Blog des eco-SAPIENS
Ethique = Cohérence

Pas de pitié pour la croissance

Au commencement était le Verbe

Il y eut une époque relativement sereine, c’était il y a à peine quatre ans, où quand on parlait de décroissance, les gens étaient stupéfaits et ne prenaient pas la peine de débattre tellement l’idée semblait farfelue.

C’était une notion d’extra-terrestre. Aussi, quand la question était évoquée, à gauche comme à droite, comme on manquait de culture sur cette question, l’habile politicien se contentait de répondre deux choses:

« Moi je ne suis pas pour la décroissance car je suis pour la croissance des énergies renouvelables et de l’amour par exemple»  (argument sémantique – Benhammias)

« Il est indécent, quand on voit la pauvreté en France comme dans le monde, de prôner la décroissance»  (argument moraliste – Juppé)

Au fil du temps, certains ont réalisé qu’ils n’avaient rien compris. Comme toujours, ils confondaient richesse et croissance, ils confondaient bien-être et production de marchandises. Mais peut-on leur jeter la pierre quand on voit le flou sémantique entretenu par économistes et médias sur ce qu’est la croissance.

Alors, ils ont sorti cette réponse:

« Moi je veux bien qu’on fasse la décroissance, mais je suis pas sûr que les Chinois aient envie»  (argument fataliste – Juppé bis !).

Il y a un argument qui a disparu aussi vite qu’il est apparu c’est celui sur lequel reposait au fond le développement durable :  l’idée que la technologie allait résoudre les dégâts de notre empreinte écologique. Des voitures moins polluantes, des avions moins polluants, des télé-conférences (mais pourquoi si les avions ne polluent plus ?).

Et ça repart comme en 40.

L’apostasie durable

Or, depuis un an, il y a manifestement un regain d’intérêt pour discuter de la décroissance. Le ton se fait plus virulent. Sur les questions environnementales, pas un politique (Vert compris) qui ne précise en préambule  : « Bon d’abord, moi je ne suis pas pour la décroissance« . Ils se sont passés le mot, comprenant qu’ils pouvaient perdre beaucoup de crédit à dire que ce concept n’était pas idiot (ou mal compris).

De l’autre côté, les tenants du développement durable commencent aussi à déchanter. A commencer par Dominique Bourg, pape du DD en France qui affirme aujourd’hui « Arrêtons la farce du développement durable« *. Son mentor américain, Tim Jackson, dans une interview sur Rue89  appelle quant à lui à une rupture avec le moteur de la croissance.

Que s’est-il passé ?

L’explication perfide qui me vient à l’esprit est que ces pionniers ont senti qu’ils s’étaient fait dépasser. Ils ont senti qu’aujourd’hui, il y avait plein d’autres ténors du développement durable et que donc, pour retrouver un statut de pionnier, il fallait se démarquer. Et du coup durcir un peu le ton.

Il ne faut pas oublier que dans l’histoire des Idées, ce sont souvent des conflits d’égo qui déroulent le fil invisible…

D’un côté, on se réjouit de voir tant de gens crédibles pour les décideurs devenir plus radicaux. De l’autre, on est tout de même stupéfait de voir que manifestement, ces apostats, n’ayant pas lu quelques ouvrages sur la décroissance, sont en train de réinventer la roue. On a perdu 40 ans.

Et peut-être plus, car le déni de réalité est tenace !

Le fil d’Ariane

Dans le cycle de Fondation,  Isaac Asimov imagine la psychohistoire. Il s’agit d’une science sociale prédictive où les psychohistoriens sont capables de prévoir l’avenir dans ses grandes lignes, pouvant ainsi anticiper certains évènements chaotiques. Ils dégagent des tendances et ainsi peuvent sauver la Fondation à travers les âges…

D’une certaine manière, la psychohistoire existe bel et bien mais elle est relève plus du pari que de la science. Ainsi, des cabinets d’experts établissent des scenarios prenant en compte le pic du pétrole, le changement climatique, le coût des matières premières, la consommation des ménages etc.

Exercice périlleux on s’en doute puisqu’il y a 15 ans, Internet n’existait pas, qu’il y a 10 ans, personne n’avait de téléphone portable etc. Difficile d’estimer offre et demande ne serait-ce que dans les 6 mois à venir.

