Blog des eco-SAPIENS
Ethique = Cohérence

L’attention émue de Pierre Lieutaghi

chien-broutantCela fait partie des inattendus plaisirs lors des week-ends ensoleillés: faire le tri parmi toutes les choses reçues et accumulées sans discernement pendant les derniers mois. Outre les editos de Vif-Argent, la lettre de la Nef, que je lis toujours avec 3 mois de retard, il y aussi quelques magazines auxquels nous sommes abonnés mais pour lesquels, malheureusement, nous manquons de temps.

L’excellente revue Nature & Progrès (un article sur les huîtres tripolïdes qui mériterait d’être prochainement sur eco-SAPIENS), les dossiers consciencieux de La Revue Durable, et, pour le plaisr du naturaliste en herbe que je suis, la géniale revue (également suisse) La Salamandre.

Dans le dernier numéro, consacré au sureau, il y avait un CD audio offert. J’avais bien tilté sur ce nom qui m’était familier de Pierre Lieutaghi, mais ne sachant quand trouver une heure d’attention (ô misère des temps présents que de manquer de temps présent…) le CD a rejoint un coin poussiéreux d’armoire poussiéreuse.

Reporté sine die.

Mais ce week-end, après avoir ramassé quelques faines pour les faire griller, j’ai trouvé cette heure de disponibilité.

Si j’avais plaisir à lire l’ethno-botaniste dont j’ai déjà parlé ici, j’en éprouve davantage à l’écouter. L’homme est malin, d’un savoir ecyclopédique (« c’est parce que j’écris»  répond-il simplement à ce compliment) et dit des choses remarquables sur la nature. Loin des banalités, Bien loin des banalités.

J’ignore si l’on peut se procurer ce reportage radio autrement que par La Salamandre (sinon abonnez-vous !) mais je crois que les réflexions amenées innocemment par Pierre Lieutaghi sont capables de déboussoler le plus culotté des « défenseurs de la nature» .

Bien entendu, il ironise sur les arbres en ville qui, à force d’habitude, sont devenus un « mobilier urbain qui a la bonté de faire des feuilles« . Mais il décèle bien que chez chaque être humain, il existe encore un lien inconscient au vivant.

Exemple: vous attendez dans la salle d’attente du dentiste et vous vous interrogez sur la plante en pot. Est-ce une vraie ? Est-ce une fausse ? Discrètement, vous tentez de casser une foliole pour jauger la marchandise. Quelle déception, quel sentiment de vide quand vous comprenez que c’est un ersatz. Quel sentiment de sérénité et d’apaisement quand vous voyez que la plante est bien réelle.

Pour Pierre Lieutaghi, la Nature est avant tout productrice de signes. Plus il y a de signes, plus on peut faire des relations. Et plus on peut développer l’intelligence. Conclusion numéro un : l’atteinte à la biodiversité, c’est bien l’atteinte à l’intelligence ! Conclusion numéro deux: le vivant est encore capable d’interpréter ces signes.

Les exemples classiques des chiens broutant la pariétaire ou du mouton la fougère pour soigner tel trouble ou tel parasite doivent être compris en ce sens. Le savoir « vivant»  existe et l’être humain a sa propre manière de conserver ce savoir.

Bien entendu, en 40 ans, ce savoir semble s’être effondré (qui sait encore ce qu’est du plantain ?) mais la mémoire collective survit par d’autres moyens. Il ne faut pas idéaliser le passé, croire que les Anciens connaissaient toutes les plantes.

Bien entendu, les remèdes de bonne fame étaient mieux partagés mais bien entendu aussi, comme on ne pouvait tout savoir, on allait voir les voisins pour demander avis sur comment soigner tel syndrôme. Et si le voisinage n’avait pas la réponse, on avait le guérisseur. Et si le guérisseur ne marchait pas, on cassait la tirelire pour voir le medecin.

Aujourd’hui, l’ordre s’inverse. On va d’abord voir le médecin (Sécurité sociale aidant). Quand ca ne marche pas, on va voir le guérisseur moderne (ostéopathe, médecines douces…). Et en dernier recours, on consulte l’environnement immédiat… à savoir Internet (doctissimo…)

Pierre Lieutaghi dit qu’il faut regarder le vivant avec une attention émue. C’est la meilleure définition de l’écologie que j’aie jamais entendue !


