Blog des eco-SAPIENS
Ethique = Cohérence

La conférence eco-SAPIENS avec Dominique Bourg et Sébastien Kopp

Comme promis, voici le compte rendu de notre conférence du 3 Décembre autour de la question « Y a-t-il un business model dans la décroissance ?» 

Conférence est un bien grand mot puisque l’idée était bien de profiter de la convivialité et de la simplicité du lieu (l’Equitable Café à Marseille) pour pouvoir discuter décontracté.

Comme cela a duré deux heures, qu’il y a eu environ 30 questions/interventions, il est inconcevable de balancer l’enregistrement tel quel. Voici donc le synopsis.

Développement durable et décroissance

Et si on passait à côté du débat !

le sens bordel !
D’emblée, Dominique Bourg envoie le développement durable aux oubliettes. Non seulement il explique (en s’appuyant sur le rapport de Tim Jackson… on en reparlera) que ce n’est pas possible de découpler croissance économique et prélèvement des ressources, mais il va plus loin encore dans son « apostasie» .

Le Développement Durable aura servi à masquer les questions soulevées par les pionniers de l’écologie qui interrogeaient la notion de croissance. Les 25 années d’essor du DD correspondent au moment où le néolibéralisme s’impose !

Autrement dit, les masques tombent. Le développement durable n’était que de la verdure digérée par le libéralisme. Et on a perdu du temps. Au passage, M Bourg rappelle quelques bases de la littérature décroissante. A savoir que la technologie ne résout pas les problèmes écologiques en raison de deux biais : création de nouveaux besoins donc de nouveaux biens (fuite en avant consumériste) et abaissement du coût de production entraînant une « démocratisation»  des biens (effet rebond).

Il rappelle que des études démontrent que le maximum de bonheur ne correspondent pas au maximum de consommation de biens matériels (ndr: il fallait bien une étude pour ça !)

Sébastien Kopp met lui aussi les pieds dans le plat en disant qu’il avait demandé à changer le titre de la conférence (ce qui est vrai !). Croissance, décroissance, développement durable, on oublie un pilier fondamental, peut-être le seul : celui du sens. Quelle vision, quel projet de société, quelle portée culturelle et artistique ?

Paradoxalement, partant du constat que l’économie a pénétré toutes les sphères du réel, il explique qu’il faut donc créer des entreprises qui ne créent non pas de la richesse ou de la valeur mais qui créent du sens. En espérant que le sens suffira à faire office de marketing…

Je résume cela à la simple question de savoir pourquoi on se lève le matin et si l’on est heureux de se lever ! Etrangement, la recherche de la rentabilité a conduit nombre d’entreprises à trouver des modèles économiques de plus en plus complexes, voire incompréhensibles. D’une certaine manière, on s’éloigne du sens.

Au fond, cette quête obsessionnelle de l’argent démontre justement l’absence de sens. Comme on n’a pas de projet de société, en attendant, chacun cherche à accumuler le plus possible pour le jour où il y aura un projet de société.

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Le pouvoir d’achat et le sens d’achat

Dominique Bourg plussoie ces remarques. Il observe que c’est la même désorientation qui sous-tend la notion de principe de précaution (même s’il n’est évidemment pas contre le principe de précaution).

Vision d’horreur : et demain ? la question du sens sera-t-elle encore possible demain ? Il évoque le projet transhumaniste qui vise à affranchir l’homme de toute limite, notamment l’immortalité.

La question du sens est révolutionnaire. C’est la seule qui soit aujourd’hui tabou. C’est pourtant la première que se posent les sociétés traditionnelles.

Sébastien Kopp raconte. Venant de milieux aisés et ayant fait de bonnes études, on ne se pose pas la question si « entreprendre » est facile ou difficile ». On se dit  juste « si ce n’est pas nous qui le faisons, qui le fera ? ». On a fait une boîte pour travailler dedans mais aussi pour pouvoir se procurer la basket dont on rêvait.

Il mentionne les plus-values de la basket Veja (coton bio, agro-écologie, seringueros, payer le caoutchouc au prix qu’il faut pour laisser la forêt en pied).

Après 3 ans, ca marche. Mais on devenait des petits patrons un peu cons… Qu’est-ce qui se passe dans l’entreprise ? On pourrait être en SCOP par exemple. Pour l’instant on a plafonné les écarts de salaires.

Le projet est chouette mais si c’est pour finir patron en 4×4, on rate l’essentiel ! Paradoxalement, la première prime pour la coopérative brésilienne a été dépensée pour avoir des antennes télévisions… alors qu’il manquait tout là-bas ! Mais on ne peut rien dire. Ou alors on tombe dans le neo-colonialisme.

La consommation est un vote ! A pas tant que ça, on peut changer les choses rien que par le choix des achats !

Ecouter la partie 2

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Contradiction et polémique sur EDF

Je rappelle les 3 modes d’eco-SAPIENS. L’information pour expliquer et convaincre par la raison. Le comparateur de produits pour la facilité d’accès, convaincre par la pulsion. Et enfin, l’entreprise elle-même qui a choisi la cohérence selon l’adage attribué à  Gandhi : « L’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul ». Statut coopératif et La Nef.

