Blog des eco-SAPIENS
Ethique = Cohérence

Prévisions sur ce qui va se passer sur le gaz de schiste

C’est le nouveau combat.

Oui je sais, sur bien d’autres fronts, les tranchées sont encore ouvertes : OGM, nucléaire, pesticides, huile de palme, poissons, etc… Sans compter toutes les batailles locales : l’aéroport de Notre-Dame des Landes, le loup dans les Alpes, l’ours dans les Pyrénées, l’incinérateur de Fos, l’EPR et le centre d’enfouissage, le projet ITER…

Alors quand l’ennemi fait diversion, est-ce vraiment judicieux d’entamer une nouvelle ligne ? Tout bon tacticien sait qu’il vaut mieux concentrer ses forces pour mieux écraser, l’une après l’autre, les armées essaimées par l’adversaire.

« Bataille» , « combat» , « front» , « tranchée» , « ennemi» , « armée» . Le langage martial est-il bien judicieux lorsque l’on parle d’environnement ? En recourant, plus ou moins inconsciemment, au vocabulaire militaire, ne sommes-nous pas en train de diaboliser celles et ceux qui ne font que leur boulot ? Et surtout, ne risquons-nous pas de passer pour des fanatiques ?

J’ai employé à bon escient la métaphore guerrière pour rappeler un fait bête et méchant. Mais comme c’est dans l’ère du temps, mieux vaut être clair et net.

Plusieurs évènements tendent en effet à laisser accroire que le terrorisme écologiste existe.

On connaît la chansonnette : après Al Qaïda, l’écolo serait la deuxième menace terroriste en ce monde. On tremble !

Mettons donc les points sur les i : personne n’a jamais été tué par un écologiste. Que l’écologie soit une menace (pour l’ordre établi, la cupidité des intérêts privés, etc) c’est certain. Que certains mouvements écologistes, formels ou informels, aient déjà dégradé ou détruit des bâtiments oui aussi. Dans le jargon, on dit plutôt « neutraliser» …

Alors on se braque sur les mouvements de libération animale qui menacent les laboratoires d’expérimentation.

L’écrivaillon et diplomate Jean-Christophe Rufin avait d’ailleurs commis un roman à ce sujet. Le plus inquiétant est que l’académicien confondait sa fiction avec la réalité. Déballant toutes ses inepties à la télévision, c’est finalement Michel Polac qui lui répond (cf cet extrait, à 5min 54sec) que bon, l’écologie profonde, c’est plutôt petit et pas très grave par rapport à, par exemple, les anti-avortements américains.

Et Polac ajoute nonchalamment:

« Mais bon, les écolos n’ont pas commis de crimes comme les fondamentalistes.» 

Et Rufin de rétorquer

»  – Bien sûr que si ! Les écologistes radicaux tuent !» 

Là le lecteur attentif que je suis cherche donc le fait qui étaiera un tel propos. Le voici ! Des membres du FLA qui vont traire les vaches au Kosovo sous les bombes. Je n’invente rien. Rufin, quand on lui demande les crimes qui démontrent que les écologistes sont dangereux, ils invoquent deux trois péquins partis traire les vaches au risque de  leur vie.

L’Académie est pleine de gens irremplaçables…

Fin de cette parenthèse sur la prétendue dangerosité d’un mouvement qui d’ailleurs devrait plutôt déplorer sa non-violence au point d’avoir subi les bavures de l’armée ou des renseignements généraux.

Ah non encore autre chose ! Vous avez lu cette histoire de l’infiltré des services secrets anglais qui non seulement n’a pas trouvé que les écolos radicaux étaient des tueurs potentiels, mais surtout a fini par embrasser la cause environnementale. On rêve d’une situation inversée où un écolo infiltrerait nos services secrets… et leur retournerait le cerveau.

Alors pourquoi aujourd’hui les gaz de schiste ?