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Ecrit par Baptiste le 28 septembre 2009 :: Classé dans Les autres...,Poïesis

Green Academy (Toyota qui l’a dans le IQ)

Trouve cette pub sur le net

green-academy

Rien de tel qu’un bon jeu concours pour créer ce que l’on appelle du buzz.

Ce que je trouve intéressant, c’est la brochette d’entreprises sponsors. Au risque de me faire plein d’ennemis d’un coup,
on a un joli fleuron de sociétés qui surfent sur le greenwashing.

Le journal Le Monde (feu Le Monde) que je ne connais trop bien pour avoir habité plus d’un an chez un journaliste qui y a travaillé une vie entière ! Ce journal est une caricature du nouveau modèle de la presse. Avoir plus de lecteurs pour vendre plus cher mes espaces aux publicitaires pour faire plus de recettes. Quand on regarde les chroniques économiques signées Le Boucher ou Delhommais, on est simplement effaré qu’un journal sérieux puisse à ce point tomber dans la grossièreté et l’ineptie.

Yves Rocher, qui depuis 5 ans mise à fond sur l’aspect feuille verte et bio alors que, rappelons-le, Yves Rocher est aussi crado que l’Oréal. Mais bien plus bavard question environnement. Pourtant, de lourds dossiers à charge pèsent sur le fabricant de cosmétiques, en matière de biopiraterie notamment. Mais aussi une vieille histoire burkinabé, qu’on racontera prochainement…

MSN, c’est à dire Microsoft. Celui qui rafle la mise sur ses brevets informatiques et qui rend obsolète n’importe quelle machine pour peu que vous soyez accroc à ces logiciels. Microsoft dont on voit mal le rapport avec l’écologie, notamment comme nous l’avions évoqué sur notre actu Hasta la Vista.

Poweo, entreprise, qui au fond ne fait que du « boursicotage»  sur le marché désormais ouvert de l’électricité. Une entreprise qui n’a rien, mais alors rien à voir avec les énergies renouvelables, puisque de toute façon elle propose toutes les offres. Vous voulez du pas cher, il y a du pas cher. Vous voulez du cher, il y a du cher. Du renouvelable ? pas de problème, on peut faire…

Greenzer, une jeune société du web qui propose aussi des actus et un comparateur écolo. Une sorte de concurrent pour votre SCOP dévouée. Mais pour avoir rencontré les bonhommes, fort sympathiques au demeurant, on sent bien qu’ils vendent du vert comme ils pourraient vendre des éponges ou des radiateurs.

Mais surtout Toyota ! Toyota qui est devenue le symbole, que dis-je, le syndrôme de la voiture verte. Faut-il le rappeler, la voiture hybride est loin d’être écolo ? Emet moins de CO2 qu’une berline classique certes. Mais primo cette réduction est faible (110g/km théorique mais 147g/km mesuré) pour une voiture équivalente à une Smart.
Secondo, au risque d’enfoncer des portes ouvertes, la voiture propre n’existe pas.

Car la voiture, ce n’est de toute façon pas qu’une question de CO2. C’est l’infrastructure qui va avec (autoroutes, parking, bison pas futé,…), la nuisance sociale (bruit, ville embouteillée,…) et un symbole (abolition du temps et de l’espace, sentiment de domination…)

Le problème de la nouvelle flopée d’écologistes qui arrive, c’est que le monde se résume pour eux à un marché de monnaies auquel se rajoute une nouvelle devise « verte» : le gramme de CO2.

Voilà, un exemple comme un autre de greenwashing collectif. On a les totems qu’on peut…

Mais de l’autre côté du monde, on ne manque pas de défouloirs !


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Ecrit par Baptiste le 25 septembre 2009 :: Classé dans Les autres...,Participez
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La semaine de la mobilité… et de la sécurité routière

velorutionMais qu’est devenue la journée sans voiture ?

Ne vous souvenez-vous pas que jadis, il n’y a pas si longtemps, les grandes villes européennes jouaient le jeu. Le 22 Septembre, on respirait.

Mais tout ceci est révolu. Désormais, l’opération se fait appeler « semaine de la mobilité et de la sécurité routière« . Et la journée sans voiture, en France, personne ne la fait.

Belle ironie que cette prise de conscience environnementale croissante tandis que dans les faits, on ose bien moins qu’avant.