Et pourtant… il nous faut bien un scenario, un fil d’Ariane. Un peu comme dans une start-up où l’on expose le plus sérieusement du monde à ses investisseurs, un budget prévisionnel sur 5 ans, un peu avant que Google existe, ou Facebook ou Twitter… Tout le monde fait semblant d’y croire. Parce que sinon, comment l’économie tournerait-elle ?

Le 10 Septembre 2010, à l’initiative du député vert Yves Cochet, quatre cabinets ont exposé leur scénario. Deux versions françaises, une version anglaise et une version danoise. Même si elles s’inscrivaient dans la même vaine (aucune n’avait émis l’hypothèse de la fusion nucléaire, du mouvement perpétuel ou de l’extraction des sbales bitumineux) elles différaient sensiblement.

L’un de ces scénarios est relativement célèbre. C’est le scénario négaWatt, notion issue de l’écologiste américain Amory Lovins.

Ici le tiercé gagnant et dans l’ordre est : sobriété, efficacité, renouvelable. Remarquez que le renouvelable arrive en fin de course ! Cette approche résume au mieux ce qu’est la décroissance par rapport au développement durable. Il y a des gisements de négaWatts partout ! Et quand on aura fait le tour des ces « gaspillages»  on aura déjà réduit la facture énergétique par quatre.

Ainsi, sur le graphique final du scénario négaWatt, nous arrivons en 2050 avec un peu de gaz, un reste de pétrole, du renouvelable et plein plein de négaWatts.

Le scénario devrait être réactualisé en 2011 mais une chose est sûre, par cette approche énergétique (et non économique) on a déjà une bonne piste pour savoir si oui ou non la Fondation sera encore là en 2050…

*citation de Dominique Bourg

« Nous parlons de développement durable depuis plus d’une vingtaine d’années. C’était une tentative pour dissocier la croissance du PIB de la consommation d’énergie des ressources naturelles.

Nous savons maintenant que c’est impossible. Deuxième diagnostic sévère sur le développement durable : ce devrait être une démarche de prévention, d’anticipation à l’échelle des problèmes globaux, tant en matière d’environnement que de répartition de la richesse. Or, force est de constater que le développement durable est à cet égard un échec, même s’il est inspiré maintes actions intéressantes à une échelle locale, également pour les entreprises (…)

Repensons à ce que disaient les grands textes fondateurs de la réflexion écologique des années 1970, ceux d’Illitch, des époux Meadows, les auteurs du rapport au club de Rome, de Georgescu-Roegen, Goldsmith ou Gorz. Tous n’envisageaient d’autres possibilités qu’une décroissante des économies.
Or, nous sommes désormais contraints de considérer à nouveau cette perspective. Telle est part exemple la position défendue en mars 2009 par la commission britannique du développement durable. Le rêve d’un découplage entre la croissance des économies et la consommation de ressources a fait long feu.
Il convient donc de refermer la parenthèse du développement durable.

Cessons de croire que nous pouvons harmoniser une économie purement financière, dont les instruments visent à rendre impossible toute considération de long terme, et la préservation de la biosphère. Finissons-en avec la rhétorique des trois piliers et d’un équilibre aussi trompeur que mensonger entre les dimensions économiques, social et écologique. »

Revue Etudes, Juillet 2010, cité par La Décroissance Août 2010


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Ecrit par Baptiste le 29 septembre 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...
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De mèche avec les renseignements généreux

Follow your dreamsIl y a quelques temps, je participais à une action de désobéissance. Bref, je faisais quelque chose d’illégal… mais de légitime. D’ailleurs, à bien chercher, nous avons tous commis des actes illégaux mais légitimes. Par exemple, dans le métro, passer par-dessus le portillon parce que le ticket s’est démagnétisé, ou parce que l’on s’était trompé de quai.

Durant cette action de désobéissance où nous nous apprêtions à occuper une grande entreprise de missiles (sous couvert d’un patronyme à la mémoire d’un célèbre théorème…) nous avons, justement, pris le métro parisien. Au bout de cinq secondes, nous avons repéré un type bizarre, un quidam plutôt costaud, habillé sombre et en train d’appeler avec un super téléphone.

Je me suis approché de lui pour savoir ce qu’il racontait au téléphone.

