (du classique). On connaît aussi Philips par ses activités dans le domaine médical (appareils d’imagerie) et en tant que principal constructeur de demi-conducteurs.

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il y a deux gammes de produits où la marque domine tous les autres. Les ampoules basse conso et les biberons (via sa marque Avent).

Ce mercredi 23 Juin, suite à l’avis rendu par l’AFSSA, l’agence française sanitaire, le fameux Bisphénol A est interdit. D’abord, vous remarquerez que vous pouvez continuer à acheter des articles avec bisphénol A. En clair, c’est interdit mais on peut continuer à en vendre

C’est une fabuleuse épopée que celle du bisphénol A. D’abord car on suspecte cet additif aux plastiques d’être dangereux depuis 80 ans. Mais c’est vrai que c’est bien pratique, alors l’inertie industrielle et mercantile a réalisé des tas d’études, avec diverses agences sanitaires (la plus connue étant la FDA américaine, dont on a reparlé avec les histoires de Monsanto) le tout pour montrer qu’avec les quantités employées, y a pas de danger.

C’est possible.

D’autant que le BPA n’est pas que dans les biberons, il est surtout dans le revêtement intérieur des boites de conserve. Mais ca, bizarrement, c’est moins évoqué.

Alors un jour un pays a dit « ca suffit ! On interdit« . C’est la Canada qui a inauguré la voie le 18 avril 2008. Suivi quelques années plus tard par les Etats-Unis (5 mars 2009). Curieusement, la marque Avent (propriété de Philips, donc) ne se cache pas d’avoir des biberons sans BPA disponibles dans ces deux pays depuis 2008 mais cela a tardé pour la France.

On imagine que l’entreprise se plie aux normes spécifiques de chaque pays. Comme disait Pascal… « Vérité en-deça des Pyrénées, erreur au-delà« . Sauf que… en terme de santé, on ne comprend pas bien pourquoi on continue à vendre des produits dangereux pour les bébés français là où les bébés nord-américains sont épargnés.

A l’époque où eco-sapiens relayait cette histoire de BPA (en mai 2008, pionniers ?) j’avais regardé l’argumentaire de Philips. Il a disparu et c’est dommage car j’aurais bien aimé voir le changement de discours. Aujourd’hui, c’est disponible à cette adresse. En clair, Philips fait tout pour passer au BPA-Free et donc, progressivement, le BPA va disparaître. N’est-ce pas une manière de reconnaître que ce produit n’est pas si inoffensif tel qu’il fut présenté l’année dernière ?

On peut aussi se dire que c’est l’AFSSA qui a été moteur. Celle-ci fanfaronne en appelant une mobilisation de l’industrie (…) pour mettre au point des substituts du BPA pour les usages alimentaires.

Rappelons que le Canard Enchaîné avait épinglé au départ l’agence pour collusion d’intérêts: certains experts avaient une deuxième casquette dans l’industrie du plastique. Un peu comme la FDA et l’évaluation des OGM (cf le documentaire de M-M Robin).

En même temps… reconnaissons qu’il n’y  pas meilleur expert que quelqu’un qui a fait carrière dans le secteur concerné. C’est toute la difficulté du monde politique à pouvoir créer des organismes indépendants qui disposeraient d’autant de moyens que les multinationales. Saviez-vous que l’IFREMER a été co-financé par Total pour évaluer l’impact de la marée noire Erika, payée par AREVA pour évaluer la radioactivité au large de la Hague ?

Je ne dis évidemment pas qu’il faille pour cela dénigrer nos chers instituts « indépendants» . Il n’y a pas corruption généralisée. Il y a juste des gens qui, par la force des choses, se côtoient, apprennent à se connaître et peuvent parfois verser dans une certaine empathie, et donc une certaine indulgence.

Le principal problème, c’est que le citoyen s’imagine que la science est neutre et définitive. Or elle est temporelle, géographique, culturelle, sociale et, lâchons le mot, humaine.

L’anecdote BPA suffit à montrer la malléabilité du concept innocuité selon les pays et les âges…

Mais au fait, les ampoules basse conso Philips ? Eh bien, j’ai comme le sentiment vague et improuvable que l’histoire se répète. Pour favoriser le business des ampoules basse conso, on établit des lois visant à interdire les perfides ampoules à filament. Oh il a suffi de quelques mois pour que la polémique sur ces nouvelles ampoules enfle. Mercure, rayonnement, problème du recyclage… Mais c’est trop tard. A la rigueur, on interdira les fluo-compactes pour imposer les LEDS.. quand les fabricants seront prêts !

