Blog des eco-SAPIENS
Ethique = Cohérence

Petit tour de lecture

Comment surprendre encore dans le domaine de la littérature écologique ?

Aujourd’hui, de nombreux ouvrages paraissent, fort présentables et fort intéressants.

Rares sont ceux qui apportent de nouveaux éléments à la réflexion. Le plus souvent, ils dressent avec brio un état des lieux (cette actualisation est toujours de plus en plus angoissante: bois, poissons, pétrole, changement climatique, santé, perte du lien social…) qu’ils contrebalancent  tout de go avec des exemples porteurs d’espoir (telle association au Brésil, telle industrie en Scandinavie, tel penseur aux Etats-Unis, tel agriculteur en France etc)

En fait, on peut presque dire qu’avec une poignée d’auteurs anciens (Gorz, Latouche, Meda, Baudrillard, Ellul), un peu de spiritualité et un peu de culture historique, on est en mesure de savoir ce qu’on ne veut plus et là où l’on veut aller.

La littérature spécialisée contemporaine permet juste de décliner en cas pratiques et parfois fort éloquents comment les problématiques se matérialisent. Des fois qu’on aurait besoin de preuves. Après tout, la disparition des poissons c’est dur à évaluer quand l’océan est à jamais opaque pour nos yeux…

Personnellement, si quelqu’un vient à me parler de la crise grecque, je ne peux qu’avoir un sourire malicieux. Voici donc le bouc-émissaire. Les Grecs-qui-paient-pas-d’impôts.
Quelques minutes auparavant, ce furent les agences de notation.

Un peu plus tôt les marchés financiers.

Et voici que nous boucs favoris, les Chinois-qui-savent-pas-bosser-et-qui-font-que-de-la-contrefaçon, sont devenus une nuit nos principaux sauveteurs.

Désolé mais sur moi, ca ne fonctionne pas !

Quiconque réfléchit un instant sur ce qu’est l’argent ne peut que constater qu’à l’instar de l’écologie, tout a déjà été dit (Aristote, Marx, Simmel, Mauss) et que ces méga-évènements financiers ne sont là aussi que des déclinaisons pratiques dans un monde où les hautes technologies permettent de décupler les effets.

Avant Ponzi escroquait 40 000 personnes pour 15 millions de dollars. Aujourd’hui Madoff tape le 65 milliards de dollars. 60 fois le capital d’Air France. Si si ! Vous avez vu 60 compagnies couler le jour où l’escroc fut écroué ? Non ? Normal.

Nous vivons dans un monde fini et il y a en tout et pour tout autant de créances que de dettes. Les concentrations furtives, les nodosités de capital n’ont pas d’autres vocation à re-circuler un jour ou l’autre. Seul souci: certains confondent la fin et les moyens et croient qu’il faut stocker l’argent. Or rappelons cette évidence… l’argent se sert à rien si l’on ne l’utilise pas au bout d’un moment…

D’ailleurs un méchant-actionnaire-toujours-plus-avide-de-rendement a souvent pour ambition de faire beaucoup de profit pour pouvoir ré-investir. Et accessoirement acheter une piscine chauffante d’intérieur…

Ah si seulement il s'était appelé Fonzi !

Que vous possédiez une maison ou du cash, tout se résume à la confiance (le fameux fiduciaire – la foi). On vous donnera un équivalent cash pour votre maison que si la personne qui l’achète croit (crédit de credo) vraiment que cette maison nécessite un troc, certes amélioré.

Et bien entendu, il y a des niveaux de confiance qui semblent comme irréels. La faillite d’un état ? Quelque chose qui a existé dans une relative sérénité pendant des siècles peut soudain s’effondrer. La crise grecque aurait tout autant pu arriver il y a cinq ans, ou dans dix ans ou jamais.

Cela paraît irrationnel ? Assurément ! Tout autant est irrationnelle la décision des marchés de lâcher le Grèce. Croit-on vraiment que des indicateurs techniques et objectifs permettent de dire « c’est maintenant qu’il faut passer à la caisse.» 

L’humain garde encore une part d’irrationnel. Son rapport au futur l’est encore plus : angoisses, espoirs et volontés. Et que dire d’un groupe d’humains ? Plus encore ! D’un groupe d’humains tournés vers le futur. Complètement irrationnel. Forcément…

Il paraît plus sage d’accepter cette irrationalité. De reconnaître que l’argent permet simplement de contenir et de palper un peu de tangible dans cette irrationalité.

Il convient aussi et surtout, un moment donné, de retrouver sa lucidité, entrevoir de nouveau l’état d’égrégore qu’est l’argent. Et revenir in fine à la base. La politique ! A savoir : quel monde désirons-nous ?

Si la Nature, notre banquier en bout de chaîne ne peut fournir cette demande, il faut simplement revoir nos désirs. Ce n’est pas une parole en l’air que de dire que crise écologique et crise économique sont l’avers et le revers de la même pièce.

Et non pas partir du « de combien d’argent disposons-nous ?» 

Bref, nous sommes aujourd’hui en train de compter nos pénates, vous savez ces dieux pétrifiés d’origine étrusque.

Compter. Trancher. Amputer. Vénérer. Craindre.

Là où il nous faudrait, pour dégager l’horizon, briser les statues.

Publicité familiale !

La maison d’éditions Le Cavalier Bleu sort une collection consacrée au développement durable et dénommée Edden (tout un programme).

