Blog des eco-SAPIENS
Ethique = Cohérence

Bia Saldanha: sur les traces de Chico Mendes

A mon grand regret je ne connais rien du Brésil. Je n’y suis allé qu’en lecture. Avec Tristes Tropiques de Levi-Strauss et manifestement, le Brésil a bien changé depuis que l’ethnographe a étudié la tribu Mbaya. Cette tribu qui m’a toujours fasciné dans la mesure où, selon la mythologie :

« Quand l’Etre suprême, Gonoenhodi, décida de créer les hommes, il tira d’abord de la terre les Guana, puis les autres tribus. Aux premiers, il donna l’agriculture en partage et la chasse aux secondes.
Le Trompeur [...] s’aperçut alors que les Mbaya avaient été oubliées au fond du trou et les en fit sortir ; mais comme il ne restait rien pour eux, ils eurent droit à la seule fonction encore disponible, celle d’opprimer et d’exploiter les autres. »

Ce pis-aller de la domination m’a longtemps interpellé. Je crois que ce dégoût de la politique, ce rejet des politiciens est toujours actuel et en chacun de nous. Le pouvoir fascine autant qu’il débecte…

Pour ma plus grande chance, on m’a présenté Bia Saldanha, une femme brésilienne qui a fait de la politique il y a 20 ans (elle est co-fondatrice du parti vert au Brésil). Styliste de formation, elle avait ouvert dans sa prime jeunesse une boutique de mode à Rio. Sensible à la cause des séringuéros, elle a définitivement basculé lors de l’assassinat du leader syndicaliste Chico Mendes en 1988.

Peut-être ne connaissez-vous pas l’histoire de cette icône de la résistance qu’est Chico Mendes. Sa lutte pour les droits des seringueiros, et plus globalement pour la forêt amazonienne, lui a couté la vie. Quand on y pense, c’est toujours grinçant du coup d’entendre parler de Khmers verts alors qu’aucun écologiste n’a jamais tué personne*. Tandis que l’inverse est arrivé plusieurs fois…

Bizarrement, ce meurtre a davantage ému la communauté internationale que le Brésil lui-même. Cela a cependant permis au pays de dégager de véritables lois pour protéger une partie de la forêt amazonienne. Il existe aussi une réserve qui porte son nom en sa mémoire.

Mais revenons à Bia. Après son « concept store»  écologique de 700 m2 à Rio où elle cherche à développer des filières de matériaux écologiques, elle parvient à mettre au point un procédé pour valoriser le latex. Rappelons que la sève d’hévéa n’acquiert ses fantastiques propriétés qu’au détriment de quelques procédés chimiques plus ou moins clean.

Bia élabore le Treetap, une sorte de mélange caoutchouc/coton qui s’apparente à du cuir végétal. Ainsi, elle peut trouver des débouchés à l’artisanat de l’Amazonie. Où l’on voit que les démarches équitables et écologiques se rejoignent pour se confondre. Belle manière d’honorer la célèbre phrase de Chico:

« Au début, je pensais que je me battais pour sauver les hévéas ; puis j’ai pensé que je me battais pour sauver la forêt amazonienne. Maintenant, je sais que je me bats pour l’humanité »

« Valoriser la forêt sans la détruire»  m’a-t-elle répété. Non pas sanctuariser la forêt mais simplement la faire vivre avec ses habitants.

Car, faut-il vraiment le rappeler, l’Amazonie, comme les autres forêts primaires, est gravement menacée. Soja, pâturage, éthanol, un peu de palme au Sud et un peu de monoculture d’arbres à caoutchouc. Rappelons par contre que la récolte du latex à la méthode seringueros n’a rien à voir avec la récolte conventionnelle et industrielle (monocultures d’hévéas en Asie).

Pour donner un ordre de grandeur, un seul  seringueros a besoin de 300 ha de forêt. Pouah ! Quel manque de rendement ! Et en plus, le latex sauvage c’est plus cher…

C’est pourtant avec elle et avec ces seringueiros que la marque de basket Veja collabore. Je ne rentre pas dans les détails de ce mode de production qui a bien des avantages. Cette vidéo en dira plus et mieux.

Ce qui est rassurant, c’est de voir que économie et politique se mêlent ici dans un cercle vertueux. Motivé par ces nouveaux débouchés, l’état de l’Acre (où travaillent ces seringueiros) prend la voie de l’exemplarité. Mais à côté, des états voisins, notamment le Parà, sacrifient leur territoire amazonien.

Alors quand je lui demande si selon elle, ca « bouge»  assez vite, si tout de même l’échec de Copenhague (où elle était) ne lui donne pas le cafard, elle m’e répond d’un air optimiste que si effectivement cela n’allait pas assez vite, au moins on allait dans la bonne direction. Tout est question de point de vue…

Mai 2005 - Tribu photographiée pour la première fois, état de l'Acre

J’ai conclu cette rencontre en lui demandant ce qu’elle pensait de la fameuse phrase de Levi-Strauss qui, du haut de ses 100 ans, jetait ce verdict sans appel sur le monde moderne (« Je m’apprête à quitter un monde que je n’aime pas« ) signifiant par là que tout ce qu’il aimait, la biodiversité et la diversité des cultures, le XXème siècle l’a détruit.

Bia n’est pas d’accord. Et elle connaît bien les anthropologues pour en avoir épousé un ! Celui-ci étudie les tribus du Brésil dont certaines qui sont réellement coupées du monde. « L’anthropologue préfère que les choses ne changent pas» . Alors nous sommes rentrés dans ce débat inextricable autour de la technologie, de l’ingérence et du droit à tout savoir.

Et même si je ne partage pas l’optimisme d’un Occident respectant et s’enrichissant au contact de ces cultures qu’il n’a pas encore anéanties, même si je ne partage pas l’optimisme d’un Indien d’Amazonie faisant la part des choses au contact d’Internet, je me surprends à espérer que là-bas, à l’Ouest de l’Acre, on a véritablement réfléchi au monde que l’on veut construire.

Que le Nouveau Monde n’a pas encore été découvert.

* Aux éditions L’échappée, « A la recherche du nouvel ennemi»  traite du sujet de la prétendue menace écologiste inventée par la CIA et de l’académicien romancier Jean-Christophe Rufin. Indispensable pour rappeler quelques vérités en société…


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Ecrit par Baptiste le 29 juillet 2010 :: Classé dans Itinéraire,Les autres...,vidéo
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la propreté intellectuelle, c’est le viol… ou l’inverse

S'éveiller et jouer à la guerre

On connaît tous le refrain: « si je fabrique des armes, ce n’est pas pour attaquer, c’est pour me défendre face à l’autre qui fabrique des armes« .