« Il y a deux chèvres, cinq vaches, trois cochons…» 

Je n’invente rien.

Alors j’ai eu mal pour mon pays. Moi qui imaginais les agents des renseignements généraux sur-entraînés, discrets et aptes à parler un langage codé anodin et indécelable. Eh bien non ! C’était grossier, criard et bouffon. En cinq secondes, il était grillé. Alors la trentaine de désobéissants que nous étions, nous l’avons regardé fixement. Il avait l’air penaud et moi j’étais mal à l’aise pour lui. Déçu aussi que mes impôts partent dans une élite aussi peu professionnelle. Chacun son rôle ! Moi je désobéis. Lui doit être discret.

Dali dans le mtéro parisien

Dali sortant du métropolitain

Nous l’avons semé à la station d’après. Un jeu d’enfant.

Voilà, ce fut ma première rencontre avec les renseignements généraux, institution pour la quelle j’ai, bizarrement, beaucoup de sympathie.

Au final, nous avons bien squatté le siège de l’entreprise spécialisée dans les systèmes de défense. L’action s’est bien passée malgré un impact médiatique faible (un article dans le Figaro).

Mais oublions les renseignements généraux et voyons leurs cousins: les renseignements généreux. Au départ, comme le nom l’indique, il s’agit de partager, sous formes de brochures, une synthèse autour d’enjeux sociétaux: publicité, dette des pays du Sud, nucléaire, agriculture, démocratie…

Partisans, les renseignements généreux ? Oui mais tout sauf dogmatiques car on est séduit par la limpidité et le déroulé pédagogique du propos.

Les brochures circulaient sous le manteau, de festivals en festivals tout en étant consultables sur le site internet. Site web qui fournit également d’autres ressources documentaires toujours pertinentes et inspirantes. Eco-sapiens se nourrit d’ailleurs de ces informations (cf interview d’un fabricant de papier recyclé).

Désormais, les renseignements généreux sortent une revue dont le mot d’ordre, avouons-le, fait du bien !

La revue La Traverse commence en effet avec un article intitulé « Nous avons besoin de visions positives« , sorte de pied de nez au travail encyclopédique de recensement de toutes les mauvaises nouvelles qui pleuvent sur nos semaines.

La revue essaie de remonter aux sources du problème global: pourquoi si peu de contestation ? En cela, la théorie de la tendance à la réduction de la dissonance cognitive (résultat de la psychologie sociale) nous permet au moins d’envisager une cause. Il est dur de renoncer à quelque chose pour  lequel nous nous sommes beaucoup impliqués.

Plus tard, un article teinté d’humour aborde la question du langage. On y apprend (ou rappelle) que la position « modérée»  (appelée bof-bof) mène très souvent à l’absurde. Croire aux fantôme, croire en Dieu ou croire au complot du 11 Septembre (lisez l’article ne serait-ce que pour apprendre comment la Maison Blanche n’a jamais eu besoin de tuer 2 000 personnes pour manipuler l’opinion publique, une fausse infirmière qui passe à la télé suffit à partir en guerre contre l’Irak). On ne voit pas trop comment la position intermédiaire peut tenir.

Enfin, l’interview de Xavier Renou est éclairante. D’abord parce que son parcours est chargé de symboles. Etudiant, il s’inscrit dans l’anti-fascisme (choisissant de faire une thèse sur le GUD… à la faculté d’Assas !) pour arriver à la dénonciation de la privatisation de la violence (campagne Greenpeace). Aujourd’hui, avec le collectif des désobéissants, il initie à la désobéissance civile non-violente. Ainsi, des milieux de tous horizons, avec des causes fort différentes, se retrouvent. C’est ainsi que le monde du handicap qui dénonce le manque d’investissement au Conseil général des Hauts de Seine, va, temporairement, rencontrer des faucheurs ! Partage d’expérience garantie !

Lorsque Xavier Renou raconte l’anecdote de cet agent de la sûreté militaire qui avait infiltré les Désobéissants (« un type charmant» ) et qui a été démasqué par une lettre anonyme, je m’amuse encore.

J’imagine la vie de ces agents doubles, qui se retrouvent à faire des stages de clown-activisme ou à manger bio avec des anti-pubs. J’aimerais savoir ce qu’ils en pensent au fond. A-t-il des moments authentiques de joie durant ces stages ? Voit-il le monde différemment après ?