Sabine Rabourdin étant co-fondatrice historique du site eco-SAPIENS, il est bien normal de recommander son livre qui est un formidable pensum sur l’énergie ! Je le sais, je l’ai lu ! Et en plus Le Monde en dit du bien !

Vers une nouvelle révolution énergétique ?

De tout temps, l’homme a été avide d’énergie pour satisfaire ses besoins… sans trop utiliser la sienne ! De la maîtrise du feu au Paléolithique à la non-maîtrise du nucléaire à Fukushima, le rapport de l’homme à l’énergie fut toujours placé sous le signe de la domination, économique, sociale ou politique.

Or, il est clair aujourd’hui que la course à la puissance énergétique est indissociable du chronomètre de la Terre et de la manière dont les hommes sauront prendre en compte ses limites.

Quelles options reste-t-il ?

Après le feu et la machine à vapeur, une troisième révolution énergétique semble aujourd’hui inéluctable.

Sera-t-elle dans la lignée des précédentes ou à contrecourant ?

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Ecrit par Baptiste le 10 novembre 2011 :: Classé dans Débat,Les autres...,Poïesis
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Hausser le ton

manchots observateursL’automne arrive.

Et c’est comme si personne ne s’intéressait aux derniers mois qui cloront 2011. C’est bien simple ! Octobre, Novembre et Décembre 2011 n’existent que virtuellement.

Tout le monde a hâte de passer à 2012. Car tout le monde se dit que l’on pourra remettre les compteurs à zéro.

Nouvelles élections présidentielles. En France bien sûr mais aussi, ne l’oublions pas, aux Etats-Unis.

Ainsi, de même que le Grenelle de l’Environnement est définitivement considéré comme un échec voire même un fumigène, la politique verte tant attendue par Obama vient de subir un sérieux revers.

L’association Respire et Fabrice Nicolino mentionnent (par-ci, par-là) cette tribune de Robert Redford, soutien médiatique d’Obama lors des élections, contre le président américain. L’acteur qui murmure aux oreilles des chevaux n’a pas su visiblement avoir celle d’Obama.

feux tricoloresCertains peuvent se demander que vient donc faire le people Redford dans cette histoire. Personnellement, jusqu’à la lecture du roman culte Le Gang de la clé à molette de Edward Abbey, et donc au passage la merveilleuse préface de Robert Redford dans la version française, j’ignorais aussi que l’acteur avait une sérieuse culture écologiste.

C’est à dessein que j’emploie le terme culture, de même que l’on parlerait de culture générale.

Voilà, Redford est déçu de voir que les actes ne suivent pas les discours. Les élections arrivent à grand pas et c’est le retour du pragmatisme. Pragmatisme industriel s’entend.

Certains diront que la crise est passée par là et que dans les conditions actuelles (vous savez ? la Grèce, le CAC 40 sous les 3 000 points, la note américaine dégradée de AAA en AA+, etc.) il faut d’abord se soucier d’emplois et de finances.

A n’en pas douter, comme tout le monde se focalisera sur 2012, dans le culte du RAZ (remise à zéro des compteurs), on ne peut que prévoir des crispations de toute part.

Pourtant, c’est bien maintenant, avant 2012, qu’il faut opérer ce changement de culture.

Facile à dire bien sûr ! D’autant qu’il y a de quoi se démoraliser encore plus en apprenant au passage que la cour d’appel de Paris a prononcé un non-lieu à propos des retombées du nuage de Tchernobyl en France. Les malades de la thyroïde (entre autres) ne peuvent que se résigner. Leur cancer n’a rien à voir.

Soyons plus précis et plus honnêtes à propos de ces cancers de la thyroïde car ceci est très instructif.

moto hondaD’abord, c’est un cancer avec un bon prognostic (on n’en meurt pas, il se « soigne»  bien). Certes.

Le plus déconcertant, c’est cette phrase extraite du site de la Ligue contre le cancer. L’association reprend à son compte le rapport de l’Institut de veille sanitaire.

Des études épidémiologiques avec calculs de risque ont montré que l’augmentation du nombre de cas de cancers thyroïdiens en France ne pouvait être imputée à l’accident nucléaire de Tchernobyl.

En réalité, dans la grande majorité des cas, les cancers de la thyroïde se développent sans cause précise.

Relisez donc.

On constate une augmentation depuis 20 ans. On sait que ce n’est pas Tchernobyl. Mais on ne sait pas la cause. Et l’on sait quand même que, majoritairement, c’est sans cause précise. Le raisonnement est évidemment contradictoire (on ne connait pas la cause mais on sait que ce n’est pas Tchernobyl).

Je ne dis évidemment pas que les auteurs du rapport mentent. Ou que la Ligue trompe le grand public. Je constate juste que rationnellement parlant, cela ne tient pas la route. Et comme tout citoyen lassé du discours lénifiant et abscons tenu par l’industrie nucléaire (y compris dans ses aspects sanitaires), je ne peux que développer de la méfiance.

Cette semaine, Jean-Luc Porquet a rappelé que, catastrophe oblige, malgré seulement un cinquième du parc nucléaire japonais en activité, l’archipel nippon ne s’est pas arrêté de vivre. Et ne s’éclaire pas à la bougie.

Ils ont, c’est incroyable, réduit leur consommation. Comme quoi c’est possible. Dommage que cela soit subi et qu’il faille une catastrophe pour avoir la preuve que oui, il est temps d’amorcer une décroissance énergétique.

Sus au gaspillage. Vive l’isolation. Haro sur la maîtrise de l’énergie et l’efficacité. Et enfin: place aux renouvelables.