A vrai dire, quand on est submergé chaque jour par les mauvaises nouvelles, on finit par se forger une sorte de carapace qui devient fort commode pour ne plus rien faire. Tout est perdu alors à quoi bon lutter. Mais avec les gaz de schiste, je ne sais pourquoi, je reprends espoir. Ce n’est pas « nouveau»  et il n’y a donc pas besoin de débalterer scientifiquement. Cf débat sur le nucléaire, les OGM ou les nanos où, à chaque fois, on tombe dans le débat d’expert, qui ne fait que contourner le véritable problème.

Là il s’agit de gaz. Celui qu’on connaît. Certes, la méthode d’extraction est nouvelle. Et on peut effectivement vouloir débattre des aspects techniques. Est-ce sans danger ? La réponse est non bien évidemment. N’en déplaise aux gaziers américains qui viennent de publier un communiqué s’indignant de la nomination du documentaire Gasland aux Oscars. Et maintenant les stars canadiennes qui réalisent un clip contre le gaz de schiste au Québec. En France, ce sont les communes concernées par les permis d’exploration qui se soulèvent.

Bref, ca ne sent pas bon et les géants du gaz l’ont compris. Alors, il faut plier le débat. Et ne pas rentrer dans l’argumentaire technique. Juste dire que si l’on en vient à prospecter ce gaz, c’est donc que le gaz conventionnel s’épuise. Et de se demander, une fois le gaz de schiste épuisé, que restera-t-il ? Et donc de démontrer que ce n’est qu’une fuite (de gaz !) en avant.

Chaque jour, 1000 personnes signent la pétition en ligne lancée par Bové et Nicolino. Ce n’est pas grand chose mais c’est le préambule avant le face à face. Politique d’abord. On vainc l’ennemi d’autant plus facilement qu’il n’a même pas commencé à mettre le pied dans la porte.

Cette bataille est gagnable aisément.

Il ne tient qu’à nous de prendre les devants.

PS: Vive le Québec libre !


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Ecrit par Baptiste le 27 janvier 2011 :: Classé dans Débat,Les autres...,Participez
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Le jour de la grande mutation

UNESCO. Paris.

Pour une avant-première d’un documentaire en 20 épisodes appelé « Les Artisans du Changement« . A la manière du livre « 80 hommes pour changer le monde« , cette série-reportage dresse des portraits en racontant l’histoire du projet. Des hommes et des femmes qui « entreprennent»  et qui par leur action, font des choses concrètes et alternatives.

En bref, il s’agit de personnes qui se sont retroussées les manches et ont proposé quelque chose là où le système déployait son inéluctable et néfaste action.

J’avoue avoir toujours un sentiment mitigé devant ce genre d’exercice.

Évidemment, je trouve formidable (pour ne pas dire indispensable) de montrer à quel point les alternatives sont concrètes. Et je trouve salutaire de rappeler que ces gens-là sont toujours, pour reprendre le poncif consacré, des « héros ordinaires« . Bref, de rappeler que nous sommes en fait tous capables de franchir le pas.

Cependant, ce genre de « trombinoscsope»  a la fâcheuse tendance à mélanger torchons et serviettes. Et on a parfois le sentiment que les auteurs n’osent pas aborder les points sensibles, comme par exemple la vision à long-terme ou la pertinence initiale du projet.

Dans l’épisode que j’ai vu, il y avait donc trois exemples, trois alternatives concrètes, trois personnalités différentes. Dans trois pays différents.

Je connaissais déjà le projet de voûte nubienne qui est incontestablement une belle histoire en devenir. Il s’agit de repenser l’architecture des maisons au Burkina Faso, en se passant de la tôle et du bois pour le toit. Juste des voûtes en terre crue et en pierre sèche. C’est écologique, social et esthétique. C’est social car en filigrane se dessine un système de « compagnonnage»  où chacun peut donc s’approprier la technique de construction.

J’avais entendu parler, via Ashoka, de l’association Ciudad Saludable qui indéniablement permet de redonner une dignité à ceux qui travaillaient de manière informelle dans la récupération des déchets de Lima au Pérou. Ce n’est pas rien. D’autant que le projet se décline en recyclage pour la confection de sacs par exemple. Le défi relevé est tellement énorme que j’ai presque honte de critiquer un aspect pourtant fondamental: ne faut-il pas aussi sensibiliser à la diminution des déchets et de l’emballage en général ?