Mais tout ceci est révolu. Car la vélorution est en marche. Ces vélorutionnaires résitent toujours et encore au rouleau compresseur.

Combien seront arrêtés aujourd’hui ? Comme ces 60 cyclistes qui en 2006 furent arrêtés en pleine « circulation giratoire« . La réappropriation de l’espace public (de l’espace vital même…) se fait dans l’illégalité pour la simple raison qu’en réalité, les politiques ont reculé.

En remplaçant la journée sans voiture par une semaine de la mobilité et de la sécurité routière, nous avons tout simplement été dépossédés du seul jour où l’on pouvait raisonnablement entendre les oiseaux chanter.

Le programme de la vélorution
Et l’action prévue à 18h30 place de l’Etoile à Paris !


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Ecrit par Baptiste le 22 septembre 2009 :: Classé dans Itinéraire,Les autres...,Poïesis
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Fenêtre écolo

fenêtreJ’ai pour coutume de penser (et de dire) que l’écologie n’est pas un luxe et que rouler à vélo, manger peu de viande, faire soi-même ses produits ménager ou plus généralement diminuer sa consommation de biens matériels génère des économies.

Il est cependant des domaines pour lesquels être en accord avec ses convictions nécessite de savoir casser sa tirelire.

Ainsi, un simple changement de fenêtre vient me rappeler combien, à l’heure de l’instauration de la taxe carbone, la motivation écologique doit parfois être ancrée dans de solides convictions autres que financières …

Ainsi, pour une fenêtre donc, on ne m’a tout d’abord laissé choisir qu’entre du PVC (toxiques à beaucoup d’égards) et du moabi (bois exotique dont le pillage notamment au Cameroun est régulièrement dénoncé par les ONG) … choix cornélien ! Je me suis alors risquer à demander s’il n’existerait pas une solution avec du bois de nos forêts françaises …

« Mais oui bien sûr il y a des fenêtres en chêne français, mais elles ne sont pas proposées spontanément car elles ne sont plus guère vendues qu’à des écolos » (dixit le commercial) … les seuls désormais à accepter de débourser 40 % plus cher que le moabi et 80 % plus cher que le PVC…

Sachant que l’argument prix reste le critère principal de choix pour la majorité de nos concitoyens (on considère toujours que l’on a pas les moyens si on sait pouvoir trouver moins cher), voici un domaine pour lequel une politique fiscale incitative permettrait de faciliter le choix afin d’éviter à tout un chacun d’avoir à choisir entre la peste et le choléra…


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Ecrit par francoise le 18 septembre 2009 :: Classé dans Itinéraire,Les autres...

Ces produits que vous ne verrez pas sur eco-sapiens

rouletteBien entendu, il est plus facile de parler de ce qui est visible. Pourtant, une grande partie de notre activité consiste à trancher, c’est à dire, dans certains cas, à effacer certains produits que nous ne souhaitons pas voir sur votre guide d’achat préféré.

Forcément, il y a beaucoup de cas critiques et nous devons bien admettre que parfois, nos choix vont sembler sévères à certains, laxistes à d’autres.

Vous vous souvenez peut-être que nous avons déjà évoqué ce problème quand nous vous avions demandé s’il fallait référencer les produits bio pour chien et chat.

Un petit panel de certains produits que nous refusons:

  • le miel étranger (même s’il est bio et/ou équitable) car il y a plein d’apiculteurs en France ! Pareil pour l’huile d’olive.
  • les kiwis bio… surtout de Nouvelle-Zélande !
  • les produits de marque qui ont été rachetés par des enseignes douteuses. C’est le cas de Sanoflore qui, bien que pionnier dans la charte cosmétique bio en France, appartient désormais à l’Oréal.
  • Les appareils électroniques aux vertus ésotériquement saines un peu trop sophistiqués à notre goût… Chez eco-SAPIENS on est pour le bien-être mais sans gadget !
  • Quelques marques de chaussons pour bébé où les garanties ne sont pas claires (lieu de production)
  • Quelques marques avec lesquelles nous n’avons jamais pu entrer en contact (Tadé)
  • &c &c..

Faut-il préciser que certains produits ont pu échapper à notre vigilance et que nous comptons sur vous pour nous les signaler !