Il a donc suffi que le premier être humain souhaite se défendre pour instaurer une ère à jamais belliqueuse. Le concept de « guerre préventive»  n’est d’ailleurs pas tant un euphémisme de la novlangue qu’un pléonasme. Si l’on attaque, c’est toujours pour défendre ses intérêts, considérant sa survie menacée. Idéologique (le Lebensraum) ou mercantile (Irak) l’invasion se fait toujours pour préserver son propre système.

Jusque là, rien que de très ancien.

Aujourd’hui, on fait moins la guerre avec des bombes qu’avec des accords et des brevets. Les bombes sont hélas toujours là, lorsque les juridictions ne suffisent plus. C’est l’adage « La guerre n’est qu’un prolongement de la politique par d’autres moyens»  que l’on doit au baron Von Clausewitz.

Là où le jeu guerrier devient subtil, c’est que les attaques économiques (OPA, délocalisations) et juridiques (OMC, droits des brevets) ne peuvent réellement être assumées que si l’on est sûr de sa force militaire. En clair, si Mc Donald’s vous menace d’un procès, vous y ferez attention alors que si vous recevez une lettre d’un avocat du Groenland, bah vous vous direz « cours toujours !» 

En dernier ressort, il y a toujours les canons. A ne faire sortir de la paperasse que si la cible s’évertue à ne pas céder.

Merci Monsieur le Baron.

Alors voici deux histoires juridiques dernièrement arrivées à eco-sapiens.

La première, où l’on verra que c’était nous les plus forts. La seconde où l’on verra qu’il faut savoir se cacher…

Une obscure fondation d’entreprises, comme il en fleurit chez toute compagnie qui a quelque image à redorer, a décidé de récompenser des étudiants qui mettraient les nouvelles technologies au service de l’environnement. Il y a 5 ans, « nouvelles technologies»  ca voulait dire Internet. Aujourd’hui, ca veut dire RFID, ces petites puces pour rendre les objets communicants et même « intelligents» . Ces RFID pourraient non seulement être présents sur chaque objet manufacturé mais aussi sur chaque être humain qui peut, lui, être communicant sans être intelligent…

Fiction ? Les moutons sont déjà fichés (c’est obligatoire). Alors n’importe quel troupeau fera l’affaire. D’ailleurs, on ne va pas mettre cela sous la peau (« et l’intégrité, monsieur» , « et la dignité humaine ?» ). Non. On va d’abord mettre cela dans des objets qui ne nous quittent pas. Portable, ordinateur, titre de transport par exemple.

Il se trouve que l’étudiant qui a remporté le concours avait proposé une sorte de logiciel qui commanderait une climatisation et pourrait la régler au mieux en connaissant le nombre de personnes dans une salle grâce aux RFID. A ce niveau, on est pris comme d’un vertige.

D’abord, il faut informatiser. Ensuite il faut une climatisation. Après, il faut des RFID et enfin il faut un logiciel. Il y a à peine quelques années, si on avait chaud, on proposait d’ouvrir la fenêtre.

On pourrait en rester là. Mais le hic! c’est que le nom de cet admirable projet était « ecosapiens»  .

Comme quoi on peut être étudiant en 2010, savoir programmer des logiciels couplés avec des RFID mais ne pas savoir taper dans Google le nom qu’on a choisi. N’importe quel groupe de musique ou n’importe quel club de bridge a ce réflexe au cas où le nom renverrait une webographie sulfureuse.

Incompréhension d’autant plus forte que dans le jury figurait une personne qui nous a rencontrés et qui nous avait envoyés des mails pour faire des partenariats. Offre que nous avions à l’époque décliné par manque de cohérence écologique (publicités McDo, Coca et Cetelem quand on parle d’environnement et de social, ca fait brouillon).

Happy end, nous avons eu l’étudiant en question. Devant l’arsenal juridique exhibé par nos soins, il a compris qu’il n’y avait pas d’échappatoire.

Sous les fleurs… des canons.

Deuxième histoire: la défaite.

Une lettre avec accusé de réception ce n’est jamais bon signe. Dans un langage admirablement châtié, on nous explique que la catégorie Eveil et Jeux va devoir être renommée. D’abord on n’ose y croire. Il y a une cinquantaine de sites internet qui utilisent cette dénomination, certains pour des livres, d’autres pour de la puériculture. Mais bon, la marque est déposée, le langage admirablement châtié et l’entreprise plus costaude que nous.

Un petit coup de fil quand même pour dire que l’on change cela (désormais c’est Eveil et Jouets) mais qu’on reste un tantinet ébaubi. Nous avons d’autres catégories qui pourraient ainsi être débaptisées si l’INPI n’autorisait pas chaque mot du dictionnaire à être reconnu comme marque… Chambre Enfant ? Mobilier de jardin ? Epicerie sucrée ? Boissons chaudes ? Qui sait ?

Cet échange courtois avec l’avocat (elle fait son boulot) me rappelle que chacun a son monde. Il y a le bon sens et il y a la propriété intellectuelle. Parfois cela se rejoint; parfois il y a des dérives (brevets sur le vivant, sur des savoirs ancestraux, bio-piraterie). Surtout, cela rappelle cette évidence sur laquelle le discours écologiste glisse parfois trop vite : les mots ont un sens et ils ont encore une force.

Dommage que nos sociétés aient défini un protocole pour les mots quand il s’agit d’intérêt privés mais pas quand il s’agit de moralité publique. Ah… si l’INPI avait autant de force que l’OIP

Aussi, si vous avez 10 minutes et que vous souhaitez découvrir les charmes de cette terra incognita qui s’appelle « code de la propriété intellectuelle« , vous ne serez pas déçu. Ca fourmille d’anecdotes sur des conflits aux consonances surréalistes. Imaginez France Telecom attaquer le journal chrétien La Vie parce que… « Bienvenue dans la vie.com« .

Je vous laisse le soin de savoir si France Télécom a gagné…


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Ecrit par Baptiste le 13 juillet 2010 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Un peu sur nous
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Le palais idéal du banquier requin

En passant quelques jours à Vienne, en plein centre-ville, face à la belle cathédrale Stephansdom se trouve un somptueux bâtiment appelé « Palais Equitable « , tel quel, non traduit.