Alors on se demande si ce sont les industriels qui s’adaptent aux lois ou si ce sont les lois qui organisent l’obsolescence générale pour le bonheur des marchands.


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Ecrit par Baptiste le 24 juin 2010 :: Classé dans Débat,Participez
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Quad et écologie, la Quadrature du cercle

quadJe souhaite partager l’étonnement qui fut le mien quand je suis tombé sur ce plaidoyer en faveur du quad qui est donc, paradoxalement, un engin particulièrement écologique.

C’est disponible sur le site journalduquad, et ca vaut son pesant de cacahuètes. Un véritable exercice de contorsion mentale pour démontrer que contrairement aux apparences, il n’y a pas plus écologique que ce chétif véhicule tout-terrain.

Extraits

le quad (bien utilisé) est sûrement le véhicule qui dégrade le moins les chemins :

Grâce à leur large surface de contact et leur basse pression,  leurs pneus exercent sur le sol moins de pression au cm2 qu’un marcheur ou un cheval, faisant moins ou aucun dégâts sur leur passage. Cela permet par exemple d’intervenir en zone sensible sans abîmer la végétation au sol. cela été notamment le cas lors du nettoyage des côtes Bretonnes polluées par la dernière marée noire. La pression au sol d’un marcheur est le double de celle d’un quad, et celle d’une voiture est 10 fois supérieure… Ne parlons pas de celle d’un tracteur moderne !

Amis randonneurs, j’espère que vous ressentez une certaine honte de participer à l’enfoncement des chemins !

Au fait, petit calcul de coin de table pour avoir des ordres de grandeur.

Sachant qu’un quad pèse 160 kg en moyenne, qu’il repose sur 4 pneus de 22 cm de largeur, et en considérant que la longueur au contact est de 11 cm (dépend de la pression des pneus, environ un quart du diamètre que nous prendrons ici à 50 cm). N’oublions pas de rajouter le poids de l’enduriste et nous calculons:

pression surfacique=(poids véhicule + poids usager)/(longueur x largeur x nombre de roues)
=(160+70)/(11*22*4)
=0,24 kg/cm2

Chouette !

Pour le piéton, la surface d’un pied masculin (bah oui j’arrive pas à me défaire de l’idée que c’est un truc d’homme le quad) étant à peu près de 192 cm2 et sachant que même s’il a deux pieds il les utilise l’un après l’autre, ca nous donne simplement

pression surfacique=(poids personne)/(surface pied*nombre de pies en contact)
=70/192
=0,36kg/cm2

Caramba ! J’exerce effectivement plus de pression sur mes chemins que le type en quad ! Ah c’est décidé, je suis convaincu, je vais en acheter un pour soulager la planète.

Reprenons nos esprits et reconnaissons que c’est une petite victoire car les résultats sont en fait du même ordre de grandeur. Ce n’est pas pour vous recommander de marcher avec des raquettes mais je crois qu’il est dommage de se focaliser sur cette histoire de pression car le principe d’un chemin, c’est justement d’être ce mince filet réservé au passage humain au milieu de la végétation. En réalité, il faudrait regarder la largeur de ce qui passe et là pas de doutes, le quad requiert une plus grande envergure pour faire passer ses quatre roues.

Mais voyons la suite

La majorité des quads utilisés en France pour la randonnée sont de type utilitaires, peu puissants ( un 250 cc Arctic-Cat développe 8,8 Chevaux aux roues arrières… soit la puissance d’un cyclomoteur moderne ), et leurs utilisateurs ne sont généralement pas des férus de vitesse. De nombreux agriculteurs possédant un quad à usage professionnel en profitent pour randonner le week-end…

Enfin, les moteurs sont principalement des quatre-temps de faible cylindrée, très silencieux. Certains modèles homologués ont désormais des pots catalytiques. La consommation moyenne d’un quad de 250 / 300 cc est de l’ ordre de 1,5 à 2 litres à l’heure…

Des quads électriques existent à l’étranger (USA principalement) et un prototype roule en France désormais.

On se demande pourquoi tous ces efforts de pot catalytique et de moteur électrique si le quad est écologique. Ah mais c’est pour être encore plus écologique. Bon, et si vous comprenez l’histoire des agriculteurs qui utilisent leur quad pour aller randonner, je veux bien une explication.

Mais venons-en à la conclusion qui est la raison pour laquelle j’ai pris la peine d’écrire ce billet.

