Blog des eco-SAPIENS
Ethique = Cohérence

A l’assemblée générale d’une banque pas comme les autres

money_maskedReprenons reprenons…

Si vous demandez à un boucher à quoi sert la viande qu’il manipule, il saura vous répondre. Mais si vous demandez à un trader ou à votre banquier à quoi sert l’argent qu’il manipule, il vous répondra « à faire plus d’argent. »  C’est ce qu’Aristote appelle la chrématistique, c’est à dire l’accumulation de moyens d’acquisition.

Confondre le moyen et la fin, ce n’est donc pas si nouveau. Et la dénonciation qui va avec non plus !

Il serait naïf de croire que c’est une dégénérescence de nos sociétés. La différence peut-être, c’est qu’auparavant, il était ringard d’être obsédé par l’argent. Aujourd’hui, c’est la classe que d’être trader. C’est à dire qu’on les conspue sur la place publique… tout en rêvant secrètement d’avoir les mêmes boni de fin d’année.

Or, il existe des banquiers à rebours. Ca a commencé il y a plus de trente ans maintenant, en France, où des personnes suffisament idéalistes pour vouloir changer le monde, et suffisamment réalistes pour se dire que cela passait par la comptabilité et les finances, ont décidé ce créer une banque éthique.

A l’époque, le terme éthique n’avait pas sa popularité d’aujourd’hui. Ils ont appelé leur société la Nef, Nouvelle Economie Fraternelle. Ne pouvant obtenir, pour des raisons purement politiques, l’agrément bancaire, ils n’ont pu faire une banque à proprement parler. Mais c’est tout pareil. C’est une société financière. En gros, un établissement qui peut administrer des comptes courants (il y a des chéquiers Nef) et qui peut octroyer des prêts.

money_bananaQu’y a t-il d’éthique ou de fraternel là-dedans ?

Sur la forme d’abord.

Fonctionnement coopératif c’est à dire qu’un sociétaire (un client si vous souhaitez continuer à raisonner dans l’ancien monde…) a une voix au conseil d’administration.

Une transparence totale.
Quand je dis « totale» , je pèse mes mots. Car non seulement on accède aux comptes détaillés de la banque mais surtout on veut vraiment que vous sachiez à qui l’argent a été prêté.

Sur le fond ensuite.

Les prêts sont toujours destinés à des projets typiquement « eco-sapiens« . Ce n’est pas un hasard si nombre de Biocoop, d’associations écologistes de la bio ou de l’équitable sont et font appel à la Nef.
Du coup, les millions d’euros brassés, une fois détaillés, deviennent très concrets. Ouf, mon argent n’a pas servi à doper l’huile de palme d’Indonésie !

Après cela on peut toujours rétorquer à quoi bon connaître tout cela ? Doit-on vraiment s’enquiquiner à savoir où part chaque kopek ? Ma foi je pense que oui. Car il est illogique de vilipender les traders et autres marchés financiers alors que ces dérives sont justement possibles par l’opacité et le laisser-aller d’aujourd’hui.

A eco-sapiens, on aime bien dire que chaque individu a trois pouvoirs. Celui de consommateur, celui de citoyen, et celui d’épargnant. Comme disait une célèbre publicité: « Mais ca fait trois choses à la fois !»  et ca fait donc beaucoup dans nos vies où le temps s’échappe par tous les horizons possibles.

money_homerQuand on voit la complexité du comment consommer mieux, quand on voit les promesses trahies des politiciens et le manque de scrupules des financiers, on est tenté de lâcher prise. Et de renoncer à ses trois pouvoirs. Discount, abstention et boursorama…

Or il ne faut pas. Et pour bien faire, le plus simple et le plus gratifiant, c’est de rencontrer directement les gens. Incroyable non ?