Benoîtement, on va s’imaginer que les Autrichiens ont osé faire ce que Paris n’a pas pu réaliser. Rappelons que l’année dernière, le ?Palais Brongniart (le Palais de la Bourse, en face des Halles de Paris et de l’église Saint-Eustache) était de nouveau en concession et que parmi les trois postulants en lice, il y avait le groupe SOS. Symboliquement c’était fort. L’économie solidaire récupère le lieu historique de la bourse et du capitalisme.

Finalement, c’est le groupe GL Events, groupe côté au petit CAC 40, qui a remporté la concession pour 30 ans…

Bon. Mais Vienne alors ? Le paradis des végétariens et de l’écologie art-de-vivre ? Eh bien je suis au regret d’avouer que dans ce magnifique palais, on ne trouvera rien d’équitable.

En fait, le nom du palais vient d’une compagnie d’assurance américaine, nommée Equitable,  qui s’y est installé en 1890. Il semble que la compagnie existe encore au Canada sous le nome de Equitable Life. Aujourd’hui, à l’intérieur, en marge des escaliers fastes et du marbre richement orné, il y a des bureaux. Des banques, des compagnies d’assurance, des cabinets d’avocat. Le rêve quoi…

Surtout, il n’y a pas âme qui vive. Un si beau palais, transformé en muet sarcophage. Quel dommage !

Consolons-nous et lisons déchiffrons ce fronton à l’intérieur du palais, voici le mot « équitable» , tout doré tout rococo.

A la manière du facteur cheval, ce qu’il nous reste, c’est construire pierre après pierre et sans luxe apparent, notre propre palais idéal !

Le palais de l'équitable à Vienne (Intérieur)

PS: Un immense merci à Clovis du site quat’rues (T-Shirts bio, équitables, engagés et poétiques !) pour l’hébergement et l’itinéraire touristique sur Vienne…

PPS: Paris-Vienne sans avion ;-)


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Ecrit par Baptiste le 5 juillet 2010 :: Classé dans Itinéraire,Les autres...,Poïesis
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Tiens ! Une nouvelle version du site Internet !

Soulagement !

Cela fait deux mois que, en catamini, nous préparions cette v4 du site eco-sapiens. Ce qui a changé ? Oh beaucoup de choses ! Certaines sont patentes, d’autres subreptices ;-)

Mais reprenons depuis le début.

Quand nous avons eu l’idée d’un guide d’achat éthique sur Internet, en décembre 2005, nous étions partis du constat que la consommation alternative était un milieu sous-marin. Notre idée fut donc de faire un « comparateur‘ uniquement dédié aux couches lavables, aux réducteurs d’eau, au café équitable, aux T-Shirts bio…

Ainsi, tout ce petit foisonnement d’idées alternatives émergerait.

Mais nous savions qu’il fallait aussi expliquer le pourquoi du comment. Alors, en parallèle, nous voulions un portail avec des infos simples et claires autour des thèmes qui nous sont chers : l’écologique, l’équitable et la bio.

Achat… Infos… Achat ? Cette double casquette était cohérente pour nous, mais pour l’extérieur, c’était plutôt une schizophrénie. Parmi nos partenaires et nos fidèles internautes, certains pensent que nous sommes un comparateur, d’autres un site d’informations. Mais jamais les deux en même temps…

Et récemment, cela s’est compliqué depuis que le blog est apparu… Nous voici invités comme blogueur !

Les trois précédentes versions du site eco-sapiens facilitaient peut-être cette ambiguïté. Tout y était mélangé ! Nous y tenions pour des raisons d’ergonomistes improvisés…
1) Si l’on souhaite acheter, on voudra peut-être auparavant s’informer.
2) Si l’on est informé, on souhaitera peut-être passer à l’acte… de consommation.

Avec cette v4, nous poursuivons la longue lignée des proverbes tautologiques. « Un sou est un sou« , « Trop c’est trop« , « Non c’est non« .
Et maintenant donc: « l’achat c’est l’achat»  et « l’info c’est l’info« .

Ouf donc ! Soulagement. On va pouvoir refaire du fond, et améliorer notre offre marchande.

Mais je ne sais pas pourquoi, j’ai aussi envie de parler de l’actualité « people & sport» … C’est que tout le monde y va de son avis sur l’Equipe de France et que depuis le début j’entends comme un murmure sourd et inintelligible.

Déjà, je trouve cocasse que l’on dise « halte aux primes»  comme s’il ne fallait tout simplement pas dire « halte aux salaires« . Ensuite, quand je vois que chacun de ces surpayés (surpayés en général, pas uniquement pour cette prestation…) parlent avec derrière eux une collection de logos à la gloire de la conso, je ne vois décidément pas où est l’esprit sportif là dedans*.

Quelqu’un a remarqué que ce n’est pas tant l’argent qui a pourri le football. Le football est plutôt l’allégorie du monde marchand. Ce genre de renversement pourrait s’appliquer à des tas de domaines: la publicité, la politique, l’art…

Le problème, c’est qu’accuser l’argent, en plus d’être facile, est un peu vague. Car quelqu’un sait-il encore ce qu’est l’argent ? Quelqu’un voit-il encore un soupçon de cohérence entre des revenus et des compétences, entre des bénéfices et une utilité ?

Quelqu’un discerne-t-il encore une once de rationalité dans ce monde pourtant hyper-rationalisé ?

Tout m’échappe. Et de plus en plus. On licencie des humoristes qui ont le tort de placarder les bévues politicardes qui, rappelons-le, dans une autre démocratie d’Europe conduirait à des démissions. Vaccins, cigares, fraudes fiscales, versements illégaux, injures racistes…

En marge, les espaces de liberté et d’honnêteté intellectuelle sont bel et bien là. Et toujours pls nombreux. Mais, éclatés, nous avons le sentiment d’être minoritaires.

Nous ne le sommes pas.

*Prochainement, je parlerais de ce magnifique livre d’Alain Caillé « Don, intérêt et désintéressement»  dont la nouvelle édition comporte justement une étude sur la notion de « fair-play»  et d’esprit sportif. En bref, rappelons que le « beau»  joueur est celui qui s’expose. Et non pas celui qui pose


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Ecrit par Baptiste le 23 juin 2010 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Un peu sur nous
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Le mystère des trous du Guatemala

1365826_3_f200_un-trou-geant-au-milieu-de-la-ville-deUn article du journal Le Monde qui m’a semblé passer inaperçu alors qu’il suffit de voir la photo et de compter les morts pour se dire que cela aurait du faire la une…

Ca paraît improbable ! On croirait un trucage Photoshop. En fait, le phénomène n’est pas nouveau et il y a même des videos tout aussi perturbantes.