Enfin, je rappellerais aux éventuels « allergiques»  aux véhicules à moteur dans nos beaux chemins, que seul le passage régulier de véhicules entretient les chemins, sans quoi ils retournent immanquablement à l’état de broussailles infranchissables. Chaque année des milliers de kilomètres de chemins disparaissent ainsi.

Amoureux des chemins, n’hésitez pas à vous armer de tronçonneuse (!), débroussailleuse, ou tout autre instrument contondant :-) pour redonner près de chez vous aux chemins à l’abandon leur vocation initiale : y circuler…

On se demande comment les civilisations antérieures, sans leurs engins à moteur, sont parvenues à nous léguer ces routes et chemins que nous utilisons aujourd’hui. Les études historiques concordent en effet toutes sur le fait que les itinéraires n’ont quasiment pas changé depuis la préhistoire. Bref, les centaines de générations qui nous ont précédé n’ont manifestement pas eu besoin du quad pour entretenir le réseau vicinal.

Et ceux qui ont arpenté un jour le plateau du Vercors par exemple, ont bien remarqué que des chemins de randonneurs existent sans qu’aucun moteur n’ait accompli la besogne.

Passons enfin sur les outils contondants (adjectif qui signifie justement « blesser sans couper» …à l’inverse de ce qu’écrit l’auteur) car là on tombe un peu dans la loi de la jungle. Indéniablement les chemins disparaissent trop. La faute d’abord aux politiques communales qui délaissent parfois le rôle du garde champêtre. Rien de mieux que de réhabiliter un chemin que la végétation aurait recouvré. Encore faut-il se demander si ce chemin sert encore, et à autre chose qu’à faire du quad…?

Et demandons-nous si cet abandon de nos chemins n’est pas d’abord lié à notre relation au déplacement qui est une relation de la vitesse, de l’efficacité et du loisir. Toute ressemblance avec un engin à quatre roues est bien entendu fortuite.

En tout cas, je trouve assez dément de dire aux gens en quad de penser à ramener des tronçonneuses pour faire eux-mêmes leur chemin. Dans mon village, il y a un chemin qui disparaît lentement. Nous avons fait une demande en mairie pour qu’il soit réhabilité. En six mois, ce fut fait. Bref, les chemins étant collectifs, il serait bon que ce genre de décision se prenne en collectivité et pas à la tronçonneuse individuelle.

Pour finir, j’éprouve à vrai dire une vive compassion avec l’auteur de ce texte. Je pense qu’il aime sincèrement les grands espaces et qu’il souhaite préserver la beauté des paysages. Devant la contradiction manifeste et insoluble avec sa grande passion motorisée, il tente de justifier par tous les moyens leur compatibilité.

La quadrature du cercle.

Il serait tellement plus simple d’assumer ce penchant anti-écologique. Je préfère mille fois que ce genre d’individus me dise « je sais c’est pas terrible mais cette passion est plus forte que moi» . En ce cas, nous pourrions presque repartir bons amis juste parce que je préfère l’honnêteté intellectuelle à la fausse bonne conscience écologique.


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Ecrit par Baptiste le 14 avril 2010 :: Classé dans Les autres...
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Marques et artistes, liaisons dangereuses ?

la_canalisation_marques-et-artistes

C’est le titre de la deuxième conférence-débat dite « La Canalisation» .

Évidemment, on revoit à Dali qui faisait sa publicité pour des nouilles. Mais à l’époque, je ne sais pourquoi, c’était amusant.

Surtout, il ne s’agit pas de savoir si des célébrités doivent s’acoquiner avec des grandes marques. Qu’un footballeur ou qu’un journaliste fasse des « ménages»  c’est un problème de morale personnelle.

L’art s’y mêle et s’emmêle quand des artistes n’existent que parce qu’elles ont trouvé, en quelque sorte, mécène à leur pied.

Mais si les Médicis et les Valois ont su révéler les artistes que nous connaissons, pourrons-nous en dire autant de ce mercato où grandes enseignes et artistes indépendants s’apprivoisent.

Personnellement, je crois qu’on retiendra plus un Banksy qu’un QUIK

Arrêter les incantations. Connecter les initiatives. Initier le changement.

Dans un système économique où les marques sont omniprésentes, où le secteur marchand subventionne l’Art et où les artistes se réduisent trop souvent à des placements financiers, l’art devient-il une nouvelle forme de marketing ?

La CANALISATION réunit le fonds de dotation Agnès b., l’artiste JR, des historiens et des publicitaires afin de mieux comprendre les relations entre marques et artistes.