  1. Votre marchand. S’il est incapable de raconter l’histoire de ce qu’il vous vend allez-vous en.
  2. Votre maire. Si vous n’avez jamais discuté avec lui, votez pour celui qui aura été disponible.
  3. Votre banquier. S’il est incapable de vous dire où va l’argent que vous lui confiez ou s’il vous dit qu’ils font des placements écologiques… changez de banque.

De là, on comprend mieux la devise de la Nef: « Pour que l’argent relie les hommes» . Et oui, l’argent n’est décidément pas une fin. C’est aussi plus qu’un moyen.

Ceci dit, il faut se souvenir que l’argent n’est pas une fatalité. Il est tout à fait possible d’échanger biens et services directement, sans matérialisation pécuniaire. Mais ceci est une autre histoire… à écrire prochainement !

Pour finir, un dernier point, sous forme de point d’interrogation. Celui de la religion.

La Nef a été accusée il y a une dizaine d’années d’être une secte. C’est obvieusement calomnieux. (C’est même risible dans la mesure où la Nef est une institution financière avec commissaire aux comptes, agrément des autorités financières et autres procédures comptables diverses à même de faire fuire quiconque à envie d’endoctriner…)

money_marioNéanmoins, quand on sait que le mot « religion»  vient de « relier»  (pareil avec le pontif qui fait le pont) on sent bien que l’emploi des mots « fraternel»  et « relier»  si chers à la Nef, donne une dimension spirituelle à tout ceci.

Cerise sur le gâteau, un très bon ami, qui est musulman pratiquant, une fois expliqué le concept de la Nef, a été le plus prompt,  à y ouvrir un compte. Il est écolo mais moins que d’autres qui eux n’ont toujours pas fait le pas… Je crois que pour lui, l’argument de poids, c’est que la Nef répondait aussi à en partie aux exigences de ce qu’on appelle la finance islamique (une finance sans usure i.e. sans taux d’intérêt et qui ne finance pas la pornographie et l’armement).

Voilà, je ne sais s’il faut cela relève réellement de la religion. J’aurais tendance à appeler cela foi. C’est à dire une espérance… qui commence déjà par soi. C’est énorme.

Le site de La Nef

L’assemblé générale a eu lieu à la Cité des Sciences à Paris ce 29 mai. Traiteur bio et fanfare (!) ont animé la journée. Et en plus on y rencontre des sociétaires intéressants et sympathiques !


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Ecrit par Baptiste le 30 mai 2010 :: Classé dans Itinéraire,Les autres...
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Reprise du blog eco-sapiens et Manifesto

tyrannie technologiqueC’est un peu sur un coup de tête que j’ai écrit dans le précédent billet que le blog eco-sapiens s’arrêtait. En fait la poudre s’entassait depuis quelques années et il manquait le détonateur qui fut cette réflexion comparative entre l’industrie automobile et l’industrie numérique.

A la fin du billet, il me parut tout à fait logique d’aller jusqu’au bout. Un brin provocateur peut-être. Mais la question est toujours là. Elle se résume à la formule du plus grand poète du XXème siècle, Gherasim Luca, « Comment s’en sortir sans sortir« .

Car on a beau jeu de parler d’écologie, d’épuisement des ressources, de manque de lien social dérobé par nos écrans… tout en ayant un blog. Et je pense sincèrement qu’il y a un problème de fond au tout numérique de même qu’il y a un problème de fond avec la société automobile.

A l’heure où j’écris ces lignes, BP en est à son cinquième plan foireux pour colmater une marée noire dont on sait qu’elle dérivera encore au moins un an. Et si dans dix ans, on raclait le fond des océans pour les derniers microgrammes de palladium. J’évoque la palladium pour dire que c’est encore plus dramatique que le pétrole (moins le forçage carbone). Il y a plus de palladium dans nos appareils numériques et nos pots catalytiques qu’il en reste dans les mines.