Il y a bien sûr des explications géologiques à ces trous de 100m de profondeur en plein centre-ville.  Deux catastrophes naturelles viennent de frapper le Guatemala à 3 jours d’intervalle. D’abord une éruption volcanique (Pacaya, à quelques kilomètres de Guatemala City), puis la dépression Agatha, une tempête tropicale qui a fait 150 morts et 100 000 évacués.

L’explication de ces trous (apparemment 60 mètres de diamètre) n’est pas tout à fait claire. Ils portent le nom de doline en géologie, des gouffres qui se forment dans les régions calcaires. Mais la spontanéité et l’ampleur de ces dolines est à peine croyable. Des glissements de terrain ? Mais où passe la boue ?

Quand je vois l’ampleur du gouffre, je me demande vraiment comment les habitants comptent réparer cela. Faut-il plutôt faire un pont ? Faut-il évacuer toute la ville qui repose peut-être sur du gruyère ?

Ces phénomènes impressionnants sont-ils possibles par la présence de l’homme ? En effet, si vous avez vu « Solutions locales pour désordre global»  vous vous êtes certainement rappelés que les inondation de plus en plus fréquentes en France sont aussi dûs à la dégradation des sols agraires. Tout bêtement, une terre morte n’absorbe plus l’eau de pluie. Une terre vivante a un pouvoir d’absorption à toute épreuve. Essaye de voir une forêt s’inonder…

J’espère que des journalistes vont pouvoir faire la lumière sur tous ces trous…

Photos des trous au Guatemala


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Ecrit par Baptiste le 1 juin 2010 :: Classé dans Itinéraire,Les autres...,Poïesis
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A l’assemblée générale d’une banque pas comme les autres

money_maskedReprenons reprenons…

Si vous demandez à un boucher à quoi sert la viande qu’il manipule, il saura vous répondre. Mais si vous demandez à un trader ou à votre banquier à quoi sert l’argent qu’il manipule, il vous répondra « à faire plus d’argent. »  C’est ce qu’Aristote appelle la chrématistique, c’est à dire l’accumulation de moyens d’acquisition.

Confondre le moyen et la fin, ce n’est donc pas si nouveau. Et la dénonciation qui va avec non plus !

Il serait naïf de croire que c’est une dégénérescence de nos sociétés. La différence peut-être, c’est qu’auparavant, il était ringard d’être obsédé par l’argent. Aujourd’hui, c’est la classe que d’être trader. C’est à dire qu’on les conspue sur la place publique… tout en rêvant secrètement d’avoir les mêmes boni de fin d’année.

Or, il existe des banquiers à rebours. Ca a commencé il y a plus de trente ans maintenant, en France, où des personnes suffisament idéalistes pour vouloir changer le monde, et suffisamment réalistes pour se dire que cela passait par la comptabilité et les finances, ont décidé ce créer une banque éthique.

A l’époque, le terme éthique n’avait pas sa popularité d’aujourd’hui. Ils ont appelé leur société la Nef, Nouvelle Economie Fraternelle. Ne pouvant obtenir, pour des raisons purement politiques, l’agrément bancaire, ils n’ont pu faire une banque à proprement parler. Mais c’est tout pareil. C’est une société financière. En gros, un établissement qui peut administrer des comptes courants (il y a des chéquiers Nef) et qui peut octroyer des prêts.

money_bananaQu’y a t-il d’éthique ou de fraternel là-dedans ?

Sur la forme d’abord.

Fonctionnement coopératif c’est à dire qu’un sociétaire (un client si vous souhaitez continuer à raisonner dans l’ancien monde…) a une voix au conseil d’administration.

Une transparence totale.
Quand je dis « totale» , je pèse mes mots. Car non seulement on accède aux comptes détaillés de la banque mais surtout on veut vraiment que vous sachiez à qui l’argent a été prêté.

Sur le fond ensuite.

Les prêts sont toujours destinés à des projets typiquement « eco-sapiens« . Ce n’est pas un hasard si nombre de Biocoop, d’associations écologistes de la bio ou de l’équitable sont et font appel à la Nef.
Du coup, les millions d’euros brassés, une fois détaillés, deviennent très concrets. Ouf, mon argent n’a pas servi à doper l’huile de palme d’Indonésie !

Après cela on peut toujours rétorquer à quoi bon connaître tout cela ? Doit-on vraiment s’enquiquiner à savoir où part chaque kopek ? Ma foi je pense que oui. Car il est illogique de vilipender les traders et autres marchés financiers alors que ces dérives sont justement possibles par l’opacité et le laisser-aller d’aujourd’hui.

A eco-sapiens, on aime bien dire que chaque individu a trois pouvoirs. Celui de consommateur, celui de citoyen, et celui d’épargnant. Comme disait une célèbre publicité: « Mais ca fait trois choses à la fois !»  et ca fait donc beaucoup dans nos vies où le temps s’échappe par tous les horizons possibles.

money_homerQuand on voit la complexité du comment consommer mieux, quand on voit les promesses trahies des politiciens et le manque de scrupules des financiers, on est tenté de lâcher prise. Et de renoncer à ses trois pouvoirs. Discount, abstention et boursorama…

Or il ne faut pas. Et pour bien faire, le plus simple et le plus gratifiant, c’est de rencontrer directement les gens. Incroyable non ?

  1. Votre marchand. S’il est incapable de raconter l’histoire de ce qu’il vous vend allez-vous en.
  2. Votre maire. Si vous n’avez jamais discuté avec lui, votez pour celui qui aura été disponible.
  3. Votre banquier. S’il est incapable de vous dire où va l’argent que vous lui confiez ou s’il vous dit qu’ils font des placements écologiques… changez de banque.

De là, on comprend mieux la devise de la Nef: « Pour que l’argent relie les hommes» . Et oui, l’argent n’est décidément pas une fin. C’est aussi plus qu’un moyen.

Ceci dit, il faut se souvenir que l’argent n’est pas une fatalité. Il est tout à fait possible d’échanger biens et services directement, sans matérialisation pécuniaire. Mais ceci est une autre histoire… à écrire prochainement !

Pour finir, un dernier point, sous forme de point d’interrogation. Celui de la religion.