Vous croyiez que les compteurs vont redémarrer en 2012. Détrompez-vous, le 29 septembre, l’association négaWatt présente son (tant attendu) scénario 2011.

Mais j’ai bien peur que cela soit déjà complet.


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Ecrit par Baptiste le 7 septembre 2011 :: Classé dans Poïesis
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Des livres sur l’écologie qui valent de l’or

Ecologie et politique GorzC’est l’été et on emmène avec soi les livres que l’on a pas eu le temps de lire pendant l’année.

On va profiter du farniente pour se mettre enfin à ces bouquins qu’on a stockés quelque part avec la mention « à lire dès que possible» .

Quant à moi, le dernier, je le montrais à un ami qui a aussi le goût de la lecture et de l’écologie. C’est un vieux livre qui a échu, j’ignore tout à fait comment, dans ma bibliothèque. Quelqu’un l’aura oublié.

Il s’agit de Ecologie et Politique signé André Gorz/Michel Bosquet.

André Gorz, c’est un peu l’initiateur et le théoricien de l’écologie politique. Michel Bosquet, c’est un peu pareil… puisqu’il s’agit de la même personne !

A savoir qu’André Gorz signait Michel Bosquet dans ses chroniques pour le journal Le Nouvel Observateur.

Où l’on découvre au passage que ce magazine n’a pas toujours été un catalogue de ventes (montres, voitures…) pour jeunes et moins jeunes CSP+…

Ecologie et Politique, c’est en réalité un recueil d’articles parus dans différents journaux et revues. On est autour de 1976 et rien qu’aux premières lignes, on comprend que tout a été dit (et fort bien dit) il y a quarante ans.

Extrait de l’introduction (la suite est ici):

L’écologie, c’est comme le suffrage universel et le repos du dimanche : dans un premier temps, tous les bourgeois et tous les partisans de l’ordre vous disent que vous voulez leur ruine, le triomphe de l’anarchie et de l’obscurantisme. Puis, dans un deuxième temps, quand la force des choses et la pression populaire deviennent irrésistibles, on vous accorde ce qu’on vous refusait hier et, fondamentalement, rien ne change. La prise en compte des exigences écologiques conserve beaucoup d’adversaires dans le patronat. Mais elle a déjà assez de partisans patronaux et capitalistes pour que son acceptation par les puissances d’argent devienne une probabilité sérieuse.

Alors mieux vaut, dès à présent, ne pas jouer à cache-cache : la lutte écologique n’est pas une fin en soi, c’est une étape. Elle peut créer des difficultés au capitalisme et l’obliger à changer ; mais quand après avoir longtemps résisté par la force et la ruse, celui-ci cèdera finalement parce que l’impasse écologique sera devenue inéluctable, il intègrera cette contrainte comme il a intégré toutes les autres.

C’est pourquoi il faut d’emblée poser la question franchement : que voulons-nous ? Un capitalisme qui s’accommode des contraintes écologiques ou une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes du capitalisme et, par là même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur environnement et à la nature ? Réforme ou révolution ?

Ne répondez surtout pas que cette question est secondaire et que l’important, c’est de ne pas saloper la planète au point qu’elle devienne inhabitable. Car la survie non plus n’est pas une fin en soi : vaut-il la peine de survivre dans « un monde transformé en hôpital planétaire, en école planétaire, en prison planétaire et où la tâche principale des ingénieurs de l’âme sera de fabriquer des hommes adaptés à cette condition » (Illich) ?
Si vous doutez encore que c’est bien ce monde que les technocrates de l’ordre établi nous préparent, lisez le dossier sur les nouvelles techniques de « lavage de cerveau » qu’une revue vient de faire paraître : à la suite de psychiatres et de psycho-chirurgiens américains, des chercheurs attachés à la clinique psychiatrique de l’université de Hambourg explorent, sous la direction des professeurs Gross et Svab, des méthodes propres à amputer les individus de cette agressivité qui les empêche de supporter tranquillement les frustrations les plus totales : celles que leur imposent le régime pénitentiaire, mais aussi le travail à la chaîne, l’entassement dans des cités surpeuplées.

Il vaut mieux tenter de définir, dès le départ, pour quoi on lutte et pas seulement contre quoi. Et il vaut mieux essayer de prévoir comment le capitalisme sera affecté et changé par les contraintes écologiques que de croire que celles-ci provoqueront sa disparition, sans plus.

Mais d’abord, qu’est-ce, en termes économiques, qu’une contrainte écologique ? Prenez par exemple les gigantesques complexes chimiques de la vallée du Rhin, à Ludwigshafen (Basf), à Leverkusen (Bayer) ou Rotterdam (Akzo).

Pardonnez la longueur de l’extrait mais je trouve amusant de voir un aussi bon résumé des perceptions de l’écologie (accompagnement du capitalisme qui aboutira inéluctablement à un techno-fascisme ou rupture totale et décolonisation de l’imaginaire). Avec en prime une petite mention de Bayer…

La suite est encore mieux mais pour la lire… il vous faudra chercher désespérément le livre. Il n’est plus édité. C’est déjà un collector. 90 euros d’occasion sur Amazon.

C’est cet ami qui m’a alerté de l’introuvabilité de l’ouvrage. Et ca m’a rappelé un autre livre qui, lui, a une place attitrée dans la bibliothèque. Le guide de l’anti-consommateur de Dorothée Koechlin de Bizemont et Martine Grapas. A l’argus des bouquinistes, il tourne autour de 60 euros.

