Blog des eco-SAPIENS
Ethique = Cohérence

L’obsolescence programmée est un mythe

… selon certains experts bien informés.

Non mais, sans rire, je vous invite à lire cette interviou sur le journal Le Figaro.

On va quand même pas faire du bashing ?

C’est nul et pas très constructif le bashing ? Gratuit, mesquin et bileux n’est-ce pas ?

Allez, j’ai bien réfléchi…

On va faire du bashing.

Chapeau:

Pour l’économiste Alexandre Delaigue, les industriels ne planifient pas la dégradation anticipée de leurs produits, comme le suggère Eva Joly en proposant de mettre un terme à cette pratique.

Donc pour parler de l’obsolescence programmée, on invite un économiste qui évidemment n’aborde le problème technique que sous l’angle économique. Pour lui, la technique est une immanence, c’est à dire quelque chose qui n’est pas soumis aux aléas des hommes. Autrement dit, les ingénieurs ne peuvent pas être mesquins, lâches ou soumis. Ils exécutent et tout est mécaniquement pur. C’est le fameux mythe de la science neutre.

Rappelons que l’obsolescence programmée est cette stratégie économique qui engage des entreprises à créer des objets sciemment moins performants que ce qu’ils pourraient être avec les connaissances actuelles. Arte avait diffusé un documentaire montrant comment l’on sait très bien fabriquer des ampoules à incandescence increvables. Mais comme elles sont inusables, les consommateurs n’en achètent plus au bout d’un moment. D’où l’idée de les rendre moins durables. Et les Shadocks pompaient…

Un mot sur l’expert. Alexandre Delaigue anime le blog econoclaste qui, comme son nom l’indique, vise à briser les mythes économiques. Alors normalement, j’ai pas mal de sympathie car il est certain que c’est bien l’économie qui est un mythe (étymologiquement parlant, une parole créatrice). Pas l’obsolescence programmée.

Donc avant de commencer, je confesse que je suis déçu de voir la pauvreté argumentaire d’un économiste qui se prétend iconoclaste. En fait, on a un point de vue on ne peut plus conformiste. On crie à la théorie du complot, on demande des preuves et quand on en amène, on fait comme si ca n’existait pas.

Eva Joly a trouvé le bouc émissaire idéal pour expliquer l’avènement de la société de consommation: l’obsolescence programmée. Elle a proposé mercredi soir sur Public Sénat d’interdire cette pratique qui suppose que les industriels mettent en œuvre sciemment des mécanismes de dégradation de leurs produits pour accroître leurs ventes. Problème, personne n’a jamais pu prouver la véracité de ce phénomène, estime Alexandre Delaigue, professeur d’économie à Saint-Cyr et créateur du site Econoclaste. Pour lui, les industriels n’en retireraient de toute façon aucun bénéfice.

LE FIGARO.FR: Comment expliquer le succès de la théorie de l’obsolescence programmée?

Alexandre Delaigue : C’est l’agacement éprouvé par les clients devant la dégradation d’un produit qu’ils ont acheté qui les pousse à penser, par dépit, que la panne n’est pas le fruit du hasard mais d’un calcul des industriels. Cette idée est renforcée par la sensation très commune que cette situation est nouvelle et que les biens étaient plus durables «avant». Il y a là un biais de perception: parmi les vieux équipements, on ne remarque que ceux qui fonctionnent encore. On oublie tous ceux qui ont fini à la décharge. Une étude récente a montré que la durée de vie des appareils électroménager n’avait en réalité quasiment pas évolué entre les années 80 et aujourd’hui.

Tiens donc une étude sur le sujet ? Ah oui, l’article… du Figaro en fait. Un autre article sur l’obsolescence programmée à la gloire du Gifam (Groupement interprofessionnels des fabricants d’électroménagers) qui n’avait à se mettre sous la main non pas une étude mais… un sondage. 2 000 questionnaires. Faudrait savoir. Soit on fait confiance aux utilisateurs, soit on ne les consulte pas puisque ceux-ci ont un biais de perception.

Une étude, cela aurait été de regarder disons le taux d’appareils à la casse en fonction de leur date d’achat. Ou le taux de retour pour panne en fonction de la première date d’utilisation. Appeler sondage une étude, voilà un glissement sémantique qui ne fait pas peur à notre éconoclaste.

Mais les industriels n’auraient-ils pas intérêt à fabriquer des produits fragiles pour entretenir la demande?
Cette stratégie n’a aucun sens sur le plan économique. Pour prendre un exemple caricatural, il vaut mieux, en terme de marge, vendre 50 euros une paire de chaussettes qui dure un an que 50 paires à deux euros qui vont se trouer au bout d’une semaine. Si tous les industriels ne font pas ce choix, c’est parce que la durée de vie n’est qu’une qualité parmi d’autres. Les machines à laver ont intégré des composants électroniques et des moteurs plus complexes pour économiser de l’électricité et de l’eau. Or l’électronique a une influence néfaste sur la fiabilité. Cette situation n’est pas le fait d’une préméditation sournoise mais de la recherche d’un compromis entre le prix, l’efficacité et la durabilité. L’obsolescence programmée est une (sic) mythe.

Alors là j’ai du mal à croire que l’on puisse être économiste et sortir un pseudo-calcul ras les chaussettes. Car pour calculer une marge, il faut avoir un prix de vente… mais il faut aussi définir un coût de production. Donc essayez de faire le calcul, il vous manque une donnée essentielle. Supposons que fabriquer une chaussette durable me coûte 25 euros. Ma marge est de 25 euros. Supposons que fabriquer une chaussette jetable me coute 1 €, ma marge sur l’année (52 semaines) sera de 52 euros. Merci l’économiste !

On voit pourtant dans un documentaire diffusé sur Arte l’été dernier, Prêt à jeter , l’exemple d’un compteur d’imprimante qui bloque le fonctionnement de l’appareil au bout d’un certain nombre d’impressions…
C’est un exemple très curieux. Ces fabricants ont basé leur business model sur des cartouches très chères et des imprimantes vendues presque à perte. Ils ont tout intérêt à ce que vous gardiez votre appareil le plus longtemps possible pour que vous continuiez à acheter leurs cartouches. Je pense que les ingénieurs avaient besoin d’un compteur pour une raison quelconque et que son blocage n’est qu’un vice de conception involontaire. Il faut bien comprendre qu’ils n’auraient absolument rien à y gagner. Ils prendraient au contraire le risque que, déçu, vous vous tourniez vers la concurrence.

« L’obsolescence programmée est un mythe.»  Et quand on lui exhibe un exemple, voilà que ce compteur d’imprimante devient curieux. Est-ce que les économistes font de la psychologie ? Ah non, ils font des calculs troués avec des chaussettes trouées. Parce qu’ils apprendraient qu’en psychologie, il existe un fameux dilemme, celui du piège abscons (Merci au traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens). En résumé, quand vous avez engagé une dépense, quand vous avez choisi une stratégie, vous êtes éternellement confronté à la question du retour en arrière pour changer de stratégie… au risque de perdre l’investissement de départ.