La Nef a été accusée il y a une dizaine d’années d’être une secte. C’est obvieusement calomnieux. (C’est même risible dans la mesure où la Nef est une institution financière avec commissaire aux comptes, agrément des autorités financières et autres procédures comptables diverses à même de faire fuire quiconque à envie d’endoctriner…)

money_marioNéanmoins, quand on sait que le mot « religion»  vient de « relier»  (pareil avec le pontif qui fait le pont) on sent bien que l’emploi des mots « fraternel»  et « relier»  si chers à la Nef, donne une dimension spirituelle à tout ceci.

Cerise sur le gâteau, un très bon ami, qui est musulman pratiquant, une fois expliqué le concept de la Nef, a été le plus prompt,  à y ouvrir un compte. Il est écolo mais moins que d’autres qui eux n’ont toujours pas fait le pas… Je crois que pour lui, l’argument de poids, c’est que la Nef répondait aussi à en partie aux exigences de ce qu’on appelle la finance islamique (une finance sans usure i.e. sans taux d’intérêt et qui ne finance pas la pornographie et l’armement).

Voilà, je ne sais s’il faut cela relève réellement de la religion. J’aurais tendance à appeler cela foi. C’est à dire une espérance… qui commence déjà par soi. C’est énorme.

Le site de La Nef

L’assemblé générale a eu lieu à la Cité des Sciences à Paris ce 29 mai. Traiteur bio et fanfare (!) ont animé la journée. Et en plus on y rencontre des sociétaires intéressants et sympathiques !


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Ecrit par Baptiste le 30 mai 2010 :: Classé dans Itinéraire,Les autres...
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Reprise du blog eco-sapiens et Manifesto

tyrannie technologiqueC’est un peu sur un coup de tête que j’ai écrit dans le précédent billet que le blog eco-sapiens s’arrêtait. En fait la poudre s’entassait depuis quelques années et il manquait le détonateur qui fut cette réflexion comparative entre l’industrie automobile et l’industrie numérique.

A la fin du billet, il me parut tout à fait logique d’aller jusqu’au bout. Un brin provocateur peut-être. Mais la question est toujours là. Elle se résume à la formule du plus grand poète du XXème siècle, Gherasim Luca, « Comment s’en sortir sans sortir« .

Car on a beau jeu de parler d’écologie, d’épuisement des ressources, de manque de lien social dérobé par nos écrans… tout en ayant un blog. Et je pense sincèrement qu’il y a un problème de fond au tout numérique de même qu’il y a un problème de fond avec la société automobile.

A l’heure où j’écris ces lignes, BP en est à son cinquième plan foireux pour colmater une marée noire dont on sait qu’elle dérivera encore au moins un an. Et si dans dix ans, on raclait le fond des océans pour les derniers microgrammes de palladium. J’évoque la palladium pour dire que c’est encore plus dramatique que le pétrole (moins le forçage carbone). Il y a plus de palladium dans nos appareils numériques et nos pots catalytiques qu’il en reste dans les mines.

A ce propos, l’exemple du palladium recèle de multiples symboles. D’abord parce originellement, on l’utilisait pour les pots catalytiques. Ce fut donc une exploitation pour lutter contre certaines pollutions de l’automobile.
Ensuite parce qu’aujourd’hui, une part croissante de son utilisation va aux gadgets électroniques (certainement l’IPad qui sort aujourd’hui). Comme si cette transition de l’automobile au numérique était contenue dans ce métal.

Voilà le monde de nos parents, obsédé de déplacements et d’automobiles laisse la place au monde actuel, obsédé de communications et d’Internet.

Alors, forcément, parfois on a envie de dire « Je ne marche pas !» .

J’avoue être toujours sidéré par l’enthousiasme naïf que je lis sur divers sites écolos. Tel ordinateur serait vert, tel téléphone serait écologique. A ma connaissance, la seule critique vraiment sérieuse de cette pseudo-écologie numérique se situe aux éditions L’échappée, notamment l’excellent livre La Tyrannie Technologique à la couverture évocatrice.

Voilà pour les considérations sur l’informatique. Je ne ferai plus d’auto-flagellation. Et je précise que ne suis évidemment pas partisan des communications par pigeons voyageurs (ce genre de caricatures déshonore d’ailleurs tous ces aliborons sévissant sur les forums).

De même qu’on peut manger local on pourra aussi poser la question du communiquer local.

Ceci dit, quelques justifications à la poursuite du blog eco-sapiens.

  • Nombre de blogs écolos font du relai. En clair, ils ne produisent pas d’information, ils buzzent. C’est indispensable mais ce n’est pas vraiment notre « truc» .
  • Alors le blog pourrait parler de nous, de notre société coopérative, des festivals auxquels nous participons etc. Mais alors cela intéressera surtout ceux qui nous connaissent. Et puis… notre nombril…
  • Le blog pourrait aussi être un lieu d’exfiltration de toutes ces informations trop brûlantes pour figurer sur le site officiel (exemple: huile de palme bio colombienne dont on pas fini de reparler)
  • Enfin le blog pourrait surtout parler de ce dont on ne parle pas ailleurs. Par exemple l’excellent numéro de Silence ! paru ce mois-ci, sur la non-violence.

Ainsi, autant l’annoncer, si nous continuons ce blog, il sera plus orienté sur le monde sous-marin de l’écologie. En clair, de même que le site officiel eco-sapiens souhaite rendre visible ces boutiques alternatives, le blog mettra en relief, ceux qui font un boulot énorme et dont on parle peu.

La précédente référence à la revue S!lence en est un exemple. Comment expliquer que cette revue phare, la plus vieille qui soit dans la presse écologique, soit totalement ignorée du buzz médiatique actuel ?

Pour le dire autrement, et sans aucun goût pour le « c’était mieux avant» , l’idée sera donc de fuir l’actualité pour mieux regarder en amont. « Que s’est-il passé ?»  plutôt que « que se passe-t-il ?» 

J’espère que ce virage éditorial ne décevra pas !

Au plaisir de vous lire.


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Ecrit par Baptiste le 28 mai 2010 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Poïesis,Un peu sur nous
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Comment j’ai visité une usine Renault

20086_BD__43E4E12DAttention, ceci n’est pas un publi-reportage !

Cette précision liminaire effectuée, il me faut encore faire une digression qui portera sur quelque chose que je connais particulièrement bien… moi !

Qu’on me pardonne cette parenthèse nombriliste, je la juge utile pour bien comprendre que le billet qui suit pourra être jugé trop sarcastique. Ce n’est pas son but. Je m’efforce d’être impartial. Et je sais que parfois, l’honnêteté intellectuelle peut être blessante.