Enfin, le dernier projet est pour moi une grosse farce. Il s’agit de la Laiterie du Berger au Sénégal. Dans le documentaire le portrait est introduit sur un constat faussement naïf: « pourquoi diable n’y a-t-il pas de débouchés pour le lait qui est de toute façon produit par les vaches des bergers peuls ?»  Et un éleveur d’expliquer que le lait de ses vaches ne servait qu’à nourrir les veaux. On le jetait même parfois dans les rivières.

Ils sont vraiment idiots non ? Ils pourraient le boire au village se dit-on.

Il est quand même assez connu que les peuples asiatiques et africains ont une intolérance au lactose, molécule fortement présente dans le lait de vache. Ceci pour des raisons historiques. Bien entendu cela ne signifie pas qu’un Sénégalais ne peut pas boire de lait ou manger du yaourt. Cela signifie qu’il le digérera plus ou moins bien et que de toute façon, tant mieux pour eux car, contrairement à ce que dit la publicité chez nous : « les produits laitiers ce n’est pas vraiment bon pour la santé» .

Mais ne rentrons pas dans un débat de nutritionniste et soyons lucide un instant. Pourquoi vouloir faire boire du lait à des gens qui traditionnellement n’en consommaient pas bien que, j’insiste, ils le produisaient.

Mais parce que Danone, et l’industrie laitière, en général trouve que la marché occidental (qui commence à bouder les laitages) c’est pas assez grand. Il faut donc convaincre les Asiatiques (voyez Muhammad Yunus au Bengladesh) et les Africains de s’y mettre. Il se trouve qu’en tapant « La laiterie du Berger» , on tombe directement sur le lien Danone Communities qui, sous couvert d’action sociale, n’hésite pas à financer tout ce qui peut faire progresser l’industrie laitière dans ces nouveaux continents.

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur le lait mais je tiens à faire une précision. Je ne pense pas que le lait « c’est mal» . J’en suis même plutôt friand, plutôt sous forme de comté si vous voulez tout savoir !

Je trouve juste gonflé qu’on fasse passer pour social un projet qui n’existe manifestement que pour faire rentrer l’Afrique dans le train du système marchand et industriel.

En préambule du reportage, il y avait notamment un petit discours de Nicolas Hulot. Je dois avouer que le revirement de pensée, au cours des dernières années, chez l’animateur m’interpelle. Plus incisif, n’hésitant pas à rappeler qu’avant d’aider le Sud, on ferait mieux d’arrêter de le piller, notamment par la dette, il a aussi improvisé cette petite sortie sur « le jour de la grande mutation»  qui arrivera de toute façon. En clair, Nicolas Hulot croît au grand soir version écologiste, c’est à dire au pas de côté de l’an 01.

J’avoue être plus circonspect sur l’éventualité du jour de la grande mutation


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Ecrit par Baptiste le 14 janvier 2011 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Les autres...,vidéo
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Du plomb dans l’aile de la bio

Ce début d’année est morose pour les agriculteurs bio a qui l’on retire une des maigres avancées faites en leur faveur ces dernières années.

En effet, la décision prise au lendemain du Grenelle de doubler le crédit d’impôt accordés aux agriculteurs convertis à l’agriculture biologique n’a pas duré. Elle s’est éteinte avec la nouvelle loi de finance pour 2011 qui divise par deux le montant de ces aides. Pour quelques économies de bout de chandelles et au mépris des engagements pris d’augmenter la SAU française à  6% en 2012 et à 20% en 2020.

Pour le plus grand profit au passage de la filière agro-carburants et d’une France qui restera pour cette année encore un pays qui préfère faire rouler ses voitures (et dans lequel un ministre peut encore se féliciter de n’avoir que 3994 vies sacrifiées directement à cette addiction) que soutenir ses paysans à développer une agriculture de qualité.