Et je me dis que j’ai raté ma carrière. J’aurais tant aimé être agent secret et énumérer les animaux de basse-cour dans le métro parisien…


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Ecrit par Baptiste le 21 septembre 2010 :: Classé dans Itinéraire,Les autres...,Participez
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Un bon blogueur est un blogueur mort

Longue absence sur le blog eco-sapiens étant donné que nous étions plongés dans une migration périlleuse. En clair, nous avons changé de serveur. Et, croyez-moi, ce n’est jamais une mince affaire que de déplacer sans perte des gigaoctets de données.

Les connaisseurs de western auront remplacé dans ce titre le mot « blogueur»  par « Indien« . Peu importe si l’officier Sheridan a réellement prononcé cette phrase, là-bas les choses se sont faites sans avoir eu besoin d’être explicitées. Aujourd’hui, combien de peuples autochtones et traditionnels restent-ils sur cette planète ?

Hier, j’ai rencontré un homme formidable (et donc quasi-inconnu…) qui s’intéresse de très près au sort de ces communautés aux multiples qualificatifs: Indiens, sauvages, autochtones, traditionnels, tribu etc.

Il a notamment eu un coup de coeur pour une tribu qui est presque tout un symbole. Les Shiwiar qui vivent en Equateur, au Point Zéro, c’est à dire à l’endroit le plus éloigné du front de colonisation. En pleine Amzonie, ne vivant que des ressources de la forêt, perpétuant une culture millénaire fondée sur l’équilibre avec la nature. Mais surtout, une tribu menacée par l’avancée globale des multinationales qui avalent goulûment l’Amazonie : bois, soja, palme et surtout pétrole.

Abstrait ? Manichéen ? Demandez à Texaco où en est le procès… Pendant 30 ans, la compagnie pétrolière a allègrement déversé 70 millions de litres de pétrole dans les rivières.  Et avec les essais sismiques pour repérer les poches de pétrole, les glissements de terrain perforent la canopée comme du gruyère de l’emmental.

En fait, si l’on dressait le catalogue des tribus encore préservées de ce monde on observerait une gradation:

  • ceux qui sont sur le déclin: autrement dit la majorité. Ainsi les voisins des Shiwiar, les Sapara, n’ont pas été épargnés par l’avancée des pétroliers. Ils coupent le bois et délaissent leurs cultures vivrières. Plus connus, les Inuits connaissent l’alcoolisme et un taux de suicide important.
  • ceux qui ont touché le fond et remontent progressivement: c’est notamment le cas des Amérindiens d’Amérique du Nord
  • ceux qui ont « réussi»  à conserver identité en côtoyant la modernité. On peut évoquer les Kunas du Panama
  • ceux dont l’avenir se joue aujourd’hui. Ainsi des Shiwiar (Jivaro) et des Kogi qui ont connu une certaine médiatisation.

Pour réussir une cohabitation fructueuse entre l’Occident et ces multiples tribus, il est indispensable avant tout d’attribuer un territoire à la tribu.  En Australie, ce droit a mis trop longtemps à exister. Ce n’est qu’en 1992, que l’Australie a reconnu rétroactivement que le continent n’avait jamais été terra nullius (territoire sans maître, territoire non cultivé et donc appropriable par le premier qui la cultive. Allez faire comprendre ce concept britannique à des gens qui vivent là depuis des millénaires…)

Ainsi donc, pour sauver les Shiwiar, il faut que l’Equateur leur reconnaisse un territoire. C’est justement l’action de l’association Arutam dont fait partie Jean-Patrick Costa. Pour le moment, grâce aux fonds collectés, les Shiwiar sont effectivement propriétaires de la forêt qui les abrite. Mais cette zone pourrait et doit encore s’agrandir car les oléoducs se rapprochent dangereusement (à peine 50km).