Ce livre, c’est un peu le guide du grand ménage de Raffa version 1970. Plein de recettes pour nettoyer, se faire beau, manger et que sais-je encore.

Du coup, je me suis demandé s’il y avait des livres encore plus côtés dans ce domaine qu’est l’écologie (politique ou pratique !).

Evidemment, il ne me vient pas à l’idée de vendre ces bouquins. Non que je sois attaché aux objets (je m’en veux même de prendre des notes directement sur des livres… dont j’apprends après coup, qu’ils ont une valeur marchande). Mais simplement parce que je suis un indécrottable lecteur qui trouve que c’est quand même plus pratiqe de tourner des pages que de scroller sur une souris ou de slider sur une tablette…

Et vous, vous avez des lectures onéreuses cet été ?

PS: l’occasion de rappeler l’existence de la Bibliothèque de l’écologie (billet) tenue par un fada !


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Ecrit par Baptiste le 5 août 2011 :: Classé dans Débat,Poïesis
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Google et la danse du panda

Coïncidence des temps modernes, le panda est ces temps-ci vivement critiqué.

A ma gauche, le Panda WWF, épinglé par le journaliste Fabrice Nicolino dans son livre « Qui a tué l’écologie ?»  L’ONG n’a jamais daigné répondre aux critiques et préféré continuer à manger les pousses de bambou.

Malheureusement, ca chahute chez les salariés de l’emblématique association. Il serait vain de raconter ce qui se passe dans l’arrière cuisine. Chaque fois qu’une association environnementale se déchire, c’est toujours une perte pour le monde écologiste.

Le scénario est toujours identique d’ailleurs : entre militants, salariés et dirigeants; et toujours à propos de l’éternel débat réformiste/radical.

On se souvient par exemple des agitations au sein de la Fédération France Nature Environnement. On se souvient aussi du réseau Sortir du Nucléaire et son porte-parole Stéphane Lhomme (qui sévit encore lors des primaires de l’écologie). En ce moment donc, c’est au tour du panda français d’inspecter son pelage noir et blanc (symbolique !).

Google réduit les inégalités…

Et à ma droite ?

A ma droite, je veux parler d’un panda moins connu des naturalistes mais bien connu des spécialistes du web. Panda est le nom choisi pour le nouvel algorithme de Google.

Google, tout le monde connaît. Ou croît connaître…

Le Dieu Internet, le moteur de recherche le plus époustouflant qui soit, les google maps, le gmail, le google images mais aussi, pour ceux qui y travaillent les Adwords et Adsense. J’ai déjà expliqué pourquoi eco-SAPIENS n’achète pas de mots clés sur Google. Aussi absurde que cela puisse paraître pour une structure totalement tournée vers le Web, eco-SAPIENS continue de défendre sa conception du rôle et de la nature de la publicité.

Malgré une fois, ce coup de fil de Google, nous demandant pourquoi nous ne passions pas à la caisse.

C’était au mois de Juillet 2010. Nous avions répondu que nous aimions beaucoup Google (c’est objectivement vrai si l’on mesure tous les services rendus par cette firme… avec des contreparties franchement peu agaçantes quand on voit les pratiques sur le web). Nous avions simplement répondu que payer pour être mieux affiché, autrement dit, faire de la pub, était contraire à notre philosophie.

Certains prendront cette philosophie pour de la radinerie. C’est leur droit. Tout le monde a droit à l’erreur !

Revenons à nos moutons. Ou plutôt à cet animal algorithmique qu’est Panda. En clair, Google a voulu débarrasser le web des tricheurs. En ligne de mire, ce que l’on appelle les « content farms»  (fermes de contenu). Des sites qui produisent du contenu à la chaîne juste pour le référencement. Et aussi les agrégateurs de contenu qui ne produisent pas de contenu mais l’aspirent et le classent. Typiquement des agrégateurs de blog comme paperblog ou wikio.

Mettons nous à la place de Google. C’est lui qui est censé avaler le web, le trier, l’ordonner et fournir à l’internaute le résultat de sa requête. Quel intérêt pour lui de renvoyer vers des annuaires, des guides et des portails ? Hop, on les squeeze et on renvoie directement vers l’article, le produit, la source originelle.

Pas bête !

Informations: le noeud gordien du producteur/diffuseur

Et la question qui brûle les lèvres est : comment distinguer une source d’une fontaine ?

C’est à dire, pour prendre le cas d’eco-SAPIENS, comment savoir si nous sommes plutôt un relai d’informations ou un producteur d’informations. A cette question, il est impossible de répondre tant nos articles sont un mélange, un croisement, une mise en perspective de plusieurs sources.

Cette question hante la littérature. La mythologie romaine n’est qu’un réarrangement de la mythologie grecque qui l’avait pompée aux Egyptiens qui eux-mêmes l’ont copiée sur les Mésopotamiens. (Ici, l’histoire de l’écriture s’arrête… ou plutôt commence…*)

Cette question hante le journalisme. Un journaliste n’est là que pour faire le pont entre une source et un lecteur. Parfois il enquête, mais le ne créé pas l’étude scientifique, ou le discours politique qui permet de réaliser le papier.

Cette question hante la science et la philosophie. Heidegger s’amusait à plaisanter qu’après les Grecs, les 2500 ans de philosophie pouvaient être considérés comme des notes de bas de page…

Il se trouve aussi qu’aujourd’hui Google propose un moteur de shopping. Forcément, les comparateurs de prix apprécient y voient un vrai concurrent. Leguide.com a déjà perdu 50% en bourse par exemple.