Je pense faire partie des millions d’utilisateurs d’imprimantes qui se sont posé la question de racheter une imprimante (puisque effectivement elles sont déraisonnablement bon marché) étant donné que la dernière vide entièrement une cartouche par feuille imprimée… Donc oui, on est déçu et on se tourne vers la concurrence. Et l’on a la même déception. Allons plus loin dans la théorie du complot… Et si tous les fabricants d’imprimante s’étaient entendus pour fabriquer des appareils avec les mêmes pièges technologiques ? Il existe aujourd’hui 5 grandes marques d’imprimantes (HP, Canon, Lexmark, Brother et Epson).

Un oligopole, comme dans le secteur de la téléphonie où ma foi, on sait bien qu’il n’y a jamais eu d’ententes sur les prix et les forfaits…

Les consommateurs sont-ils justement assez informés de la durabilité des produits qu’ils achètent pour faire un choix éclairé?
Il n’est pas forcément facile de savoir à l’achat si un produit est conçu ou non pour durer. Mais les contrats de garanties permettent aux constructeurs de faire la promotion de leur fiabilité. C’est un outil de marketing puissant. Les produits à longue durée de vie existent d’ailleurs mais les consommateurs préfèrent souvent se tourner vers leurs équivalents bon marché quitte à en changer plus régulièrement. Les gens disent vouloir des biens durables mais, dans les faits, force est de constater qu’ils aiment bien le changement.

C’est bien mal connaître les gens ! Les gens détestent se prendre la tête avant de choisir, ils craignent de ne pas avoir toutes les billes pour choisir le bon produit. Le moindre appareil existe avec des quinzaines d’options déclinables entre elles. Les gens ne changent que pour remplacer ou bénéficier d’une fonction qu’ils n’avaient pas dans le précédent appareil. Faut vraiment être maso pour croire que des gens changent de machine à laver quand elle marche…

La seule obsolescence programmée tacite et tolérée, c’est la mode. Mais c’est un autre débat.

Comment pourrait-on contraindre les industriels à fabriquer des produits plus durables comme le souhaite Eva Joly?
Il faudrait passer par des garanties obligatoires. Ce n’est pas impossible mais cela aurait un prix. Tous les biens de consommation seraient infiniment plus chers.

D’abord merci pour l’aveu.

En fin de compte, l’économiste reconnaît que les industriels pourraient fabriquer des produits plus durables mais qu’ils ne le font pas. Ou en tout cas, ce ne serait qu’une question de prix. Un prix infini (!) certes mais cela est possible. A l’époque de la télévision noir et blanc, on était capable d’envoyer des hommes sur la Lune, mais aujourd’hui, cela coûterait ‘achement plus cher de faire des objets robustes. Pardon pour la  réflexion de comptoir mais je me demande bien comment on a réussi à nous faire croire que c’était compliqué et onéreux de fabriquer un automatisme qui ne casse pas au bout de 30 cycles. Insidieusement, on essaie de nous faire croire que la durabilité est un luxe !

Et imposer des produits que l’on peut réparer facilement?
Penser un produit pour qu’il soit réparable a aussi un coût. D’autre part, la réparation elle-même est un artisanat et la main d’œuvre coûte cher. Les entreprises sont déjà obligées de vendre très cher les pièces de remplacement pour amortir leur coût élevé de fabrication. Sur le plan strictement économique, réparer n’est pas toujours la meilleure solution.

Merci pour la conclusion qui fait s’effondrer en une seconde tout l’argumentaire précédent.

Oui, sur le plan strictement économique (qui est quand même le plan qui intéresse au plus haut point une entreprise…) réparer n’est pas toujours la meilleure solution. Une entreprise économiquement rationnelle se doit donc de faire des appareils difficilement réparables et pas forcément durables. Certes, il faut savoir distiller ces défauts à bon escient au risque de voir apparaître un concurrent qui proposerait des produits durables et réparables et capterait toute la clientèle. Mais regardons le monde industriel en face.

Il n’y a que des oligopoles et peu de contraintes législatives. Donc aujourd’hui la programmation de l’obsolescence est la stratégie la plus cohérente. On trouvera toujours des contre exemples (téléphones Nokia mais ca va pas fort pour eux en ce moment… en partie pour cette raison de durabilité).

Mais la récente Free-mania permet au moins de mettre en lumière cette évidence. Les industriels qui détiennent un secteur n’aiment pas trop quand on marche sur leurs plates-bandes. Et donc la stratégie est simple. Dégrader les objets pour assurer le business. S’entendre avec la concurrence pour se partager ce business.

L’obsolescence programmée existe. Je l’ai rencontrée.


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Ecrit par Baptiste le 27 janvier 2012 :: Classé dans Ad Hominem,Débat
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Quelqu’un a-t-il compris la campagne « Tous candidats»  ?

Je vous assure que la question est sincère. Elle l’est d’autant plus que mon respect, ma sympathie et mon enthousiasme pour le mouvement Colibris est fort comme un roc !

Pour ceux qui auraient raté le train, je tente un bref résumé.

Il existe un homme ô combien précieux qui s’appelle Pierre Rabhi. Quiconque assiste à une de ses conférences ou dévore un de ces livres en sort, s’il est normalement constitué et si la société moderne n’a pas trop gâté ce qui lui reste d’humanité, conséquemment bouleversé. Ce vieux bonhomme a un parcours et une philosophie qui font du bien. Tous simplement. Il respire bonté, sincérité et humanisme. C’est un sage. Cela devient rare.

Objecteur de croissance, paysan agro-écologiste, propagateur de « l’insurrection des consciences« , Pierre Rabhi est aussi le fondateur du Mouvement pour la Terre et l’Humanisme dont le but est de partager l’agro-écologie.

Il est aussi l’initiateur du mouvement Colibris, dénommé ainsi en l’honneur de la fable qu’on n’ose plus raconter de peur de paraître tartignolle. Je vous la fais brève parce qu’elle est chouette quand même.

Un incendie dans la forêt. Tous les animaux paniquent. Mais un colibri prend quelques gouttes d’eau dans son bec qu’il jette sur les flammes. Alors aux animaux bouffons et rigolards qui lui demandent ce qu’il fait, le chétif volatile répond : « je fais ma part« .

C’est la fameuse part du colibri. Que l’on peut aussi traduire en termes plus universitaires « simplicité volontaire» . Id est, « déjà change toi toi-même avant de changer le monde« .

Variante gandhienne : l’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre les autres, c’est le seul.

Variante kantienne (amputée d’un bras !) : comporte toi comme tu voudrais que les autres se comportent.

Variante christique (clouée au pilori) : aimez-vous les uns les autres.

J’avoue être d’une ignorance crasse en éthique orientale mais je parie qu’on doit trouver des préceptes voisins chez Confucius, Boudha, Zarathoustra, Kim-Jung-Il ou Lao Tseu.