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Ecrit par Baptiste le 16 septembre 2009 :: Classé dans Participez,Un peu sur nous

« Sauver la planète» 

Sauver la planète

« Sauver la planète» , « sauver la planète» … c’est la ritournelle que j’entends à peu près sur toutes les ondes, que je lis sur tous les papiers. La formule fait mouche et j’en suis venu à me demander qui le premier à trouvé cela, quelle mouche l’a piqué.

Rimbaud disait « changer la vie»  (Une saison en enfer) et l’expression semble on ne peut plus banale aujourd’hui. On ne peut même pas dire que c’est un cliché tant la vie est devenue effectivement quelque chose de changeable. On gère sa vie comme on gère une arrière-boutique.

Cette casserole ? Elle me change la vie !

Cette voiture ? Elle va sauver la planète !

Tout va finir par sauver la planète.
Quelques extraits véridiques glanés par ci-par là:

  • Manger du kangourou pour sauver la planète
  • Manger du chocolat pour sauver la planète !
  • HP va sauver la planète avec des batteries qui tiennent la route
  • Un film pour sauver la planète
  • Un an pour sauver la planète
  • Pour sauver la planète sortez du capitalisme (Hervé Kempf)
  • Dominer le monde ou sauver la planète (Noam Chomsky)

Le premier, je crois, à avoir vraiment popularisé l’expression, c’est le traducteur du livre d’Al Gore Earth In Balance en choisissant bizarrement la formule « sauver la planète Terre» .

Avant, l’on disait « protéger l’environnement» . On peut dire que le terme environnement est assez nombriliste (l’environnement c’est ce qui est autour de moi) mais qu’au moins protéger est un mot qui n’est pas chargé de dimension messianique.

De même que l’on peut sauver l’ours polaire on peut désormais sauver la planète toute entière. Qu’est-ce à dire ? Que la planète est devenue une sorte d’entité dont nous nous sommes extraits. Le point de vue macroscopique, voire cosmographique nous en dit beaucoup sur l’évolution du langage.

Nous sommes devenus des sauveurs et pas des sauveurs de pacotille ! Ceux qui peuvent sauver la planète ! C’est pas rien.

C’est vrai qu’il y a urgence à « changer nos modes de vie»  mais un tel registre ne traduit-il pas une approche quasi mystique. Car personnellement, en ne gaspillant pas, en mangeant bio, équitable et local, je ne me dis pas que je sauve la planète. Je me dis que j’essaie de lui être le plus léger possible. Que je suis plus dans le respect de bon sens que dans la mission salvatrice. « Sauver le monde»  je laisse bien volontiers aux prophètes.

Ainsi je propose comme nouvelle formule « soulagez la planète, soulagez votre prochain, soulagez-vous !» . Ce qu’il nous faut, c’est un véritable éloge de la légèreté ! Comment ça je suis lourd avec mes concepts tordus ?

PS: Tapez « sauver la planète»  dans Big Google et vous aurez le site du supermarché Leclerc qui parle de ses marques repères (en général du discount…)


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Ecrit par Baptiste le 16 septembre 2009 :: Classé dans Débat,Itinéraire
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Rien n’est trop beau pour bébé

catalogue poussette

catalogue poussette

Tombé hier sur un catalogue de poussettes pour bébé. Déjà, on ne s’étonne même plus du luxe que nos sociétés occidentales recèlent: distribuer gratuitement des catalogues papier glacé avec près de 50 modèles différents de poussette, avec des mannequins variés, avec différents décors, avec les éclairages idoines, avec les retouches indispensables…

Avec tant de choses. Mais surtont sans ce qui semble le B.A-BA d’un catalogue promotionnel. Sans les prix !

Quand on prend un peu de recul, c’est effarant. Toute cette énergie pour vendre de malheureuses poussettes. On pourrait imaginer que 10 modèles suffiraient dans le monde. Mais non ! Votre bébé est unique. Il a forcément Sa poussette.

Alors en effeuillant ainsi ma rancune, je m’arrête net sur cette page. Et là je me suis dit « Il me faut cette poussette» . Oh la créature ! Elle met si bien cette poussette en valeur.

Heureusement, mon cerveau gauche a repris le contrôle dans les instants qui ont suivi.

Et j’ai cessé d’effeuiller en jurant, mais un peu tard, qu’on ne m’y reprendrait plus.