Parallèlement, des webmasters amateurs publient ce genre de message sur les forums: « +100% pour mon site que j’avais abandonné il y a deux ans« .

Pour résumer la situation, Google redistribue les cartes.

D’une certaine manière, il va à contre-courant de l’évolution de ce monde en réduisant les « inégalités»  de trafic.

D’ailleurs, vous pouvez déjà observer ces effets sur Google.

Tiens ! Une requete au hasard, faite pour retrouver quelle était l’étude scientifique qui avait épinglé la migration de DEHP (un phtalate) depuis les bouteilles plastiques. Tapons DEHP science et observons les résultats fournis par Google. La moitié des liens renvoient vers HP… Hewlett Packard et un vers l’auteur H.P. Lovecraft. Bref, à côté de la plaque. Certes la requête était un peu spécifique mais beaucoup témoignent déjà du fait que depuis début Juillet, les résultats fournis par Google sont moins bons qu’avant.

A-t-on déjà vu une entreprise sortir une version moins performante de son produit phare ? Jamais… sauf Microsoft bien sûr.

Analyse de la mutation du Web: recherche perso vs. buzz collectif

Deux idées me traversent l’esprit. Google a aussi lancé en catastrophe son Google plus qui se veut concurrent du réseau social Facebook. Indéniablement, nous n’utilisons plus le web comme il y a deux ans.

Auparavant, nous naviguions par recherche. Aujourd’hui, nous naviguons par recommandation.

Pour le dire autrement, la communication (même sociale) l’a emporté sur la technique.

Nous étions décontenancés par la masse d’informations offerte par le web. Heureusement le moteur de recherche nous permettait d’y naviguer efficacement.

Aujourd’hui, nous sommes toujours décontenancés mais nous avons fait le deuil de trouver quelque chose dans cette toile immense. Nous demandons alors aux autres de nous dire ce qu’ils ont trouvé d’intéressant.

La deuxième chose, c’est cette histoire de ruée vers l’or que représente Internet aujourd’hui. Je veux parler du mythe du petit site sur le web qui va faire boule de neige et hop, à la fin, le créateur/blogueur/webmaster est célèbre, payé et… ne fait pas grand chose. Ah le doux rêve de la rente Internet !

Soyons certains d’une chose. Si Google rebats les cartes en faveur des sites mineurs, c’est bien parce qu’il trouve un intérêt stratégique.  D’abord de contraindre les sites google-dépendants à moins compter sur le référencement naturel et plus sur le référencement payant. Puis de redonner espoir à la légion de sites zombies qui, n’en doutons pas, requinqués par une augmentation inopinée de trafic, va décider d’y investir un peu de moyens…

Aujourd’hui que le Panda est lâché en France, après avoir fait ses dégâts aux Etats-Unis et en Angleterre, tout le monde s’interroge sur l’évolution du web à venir. Bien malin celui qui pourra prophétiser là-dessus.

Mais face à cette débauche de moyens et ces révolutions ininterrompues, on en vient à se dire que la seule valeur sûre tient dans la formule « small is beautiful« …

* Hommage à Borges !


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Ecrit par Baptiste le 5 juillet 2011 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Poïesis,Un peu sur nous
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Quoi de plus normal que des germes dans des graines germées

Ding dong !

J’ai un Coli pour vous ! Un Escherichia Coli.

Ding Dong !

J’ai entendu que les graines germées étaient contaminées.

Or, qui mange des graines ? Ce sont les Bio Bobos.

Et ca venait d’Allemagne où ca mange bio dans chaque Länder. Je ne vous traduis pas l’expression manger des graines en allemand. Ce serait indécent… Le mot Samen comporte en effet un deuxième sens que la déontologie m’empêche d’expliciter.

Bref. Après la mélamine dans le soja, voici donc le germe dans la graine germée.

Et hop la suspicion s’installe ! Et dans l’inconscient collectif, plutôt que de tuer le concombre espagnol (Almeria ?), on introduit subrepticement l’idée que manger bio n’est pas sans risque. Que les filières industrielles sont peut-êtres plein de pesticides mais qu’au moins tout est irréprochable d’un point de vue sanitaire.

Canard LaspidAlors que dans la bio, les conditions d’hygiène laissent forcément à désirer.

Si le ministère a débloqué des fonds pour sauver les producteurs de concombre et de salades, ca m’étonnerait qu’il mette la main à la poche pour compenser le naufrage annoncé des vendeurs de graines germées… et des agriculteurs bio en général.

Tout ceci est d’autant plus absurde que les médias n’ont fait que répeter en boucle la même information: « des graines germées. Nord de l’Allemagne. Graines germées. Allemagne.» 

Mais à eco-SAPIENS, nous pouvons vous confirmer que le producteur incriminé travaille effectivement en bio. Quelles graines germées au fait ? Alfalfa ? Du soja (ou pour être exact du haricot mungo, cette confusion fait partie des grands mystères de ce monde…) ? Nous ne le saurons pas.

Mais si l’on va sur le site de Gärtnerhof Bienenbüttel, on voit explicitement le coupable :là, ce chien qui se balade innocemment dans les champs. Le voilà qui s’apprête à intoxiquer les Teutons !

On aurait aimé voir tant d’émotion politique lorsque la grippe aviaire sévissait dans les poulaillers industriels d’Asie.

Ah mais non, rappelez-vous, on nous disait de nos méfier des canards sauvages !