Le mouvement Colibris est l’orginsation fonctionnelle pour provoquer l’» insurrection des consciences» , c’est à dire aider les gens qui souhaitent se réapproprier leur destin, écologique, social et riche de sens, à se relier et à retrouver l’envie d’agir.

Bref, des gens biens qui changent le monde dans le bon sens et pacifiquement avec la patience et la détermination d’un colibri.

Le petit oiseau va sortir !

Il y a quelques mois, le mouvement a lancé une campagne de communication interpellant tous les Français à se déclarer candidat ! Oui oui à se déclarer candidat. Tous candidat en 2012. Alors bien entendu c’est symbolique. Personne ne va aller à la chasse aux 500 signatures.

D’abord j’ai trouvé l’idée amusante. Plutôt que d’être des millions d’électeurs, nous allons pouvoir renverser les rôles et devenir des millions d’élus.

Puis j’ai cherché dans la FAQ relative à cette campagne, qui consiste à envoyer son affiche électorale sous forme de portrait noir et blanc, quel était au fait l’objectif.

Et la seule réponse concrète que j’ai fini par épouiller est :

« L’objectif de la campagne est de nous faire prendre conscience que nous sommes beaucoup plus nombreux que ce que nous pensons à vouloir ces changements» .

Bigre !

Cela me rappelle un certain pacte lancé il y a à peine un quinquennat. Je veux bien entendu parler du pacte écologique initié par Nicolas Hulot à la précédente élection présidentielle. Ce pacte visait aussi in fine à « compter les troupes« .

C’est donc la grosse interrogation des dernières années. Avant de passer à l’attaque, assurons-nous que nous avons assez de divisions.

Plus que le Vatican ? Voire.

Vous n’êtes pas sans savoir que chaque année, les doctes études sociologiques révèlent que nous sommes 20% de créatifs culturels, cette espèce de masse protéiforme qui peine à prendre conscience de son unité et de son poids.

D’ailleurs si vous voulez savoir si vous en êtes… faites donc ce test chez l’ami Yves Michel.

Voilà voilà, on compte les troupes et on le fait le plus fun possible. Au temps de la gloire médiatique de Nicolas Hulot, on interpellait les politiques en leur demandant de signer le pacte (je le sais ! je les ai vus faire à Marseille !).

Revers de la médaille, ce ne fut qu’une promesse qui n’engage comme on sait, que ceux qui les formulent. Certains accusent l’ex animateur d’avoir paradoxalement liquidé l’écologie de la scène politique.

Désormais, on n’interpelle plus le politique. On ne compte plus que sur les anonymes, les sans-voix, les indignés, les desperados, les colibris de tous nos registres communaux. Avec l’espoir ineffable que si nous sommes suffisamment nombreux à nous tirer le portrait, les politiques ne pourront plus l’ignorer.

C’est une tactique qui est à la fois rassurante et cohérente.

Mais… est-elle efficace ?

J’avoue être mitigé. Je rappelle souvent que la majorité des Français sont contre les OGM mais que ce n’est pas cela qui fait de la France un pays sans OGM. C’est bien la détermination des faucheurs qui a bloqué le processus dans l’Hexagone.

Et, dernièrement, nous avons appris à nos dépends que même un référendum pouvait ne pas être entendu et simplement blackboulé quelques mois après.

Mais je suis fair-play: je soutiens la campagne et en fouillant, on verra même que j’ai envoyé ma binette dans les premiers !

Mais quand la nuit vient, voilà que j’embarque avec Paul Watson. Me voici en train de faire les derniers réglages sur l’un des drones que s’est procuré Sea Shepherd. Plus pratique pour détecter les baleiniers illicites.

Et, hajduk des temps modernes, me voici face aux embruns, prêt à harponner les navires d’un capitaine Achab spéculant sur le cours du sushi…

Alors qui est le plus lourd ? 30 millions de piafs ou une bonne grosse baleine de la famille qui dit « c’est assez»  ?

Verdict en 2012…

c’est à dire maintenant.


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Ecrit par Baptiste le 13 janvier 2012 :: Classé dans Débat,Les autres...,Un peu sur nous
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Les coopératives parlent aux Français

BonsaiUn porte-parole socialiste qui prend deux parts dans une société coopérative (SCOP) en cours de création… Quoi de plus normal en fin de compte ? Si le socialisme consiste en l’émancipation des travailleurs, on voit que chacun est dans son rôle :

  • Une direction qui veut se séparer d’une branche déficitaire.
  • Des syndicats qui proposent l’ultime solution (et qui bien sûr sont désavoués par leur branche représentative).
  • Et donc un responsable étiquetté socialiste qui appuie symboliquement cette restructuration.

Si SeaFrance est liquidé le 3 Janvier, c’est une mauvaise nouvelle pour l’année qui démarre d’autant qu’elle se trouve être paradoxalement l’année des coopératives.

Si SeaFrance est rachetée par Louis Dreyfus Armateurs, on dira « ouais. bof. c’est quoi le match ce soir ?» .

Mais si SeaFrance est repris en SCOP par les salariés avec la participation externe d’hommes politiques de premier plan, et surtout, cerise sur le gâteau, la bénédiction de l’état, alors là, on pourra retrouver de l’espoir en 2012 !

Car la vraie nouveauté, c’est bien ce soutien inattendu de l’Etat.

Petit Rappel.

Le 18 Juin (sic!) 1973, Les LIP, ces salariés d’une manufacture horlogère en péril, n’en finissent plus de faire du grabuge et répètent ce slogan : « C’est possible : on fabrique, on vend, on se paie« . Bref, il ya de l’autogestion dans l’air et toujours cette idée qu’une entreprise sans patron, ca peut tourner, alors qu’une usine sans ouvrier, ca ne marche guère

Grève qui s’intensifie, vente sauvage de montres, répression par les gardes mobiles, 100 000 personnes dans les rues de Besançon, solidarité des autres ouvriers en grève… jusqu’à la réponse pleine de tact du premier ministre Messmer: « Lip, c’est fini« .

Bon, en même temps, on va pas demander à celui qui a imposé la nucléarisation de la France en quelques mois de faire dans la douceur quand des petits rêveurs parlent d’administrer eux-mêmes leur outil de travail.

Où l’on voit aussi que le monde du travail a bien changé… Qui aujourd’hui se mobiliserait pour une liquidation ?

Ah oui, on s’habitue, voilà tout.

Il y a 40 ans donc, l’Etat n’avait que faire des SCOP. Mais en 1978, une loi est passée qui permettra l’essor des SCOP. De 500 à l’époque, ce chiffre a été multiplié par 4 en 2011.