Et pour le profit, hélas, d’une vision de la bio qui s’éloigne encore un peu plus de ses racines et des objectifs de proximité de saisonnalité et donc de relocalisation qu’il serait urgent d’encourager. (voir le communiqué de Nature & Progrès)

Ainsi, le souci actuel du citoyen pour sa santé, et dans une moindre mesure pour celle de la planète, sera plus que jamais satisfait à coup d’importations massives et parfois lointaines de produits estampillés bio. Des produits dont les conditions de production sont la plupart du temps fortement  éloignées des principes fondateurs de la bio porteurs de cohérence écologique et sociale.

En effet, en réduisant la bio à une simple technique de production, l’agro-industrie s’est empressée de faire passer à la trappe préoccupations écologiques et  conditions sociales de sa production, pour y calquer celles de l’agriculture intensive. Avec la complicité en premier lieu de la grande distribution mais aussi de distributeurs spécialisés, d’importateurs, de certificateurs et de consommateurs de tomates hivernales ou d’huile de palme bio.


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Ecrit par francoise le 7 janvier 2011 :: Classé dans Débat,Les autres...
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Entre chien et loup

Un Loup n’avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.
L’attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l’eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l’aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu’il admire.
« Il ne tiendra qu’à vous beau sire,
D’être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d’assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l’épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. » 

Le Loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. » 
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.

Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
« Qu’est-ce là ? lui dit-il. – Rien. – Quoi ? rien ? – Peu de chose.
- Mais encor ? – Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? – Pas toujours ; mais qu’importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. » 
Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.

Des fables de La Fontaine, celle-ci a toujours été ma préférée. Difficile d’ailleurs de croire que c’est le même homme qui a écrit « Le Laboureur et ses enfants»  et sa conclusion « Le travail est un trésor»  qui sonne comme un contre-chant à cette fable là.

Mais je me garde de tout anachronisme. On ne va pas demander aux Anciens et aux Modernes de faire l’apologie de la paresse en leur siècle.

Quoique…

Si je partage cette admirable fable, ce n’est pour réhabiliter ni Jean de La Fontaine (qui souffre d’une réputation durable d’auteur pour enfant…) ni le loup qu’on chasse en France aujourd’hui encor.

Si je relis cette fable aujourd’hui en 2011, c’est qu’une nouvelle signification m’est apparue. Auparavant, j’étais naturellement pour le Loup. Pour la liberté au détriment du confort. Alors je me suis figuré que le Chien était l’allégorie moderne de notre société de consommation et d’exclusion. On aboie sur le manant, on ronge les reliefs et on porte le collier du salariat moderne.

Le loup, c’est bien entendu la sauvagerie. C’est le « plan galère»  où l’on se frotte à la réalité du monde quitte à endurer certaines frustrations.

Alors surgissent les clichés sur l’écologie, les plans galères comme en témoignent ceux qui dénigrent le confort ronflant de la voiture, la simplicité du supermarché, et la maison en parpaing pour tester les galères des crevaisons en vélo, du manque de gras et de sucre dans les biscuits bio, et du transport fastidieux de bûches pour son poêle à bois.

Les voilà nos loups modernes un brin galériens !

Tel le loup, je me suis révolté, pour une fois, contre l’intouchable La Fontaine ! Pourquoi cette dichotomie entre confort et liberté ? Peut-être cette fable a-t-elle structuré nos inconscients au point de croire que certes nous aimerions vivre comme des loups, mais que les sacrifices à encourir nous condamnent à rester chien, ce qui est finalement un statut point trop mauvais surtout aujourd’hui.

Néanmoins, il va falloir combattre cet imaginaire. On peut tout à fait être libre comme le loup (comprenez « autonome» , « écolo» , « alternatif» ) en vivant doucereusement comme un chien (comprenez « volupté» , « épanouissement» , « confort matériel et spirituel»  même !)

Alors du coup aujourd’hui, j’ai comme une faim de loup.

PS: Je lis sur Wikipedia que le cri du chien loup se nomme choulement. Ce terme semble improbable et respire le apax. Des spécialistes pour confirmer ?

http://www.jdlf.com/lesfables/livrev/lelaboureuretsesenfants

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Ecrit par Baptiste le 3 janvier 2011 :: Classé dans Itinéraire,Poïesis
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