Rappelons que la première Canalisation portait sur la publicité et sa pollution de l’économie. Là, on s’intéresse à la pollution de l’Art.

On espère qu’un troisième volet s’ouvrira sur la pollution du Savoir par la publicité. Avec le pullulement des pseudo sites « informatifs»  genre info-pesticides.org (développé par le lobby des pesticides), ou parlons-cosmetiques.com (réponse de l’industrie cosmétique sur les effets du parabens) ou encore envidedebienmanger.com (développé par l’industrie laitière pour expliquer les bienfaits des produits laitiers…) et l’invasion dans les lieux publics de brochure sur le nucléaire, la viande et consorts, il va bien falloir savoir d’où vient notre savoir !

Mais bon, chaque chose en son temps. Gloire aux artistes !

Infos pratiques:

  • Animé par le journaliste John Paul Lepers, le débat aura lieu le vendredi 9 avril à 19h00 au Comptoir Général (80 quai de Jemmapes à Paris)
  • Apéritif libre avec vodka équitable, dégustation de vins et pizzas bio
  • Et le site internet de La Canalisation

citation


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Ecrit par Baptiste le 6 avril 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...
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On ne peut pas demander aux pauvres de décroître

ombres-de-qui

« Parlez de décroissance aux Chinois et aux Indiens et ils vont rire aux éclats» 

« Comment osez-vous parler de décroissance quand la moitié de l’humanité vit dans la misère ?» 

« C’est facile de prôner la décroissance quand on vit confortablement» 

Il y a dans ce genre de remarques une véritable exégèse à réaliser. L’écrivain Léon Bloy s’amusait à répertorier les clichés discursifs et les proverbes populaires de son temps. Qu’ils semblent « allant de soi»  ou remplis de sagesse, on peut toujours les dégonfler et on y sent alors, par l’odeur exhalée, les parfums idéologiques de l’époque.

Or quoi de plus immoral que de demander aux plus pauvres d’être encore plus pauvres ?

Il faut sérieusement prendre les objecteurs de croissance pour des imbéciles ou des monstres pour leur prêter de telles velléités. Bien sûr, le débat ne se situe pas ici. Il est question de réinterroger ces notions de pauvreté/richesse.

  1. D’abord qu’est-ce que la pauvreté ?
  2. Pourquoi y-a-t-il de la pauvreté quand le monde est si riche ?

A la première question, pas vraiment nouvelle d’ailleurs, nos sociétés modernes tentent actuellement une approche normative en définissant la « richesse» . Les nouveaux indicateurs (commission Stieglitz/Sen par exemple) ne doivent évidemment plus se cantonner au Produit Intérieur Brut car cela reviendrait à ne parler que de richesse matérielle.

Naïvement, on peut être porté à croire qu’un pauvre est celui qui ne peut pas obtenir ce qu’il désire. Là où un riche peut se l’offrir. Mais c’est méconnaître les processus de mimétisme qui font qu’en général, on désire justement ce que l’on ne peut pas s’offrir, car on désire rejoindre la classe immédiatement supérieure à laquelle nous appartenons. Tout ceci pour dire que la pauvreté n’est pas une affaire individuelle et personnelle mais au contraire fort collective et sociale*.

Après, on peut dire qu’il y a quand même des besoins vitaux (un toit, de l’eau potable, des soins, de la nourriture) qui permettent de dire « ceux-là sont pauvres» . Ils n’ont même pas le minimum. J’avoue personnellement ne pas avoir d’opinion claire là-dessus. Car, comme souvent, c’est un véritable continuum que cette histoire de besoins vitaux. Nous pourrions adopter un point de vue cynique en déclarant que celui qui réalise un emprunt sur 30 ans pour acheter son appartement de 30 m2 est « pauvre» . Il doit troquer 30 ans de sa vie pour un toit.

Cette remarque peut paraître déplacée car on sent bien que ces deux pauvretés ne sont pas comparables. Et en effet elles ne le sont pas. Et c’est justement ce qu’il fallait démontrer ! A savoir, que la pauvreté est une histoire toute relative. Que la frustration et la comparaison à autrui sont indissociables du sentiment de pauvreté.

Mais du coup, venons-en à la deuxième question: pourquoi y a-t-il de la pauvreté ?

Ceux qui sont un peu renseignés savent que les pays du Sud sont pauvres parce qu’ils sont exploités. On pourrait accumuler les exemples de nations aux ressources naturelles fantastiques (pétrole, diamant, or, cuivre…) mais qui ne profitent jamais à la population. Les pays du Nord ont mis le grappin dessus, ont favorisé ou entretenu des régimes autoritaires pour que l’exploitation se poursuive.