Eh oui, il n’y a que 2 000 SCOP en France. Dérisoire par rapport à nos voisins italiens par exemple. C’est une question de culture voyez-vous. J’aime à rappeler qu’en France le loup est un animal démoniaque qu’il faut aller carabiner par arrêté préfectoral extraordinaire à coup de 4×4 sur le plateau du Vercors. Passez le col transalpin et vous verrez des Italiens pour qui le loup est quasiment sacré. Remus et Romulus seraient-ils passé par là ?

Et bien les SCOP c’est comme le loup. C’est plein de préjugés en pays françois. « Ca marche pas» , « c’est petit»  et « c’est pour donner deux ans de plus avant la liquidation» . Et même que ca mange les petits enfants perdus dans le bois.

En fait, au risque de décevoir, et sur la maigre expérience qu’est la notre puisque eco-SAPIENS est une SCOP toute fraîche et fort petite, et en m’appuyant sur les statistiques officielles délivrées par la Confédération Générale des SCOP, la SCOP est économiquement parlant une entreprise comme une autre.

A vrai dire, qui marche un petit mieux que la moyenne. 74% de survie après 3 ans contre 66% pour une entreprise classique). Mais c’est sûr que dans la SCOP, il y a un côté Small Is Beautiful. Difficile de grossir d’un coup puisqu’il faut veiller à ce que les salariés restent les actionnaires majoritaires.

Mais hors champ économique, il est sûr que la SCOP c’est extra-terrestre et même transgressif. Quoi ? La démocratie, ce truc qui génère sans cesse des contre-pouvoirs et exige de la transparence, cela est compatible avec l’économie qui affectionne plutôt le secret et la confidentialité (je te le revends sans que tu saches combien cela m’a coûté car sinon…)

Et si tout cela est du charabia pour vous, pourquoi ne pas se faire une séance ciné: le film Lip, l’imagination au pouvoir est en libre diffusion.


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Ecrit par Baptiste le 2 janvier 2012 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Les autres...
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Petit tour de lecture

Comment surprendre encore dans le domaine de la littérature écologique ?

Aujourd’hui, de nombreux ouvrages paraissent, fort présentables et fort intéressants.

Rares sont ceux qui apportent de nouveaux éléments à la réflexion. Le plus souvent, ils dressent avec brio un état des lieux (cette actualisation est toujours de plus en plus angoissante: bois, poissons, pétrole, changement climatique, santé, perte du lien social…) qu’ils contrebalancent  tout de go avec des exemples porteurs d’espoir (telle association au Brésil, telle industrie en Scandinavie, tel penseur aux Etats-Unis, tel agriculteur en France etc)

En fait, on peut presque dire qu’avec une poignée d’auteurs anciens (Gorz, Latouche, Meda, Baudrillard, Ellul), un peu de spiritualité et un peu de culture historique, on est en mesure de savoir ce qu’on ne veut plus et là où l’on veut aller.

La littérature spécialisée contemporaine permet juste de décliner en cas pratiques et parfois fort éloquents comment les problématiques se matérialisent. Des fois qu’on aurait besoin de preuves. Après tout, la disparition des poissons c’est dur à évaluer quand l’océan est à jamais opaque pour nos yeux…

Personnellement, si quelqu’un vient à me parler de la crise grecque, je ne peux qu’avoir un sourire malicieux. Voici donc le bouc-émissaire. Les Grecs-qui-paient-pas-d’impôts.
Quelques minutes auparavant, ce furent les agences de notation.

Un peu plus tôt les marchés financiers.

Et voici que nous boucs favoris, les Chinois-qui-savent-pas-bosser-et-qui-font-que-de-la-contrefaçon, sont devenus une nuit nos principaux sauveteurs.

Désolé mais sur moi, ca ne fonctionne pas !

Quiconque réfléchit un instant sur ce qu’est l’argent ne peut que constater qu’à l’instar de l’écologie, tout a déjà été dit (Aristote, Marx, Simmel, Mauss) et que ces méga-évènements financiers ne sont là aussi que des déclinaisons pratiques dans un monde où les hautes technologies permettent de décupler les effets.

Avant Ponzi escroquait 40 000 personnes pour 15 millions de dollars. Aujourd’hui Madoff tape le 65 milliards de dollars. 60 fois le capital d’Air France. Si si ! Vous avez vu 60 compagnies couler le jour où l’escroc fut écroué ? Non ? Normal.

Nous vivons dans un monde fini et il y a en tout et pour tout autant de créances que de dettes. Les concentrations furtives, les nodosités de capital n’ont pas d’autres vocation à re-circuler un jour ou l’autre. Seul souci: certains confondent la fin et les moyens et croient qu’il faut stocker l’argent. Or rappelons cette évidence… l’argent se sert à rien si l’on ne l’utilise pas au bout d’un moment…

D’ailleurs un méchant-actionnaire-toujours-plus-avide-de-rendement a souvent pour ambition de faire beaucoup de profit pour pouvoir ré-investir. Et accessoirement acheter une piscine chauffante d’intérieur…

Ah si seulement il s'était appelé Fonzi !

Que vous possédiez une maison ou du cash, tout se résume à la confiance (le fameux fiduciaire – la foi). On vous donnera un équivalent cash pour votre maison que si la personne qui l’achète croit (crédit de credo) vraiment que cette maison nécessite un troc, certes amélioré.

Et bien entendu, il y a des niveaux de confiance qui semblent comme irréels. La faillite d’un état ? Quelque chose qui a existé dans une relative sérénité pendant des siècles peut soudain s’effondrer. La crise grecque aurait tout autant pu arriver il y a cinq ans, ou dans dix ans ou jamais.

Cela paraît irrationnel ? Assurément ! Tout autant est irrationnelle la décision des marchés de lâcher le Grèce. Croit-on vraiment que des indicateurs techniques et objectifs permettent de dire « c’est maintenant qu’il faut passer à la caisse.» 

L’humain garde encore une part d’irrationnel. Son rapport au futur l’est encore plus : angoisses, espoirs et volontés. Et que dire d’un groupe d’humains ? Plus encore ! D’un groupe d’humains tournés vers le futur. Complètement irrationnel. Forcément…

Il paraît plus sage d’accepter cette irrationalité. De reconnaître que l’argent permet simplement de contenir et de palper un peu de tangible dans cette irrationalité.

Il convient aussi et surtout, un moment donné, de retrouver sa lucidité, entrevoir de nouveau l’état d’égrégore qu’est l’argent. Et revenir in fine à la base. La politique ! A savoir : quel monde désirons-nous ?

Si la Nature, notre banquier en bout de chaîne ne peut fournir cette demande, il faut simplement revoir nos désirs. Ce n’est pas une parole en l’air que de dire que crise écologique et crise économique sont l’avers et le revers de la même pièce.

Et non pas partir du « de combien d’argent disposons-nous ?» 

Bref, nous sommes aujourd’hui en train de compter nos pénates, vous savez ces dieux pétrifiés d’origine étrusque.

Compter. Trancher. Amputer. Vénérer. Craindre.

Là où il nous faudrait, pour dégager l’horizon, briser les statues.

Publicité familiale !