A ce propos, l’exemple du palladium recèle de multiples symboles. D’abord parce originellement, on l’utilisait pour les pots catalytiques. Ce fut donc une exploitation pour lutter contre certaines pollutions de l’automobile.
Ensuite parce qu’aujourd’hui, une part croissante de son utilisation va aux gadgets électroniques (certainement l’IPad qui sort aujourd’hui). Comme si cette transition de l’automobile au numérique était contenue dans ce métal.

Voilà le monde de nos parents, obsédé de déplacements et d’automobiles laisse la place au monde actuel, obsédé de communications et d’Internet.

Alors, forcément, parfois on a envie de dire « Je ne marche pas !» .

J’avoue être toujours sidéré par l’enthousiasme naïf que je lis sur divers sites écolos. Tel ordinateur serait vert, tel téléphone serait écologique. A ma connaissance, la seule critique vraiment sérieuse de cette pseudo-écologie numérique se situe aux éditions L’échappée, notamment l’excellent livre La Tyrannie Technologique à la couverture évocatrice.

Voilà pour les considérations sur l’informatique. Je ne ferai plus d’auto-flagellation. Et je précise que ne suis évidemment pas partisan des communications par pigeons voyageurs (ce genre de caricatures déshonore d’ailleurs tous ces aliborons sévissant sur les forums).

De même qu’on peut manger local on pourra aussi poser la question du communiquer local.

Ceci dit, quelques justifications à la poursuite du blog eco-sapiens.

  • Nombre de blogs écolos font du relai. En clair, ils ne produisent pas d’information, ils buzzent. C’est indispensable mais ce n’est pas vraiment notre « truc» .
  • Alors le blog pourrait parler de nous, de notre société coopérative, des festivals auxquels nous participons etc. Mais alors cela intéressera surtout ceux qui nous connaissent. Et puis… notre nombril…
  • Le blog pourrait aussi être un lieu d’exfiltration de toutes ces informations trop brûlantes pour figurer sur le site officiel (exemple: huile de palme bio colombienne dont on pas fini de reparler)
  • Enfin le blog pourrait surtout parler de ce dont on ne parle pas ailleurs. Par exemple l’excellent numéro de Silence ! paru ce mois-ci, sur la non-violence.

Ainsi, autant l’annoncer, si nous continuons ce blog, il sera plus orienté sur le monde sous-marin de l’écologie. En clair, de même que le site officiel eco-sapiens souhaite rendre visible ces boutiques alternatives, le blog mettra en relief, ceux qui font un boulot énorme et dont on parle peu.

La précédente référence à la revue S!lence en est un exemple. Comment expliquer que cette revue phare, la plus vieille qui soit dans la presse écologique, soit totalement ignorée du buzz médiatique actuel ?

Pour le dire autrement, et sans aucun goût pour le « c’était mieux avant» , l’idée sera donc de fuir l’actualité pour mieux regarder en amont. « Que s’est-il passé ?»  plutôt que « que se passe-t-il ?» 

J’espère que ce virage éditorial ne décevra pas !

Au plaisir de vous lire.


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Ecrit par Baptiste le 28 mai 2010 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Poïesis,Un peu sur nous
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Comment j’ai visité une usine Renault

20086_BD__43E4E12DAttention, ceci n’est pas un publi-reportage !

Cette précision liminaire effectuée, il me faut encore faire une digression qui portera sur quelque chose que je connais particulièrement bien… moi !

Qu’on me pardonne cette parenthèse nombriliste, je la juge utile pour bien comprendre que le billet qui suit pourra être jugé trop sarcastique. Ce n’est pas son but. Je m’efforce d’être impartial. Et je sais que parfois, l’honnêteté intellectuelle peut être blessante.

Voici donc la parenthèse.

J’ai appris de la bouche d’un véritable journaliste (plusieurs fois cité sur ce blog d’ailleurs) qu’il ne faut jamais rencontrer ses ennemis. Pour la simple raison qu’un jour où l’autre, on est amené parfois à les rencontrer et que si l’offense est connue, on est tenté de vouloir se faire pardonner. Pire encore, les gens en vrai, sont souvent sympathiques et on en vient à se demander pourquoi on a eu la dent si dure alors que ce sont de francs camarades le temps d’une soirée.