Et pendant ce temps, on parle de réintroduire les farines animales… Cherchez l’erreur !

Crédit Photo: Laspid Canard du Lundi

PS: Plus sérieusement, quelques conseils à propos des graines germées sont disponibles sur eco-SAPIENS.


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Ecrit par Baptiste le 10 juin 2011 :: Classé dans Débat,Poïesis
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Zadig et Voltaire ? Références dépassées !

Que n’accable-t-on pas ce cher porte-parole du gouvernement !

Si le monsieur avait baigné dans un autre milieu, peut-être aurait-il eu une culture plus honorable !

Exercice de style où l’on imaginerait un homme politique qui aurait eu d’autres références vestimentaires…

Votre opéra préféré ?
L’opéra de quat’rues

Votre héros de dessin animé
Laspid y Gonazles

Votre livre préféré
La vie devant soie
Lucien Zazaou dans le métro

Votre essai préféré
Ethos et Thanathos

Votre scientifique préféré
g=9.8

Votre boisson préférée

Le koka Kolam

Votre livre de philo ?
Ainsi parlait Zaza Factory
Le Prince de Machja Weil

Inspiré par http://twitter.com/#!/search?q=%23bibliolefebvre


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Ecrit par Baptiste le 4 avril 2011 :: Classé dans Ad Hominem,Poïesis,vidéo
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Philosophie de la clé à molette

J’entame l’oeuvre phare de l’écrivain américain Edward Abbey Le gang de la clef à molette. Pour la petite histoire, il m’avait été signalé par le seul libraire itinérant spécialisé dans l’écologie.

D’une manière générale, la littérature écologiste est peu connue en France, et encore plus quand elle nous vient des Etats-Unis.  On évoquera avec un sourire condescendant (à tort !) Walden de Henry David Thoreau, considérant qu’il s’agit d’un récit daté et anecdotique (que penser en effet d’un livre où l’on a la comptabilité des clous, des planches et des haricots ou encore des deux pages évoquant une bataille de fourmis rouges contre des fourmis noires…)

Voilà pour la littérature romanesque ou autobiographique qui a traversé l’Atlantique. Car, en vérité, seuls les essais passent l’Atlantique. La désobéissance civile de ThoreauPrintemps Silencieux de Rachel Carson (accessible via la récente maison d’édition Wild) et Effondrement de Jared Diamond.

Après la préface signée Robert Redford (sic !) et les premières pages, on sent déjà la force et la radicalité de l’auteur. Edward Abbey, surnommé le Thoreau de l’Ouest, est en fait un infatigable arpenteur de désert. Ceux de l’Utah, de l’Arizona, du Nouveau-Mexique… Un tempérament solitaire donc. Un amoureux de la nature sauvage. Et un adversaire des laides cicatrices techniciennes.

Le gang de la clef à molette réalise donc ce que tout écologiste rêve parfois secrètement, par désespoir, de faire. Sachant très bien la contradiction inhérente.

L’action directe.

Faire sauter les ponts, les barrages et pourquoi pas des centrales. Puisque les lois tardent à venir, ou simplement qu’elles ne sont pas respectées, puisque l’égoïsme n’a décidément plus de limites, puisqu’après tout il y a de la violence dans cette société technicienne, le gang de la clef à molette assouvit le fantasme de l’aventure hors-la-loi.

Et répond à la violence légale par la violence légitime.

On rigole bien plus que dans le sinistre roman « écolo-terroriste»  de l’ambassadeur Rufin épinglé sur ce blog (personne n’a jamais été tué par un écologiste).

On rigole d’un rire grinçant, un rire jaune. Le même rire crispé et nerveux à voir les images de la centrale nucléaire de Fukushima prendre feu. Oui, aussi choquant que cela puisse paraître, il y a une part d’humour dans la catastrophe japonaise. Un humour noir. Un humour glacé. Un humour de désespoir peut-être du au principe bien connu du comique de répétition. L’homme s’obstine donc à être si bête ?

C’est le gag du type à qui on répète cent fois que ce qu’il va faire n’est pas une bonne idée, qu’il va finir par glisser sur la peau de banane. Et zou, le type il y va quand même. Alors forcément on rigole.

Bergson écrivait dans son fameux essai que le rire, c’est du mécanique plaqué sur du vivant. En voyant en boucle les images de la centrale, impossible, avec un peu de recul, de ne pas déceler le côté mécanique de la chose. L’entêtement, l’obstination à répéter les mêmes grimaces industrielles.

Aussi, pour donner finalement du sérieux philosophique à cette grosse farce, je me suis dit qu’il y avait de l’ironie à considérer que le gang de la clef à molette était peut-être une allégorie du tsunami (ou un cyclone, ou une éruption volcanique etc).

Et j’ai aussi repensé à Zarathoustra, à son célèbre « Le désert croît : malheur à qui protège des déserts ! » Une prophétie contre Edward Abbey ?

Mais tout ceci est bien sérieux. Retournons au gai savoir !

Hiroshima, Nagasaki, Fukushima, Tchernobyl, Sellafield, Harrisburg…

On chante avec Kraftwerk (faudra penser à rajouter un couplet pour Metsamor, belle centrale arménienne qui cumule tout de même deux avantages: conception soviétique et faille sisimique)
On chante La Java des Bombes Atomiques avec Vian.

On rigole on rigole.