La maison d’éditions Le Cavalier Bleu sort une collection consacrée au développement durable et dénommée Edden (tout un programme).

Sabine Rabourdin étant co-fondatrice historique du site eco-SAPIENS, il est bien normal de recommander son livre qui est un formidable pensum sur l’énergie ! Je le sais, je l’ai lu ! Et en plus Le Monde en dit du bien !

Vers une nouvelle révolution énergétique ?

De tout temps, l’homme a été avide d’énergie pour satisfaire ses besoins… sans trop utiliser la sienne ! De la maîtrise du feu au Paléolithique à la non-maîtrise du nucléaire à Fukushima, le rapport de l’homme à l’énergie fut toujours placé sous le signe de la domination, économique, sociale ou politique.

Or, il est clair aujourd’hui que la course à la puissance énergétique est indissociable du chronomètre de la Terre et de la manière dont les hommes sauront prendre en compte ses limites.

Quelles options reste-t-il ?

Après le feu et la machine à vapeur, une troisième révolution énergétique semble aujourd’hui inéluctable.

Sera-t-elle dans la lignée des précédentes ou à contrecourant ?

90.24.252.233

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Ecrit par Baptiste le 10 novembre 2011 :: Classé dans Débat,Les autres...,Poïesis
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The unthinkable became obvious overnight

Duo Brassens Einstein : Fête de la Science ?

« En l’espace d’une nuit, l’impensable devenait l’évidence.» 

Après André Gorz, quoi de plus naturel que d’évoquer Ivan Illich. La Convivialité a vieilli car le ton est catastrophiste et noir au possible. On peut même lui reprocher de dépeindre la société avec un parti pris négatif injustifié.

Mais paradoxalement, La Convivialité n’a pas pris une ride ! En relisant les pages sur la chute de Wall Street, en pleine agitation d’Indignés, on se surprend à se dire que le grand soir (ou plutôt la petite nuit… et surtout le petit matin !) sont à portée.

Entendons-nous bien ! Plus personne ne croit au Grand Soir. Le Grand Soir, c’est la version eschatologique des idéalistes. Être idéaliste pourquoi pas ! Mais croire à la possibilité d’un achèvement, c’est navrant de naïveté.

Même Nicolas Hulot parle de grande mutation. C’est à dire de mouvement.

Bref, d’accord avec Illich que les renversement de situation passent du domaine de l’impensable à celui de l’évidence… après coup. Mais une nuit n’y suffira pas !

Titre anglais ou français...

Quoiqu’il en soit, sa dénonciation de notre course effrénée au mieux-être touche juste. Nous nous écartons sensiblement du bien-être par cette fuite en avant qui, d’ailleurs, confond mieux et plus.

Cela m’a rappelé ce calcul d’un lecteur du journal La Décroissance. Il observait que l’avion solaire Solar Impulse, le prototype de l’explorateur Bertrand Piccard, avait relié Bruxelles à Paris en 16 heures et 5 minutes. Soit une vitesse moyenne de 16 km/h.

Autant y aller en vélo…

Le sarcasme est facile et on m’opposera à raison que la science progresse aussi avec ce genre de fantaisie. D’ailleurs c’est la Fête de la Science ces jours-ci.

Mais de quelle Science parle-t-on ?

Le décalage est bien là. Si l’on s’évertue à vouloir rendre festive la science, c’est bien parce qu’elle ne promet plus des jours meilleurs.

Ah si ! On peaufine les gadgets pour entretenir notre besoin de besoins artificiels (je me demande d’ailleurs si ce besoin de besoins n’a pas lui même été créé…).

Un autre explorateur de l'absurde

Ah si ! On développe à tout va des bases de données pour câbler intelligemment le monde. Télé, ordinateur, smartphone, chaine hi-fi, interrupteur, ouverture de porte, etc. Tout doit avoir un numéro unique pour répertorier, faire des statistiques et étudier les interactions. Le cheptel humain suivra aussi mais d’une certaine manière, téléphone portable et passeport devraient fusionner.

Ah si, enfin ! Il faut fêter la Science qui va nous permettre de détecter, mesurer et évaluer in fine la nocivité des différentes émissions. Sans la science, pas de nouveaux matériaux plus sains et plus écologiques pour remplacer les vieux plastiques avec BPA, les crèmes gorgées de phtalates (phthalates en anglais), les poêles en Téflon, etc.

Bien sûr, le bois, le verre et l’inox suffisent. Bien sûr de l’huile végétale et un peu d’huile essentielle font l’affaire. Et bien sûr on pourrait cuisiner à la fonte et avec un peu d’huile d’olive…

Mais il faut faire bien faire de la Science. Parce que la Science n’est plus possible sans croissance et études marketing. Et que la croissance n’est plus possible sans innovation et obsolescence programmée.

Rassurons-nous, l’actualité nous montre que la Science décomplexée existe encore. Au CERN par exemple, où la découverte probable de particules contredisent le grand Einstein, en se permettant des excès de vitesse. Plus rapide que la lumière. Un siècle de théorie prête à s’éffondrer.

« En l’espace d’une nuit, l’impensable devenait l’évidence.« 


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Ecrit par Baptiste le 14 octobre 2011 :: Classé dans Ad Hominem,Débat,Itinéraire
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Publication du scenario NegaWatt : la guerre des prospectives énergétiques est lancée

En routeAprès 14 mois d’études, d’états de l’art des technologies et de savants calculs… l’association NegaWatt a partagé le 29 septembre son scénario 2011, applaudi par une salle comble de plus de 500 personnes.

Exercice le plus solide et abouti à ce jour, ce scenario s’inscrit dans la guerre des prospectives énergétiques 2050, lancé sur fonds d’enjeux industriels et électoraux, de crise économique et climatique.

Suivront -au minimum- les prospectives des Verts, du Parti Socialiste, de la Commission BESSON « Energie 2050 », et bien entendu, des visions futures divergentes de la France.

Confronté à ces buzz médiatiques, comment naviguer dans toutes ces paroles assurées d’experts ?

Pour réduire vos chances d’enfumage, je vous propose 5 questions basiques à se poser la prochaine fois qu’un expert vous assènera un message.

Ces 5 questions pratiques seront alors illustrées dans deux cas pratiques.

  1. Qui porte le message : à quel milieu appartient cette personne, qui dit-elle représenter, qui la nomme, et qui la paie ?
  2. Précise-t-elle des sources ? sont-elles vérifiables et crédibles ?
  3. Quelle idéologie sous-tend son propos ?
  4. Interpelle-t-elle mon libre arbitre, mes désirs ou mes peurs ?
  5. Qu’est-ce que cela signifie pour mes enfants ?

Le 22 septembre, la Une du Figaro annonçait que la sortie du nucléaire couterait 750 Milliards d’Euros à la France.