Le phénomène n’est pas nouveau et atteint son paroxysme dans les forums virtuels par exemple, où les internautes peuvent se lâcher (souvent pour le pire d’ailleurs) parce qu’ils savent qu’ils ne verront jamais la personne qu’ils offensent.

Moralité, pour un simple eco-sapiens comme moi, mieux vaut garder ses distances. Je dis cela avec d’autant plus d’expérience que nombre de mes camarades d’école d’ingénieur exercent leur besogne parmi les entreprises les plus infréquentables à mes yeux. Mais ils sont mes amis…

Fin de la parenthèse. Encore pardon !

Un jour, nous recevons un coup de téléphone. Une agence de communication souhaite organiser une rencontre entre blogueurs écolos influents -quel honneur !- et l’usine Renault de Maubeuge qui s’inscrit dans une démarche environnementale sur deux fronts:

  • l’optimisation écologique du site de production et, perlinpinpin,
  • le lancement de la future voiture électrique Made in La Marque Au Losange.

Bon, nous sommes à Marseille, ca se passerait à la frontière belge. On a donc décliné poliment l’invitation trouvant que la géographie de l’Hexagone pouvait se révéler bien pratique par moment…

Et puis et puis… et puis j’ai été tanné pour tenter l’aventure.

Cédant donc à la curiosité et à l’appel improbable du nom de Maubeuge, j’ai donc accepté en m’assurant de deux conditions. Primo qu’en retour on ne serait pas obligé d’écrire quelque chose. Secundo que si l’on écrivait, on avait le droit de casser du sucre. Tout ceci m’a été confirmé.

Dubitatif, me voici donc Gare du Nord, un lundi matin de Paris.

Dans le train (1ère classe, durée 1h40) je discute longuement avec le responsable communication de Renault. Je cherche à comprendre, j’essaie de percevoir le piège. Manifestement, il n’y en a pas. Ils adoptent, à juste titre selon moi, les techniques de communication à la mode, où l’on fait aussi appel à la communauté du web qui est capable aujourd’hui de créer une opinion, parfois un buzz, à moindre frais que des encarts énormes venant assombrir nos journaux et magazines…

On parle de tout. Un peu de Renault. Un peu d’écologie. On parle de la conquête de l’Amérique. Je lui raconte les thèses Jared Diamond à la fois sur l’effondrement des sociétés mais aussi sur « pourquoi l’homme blanc a gagné ?» 

Ouf, moi qui ne connais rien aux modèles de bagnoles, je vais pouvoir m’en sortir !

Arrivée Maubeuge. Une flotte de trois Kangoo (le fameux ludospace, « véhicule idéal pour les primoaccédants à l’automobile car compromis entre utilitaire et familial»  ) nous transportent de la gare à l’usine MCA.  C’est là que Renault fabrique la Kangoo de A à Z. Pour une ville de 30 000 habitants, c’est 2400 salariés et sûrement des emplois indirects à rajouter. Bref, quand l’industrie automobile va mal, on imagine sans peine que la ville sombre dans la Sambre…

Heureusement pour eux, l’usine va mieux par rapport à l’année dernière qui fut terrible. Au lieu des 200 000 véhicules produits chaque année, 2009 a atteint à peine 120 000 unités. Eux parlent de la crise économique. Moi je perçois les signes avant-coureurs du peak oil, ce fameux pic de production du pétrole. Bref, pour moi la crise économique est un symptôme et non une cause.

Le pétrole, justement on a des idées dessus chez Renault. « Enfin !»  diront les mauvaises langues. Eh oui car en 2011, l’usine de Maubeuge devrait sortir la Kangoo électrique, ce qui serait alors le premier utilitaire accessible et électrique.