Et pendant ce temps là en France…

(…on s’agite comme des pantins tout aussi mécaniques)


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Ecrit par Baptiste le 15 mars 2011 :: Classé dans Débat,Poïesis
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Les deux dernières propagandes qui m’ont amusé

Je lis toujours le journal La Décroissance tout simplement parce que c’est provocateur. D’ailleurs, le dernier numéro propose comme action du mois « refuser le consensus« . Evidemment, ce genre d’impératif, dans nos sociétés policées, n’est pas très consensuel.

Dans le dernier numéro, un certain Christophe Catsaros, rapporte de Grèce des clichés de panneaux publicitaires vierges avec un commentaire.

Celui-ci figure à l’origine dans la revue d’architecture Archistorm.

« Le blanc des panneaux désaffectés démasque également une imposture: celle qui s’obstine à voir dans la joyeuse anarchie graphique des réclames un indice de liberté. Blancs, les panneaux émergent comme un système centralisé détraqué, une machine totalitaire défectueuse.» 

Belle citation, sur le fond comme sur la forme. Auparavant, quand d’aventure, certaines stations du métropolitain parisien arboraient des panneaux vierges, je ne retenais que la sensation d’apaisement. Je fais partie de ces gens qui sont comme obligés de lire tout ce qui présente à leurs yeux. Avec la publicité dans les lieux publics, on est sans cesse sollicité mais on ne s’en souvient plus. D’une certaine manière, comme la lecture de la Décroissance, cela stimule le cerveau… mais pas les neurones !

Mais voici qu’effectivement, la photo de cette Athènes avec d’immenses rectangles blancs me saisit. Coïncidence, je viens de finir une nouvelle de J.G. Ballard écrite en 1963 et intitulée « L’homme subliminal« . Un type suspecte des panneaux géants et complètements noirs d’influencer de manière subliminale les comportements d’achat des passants. Tout le monde le prend pour un fou jusqu’à ce qu’il aille saboter un de ces panneaux géants. Il y laisse sa vie mais son compère, jusque là sceptique, voit les messages subliminaux injonctant à consommer.

Bref, c’est le même phénomène mais comme inversé. A savoir que la manipulation paraît évidente quand un seul panneau se dérègle

Et je m’imagine seul, arpentant les boulevards d’Athènes, m’interrogeant sur ces étranges surfaces immaculées qui, ôtées de leur contenu, trahissent leur véritable fonction: la propagande !

Je m’imagine aussi à São Paulo, première grande ville à avoir interdit la publicité. Je m’imagine aussi à Forcalquier, où je déambulais il n’y a pas si longtemps et où, effectivement, il me sembla naturel de n’y apercevoir aucune réclame.

Et c’est du coup en reprenant le métropolitain de la capitale que la vérité de cette débauche graphique m’apparaît limpide. Entre deux secousses, je récolte sur un siège un journal dit gratuit. Ou plutôt un « gratuit»  dit journal.

Il est ouvert sur les pages 2 et 3 qui forment une publicité immense que voici.

Je me suis du coup demandé s’il s’agissait vraiment du journal. En voyant ces deux ours dévorer des sandwiches, j’ai repensé à cette propagande, dernière en date, d’un célèbre fast-food ici épinglé. Leur spot promotionnel montre papa ours et fiston ours en train de fêter le bulletin de note du petit en mangeant un BigMac.

Je me suis demandé si ce genre de coïncidence, cette obsession de montrer cet animal, menacé pour l’écologiste, mais aux airs débonnaires pour le marketeur, se repaître d’une nourriture infecte, n’avait pas un sens secret pour nos inconscients collectifs…

Finalement, j’ai réussi, à trouver au milieu des publicités la une du journal gratuit. La voici.

Cette dame, qui annonçait sans rire au moment de la crise, cette devise sibylline si on s’y arrête un peu, à savoir qu’il fallait « financer l’économie« , cette dame retrouve donc le sourire à l’annonce d’un slogan aussi creuse qu’hypothétique. La croissance repart.

En lisant l’article, je crois lire le bulletin météorologique.

« L’environnement international est bon»  [...] « La France bénéficie notamment de l’appel d’air créé par la reprise de la croissance mondiale»  [...] A condition que cette éclaircie soit possible.» 

Etc etc

Croissance croissance croissance.

Je tourne la page et retombe, j’avais oublié, sur les deux ours.

Sens ? Sens ? Sens ?

J’y ai fait une croix dessus.


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Ecrit par Baptiste le 10 février 2011 :: Classé dans Itinéraire,Poïesis,vidéo
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Entre chien et loup

Un Loup n’avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.
L’attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l’eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l’aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu’il admire.
« Il ne tiendra qu’à vous beau sire,
D’être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d’assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l’épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. » 

Le Loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. » 
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.

Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
« Qu’est-ce là ? lui dit-il. – Rien. – Quoi ? rien ? – Peu de chose.
- Mais encor ? – Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? – Pas toujours ; mais qu’importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. » 
Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.

Des fables de La Fontaine, celle-ci a toujours été ma préférée. Difficile d’ailleurs de croire que c’est le même homme qui a écrit « Le Laboureur et ses enfants»  et sa conclusion « Le travail est un trésor»  qui sonne comme un contre-chant à cette fable là.

Mais je me garde de tout anachronisme. On ne va pas demander aux Anciens et aux Modernes de faire l’apologie de la paresse en leur siècle.

Quoique…

Si je partage cette admirable fable, ce n’est pour réhabiliter ni Jean de La Fontaine (qui souffre d’une réputation durable d’auteur pour enfant…) ni le loup qu’on chasse en France aujourd’hui encor.