  1. Le messager : M. Bernard BIGOT, ancien Directeur du CEA (Commissariat à l’Energie Atomique), nomme par N. Sarkozy en 2009 administrateur général du Commissariat à l’énergie Atomique (CEA), et par décret administrateur d’AREVA NC
  2. Sources : un calcul de coin de table, rapportant le coût annoncé en Allemagne (250 Mds d’Euros) au nombre de réacteurs en France
  3. Idéologie sous-jacente : sortir du nucléaire n’est pas une option, surtout en période de crise et de surendettement de la France, mieux vaudrait sécuriser et prolonger… sans mentionner de coût cette fois-ci !
  4. Interpellation : craignez, pauvres hères, que les Ayatollahs verts ne grèvent lourdement le budget, pénalisent notre économie, et nous renvoient au Moyen-Âge.
  5. Et mes enfants ? Ils auront certes encore un peu d’énergie nucléaire, mais surtout des risques, des contaminations et un parc entier de centrales à décommissionner.

Le 29 septembre, NegaWatt annonce une possible sortie du nucléaire en 23 ans

(et annonce diviser les émissions de CO2 par 16 à l’horizon 2050, grâce à une trilogie sobriété+ efficacité + énergies renouvelables)

  1. Le messager : un panel d’une dizaine d’experts, bénévoles mais engagés, et joyeux, représentant un collectif d’un millier de praticiens, ingénieurs, architectes, urbanistes, sociologues…
  2. Sources : 14 mois de réactualisation du scenario 2006, les états de l’art, statistiques officielles (AIE, INSEE, etc.), des études concomitantes (Solagro, CIRED etc)
  3. Idéologie : remettre les citoyens au cœur du développement des territoires, en relocalisant les productions, et en tendant vers une souveraineté énergétique, renouvelable, décentralisée, diffuse, que s’est appropriées la population.
  4. Interpellation : les solutions techniques sont éprouvées et les hypothèses du scenario sont conservatrices. C’est donc juste une question de choix politique.
  5. Pour mes enfants : 750 Mds d’Euros d’importations de produits pétroliers évités d’ici 2030, et plus de 600,000 emplois verts nets créés. C’est-à-dire un projet de société qu’il m’appartient de construire au mieux.

Quand est-ce qu’on commence ?


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Ecrit par Minh le 3 octobre 2011 :: Classé dans Ad Hominem,Débat,Les autres...
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L’amour du lointain

Label ACOn s’amuse à dire que « Ainsi parlait Zarthoustra»  de Nietzsche constitue en fait le cinquième évangile.

Pour le moment, l’oeuvre phare du philosophe ne figure pas vraiment dans le canon, pas même dans les apocryphes…

Et pourtant !

Quand Zarathoustra dit :

Mes frères, je ne vous conseille pas l’amour du prochain, je vous conseille l’amour du plus lointain.
Ainsi parlait Zarathoustra.

L’amour du lointain… D’une certaine manière, ce pourrait un mot d’ordre écologique. Et donc à l’opposé du mouvement Nimby (Not in My BackYard) qui défend ses intérêts proches.

Bon évidemment, on a le droit d’aimer son lointain… et aussi son prochain.

Mais il y lointain dans l’espace (les premiers réfugiés climatiques du Pacifique) et lointain dans le temps (nos petits-enfants… les fameuses générations futures).

Et donc aujourd’hui, un peu de copinage, d’amour du prochain. Mais les prochains se soucient eux du lointain. Vous me suivez ?

D’abord sur les gaz de schiste sort enfin le DVD Gasland chez Arte Video. Le film de Josh Fox, nominé aux oscars, comporte aussi et surtout un livret signé Sylvain Lapoix. Tout cela pour moins de 15 euros !

Lui aussi nominé (Le Monde des Livres), l’ouvrage « Le vrai scandale des gaz de schiste»  est signé Marine Jobert et François Veillerette. Un poil plus cher mais il fallait bien fouiller comment les gaz de schiste affectaient la France.

Je ne les connais pas personnellement et par conséquent, en faisant leur promotion, je m’approche de l’amour du lointain non ?

Et enfin, quintessence de l’amour du lointain : un auteur anonyme a réalisé cette petite vidéo reprenant notre canular du label agriculture chimique. Lui est passé à l’acte en collant sur des produits en supermarché des stickers imitant le label Agriculture Biologique.


L'agriculture chimique bientôt disponible en… par francois_clam

Enjoy !


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Ecrit par Baptiste le 22 septembre 2011 :: Classé dans Débat,Les autres...,vidéo
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Des livres sur l’écologie qui valent de l’or

Ecologie et politique GorzC’est l’été et on emmène avec soi les livres que l’on a pas eu le temps de lire pendant l’année.

On va profiter du farniente pour se mettre enfin à ces bouquins qu’on a stockés quelque part avec la mention « à lire dès que possible» .

Quant à moi, le dernier, je le montrais à un ami qui a aussi le goût de la lecture et de l’écologie. C’est un vieux livre qui a échu, j’ignore tout à fait comment, dans ma bibliothèque. Quelqu’un l’aura oublié.

Il s’agit de Ecologie et Politique signé André Gorz/Michel Bosquet.

André Gorz, c’est un peu l’initiateur et le théoricien de l’écologie politique. Michel Bosquet, c’est un peu pareil… puisqu’il s’agit de la même personne !

A savoir qu’André Gorz signait Michel Bosquet dans ses chroniques pour le journal Le Nouvel Observateur.

Où l’on découvre au passage que ce magazine n’a pas toujours été un catalogue de ventes (montres, voitures…) pour jeunes et moins jeunes CSP+…

Ecologie et Politique, c’est en réalité un recueil d’articles parus dans différents journaux et revues. On est autour de 1976 et rien qu’aux premières lignes, on comprend que tout a été dit (et fort bien dit) il y a quarante ans.

Extrait de l’introduction (la suite est ici):

L’écologie, c’est comme le suffrage universel et le repos du dimanche : dans un premier temps, tous les bourgeois et tous les partisans de l’ordre vous disent que vous voulez leur ruine, le triomphe de l’anarchie et de l’obscurantisme. Puis, dans un deuxième temps, quand la force des choses et la pression populaire deviennent irrésistibles, on vous accorde ce qu’on vous refusait hier et, fondamentalement, rien ne change. La prise en compte des exigences écologiques conserve beaucoup d’adversaires dans le patronat. Mais elle a déjà assez de partisans patronaux et capitalistes pour que son acceptation par les puissances d’argent devienne une probabilité sérieuse.

Alors mieux vaut, dès à présent, ne pas jouer à cache-cache : la lutte écologique n’est pas une fin en soi, c’est une étape. Elle peut créer des difficultés au capitalisme et l’obliger à changer ; mais quand après avoir longtemps résisté par la force et la ruse, celui-ci cèdera finalement parce que l’impasse écologique sera devenue inéluctable, il intègrera cette contrainte comme il a intégré toutes les autres.