Je confesse que n’étant pas partisan de la voiture, je m’emballe peu pour ce genre d’annonce. Car une fois le peak oil périmé, on regardera du côté du peak lithium. Je rappelle qu’il n’existe que deux principales mines de lithium. En Bolivie(convoité par Bolloré et Mitsubishi mais Morales tient bon…) et au Tibet. Et que le prix du lithium a été multiplié par 10 en cinq ans.

22491_BD__45DEFABEBon c’était plutôt secret défense la Kangoo électrique ZE, donc je ne vous fournis que l’image « publique»  si vous voulez voir à quoi ca ressemble.

Allez hop, pendant ce temps, j’enfile un casque, un gilet jaune, des chaussures de sécurité, des lunettes de protection et on s’engouffre dans l’usine.

Tolerie: on découpe et on modèle les plaques d’acier,

Emboutissage: on soude les parties métalliques pour faire une « caisse» 

Peintures: vous imaginez n’est-ce pas

Montage: on clipse et on visse tous le mobilier: la sellerie, le tableau de bord et tout à la fin les roues.

Chaque jour, ce sont 340 tonnes d’acier qui s’engouffrent et qui ressortent sous forme de 630 Kangoo disponibles sous « 4 modèles et 200 colorants disponibles, sans compter les finitions spécifiques sur mesure selon l’envie du client» .

Ces chiffres ne m’émeuvent pas car au fond de moi, j’ai comme l’envie de colmater cette fuite d’animaux à quatre roues, deux élytres et une antenne. Je repense au « pas de côté»  qu’on pourrait faire avec Gébé.

Ici, il convient d’ouvrir une nouvelle parenthèse pour ceux qui seraient choqués que l’on puisse ainsi dénigrer la voiture. Eh oui, dans cette civilisation automobile quoi de plus blasphématoire que de pester contre ce fort efficace engin !

Voici.  Quand on y pense, en tant qu’objet, la voiture est une des plus belles inventions du génie humain. Avec un litre de liquide visqueux (huile… ou pétrole) on peut déplacer une tonne sur 20 km sans se fatiguer. Essayer de tirer une tonne sur 20 km avec juste une bouteille d’eau… Mais en tant que pratique individuelle, la voiture est une aberration. On l’utilise pour tout et n’importe quoi. On finit par se déplacer sans savoir pourquoi. On finit au bout du compte à planifier le territoire en fonction d’elle, rendant du coup ces déplacements inévitables. Et la boucle est bouclé. En quarante ans, nous voici embourbée dans la civilisation automobile.

On ne devrait garder que les véhicules type pompiers, ambulance et utilitaires. Supprimer les autoroutes, rapprocher les lieux de travail des lieux de vie, lutter contre l’évidence qu’une voiture se possède et demander plutôt qu’elle se partage.

D’autres en parlent mieux que moi et l’on peut donc ferme cette parenthèse.

15072_BD_ren2007mcaRevenons à l’usine. Nous voici plongé au milieu d’un ballet fantastique et devant lequel je n’avais jamais pensé que l’on puisse être ému. Celui des robots. On se croirait à Jurassic Park. Tels des animaux au coup de girafe, les petits robots viennent mordre gracieusement la tôle, provoquant parfois des feux d’artifice magiques.

Parfois, on a l’impression que deux robots dansent le tango.

Je me suis fait la réflexion qu’il existait peut-être désormais des ecosystèmes composés de machines. Je me suis aussi rappelé ce constat de Heidegger qui se demandait si la machine n’avait pas dompté l’homme pour qu’il l’améliore sans cesse et assure sa reproduction

J’ai tous les chiffres sur l’usine !

Je ne vous assomme pas avec… mais l’idée à retenir est celle-ci. Entamée il y a une dizaine d’année, la politique environnementale a permis de réduire drastiquement la consommation d’eau et d’énergie ainsi que les rejets de COV (composés Organiques volatils). Les chiffres sont sidérants (en plus d’être sidérurgiques…) Energie -30%, eau -65%, COV -70%, rejets atmosphériques -40%

Tout cela en 10 ans. D’où la question qui fâche: cela veut-il dire qu’avant, l’usine était franchement crado, en tout cas insouciante ? Ou alors est-ce vraiment le top qu’on puisse faire et du coup on se dit qu’il reste peu de progrès à faire ?