Présenté ainsi, cela semble manichéen mais c’est une explication bien plus satisfaisante, d’un point de vue moral comme d’un point de vue historique, comparée à une autre explication que j’ai déjà entendue… Genre : ils sont paresseux, pas mûrs pour la démocratie etc…

Mais regardons aussi la pauvreté au sein même de nos sociétés. Les statistiques sont, quand on s’y arrête un peu, ahurissantes ! En France, 8 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté (défini ici à 60% du revenu median**) En clair, 13% des Français vivent sur un revenu inférieur à 900 euros/mois. Parmi eux, 800 000 sont tout simplement SDF…

Il y a quelques jours, un jeune d’une vingtaine d’années s’est assis à côté de moi dans le métro. Il m’a demandé s’il pouvait me demander quelque chose. Il était SDF depuis deux mois mais il avait la chance de pouvoir dormir dans une cage d’immeuble. Au fur et à mesure que je lui posais des questions, il m’expliquait que sa mère acceptait de le nourrir une fois par semaine, l’obligeant ainsi à s’en sortir par lui-même. Auparavant, il était préparateur médical. Il m’a confié être extrêmement stressé à l’idée de faire la manche. C’est pour cela qu’il le faisait de manière privée.

A défaut d’argent je lui ai donné des chèques-déjeuners***. Tout à la fin de notre échange, il m’a dit qu’il y a quelques mois, il arrivait à s’en sortir, qu’il avait même pu acheter un super écran plat. Il a beaucoup insisté là-dessus. J’imagine que ce devait vraiment être important.

Bon. Je n’ai rien répondu. Je me voyais mal déballer ma critique de la télévision et de la consommation gadget. J’ai secrètement espéré qu’au moins il n’irait pas au McDonald avec mes tickets…

Et puis je me suis dit à quoi bon. Que je ne pouvais pas comprendre et qu’il me fallait du coup respecter ses choix qui ne sont pas les miens. Souhaitant qu’il s’en sorte et que, débarrassé des soucis matériels, il puisse justement questionner ces envies toutes matérielles.

Il n’empêche que je me suis fait la réflexion que c’était une société bien paradoxale, celle où l’on peut dépenser pour de fastueux écrans plasma avant de se retrouver à la rue.

J’ai beaucoup de doutes sur ces questions de misère et de pauvreté pour la simple raison que je ne les ai jamais côtoyées. Mais j’ai tout de même des certitudes relatives à certaines expériences. Ce sont souvent les plus pauvres qui donnent le plus ! Et les plus riches les plus pingres…

On peut aussi se dire qu’il faille en fait renverser la causalité ! Les riches sont riches parce qu’ils sont radins/prévoyants/sobres. Les pauvres le sont car ils sont insouciants/trop généreux/dépensiers.

Bof…

Voilà, quand on me prend pour un irresponsable à souhaiter la décroissance, sous le prétexte qu’il y a des pauvres, je ne réponds rien. Il n’y a rien à répondre.

Cependant je continue de m’interroger.

Je sais évidemment très bien que mon détracteur n’a pas plus d’idée que moi sur ce qu’est au final la pauvreté ou la misère. Qu’il n’est évidemment pas plus que moi dans la tête des Indiens à qui il prête 1 milliards d’aspirations uniformes. Bref qu’il fait des généralités. Qu’il fait plutôt de la pensée réchauffée.

Finalement, le plus grand problème de la pauvreté, c’est de n’avoir pas de porte-parole là où la richesse chante à l’unisson: « Croissance !» 

* Baudrillard, dans un renversement dont il est coutumier, disait que ce n’est pas la croissance qui augmente les inégalités. Ce sont les inégalités qui font la croissance. En bref, la société matérialiste et productiviste a besoin d’inégalités, c’est à dire de disparités riches-pauvres pour entretenir la frustration et la jalousie, moteurs du productivisme.

** Chèque déjeuner (Une SCOP !) plutôt que Ticket Restaurant (Groupe ACCOR qui fait plutôt dans le greenwashing…) Voilà, comme ca, vous savez que ce n’est pas pareil ;-)

*** Le salaire médian est le salaire  tel que la moitié des salariés de la population considérée gagne moins et l’autre moitié gagne plus.

Salaire tel que la moitié des salariés de la population considérée gagne moins et l’autre moitié gagne plus.

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Ecrit par Baptiste le 24 mars 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...,Poïesis
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