C’est pourquoi il faut d’emblée poser la question franchement : que voulons-nous ? Un capitalisme qui s’accommode des contraintes écologiques ou une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes du capitalisme et, par là même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur environnement et à la nature ? Réforme ou révolution ?

Ne répondez surtout pas que cette question est secondaire et que l’important, c’est de ne pas saloper la planète au point qu’elle devienne inhabitable. Car la survie non plus n’est pas une fin en soi : vaut-il la peine de survivre dans « un monde transformé en hôpital planétaire, en école planétaire, en prison planétaire et où la tâche principale des ingénieurs de l’âme sera de fabriquer des hommes adaptés à cette condition » (Illich) ?
Si vous doutez encore que c’est bien ce monde que les technocrates de l’ordre établi nous préparent, lisez le dossier sur les nouvelles techniques de « lavage de cerveau » qu’une revue vient de faire paraître : à la suite de psychiatres et de psycho-chirurgiens américains, des chercheurs attachés à la clinique psychiatrique de l’université de Hambourg explorent, sous la direction des professeurs Gross et Svab, des méthodes propres à amputer les individus de cette agressivité qui les empêche de supporter tranquillement les frustrations les plus totales : celles que leur imposent le régime pénitentiaire, mais aussi le travail à la chaîne, l’entassement dans des cités surpeuplées.

Il vaut mieux tenter de définir, dès le départ, pour quoi on lutte et pas seulement contre quoi. Et il vaut mieux essayer de prévoir comment le capitalisme sera affecté et changé par les contraintes écologiques que de croire que celles-ci provoqueront sa disparition, sans plus.

Mais d’abord, qu’est-ce, en termes économiques, qu’une contrainte écologique ? Prenez par exemple les gigantesques complexes chimiques de la vallée du Rhin, à Ludwigshafen (Basf), à Leverkusen (Bayer) ou Rotterdam (Akzo).

Pardonnez la longueur de l’extrait mais je trouve amusant de voir un aussi bon résumé des perceptions de l’écologie (accompagnement du capitalisme qui aboutira inéluctablement à un techno-fascisme ou rupture totale et décolonisation de l’imaginaire). Avec en prime une petite mention de Bayer…

La suite est encore mieux mais pour la lire… il vous faudra chercher désespérément le livre. Il n’est plus édité. C’est déjà un collector. 90 euros d’occasion sur Amazon.

C’est cet ami qui m’a alerté de l’introuvabilité de l’ouvrage. Et ca m’a rappelé un autre livre qui, lui, a une place attitrée dans la bibliothèque. Le guide de l’anti-consommateur de Dorothée Koechlin de Bizemont et Martine Grapas. A l’argus des bouquinistes, il tourne autour de 60 euros.

Ce livre, c’est un peu le guide du grand ménage de Raffa version 1970. Plein de recettes pour nettoyer, se faire beau, manger et que sais-je encore.

Du coup, je me suis demandé s’il y avait des livres encore plus côtés dans ce domaine qu’est l’écologie (politique ou pratique !).

Evidemment, il ne me vient pas à l’idée de vendre ces bouquins. Non que je sois attaché aux objets (je m’en veux même de prendre des notes directement sur des livres… dont j’apprends après coup, qu’ils ont une valeur marchande). Mais simplement parce que je suis un indécrottable lecteur qui trouve que c’est quand même plus pratiqe de tourner des pages que de scroller sur une souris ou de slider sur une tablette…

Et vous, vous avez des lectures onéreuses cet été ?

PS: l’occasion de rappeler l’existence de la Bibliothèque de l’écologie (billet) tenue par un fada !


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Ecrit par Baptiste le 5 août 2011 :: Classé dans Débat,Poïesis
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Google et la danse du panda

Coïncidence des temps modernes, le panda est ces temps-ci vivement critiqué.

A ma gauche, le Panda WWF, épinglé par le journaliste Fabrice Nicolino dans son livre « Qui a tué l’écologie ?»  L’ONG n’a jamais daigné répondre aux critiques et préféré continuer à manger les pousses de bambou.

Malheureusement, ca chahute chez les salariés de l’emblématique association. Il serait vain de raconter ce qui se passe dans l’arrière cuisine. Chaque fois qu’une association environnementale se déchire, c’est toujours une perte pour le monde écologiste.

Le scénario est toujours identique d’ailleurs : entre militants, salariés et dirigeants; et toujours à propos de l’éternel débat réformiste/radical.

On se souvient par exemple des agitations au sein de la Fédération France Nature Environnement. On se souvient aussi du réseau Sortir du Nucléaire et son porte-parole Stéphane Lhomme (qui sévit encore lors des primaires de l’écologie). En ce moment donc, c’est au tour du panda français d’inspecter son pelage noir et blanc (symbolique !).

Google réduit les inégalités…

Et à ma droite ?

A ma droite, je veux parler d’un panda moins connu des naturalistes mais bien connu des spécialistes du web. Panda est le nom choisi pour le nouvel algorithme de Google.

Google, tout le monde connaît. Ou croît connaître…

Le Dieu Internet, le moteur de recherche le plus époustouflant qui soit, les google maps, le gmail, le google images mais aussi, pour ceux qui y travaillent les Adwords et Adsense. J’ai déjà expliqué pourquoi eco-SAPIENS n’achète pas de mots clés sur Google. Aussi absurde que cela puisse paraître pour une structure totalement tournée vers le Web, eco-SAPIENS continue de défendre sa conception du rôle et de la nature de la publicité.

Malgré une fois, ce coup de fil de Google, nous demandant pourquoi nous ne passions pas à la caisse.

C’était au mois de Juillet 2010. Nous avions répondu que nous aimions beaucoup Google (c’est objectivement vrai si l’on mesure tous les services rendus par cette firme… avec des contreparties franchement peu agaçantes quand on voit les pratiques sur le web). Nous avions simplement répondu que payer pour être mieux affiché, autrement dit, faire de la pub, était contraire à notre philosophie.

Certains prendront cette philosophie pour de la radinerie. C’est leur droit. Tout le monde a droit à l’erreur !

Revenons à nos moutons. Ou plutôt à cet animal algorithmique qu’est Panda. En clair, Google a voulu débarrasser le web des tricheurs. En ligne de mire, ce que l’on appelle les « content farms»  (fermes de contenu). Des sites qui produisent du contenu à la chaîne juste pour le référencement. Et aussi les agrégateurs de contenu qui ne produisent pas de contenu mais l’aspirent et le classent. Typiquement des agrégateurs de blog comme paperblog ou wikio.

Mettons nous à la place de Google. C’est lui qui est censé avaler le web, le trier, l’ordonner et fournir à l’internaute le résultat de sa requête. Quel intérêt pour lui de renvoyer vers des annuaires, des guides et des portails ? Hop, on les squeeze et on renvoie directement vers l’article, le produit, la source originelle.

Pas bête !

Informations: le noeud gordien du producteur/diffuseur

Et la question qui brûle les lèvres est : comment distinguer une source d’une fontaine ?