Voici donc la parenthèse.

J’ai appris de la bouche d’un véritable journaliste (plusieurs fois cité sur ce blog d’ailleurs) qu’il ne faut jamais rencontrer ses ennemis. Pour la simple raison qu’un jour où l’autre, on est amené parfois à les rencontrer et que si l’offense est connue, on est tenté de vouloir se faire pardonner. Pire encore, les gens en vrai, sont souvent sympathiques et on en vient à se demander pourquoi on a eu la dent si dure alors que ce sont de francs camarades le temps d’une soirée.

Le phénomène n’est pas nouveau et atteint son paroxysme dans les forums virtuels par exemple, où les internautes peuvent se lâcher (souvent pour le pire d’ailleurs) parce qu’ils savent qu’ils ne verront jamais la personne qu’ils offensent.

Moralité, pour un simple eco-sapiens comme moi, mieux vaut garder ses distances. Je dis cela avec d’autant plus d’expérience que nombre de mes camarades d’école d’ingénieur exercent leur besogne parmi les entreprises les plus infréquentables à mes yeux. Mais ils sont mes amis…

Fin de la parenthèse. Encore pardon !

Un jour, nous recevons un coup de téléphone. Une agence de communication souhaite organiser une rencontre entre blogueurs écolos influents -quel honneur !- et l’usine Renault de Maubeuge qui s’inscrit dans une démarche environnementale sur deux fronts:

  • l’optimisation écologique du site de production et, perlinpinpin,
  • le lancement de la future voiture électrique Made in La Marque Au Losange.

Bon, nous sommes à Marseille, ca se passerait à la frontière belge. On a donc décliné poliment l’invitation trouvant que la géographie de l’Hexagone pouvait se révéler bien pratique par moment…

Et puis et puis… et puis j’ai été tanné pour tenter l’aventure.

Cédant donc à la curiosité et à l’appel improbable du nom de Maubeuge, j’ai donc accepté en m’assurant de deux conditions. Primo qu’en retour on ne serait pas obligé d’écrire quelque chose. Secundo que si l’on écrivait, on avait le droit de casser du sucre. Tout ceci m’a été confirmé.

Dubitatif, me voici donc Gare du Nord, un lundi matin de Paris.

Dans le train (1ère classe, durée 1h40) je discute longuement avec le responsable communication de Renault. Je cherche à comprendre, j’essaie de percevoir le piège. Manifestement, il n’y en a pas. Ils adoptent, à juste titre selon moi, les techniques de communication à la mode, où l’on fait aussi appel à la communauté du web qui est capable aujourd’hui de créer une opinion, parfois un buzz, à moindre frais que des encarts énormes venant assombrir nos journaux et magazines…

On parle de tout. Un peu de Renault. Un peu d’écologie. On parle de la conquête de l’Amérique. Je lui raconte les thèses Jared Diamond à la fois sur l’effondrement des sociétés mais aussi sur « pourquoi l’homme blanc a gagné ?» 

Ouf, moi qui ne connais rien aux modèles de bagnoles, je vais pouvoir m’en sortir !

Arrivée Maubeuge. Une flotte de trois Kangoo (le fameux ludospace, « véhicule idéal pour les primoaccédants à l’automobile car compromis entre utilitaire et familial»  ) nous transportent de la gare à l’usine MCA.  C’est là que Renault fabrique la Kangoo de A à Z. Pour une ville de 30 000 habitants, c’est 2400 salariés et sûrement des emplois indirects à rajouter. Bref, quand l’industrie automobile va mal, on imagine sans peine que la ville sombre dans la Sambre…

Heureusement pour eux, l’usine va mieux par rapport à l’année dernière qui fut terrible. Au lieu des 200 000 véhicules produits chaque année, 2009 a atteint à peine 120 000 unités. Eux parlent de la crise économique. Moi je perçois les signes avant-coureurs du peak oil, ce fameux pic de production du pétrole. Bref, pour moi la crise économique est un symptôme et non une cause.

Le pétrole, justement on a des idées dessus chez Renault. « Enfin !»  diront les mauvaises langues. Eh oui car en 2011, l’usine de Maubeuge devrait sortir la Kangoo électrique, ce qui serait alors le premier utilitaire accessible et électrique.

Je confesse que n’étant pas partisan de la voiture, je m’emballe peu pour ce genre d’annonce. Car une fois le peak oil périmé, on regardera du côté du peak lithium. Je rappelle qu’il n’existe que deux principales mines de lithium. En Bolivie(convoité par Bolloré et Mitsubishi mais Morales tient bon…) et au Tibet. Et que le prix du lithium a été multiplié par 10 en cinq ans.

22491_BD__45DEFABEBon c’était plutôt secret défense la Kangoo électrique ZE, donc je ne vous fournis que l’image « publique»  si vous voulez voir à quoi ca ressemble.

Allez hop, pendant ce temps, j’enfile un casque, un gilet jaune, des chaussures de sécurité, des lunettes de protection et on s’engouffre dans l’usine.

Tolerie: on découpe et on modèle les plaques d’acier,

Emboutissage: on soude les parties métalliques pour faire une « caisse» 

Peintures: vous imaginez n’est-ce pas

Montage: on clipse et on visse tous le mobilier: la sellerie, le tableau de bord et tout à la fin les roues.

Chaque jour, ce sont 340 tonnes d’acier qui s’engouffrent et qui ressortent sous forme de 630 Kangoo disponibles sous « 4 modèles et 200 colorants disponibles, sans compter les finitions spécifiques sur mesure selon l’envie du client» .

Ces chiffres ne m’émeuvent pas car au fond de moi, j’ai comme l’envie de colmater cette fuite d’animaux à quatre roues, deux élytres et une antenne. Je repense au « pas de côté»  qu’on pourrait faire avec Gébé.

Ici, il convient d’ouvrir une nouvelle parenthèse pour ceux qui seraient choqués que l’on puisse ainsi dénigrer la voiture. Eh oui, dans cette civilisation automobile quoi de plus blasphématoire que de pester contre ce fort efficace engin !