Si je relis cette fable aujourd’hui en 2011, c’est qu’une nouvelle signification m’est apparue. Auparavant, j’étais naturellement pour le Loup. Pour la liberté au détriment du confort. Alors je me suis figuré que le Chien était l’allégorie moderne de notre société de consommation et d’exclusion. On aboie sur le manant, on ronge les reliefs et on porte le collier du salariat moderne.

Le loup, c’est bien entendu la sauvagerie. C’est le « plan galère»  où l’on se frotte à la réalité du monde quitte à endurer certaines frustrations.

Alors surgissent les clichés sur l’écologie, les plans galères comme en témoignent ceux qui dénigrent le confort ronflant de la voiture, la simplicité du supermarché, et la maison en parpaing pour tester les galères des crevaisons en vélo, du manque de gras et de sucre dans les biscuits bio, et du transport fastidieux de bûches pour son poêle à bois.

Les voilà nos loups modernes un brin galériens !

Tel le loup, je me suis révolté, pour une fois, contre l’intouchable La Fontaine ! Pourquoi cette dichotomie entre confort et liberté ? Peut-être cette fable a-t-elle structuré nos inconscients au point de croire que certes nous aimerions vivre comme des loups, mais que les sacrifices à encourir nous condamnent à rester chien, ce qui est finalement un statut point trop mauvais surtout aujourd’hui.

Néanmoins, il va falloir combattre cet imaginaire. On peut tout à fait être libre comme le loup (comprenez « autonome» , « écolo» , « alternatif» ) en vivant doucereusement comme un chien (comprenez « volupté» , « épanouissement» , « confort matériel et spirituel»  même !)

Alors du coup aujourd’hui, j’ai comme une faim de loup.

PS: Je lis sur Wikipedia que le cri du chien loup se nomme choulement. Ce terme semble improbable et respire le apax. Des spécialistes pour confirmer ?

http://www.jdlf.com/lesfables/livrev/lelaboureuretsesenfants

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Ecrit par Baptiste le 3 janvier 2011 :: Classé dans Itinéraire,Poïesis
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Ipad, Iphone et Imonde…

geek jusqu'au boutMon nom est l’ecolo-geek.

C’est à dire que je suis un écolo, qui mange bio et vis sans voiture dans la ville, qui, selon les dernières études, a une empreinte écologique paradoxalement inférieure à celle de la campagne. Ca s’appelle même l’éco-densité.

Je suis écolo donc.

Mais je suis aussi geek. C’est à dire que je suis né à une époque où mes parents achetaient les premiers micro-ordinateurs. J’ai vu passer l’Amstrad, l’Atari et Windows95. J’ai connu les trafics de CD gravés au lycée qu’alimentait le seul type à avoir un graveur à la maison. Bref, je suis peut-être moins agile des raccourcis claviers que mon petit cousin, mais lui est quasiment devenu autiste car il n’y a rien de pire qu’être adolescent à l’heure des blogs et de facebook…

Je passe 9h par jour devant mon ordinateur. Disons deux tiers pour le travail. Un tiers pour surfer.

J’ai mes habitudes, mes flux RSS bien rangés, mes forums de prédilection, mon compte gmail, bit.ly, twitter, facebook et plein d’autres que je n’exploite pas à fond. Parfois, pour tuer le temps le soir, je vérifie que je n’ai pas reçu de mails importants à minuit…

Atari portableLe seul problème, c’est que je n’ai pas d’Ipad ni d’Iphone. Alors, quand je voyage en train régional express ou attends sur le quai le passage du métropolitain, je me sens en manque. J’ai des secondes disponibles dans les interstices inoccupées de ma vie… et je n’en fais rien. Pas d’écran à lire. Pas de clavier à pianoter. Je suis même, ô suprême vice de la modernité, injoignable.

Alors je me convainc que de toute façon, toute cette camelote électronique n’est en réalité pas du tout écologique. Une part due au fameux effet rebond qui dit que certes, envoyer un message impacte moins aujourd’hui… sauf que nous sommes des milliards à envoyer ces messages virtuels.

On appelle cela la démocratisation.
On peut aussi l’appeler standardisation.

Une autre part due au simple prélèvement des ressources. Energie, eau, minerais.

Je sais que les métaux et terres rares utilisés pour tous ces nouveaux objets si XXIème siècle sont, comme leur nom l’indique, limités. Voire très limités. Plus de platine, plus de palladium, plus d’iridium. Et le coltan qu’on extrait dans le coeur des gorilles congolais.

Alors, quand je vois que tout site écolo, tout blog écolo, tout animalcule écolo est en train de développer son application Iphone, Blackberry, Androïd (ou le prochain qui sortira), je me pose des questions sur ce qui, après développement durable semble être un nouvel oxymore : ecolo-geek.

Autant dire chauffard responsable.

Où fixer la limite ? Bizarrement, aléatoirement, il semble que je l’ai fixée jusqu’aux écrans qui tiennent dans la main. Pourquoi ? Car un écran, c’est aussi un miroir, un reflet de soi-même. Et qu’instinctivement, me regarder continuellement dans un miroir n’est pas de mon acabit…

Peut-être au fond ne suis-je ni écolo ni geek. Mais que suis-je alors ?

J’ai demandé à Google.  15 200 000 résultats.

Walton Ford


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Ecrit par Baptiste le 26 novembre 2010 :: Classé dans Débat,Poïesis,Un peu sur nous
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