Le point zéro, les Shiwiar, c’est donc tout un symbole. Et si vous ne savez pas à qui donner ces temps-ci, foncez faire un don sur Arutam ou Zéro-Déforestation

Certains croiront, à tort, que je verse dans le mythe du bon sauvage. Or dans ce billet à propos de l’extermination de la mégafaune, je crois ne pas tomber dans l’angélisme. Selon moi, et avec un brin de provocation, l’Africain, l’Amérindien ou l’Aborigène sont aussi barbares que l’homme blanc. Simplement, l’Occidental a gagné. Militairement parlant s’entend. Ce n’est pas une grande preuve d’ingéniosité de sa part. Mais comme il est gagnant et que ce sont les vainqueurs qui écrivent l’Histoire, il a bien fallu qu’il justifie sa domination en se parant des vertus à la mode (droits de l’homme, développement, culture…)

En réalité, au-delà de cette « relativisation des valeurs»  qui n’en est pas une, seule compte à mes yeux la biodiversité appliquée à l’espèce humaine: c’est à dire la diversité culturelle.

OurouborosComme le dit Jean-Patrick Costa : « Nous avons beaucoup à apprendre des Shiwiar« . Non pas qu’il nous faille vivre comme eux. Mais parce que dans leur manière de vivre, ils démontrent qu’un « autrement»  est possible. Et vu l’état de suffocation de l’Occident, tel un Ourobouros aveugle et satisfait de se manger la queue, il serait bon d’examiner toutes les pistes qui nous sortiraient de ce cercle vicieux.

Par exemple le savoir. Malgré des efforts administratifs et laborieux pour promouvoir des apprentissages plus interactifs, le seul savoir légitime reste la présentation marginale. Or, la plupart des tribus ont une méthode pédagogique qui surprendrait bien des inspecteurs d’académie… Avec un savoir horizontal qui se diffuse plus qu’il ne descend au fond du puits.

Il existe d’autres manières de soutenir ces tribus. L’éco-tourisme, sujet controversé, en est une. A ce propos, Jean-Patrick Costa raconte une anecdote à double tranchant.

Il paraît que pour l’émission de TF1, Bienvenue dans ma tribu, on a demandé aux Zaparas de mettre des costumes traditionnels pour faire plus « authentique»  alors qu’en réalité, ils ne portent plus lesdits vêtements. Cela a suscité une vive polémique, certains experts dénonçant un retour aux méthodes des expositions coloniales. S’il est certain que travestir la réalité est inadmissible, on se demande pourquoi il faudrait s’offusquer plus que d’habitude. La télé ne fait que cela: travestir la réalité, faire vrai avec du faux.

Cependant, on peut aussi voir un aspect positif dans ce regain pour nos bons sauvages. D’un seul coup, les autochtones réalisent que leurs coutumes intéressent. Ils cessent, d’une certaine manière, d’être déconsidérés. Cela est d’autant plus vrai concernant le chamanisme où l’on observe une recrudescence de carrières chamanes chez les jeunes parce que cela intéresse l’homme blanc (dommage que celui-ci, 40 après Castaneda, n’en retienne encore que l’aspect psychotrope).

Au fond, c’est la question du rapport à l’autre qui se pose, encore et toujours.

Là où le colon exterminait jadis, là où le missionnaire déculturait ensuite, là où le FMI développe aujourd’hui, il ne reste plus grand chose de ces joyaux humains. Alors anthropologues et associations tentent de rétablir des ponts, en prenant soin à ne pas les transformer en autoroute. Tâche ô combien difficile dans ce monde friand de vitesse.

Il faut donc se faire à l’idée. Muettes, ces tribus sont pourtant encore parmi nous. Certaines ont compris les enjeux. Et ont choisi. Quand je dis « comprendre»  c’est qu’à mon avis il n’y a pas de mot pour décrire ce qui est un mélange de sagesse et d’orgueil. Sagesse à fonder une vie sur l’équilibre et l’harmonie. Orgueil à affirmer leur culture… de peur de tout perdre en la perdant.

Et nous dans tout cà?

Mieux vaut citer le poète.

« Le Grand Jeu est irrémédiable; il ne se joue qu’une fois. Nous voulons le jouer à tous les instants de notre vie. C’est encore à « qui perd gagne ». Car il s’agit de se perdre. Nous voulons gagner. Or, le Grand Jeu est un jeu de hasard, c’est-à-dire d’adresse, ou mieux de « grâce » : la grâce de Dieu, et la grâce des gestes »


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Ecrit par Baptiste le 16 septembre 2010 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Les autres...,Poïesis
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