Voici.  Quand on y pense, en tant qu’objet, la voiture est une des plus belles inventions du génie humain. Avec un litre de liquide visqueux (huile… ou pétrole) on peut déplacer une tonne sur 20 km sans se fatiguer. Essayer de tirer une tonne sur 20 km avec juste une bouteille d’eau… Mais en tant que pratique individuelle, la voiture est une aberration. On l’utilise pour tout et n’importe quoi. On finit par se déplacer sans savoir pourquoi. On finit au bout du compte à planifier le territoire en fonction d’elle, rendant du coup ces déplacements inévitables. Et la boucle est bouclé. En quarante ans, nous voici embourbée dans la civilisation automobile.

On ne devrait garder que les véhicules type pompiers, ambulance et utilitaires. Supprimer les autoroutes, rapprocher les lieux de travail des lieux de vie, lutter contre l’évidence qu’une voiture se possède et demander plutôt qu’elle se partage.

D’autres en parlent mieux que moi et l’on peut donc ferme cette parenthèse.

15072_BD_ren2007mcaRevenons à l’usine. Nous voici plongé au milieu d’un ballet fantastique et devant lequel je n’avais jamais pensé que l’on puisse être ému. Celui des robots. On se croirait à Jurassic Park. Tels des animaux au coup de girafe, les petits robots viennent mordre gracieusement la tôle, provoquant parfois des feux d’artifice magiques.

Parfois, on a l’impression que deux robots dansent le tango.

Je me suis fait la réflexion qu’il existait peut-être désormais des ecosystèmes composés de machines. Je me suis aussi rappelé ce constat de Heidegger qui se demandait si la machine n’avait pas dompté l’homme pour qu’il l’améliore sans cesse et assure sa reproduction

J’ai tous les chiffres sur l’usine !

Je ne vous assomme pas avec… mais l’idée à retenir est celle-ci. Entamée il y a une dizaine d’année, la politique environnementale a permis de réduire drastiquement la consommation d’eau et d’énergie ainsi que les rejets de COV (composés Organiques volatils). Les chiffres sont sidérants (en plus d’être sidérurgiques…) Energie -30%, eau -65%, COV -70%, rejets atmosphériques -40%

Tout cela en 10 ans. D’où la question qui fâche: cela veut-il dire qu’avant, l’usine était franchement crado, en tout cas insouciante ? Ou alors est-ce vraiment le top qu’on puisse faire et du coup on se dit qu’il reste peu de progrès à faire ?

Personnellement, avec les chiffres mis à ma disposition, j’ai réalisé que le principal poste impactant l’environnement… c’était la peinture. Et de loin ! Gourmand en eau (il faut laver drainer la peinture en trop), rejetant des saletés chimiques (merci les métaux lourds de BASF, Dupont et PPG) et assez gourmand en énergie (il faut cuire les différents apprêts, les laques, la cire finale), on demande pourquoi tant d’efforts pour avoir du rouge ou du bleu sur sa caisse.

Bref, c’est la chose la moins « utile»  qui endommage le plus. Mais il semble que sortir des voitures « gris acier naturel»  ne soit pas envisageable au service marketing. Dommage.

On finit la visite par LA spécificité du site de Maubeuge: son collecteur d’eau de pluie. Bon c’est tout bête, au point qu’on se demande pourquoi ce n’est pas « la normalité» . Mais soyons fair-play car je peux concevoir que faire adopter une telle nouveauté face à une inertie industrielle, ce doit être un travail de titan. Voilà, il y a 10 ans, ils ont décidé de collecter l’eau de pluie (en plus il paraît qu’il pleut souvent à Maubeuge) ce qui permet de subvenir à un tiers de leur besoin. Pas négligeable donc.

Allez, on peut être fier de ce colllecteur d’eau de pluie !

La visite est finie ! On a été plus que bien reçu par Jean Goutierre (le bien nommé, du coup !), responsable environnement du site. Sur le trajet du retour, au milieu du paysage brique qui dévoile ses charmes, je repense à une discussion que j’ai eue avec lui. Je lui disais qu’il fallait tout de même se poser la question du « faut-il toujours produire plus de voitures ?« .

3274_0076_480Il était fort conscient du problème sociétal. Je crois que parmi certains esprits courageux du monde automobile on s’est fait à l’idée que ce ne sera plus comme avant. Comment pourra-t-on continuer à gagner de l’argent et employer des gens ? Ils y réfléchissent. L’idée qu’il puisse y a voir moins de voiture est envisagée. Si si !

En contreprartie, ils espèrent, je crois, que les déplacements augmentent. Inventer un modèle économique basé sur l’usage plus que sur l’objet ? Tout est possible pour sauver le soldat Auto. Voir leur site Mobilite durable qui ouvre le débat.

Enfin il m’a confié cette prophétie tellement limpide. L’informatique et le numérique remplacent petit à petit l’automobile. Une nouvelle civilisation s’installe, celle de l’Internet et des télécommunications. Aujourd’hui on feint de croire qu’elle pollue peu. Ca change. La consommation des serveurs, une requête sur Google.

Dans quinze ans, mon fils m’interpellera et sera stupéfait que ma génération ait pu considérer comme normal le fait d’avoir chacun un ordinateur, un site internet, un compte Facebook, un Iphone et tutti quanti. Et comment nous avons pu, avec nos autoroutes de l’information, défigurer la planète sous prétexte d’accéder à tous les films en téléchargement illimité et instantané.

Alors, Jean Goutierre me dit qu’il ne voudrait pas que les efforts de l’industrie automobile soient annihilés par l’appétit grandissant du tout numérique.

Bien sûr, il y aura des « optimistes»  qui diront que les ordinateurs propres sont pour bientôt. Tiens, peut-être que mon fils sera invité à visiter une usine de semi-conducteurs verte et qu’il publiera, sceptique, une lettre manuscrite à ses amis pour faire part de ses doutes…

Fin du billet.

Et, par souci de cohérence, fin du blog !


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Ecrit par Baptiste le 11 mai 2010 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Les autres...,Participez,Poïesis,Un peu sur nous
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Mort aux vaches et morts au champ d’honneur

5361_d334_480J’ai eu la chance d’assister à l’avant-première du film de Coline Serreau. Pour ceux qui l’ignorent, la réalisatrice de « Trois hommes et un couffin»  sort aujourd’hui Solutions Locales pour Désordre Global qui est un film-documentaire sur l’agriculture.

Dit ainsi, cela semble peu aguicheur. Car au fond, qui s’intéresse aux agriculteurs ? Car qui rêve de devenir agriculteur ? Oui eux, je sais, mais bon…

Le film débute avec des plans très rapprochés sur des museaux. Pendant 5 minutes, sur fond de trio à cordes, on est collé à des groins, des gueules, des narines touffues, des yeux rieurs comme peuvent rire les animaux de ferme.