Sébastien Kopp évoque en plus le fournisseur d’électricité verte Enercoop dont Veja est sociétaire et client. Mais il s’étonne de voir que ces acteurs exemplaires soient aussi peu connus finalement et que les principaux concernées fassent faux bond. Ainsi Les figures médiatiques de l’écologie pourraient les propulser en y adhérant.

J’évoque mon expérience personnelle où, invité à la Fondation Nicolas Hulot, j’avais expliqué que je relaierai les actions quand la fondation changera de banque pour la Nef (eco-SAPIENS ainsi que ses salariés sont à la Nef)

Ca tombe bien, Dominique Bourg fait partie de la Fondation Nicolas Hulot. Il reconnaît que ce pourrait être un formidable echo. Mais il faut savoir lier les deux : petites initiatives exemplaires d’un côté et grosses machineries un peu inertes de l’autre. Si FNH ne va pas chez Enercoop, c’est parce qu’on reçoit des sous d’EDF. C’est effectivement une contradiction.

A la question posée pour savoir si la fin justife les moyens, Dominique Bourg rappelle que pour gagner en indépendance, il faut avoir beaucoup de dons personnels. Or les attaques climato-sceptiques ont sensiblement fait baisser cette part de don. Comme il travaille aussi avec EDF, il ne veut pas qu’on laisse croire qu’EDF est une entreprise de 150 000 salauds. Le monde n’est pas manichéen. Il faut savoir assumer ses contradictions. Enercoop a au moins le mérite d’inspirer EDF.

Sébastien Kopp répond qu’on a pas vraiment le temps d’attendre qu’EDF change.

Si Enercoop devient « en terme de taille » comme EDF, Enercoop deviendra-t-elle « en terme de valeur » comme EDF ?

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Avalanche de questions

Peut-on réduire l’Amazonie à sa valeur marchande ? Viable est préférable à rentable ?
Les initiatives porteuses de sens progressent mais sont petites. N’est-ce pas la course du vélo contre le TGV ?

Malheureusement, toutes ces belles initiatives ne font pas système.
Voire !

Sempiternelles questions sur les pauvres (au Sud comme au Nord) à qui on ne peut pas demander de faire une fort supplémentaire (l’éco-consommation est souvent plus chère).

Sébastien Kopp: Ceux qui ont la possibilité de le faire ne le font malheureusement pas. On vise les salaires medians. Or ils ont une vraie responsabilité car ils ont la gouvernance financière, intellectuelle et culturelle. Et c’est ceux-là qui ne changent pas !

Ecouter la partie 4

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Salauds de pauvres

Internet va vite et permet de connecter ce fourmillement d’initiatives « sensées» . Il manque certainement une incarnation (politique ? syndicale ?)

On a tellement peur de froisser les gens qu’on ose plus dire en face qu’ils dépensent mal leur argent. L’argent n’a qu’une valeur. Mais ne véhicule plus de valeurs…

Anecdote des salariés Moulinex qui manifestent contre la délocalisation de leur usine alors qu’ils achètent de l’électro-ménager chinois.

Beaucoup d’interventions pour démontrer que le choix par exemple d’une alimentation bio, ne dépend pas vraiment du revenu.

Ecouter la partie 5

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12 questions pour finir

En tout, il y aura eu 30 interventions dans la salle. C’est bien !

Sans pub, comment Veja s’est fait connaître ?

Veja peut continuer à se développer sans croître ?

Le système s’effondre aussi car même physiquement les gens s’effondrent (observateur de la Sécurité sociale)

Quid Enercoop ? Les certificats verts ? Les AMAP ? le statut SCOP

Relation Travail/Consommation

Ecouter la partie 6

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Encore un grand merci à Sébsatien Kopp de Veja, à Dominique Bourg bien sûr, à l’Equitable café pour l’accueil chaleureux (même si on a été privé de fanfare !) et des bises à l’Elephant du poulailler qui assure toujours pour transformer des citrouilles en carrosse.

La bande complète de 1h45min est disponible mais pèse 100 Mo !


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Ecrit par Baptiste le 15 décembre 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...,Participez
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Yann Arthus-Bertrand et le Qatar

pétrole pistoletJe fais le pari.

En 2022, il n’y aura pas de coupe du monde au Qatar. Ou alors dans des conditions dramatiques.

Je ne sais pas si vous le saviez mais le Qatar, pays pétrolier par excellence, a joui du soutien de quelques ambassadeurs curieux pour sa candidature à accueillir la coupe du monde de football dans 11 ans.

Zinedine Zidane qui a ainsi pu gagner 11 millions d’euros. Mais aussi le photographe Yann Arthus-Bertrand qui, depuis son engagement pour l’environnement, n’est plus à une contradiction près.