Personnellement, avec les chiffres mis à ma disposition, j’ai réalisé que le principal poste impactant l’environnement… c’était la peinture. Et de loin ! Gourmand en eau (il faut laver drainer la peinture en trop), rejetant des saletés chimiques (merci les métaux lourds de BASF, Dupont et PPG) et assez gourmand en énergie (il faut cuire les différents apprêts, les laques, la cire finale), on demande pourquoi tant d’efforts pour avoir du rouge ou du bleu sur sa caisse.

Bref, c’est la chose la moins « utile»  qui endommage le plus. Mais il semble que sortir des voitures « gris acier naturel»  ne soit pas envisageable au service marketing. Dommage.

On finit la visite par LA spécificité du site de Maubeuge: son collecteur d’eau de pluie. Bon c’est tout bête, au point qu’on se demande pourquoi ce n’est pas « la normalité» . Mais soyons fair-play car je peux concevoir que faire adopter une telle nouveauté face à une inertie industrielle, ce doit être un travail de titan. Voilà, il y a 10 ans, ils ont décidé de collecter l’eau de pluie (en plus il paraît qu’il pleut souvent à Maubeuge) ce qui permet de subvenir à un tiers de leur besoin. Pas négligeable donc.

Allez, on peut être fier de ce colllecteur d’eau de pluie !

La visite est finie ! On a été plus que bien reçu par Jean Goutierre (le bien nommé, du coup !), responsable environnement du site. Sur le trajet du retour, au milieu du paysage brique qui dévoile ses charmes, je repense à une discussion que j’ai eue avec lui. Je lui disais qu’il fallait tout de même se poser la question du « faut-il toujours produire plus de voitures ?« .

3274_0076_480Il était fort conscient du problème sociétal. Je crois que parmi certains esprits courageux du monde automobile on s’est fait à l’idée que ce ne sera plus comme avant. Comment pourra-t-on continuer à gagner de l’argent et employer des gens ? Ils y réfléchissent. L’idée qu’il puisse y a voir moins de voiture est envisagée. Si si !

En contreprartie, ils espèrent, je crois, que les déplacements augmentent. Inventer un modèle économique basé sur l’usage plus que sur l’objet ? Tout est possible pour sauver le soldat Auto. Voir leur site Mobilite durable qui ouvre le débat.

Enfin il m’a confié cette prophétie tellement limpide. L’informatique et le numérique remplacent petit à petit l’automobile. Une nouvelle civilisation s’installe, celle de l’Internet et des télécommunications. Aujourd’hui on feint de croire qu’elle pollue peu. Ca change. La consommation des serveurs, une requête sur Google.

Dans quinze ans, mon fils m’interpellera et sera stupéfait que ma génération ait pu considérer comme normal le fait d’avoir chacun un ordinateur, un site internet, un compte Facebook, un Iphone et tutti quanti. Et comment nous avons pu, avec nos autoroutes de l’information, défigurer la planète sous prétexte d’accéder à tous les films en téléchargement illimité et instantané.

Alors, Jean Goutierre me dit qu’il ne voudrait pas que les efforts de l’industrie automobile soient annihilés par l’appétit grandissant du tout numérique.

Bien sûr, il y aura des « optimistes»  qui diront que les ordinateurs propres sont pour bientôt. Tiens, peut-être que mon fils sera invité à visiter une usine de semi-conducteurs verte et qu’il publiera, sceptique, une lettre manuscrite à ses amis pour faire part de ses doutes…

Fin du billet.

Et, par souci de cohérence, fin du blog !


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Ecrit par Baptiste le 11 mai 2010 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Les autres...,Participez,Poïesis,Un peu sur nous
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