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Ecrit par Baptiste le 7 septembre 2009 :: Classé dans Itinéraire,Poïesis
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Préface

Rimbaud à Harar en 1883

Rimbaud à Harar en 1883

Fait rare dans la poésie française et insolite en cette seconde moitié du XIXème siècle, la nature chez Rimbaud a une part prépondérante. Nature non statique, peu appréciée pour sa beauté convenue ou ses productions, mais associée au courant du poème où elle intervient avec fréquence, comme matière, fond lumineux, force créatrice, support de démarches inspirées ou pessimistes, grâce.

De nouveau, elle agit. Voilà ce qui succède à Baudelaire.
De nouveau nous la palpons, nous respirons ses étrangetés minuscules. L’apercevons-nous en repos que déjà un cataclysme la secoue. Et Rimbaud va du doux traversin d’herbe où la tête oublieuse des fatigues du corps devient une eau de source, à quelques chasses entre possédés au sommet d’une falaise qui crache le déluge et la tempête. Rimbaud se hâte de l’un à l’autre, de l’enfance à l’enfer.

Au Moyen Âge, la nature était pugnace, intraitable, sans brèche, d’une grandeur indisputée. L’homme était rare, et rare était l’outil, du moins son ambition. Les armes la dédaignaient ou l’ignoraient. A la fin du XIXème siècle, après des fortunes diverses, la nature, encerclée par les entreprises des hommes de plus en plus nombreux, percée, dégarnie, retournée, morcelée, dénudée, flagellée, accouardie, la nature et ses chères forêts sont réduites à un honteux servage, éprouvent une diminution terrible de leurs biens.

Comment s’insurgerait-elle sinon par la voix du poète ? Celui-ci sent s’éveiller le passé perdu et moqué de ses ancêtres, ses affinités gardées pour soi. Aussi vole-t-il à son secours, éternel mais lucide Don Quichotte, identifie-t-il sa détresse à la sienne, lui redonne-t-il avec l’amour et le combat, un peu de son indispensable profondeur.

Il sait la vanité des renaissances, mais plus et mieux que tout, il sait que la Mère des secrets, celle qui empêche les sables mortels de s’épandre sur l’aire de notre cœur, cette reine persécutée, il faut tenir désespérément son parti.

René Char

Pendant ce temps…

En effet Honest Timber Gabon a racheté en même temps que les sites industriels le droit d’exploiter 400.000 hectares de forêt primaire au Gabon.

Ces concessions situées au centre du pays dans la forêt des Abeilles et la réserve de la Lopé sont riches d’une biodiversité exceptionnelle en Afrique Centrale. Plusieurs espèces protégées y subsistent comme les éléphants, les gorilles, les chimpanzés, les singes soleil ; de nombreuses espèces végétales restent à décrire. La principale essence exploitée est l’okoumé qui permet de fabriquer du contreplaqué. Quand l’okoumé était exploité par la compagnie française Isoroy, ex-actionnaires de Plysorol, le regard extérieur des Organisations non gouvernementales (ONG) était toléré, ce qui permettait de réduire les abattages illégaux, le braconnage et la contrebande d’ivoire et d’autres parties d’animaux protégés.

(actualité du site Reporterre)

* Rimbaud, négociant de peaux et d’ivoire en Abyssinie, avait écrit en 1887 un texte dans une revue égyptienne pour « critiquer les affaires françaises dans la corne de l’Afrique» .
Ironie ironie…


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Ecrit par Baptiste le 7 septembre 2009 :: Classé dans Poïesis
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Puisque je ne comprends rien à la taxe carbone

yoyoEn fait ce que je ne comprends pas c’est ce genre de sondages:

Les deux tiers des Français se disent opposés à la taxe carbone

L’opposition à cet instrument fiscal, dont l’objectif affiché est d’encourager des comportements plus « verts» , est largement partagée, quelle que soit la couleur politique des personnes interrogées. Les sympathisants de gauche (67 % d’opposants), de droite (63 %), du MoDem (69 %) ou même des Verts (60 %) se prononcent contre.