Jadis photographe officiel du Paris-Dakar, sponsor et défenseur des banques irresponsables (Cortal, BNP), le voici qui soutient le Qatar dans cette compétition mondiale du ballon rond.

Diantre ! Par quel contorsion sémantique Yann Arthus-Bertrand va-t-il pouvoir justifier son soutien au Qatar ? Voici le communiqué. C’est un chef d’oeuvre. Une anthologie. Que dis-je? Une pétrologie (anthos-signifie fleur…)

Parce que ce que j’ai compris, et qui m’a intéressé, c’est que, pour la première fois, un événement sportif mondial se donne pour objectif la neutralité carbone, et parce que cela se fera au Qatar, précisément le pays qui a aujourd’hui la plus forte empreinte écologique par habitant du monde.
Cet objectif sera atteint notamment grâce à 3 éléments : l’énergie utilisée proviendra de panneaux photovoltaïques, les voyages en avion effectués par les spectateurs venus au Qatar seront compensés carbone et  la proximité des différents stades permettra de limiter les déplacements ; la candidature du Qatar se présente ainsi de façon plus favorable en termes d’environnement que les autres candidatures. Mais il faut ajouter aussi que les stades ont été conçus pour être démontables, de façon à  pouvoir être réinstallés dans des pays  en voie de développement ne bénéficiant pas de tels équipements sportifs  et cette idée me plait.

Ce qui m’intéresse, et c’est dans cet esprit que travaille ma fondation, GoodPlanet, ce n’est pas seulement de dénoncer les situations critiquables, malheureusement trop nombreuses, mais surtout de faire connaitre ce qui fait progresser les choses ; on a besoin d’innovation, de créativité ; et ce sont les bonnes initiatives qui font évoluer les esprits et les  pratiques.
Or la Coupe du monde de football se tiendra pour la 1ère fois dans cette partie du monde, où la préoccupation environnementale n’est pas le premier souci ; cela ne pourra qu’y  faire avancer la conscience écologique.
Voilà tout simplement pourquoi j’ai soutenu ce projet, que je trouvais intéressant ; j’espère ne pas m’être trompé.

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Faut-il dire enfin qu’évidemment je n’ai pas touché un sou pour avoir exprimé mon soutien dans cette vidéo ?
Quant au film « Home », pour lequel j’ai travaillé pendant 3 ans sans percevoir aucune rémunération, l’aide de la Fondation du Qatar et d’Al Jazeera a permis sa traduction en arabe et sa diffusion dans tous les Pays du Golfe, permettant ainsi qu’il soit vu au total par 400 millions de personnes dans le monde.

Yann Arthus-Bertrand

Que peut-on ajouter à tout cet imbroglio ?
Ah si !

Déjà une contradiction: les stades sont proches mais ca se fera en avion…

Et la compensation carbone ne peut en aucun cas justifier des pratiques. Dommage que l’organisme qui proposait justement des projets de compensation au compensateur actioncarbone (rattaché à Goodplanet) ait toujours pris soin d’insister là-dessus. Yann Arthus-Bertrand fait fi des recommandations des compensateurs et n’hésite pas à parler de »  neutralité carbone « .

Quant aux panneaux photovoltaïques, en plus de la polémique technique sur l’énergie grise, on se demande bien pourquoi le Qatar y aurait recours justement pour la coupe du monde… Pourquoi pas aujourd’hui ? Que change la coupe du monde ? Est-on dupe au point de croire que les climatiseurs qui vont tourner à fond vont fonctionner à l’énergie solaire ?

Le prétexte des « pays en développement» , tarte à la crème de la bonne conscience, à qui l’on refourguerait des équipements pharaoniques, ca s’appelle aussi, dans le jargon du colonisateur, des éléphants blancs.

Je me souviens de Nicolas Hulot expliquant que l’idée de faire un grand prix de formule 1 à Flins, lui « donnait un peu la nausée« . On mesure ainsi l’écart sans cesse grandissant entre les deux hélicologistes.

Non rien ne justifie le soutien d’un écologiste pour ce qui non seulement est une aberration environnementale mais aussi une immondice du divertissement. Et c’est un passionné de football qui l’écrit.

Mais au fond, la vraie question qu’on oublie à force d’arguments et de contre arguments, c’est « Pourquoi une personnalité se manifeste pour soutenir une candidature ?» 

Évidemment, nier avoir obtenu une rétribution pour ce soutien n’est pas crédible. D’abord parce qu’officiellement, le Qatar, par une fondation, a contribué à hauteur de 8% au film Home. Alors ce n’est peut-être pas une rémunération, sous-entendue personnelle, mais cela revient bien au même. L’astuce est ici que YAB dissocie sa personne de son activité (fondation, film) ce qui est vrai d’un point de vue physique et juridique… mais caduque d’un point de vue financement des activités.

Mince, on n’a même pas parlé du fait que le Qatar interdise constitutionnellement les partis politiques.


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Ecrit par Baptiste le 10 décembre 2010 :: Classé dans Ad Hominem,Débat,Les autres...
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