C’est à dire, pour prendre le cas d’eco-SAPIENS, comment savoir si nous sommes plutôt un relai d’informations ou un producteur d’informations. A cette question, il est impossible de répondre tant nos articles sont un mélange, un croisement, une mise en perspective de plusieurs sources.

Cette question hante la littérature. La mythologie romaine n’est qu’un réarrangement de la mythologie grecque qui l’avait pompée aux Egyptiens qui eux-mêmes l’ont copiée sur les Mésopotamiens. (Ici, l’histoire de l’écriture s’arrête… ou plutôt commence…*)

Cette question hante le journalisme. Un journaliste n’est là que pour faire le pont entre une source et un lecteur. Parfois il enquête, mais le ne créé pas l’étude scientifique, ou le discours politique qui permet de réaliser le papier.

Cette question hante la science et la philosophie. Heidegger s’amusait à plaisanter qu’après les Grecs, les 2500 ans de philosophie pouvaient être considérés comme des notes de bas de page…

Il se trouve aussi qu’aujourd’hui Google propose un moteur de shopping. Forcément, les comparateurs de prix apprécient y voient un vrai concurrent. Leguide.com a déjà perdu 50% en bourse par exemple.

Parallèlement, des webmasters amateurs publient ce genre de message sur les forums: « +100% pour mon site que j’avais abandonné il y a deux ans« .

Pour résumer la situation, Google redistribue les cartes.

D’une certaine manière, il va à contre-courant de l’évolution de ce monde en réduisant les « inégalités»  de trafic.

D’ailleurs, vous pouvez déjà observer ces effets sur Google.

Tiens ! Une requete au hasard, faite pour retrouver quelle était l’étude scientifique qui avait épinglé la migration de DEHP (un phtalate) depuis les bouteilles plastiques. Tapons DEHP science et observons les résultats fournis par Google. La moitié des liens renvoient vers HP… Hewlett Packard et un vers l’auteur H.P. Lovecraft. Bref, à côté de la plaque. Certes la requête était un peu spécifique mais beaucoup témoignent déjà du fait que depuis début Juillet, les résultats fournis par Google sont moins bons qu’avant.

A-t-on déjà vu une entreprise sortir une version moins performante de son produit phare ? Jamais… sauf Microsoft bien sûr.

Analyse de la mutation du Web: recherche perso vs. buzz collectif

Deux idées me traversent l’esprit. Google a aussi lancé en catastrophe son Google plus qui se veut concurrent du réseau social Facebook. Indéniablement, nous n’utilisons plus le web comme il y a deux ans.

Auparavant, nous naviguions par recherche. Aujourd’hui, nous naviguons par recommandation.

Pour le dire autrement, la communication (même sociale) l’a emporté sur la technique.

Nous étions décontenancés par la masse d’informations offerte par le web. Heureusement le moteur de recherche nous permettait d’y naviguer efficacement.

Aujourd’hui, nous sommes toujours décontenancés mais nous avons fait le deuil de trouver quelque chose dans cette toile immense. Nous demandons alors aux autres de nous dire ce qu’ils ont trouvé d’intéressant.

La deuxième chose, c’est cette histoire de ruée vers l’or que représente Internet aujourd’hui. Je veux parler du mythe du petit site sur le web qui va faire boule de neige et hop, à la fin, le créateur/blogueur/webmaster est célèbre, payé et… ne fait pas grand chose. Ah le doux rêve de la rente Internet !

Soyons certains d’une chose. Si Google rebats les cartes en faveur des sites mineurs, c’est bien parce qu’il trouve un intérêt stratégique.  D’abord de contraindre les sites google-dépendants à moins compter sur le référencement naturel et plus sur le référencement payant. Puis de redonner espoir à la légion de sites zombies qui, n’en doutons pas, requinqués par une augmentation inopinée de trafic, va décider d’y investir un peu de moyens…

Aujourd’hui que le Panda est lâché en France, après avoir fait ses dégâts aux Etats-Unis et en Angleterre, tout le monde s’interroge sur l’évolution du web à venir. Bien malin celui qui pourra prophétiser là-dessus.

Mais face à cette débauche de moyens et ces révolutions ininterrompues, on en vient à se dire que la seule valeur sûre tient dans la formule « small is beautiful« …

* Hommage à Borges !


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Ecrit par Baptiste le 5 juillet 2011 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Poïesis,Un peu sur nous
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Quoi de plus normal que des germes dans des graines germées

Ding dong !

J’ai un Coli pour vous ! Un Escherichia Coli.

Ding Dong !

J’ai entendu que les graines germées étaient contaminées.

Or, qui mange des graines ? Ce sont les Bio Bobos.

Et ca venait d’Allemagne où ca mange bio dans chaque Länder. Je ne vous traduis pas l’expression manger des graines en allemand. Ce serait indécent… Le mot Samen comporte en effet un deuxième sens que la déontologie m’empêche d’expliciter.

Bref. Après la mélamine dans le soja, voici donc le germe dans la graine germée.

Et hop la suspicion s’installe ! Et dans l’inconscient collectif, plutôt que de tuer le concombre espagnol (Almeria ?), on introduit subrepticement l’idée que manger bio n’est pas sans risque. Que les filières industrielles sont peut-êtres plein de pesticides mais qu’au moins tout est irréprochable d’un point de vue sanitaire.

Canard LaspidAlors que dans la bio, les conditions d’hygiène laissent forcément à désirer.

Si le ministère a débloqué des fonds pour sauver les producteurs de concombre et de salades, ca m’étonnerait qu’il mette la main à la poche pour compenser le naufrage annoncé des vendeurs de graines germées… et des agriculteurs bio en général.

Tout ceci est d’autant plus absurde que les médias n’ont fait que répeter en boucle la même information: « des graines germées. Nord de l’Allemagne. Graines germées. Allemagne.» 

Mais à eco-SAPIENS, nous pouvons vous confirmer que le producteur incriminé travaille effectivement en bio. Quelles graines germées au fait ? Alfalfa ? Du soja (ou pour être exact du haricot mungo, cette confusion fait partie des grands mystères de ce monde…) ? Nous ne le saurons pas.

Mais si l’on va sur le site de Gärtnerhof Bienenbüttel, on voit explicitement le coupable :là, ce chien qui se balade innocemment dans les champs. Le voilà qui s’apprête à intoxiquer les Teutons !

On aurait aimé voir tant d’émotion politique lorsque la grippe aviaire sévissait dans les poulaillers industriels d’Asie.

Ah mais non, rappelez-vous, on nous disait de nos méfier des canards sauvages !

Et pendant ce temps, on parle de réintroduire les farines animales… Cherchez l’erreur !

Crédit Photo: Laspid Canard du Lundi

PS: Plus sérieusement, quelques conseils à propos des graines germées sont disponibles sur eco-SAPIENS.


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Ecrit par Baptiste le 10 juin 2011 :: Classé dans Débat,Poïesis
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