Et puis l’histoire de l’agriculture moderne commence. Oh bien sûr une telle version de l’histoire ne sierra pas aux techniciens de l’agronomie d’aujourd’hui. Et pourtant, tout ceci est fort bien connu et fort bien prouvé. Même Liebig, père de l’agriculture moderne le présentait

L’agriculture moderne est une agriculture de guerre. C’est avec la Grande Guerre que l’on a pu expérimenter et développer tout ce qui allait devenir intrants, engrais, pesticides, herbicides et fongicides. Si vous ne saviez pas, allez voir au cinéma !

Le film parle moins du sort des animaux pour se concentrer sur la terre, le sol, l’humus. On entend toujours avec plaisir Claude Bourguignon expliquer comment l’étude des sols (sa micro-biologie) a disparu de l’enseignement agricole. Aujourd’hui, on exploite des sols morts qui ne tiennent qu’à coup de produits chimiques. Lui parle de gestion de pathologie végétale.

utopiaLors du salon Planète Durable, j’ai eu l’occasion d’échanger vivement avec la responsable Environnement du CIV (Centre d’Information sur les Viandes, qui vise donc à informer sur la viande). Cet organisme est la représentation des éleveurs français, spécifiquement vache et mouton. Bref, on ne mélange pas les cochons avec les bavettes !

Inutile de préciser que la sortie du livre à charge Bidoche, de Fabrice Nicolino, sur l’industrie de la viande, a fait bondir plus d’un éleveur. Il fut assez long d’expliquer à mon interlocutrice que, selon moi, Bidoche n’est pas un livre contre les éleveurs. Ce qui est dénoncé c’est un système.

Car mettons nous à la place d’un agriculteur français d’aujourd’hui, qui choisirai la voie « conventionnelle» .

  1. Il est trimballé au gré des allocations de subventions européennes et françaises (par exemple le maïs il y a une dizaine d’années)
  2. Il est étranglé par les négociations des centrales d’achat de la grande distribution
  3. Il est sommé par les consommateurs exigeants de fournir des produits sains, de ne pas polluer les cours d’eau etc

D’où l’on tire comme conclusion que l’agriculture française n’est pas viable économiquement, ne suffit pas à l’autosuffisance alimentaire du pays et n’est pas durable.

Cela change. Lentement. Trop lentement.

Je ne cherche pas à ce que l’on plaigne les agriculteurs et les éleveurs. Mais il est aussi trop facile de les accuser. Nous sommes clairement embarqués sur la même galère et nul doute que dans la même situation, nous n’aurions peut-être pas agi mieux.

Pour moi, en étudiant les conditions historiques et idéologiques de l’élevage (abattoirs de Chicago, peur du manque dans l’après-guerre…) le livre de Nicolino dit la même chose. De manière regrettable, les corporations concernées l’ont ressenti comme une agression.

L’agriculture moderne est un secteur, parmi d’autres, saccagée par l’arraisonnement humain du XXème siècle.

Arraisonnement ! Le terme n’est pas trop fort quand on voit les aberrations patentes des lois actuelles.

Quand on déclare illégale telle variété de pomme de terre qui a nourri l’Europe pendant des siècles; quand des firmes souhaitent interdire le commerce de semences traditionnelles sous prétexte qu’elles ne dégénèrent pas;  quand ces mêmes firmes tentent de faire interdire le purin d’ortie; quand on nourrit des vaches avec des restes d’animaux…

Si ce n’est de la folie, comment appeler cela ?

moutonsPhilosophiquement parlant il est toujours difficile de voguer entre responsabilité systémique et responsabilité individuelle. En d’autres termes, il est plus prudent de dire à son interlocuteur: « ce n’est pas ta faute si tu agis mal, c’est le système» . Ca déresponsabilise et ca le soulage ! Nous sommes donc condamnés à nous accuser les uns les autres: soit nous ne sommes pas vertueux (mais nous sommes libres), soit nous ne sommes pas libres (et nous serions vertueux sinon…).

Et pourtant système il y a !

Au Monopoly, vous pouvez être quatre amis fort gentlemen et vertueux, vous constaterez que les pauvres s’appauvrissent et que les riches accumulent à toute vitesse. Et bien depuis de longes années, nous jouons au Monopoly in vivo. La règle étant simple: « les plus riches peuvent se servir dans la banque de la Nature tant qu’il y en aura« . A celà s’ajoute une bonne dose de foi dans le progrès technique, le graal aveuglant derrière lequel nous courrons pour résoudre tous les problèmes planétaires…)

Coline Serreau, le CIV, Bidoche, le Monopoly… où en étions-nous ?

Ah oui ! Nous voulions prévenir les lobbyistes agricoles, les détracteurs de la bio et autres contempteurs de l’écologie qu’en incendiant le film de Coline Serreau (ils vont le faire je n’en doute pas, et ca va être musclé  !) ils se trompent de combat.

Car le film est résolument tourné vers les alternatives et l’espérance. Ici, on ne dénonce personne ad hominem.

Ici on dit « regardez ! il y a des gens qui font autrement. Ca marche et en plus… ca paraît sensé» .

Merci donc pour cette piqure de rappel et pour tous ces gros plans sur les vaches !


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Ecrit par Baptiste le 7 avril 2010 :: Classé dans Botaniqus,Débat,Itinéraire,Les autres...,Participez,Poïesis
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eco-SAPIENS 3 minutes sur Canal+

La vidéo diffusée dans « L’édition spéciale» , le magazine midi de Canal plus.

Initialement, cela aurait du être diffusé vendredi 12 Mars mais les aléas techniques ont reporté d’une semaine notre passage. Vous pouvez donc voir les 3 co-fondateurs: Françoise, Baptiste et Benjamin (qui maintient ses moustaches depuis notre 2ème anniversaire…)

Bon, sur le fond, il y a peu à dire. 3 minutes c’est court ! La télévision, ca va vite. Expliquer ce qu’est la décroissance et la simplicité volontaire, cela prendrait une journée… peut-être même une vie !

Installer Flash Player pour voir cette vidéo

Ce fit surtout un échange sympathique avec le journaliste Gaël Legras qui nous avait avoué être très intéressé sans réellement connaître la décroissance. Belle ouverture d’esprit !


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Ecrit par Baptiste le 20 mars 2010 :: Classé dans Itinéraire,Un peu sur nous,vidéo
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