Cela mérite quelques remarques qui me font douter de tout, même des sonadages (mais alors où va-t-on je vous le demande…)

  1. Il y a quand même 3 personnes sur 10 qui sont d’accord pour une nouvelle taxe ! Au delà de la polémique sur la nature de la taxe, on peut se dire que même une taxe plus consensuelle (par exemple pour soigner les maladies rares des enfants) n’aurait pas trouvé tant de supporters.Je croyais que l’on vivait dans un pays certes compliqué mais où le mot taxe soulevait l’unanimité…
    D’autant que malgré la vague verte, on ne peut pas vraiment dire que la France soit un pays très tendre avec les écologistes (voir le récent rapprochement de l’UMP avec les chasseurs pour des raisons électorales).
  2. Du bleu au vert en passant par l’orange et le rose, la proportion est sensiblement la même. Certes les sympathisants verts sont un peu moins hostiles mais on peut être surpris qu’ils se détachent aussi peu.

D’où les deux hypothèses que voici

  1. Soit les sympathisants écolos sont comme tout le monde et n’aiment pas les taxes, même quand elle est censée aller dans la considération environnementale.
  2. Soit c’est une contestation tendance « écolo-libertaire»  qui signifierait « nous sommes opposés au fait d’associer écologie et taxe car cela signifie d’une part que l’on abandonne la véritable pensée de l’écologie politique, d’autre part que l’Etat profite du contexte pour soutirer davantage. Or, on ne peut pas faire confiance à cet Etat pour protéger véritablement l’environnement (projets autoroutiers, grand prix de F1…)» .

Je fais peut-être partie de ces rares personnes qui sont attachés à la préservation de l’environnement au point d’y consacrer toute leur énergie et qui cependant n’accueille pas cette taxe avec enthousiasme.

Car, de même que je me méfie des technologies vertes, eco-innovations et autres green techs (voiture propre, centrale photovoltaïque dans le désert etc.) de même je me méfie de la solution étatique.

Car où passera l’argent collecté ? Si les dépenses en armement ou en autoroutes augmentent, si les subventions à l’agriculture productiviste persistent, à quoi bon ?

Il paraît que l’essentiel des recettes de l’Etat est fourni par la TVA. Le reste (impôt sur le revenu par exemple) serait une goutte d’eau dans sa trésorerie.

Pour encourager les bonnes pratiques, il semblait tellement pus simple de détaxer les produits socialement et environnementalement pertinents (ainsi que le demande par exemple Daniel Lacaille à propos du papier recyclé).

Imaginez ! Des produits bio, équitables, écolos et… moins chers en plus. Bien sûr qu’il y aurait un bel effet de levier. Certes l’Etat n’a rien à y gagner puisque c’est autant de recettes en moins, mais s’il est possible de faire des zones franches et des aides publiques aux entreprises… pourquoi pas cela ?

Pour revenir au sondage, un dernier éclair de lucidité me dit qu’en fin de compte, celui ne reflète rien. Peut-être que si l’on avait posé la question une semaine après Home, ou une semaine après la feuille d’impôt, les farouches statistiques auraient joué au yoyo…


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Ecrit par Baptiste le 4 septembre 2009 :: Classé dans Débat
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On enferme bien les arbres

arbre morlaix ubu

arbre morlaix ubu

Dans le précédent billet, j’évoquais les oiseaux et les arbres en cages. On aurait pu crier au zeugma car qui peut bien mettre un arbre derrière les barreaux ?

La ville de Morlaix pardi ! Qui grâce à cette somptueuse idée, a reçu le prix Ubu 2009. Un prix attribué sporadiquement par quelques amateurs de l’esprit Jarry.

Agnès Le Brun, maire de Morlaix depuis mars 2008, a fait installer au printemps 2009 autour d’un arbre une grille verte de plus de deux mètres de hauteur pour empêcher « les regroupements de SDF»  (selon Ouest-France du 21/5/2009) ou de « marginaux»  (selon Le Télégramme du 26/6/2009). Une porte clôt l’accès à cet espace d’environ 20 m², sur laquelle un panneau a été apposé: « Accès interdit au public« . L’arbre est situé au centre ville de Morlaix, au bord de la rivière Le Queffleuth, sur le parking de la rue de Brest.

Quand on se met à l’ombre d’un arbre qui lui-même a été mis à l’ombre, cela veut-il dire que l’on approche des abysses de l’imbécillité humaine ?

Enfin attendons-nous au pire ! Après avoir mis les arbres en cage… ils vont finir par mettre l’eau en bouteille !

(vu sur Le vieux monde qui n’en finit pas)


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Ecrit par Baptiste le 2 septembre 2009 :: Classé dans Poïesis