Blog des eco-SAPIENS
Ethique = Cohérence

Les écolos maudits (Hommage à Jaime Semprun)

La mort de l’écrivain et éditeur Jaime Semprun est passée inaperçue. C’était le 3 août 2010 et à ma connaissance, il n’y a guère que Jean-Luc Porquet, le chroniqueur du Canard Enchaîné, à lui avoir dit adieu comme il le mérite.

Peut-être le nom de Semprun vous dit-il quelque chose. C’est que le père, Jorge Semprun, est davantage connu, notamment pour un livre remarquable, Le Grand Voyage, qui est bien plus qu’un récit sur sa déportation. En parlant de ce qu’il a vécu, de la guerre d’Espagne à la Libération en passant par Buchenwald, il fait preuve d’un détachement métaphysique inouï. Chez lui, la révolte est si naturelle qu’elle n’a pas besoin de grands gestes. Au contraire, elle est calme et confiante.

Ironie des temps modernes, les rares magazines qui ont mentionné la mort de Jaime Semprun ont illustré leur nécrologie avec une photo de Jorge, le père…

Car il est vrai que Jaime avait choisi la discrétion, le refus de la télévision, s’attelant à publier modestement des oeuvres essentielles. Rassembler l’intégrale de Orwell, faire découvrir les oeuvres de Lewis Mumford, William Morris, Günther Anders et oser publier le manifeste du terroriste américain Theodore Kaczynski (Unabomber).

C’est que l’Encyclopédie des Nuisances, nom de la maison d’édition fondée par Semprun, avait le goût des livres qu’on range dans la case « mouvement anti-industriel« . Une critique de la société très peu connue en France, qui s’interroge sur la technologie et qui par conséquent, souffre d’une image passéiste voire obscurantiste.

Il faut reconnaître les immenses qualités du travail effectué par Semprun. D’abord sur la forme, les livres sont de vraies merveilles. J’ai appris grâce à Porquet que le « grain»  de ces ouvrages était dû au fait que Semprun utilisait les dernières imprimeries avec linotype et caractère en plomb. Bizarrement, pour ce genre d’artisanat, les prix étaient plutôt bas. On est donc pas dans l’intellectualisme chic. On est dans l’intellectualisme honnête et sans concession.

Sur le fond, quasiment tous les livres que j’y ai lus étaient d’une rare qualité. Evidemment très grincheux, très neurasthénique, très révolté, très pessimiste. Je dirai « malsain mais salutaire« .

A ce propos, je me suis dit qu’il était paradoxal que le mot « lucidité»  avait pour étymologie « lux»  (lumière) là où elle amène plutôt la noirceur

Par exemple, les deux derniers livres que j’ai lus étaient « Le sens du vent»  (un pamphlet contre les éoliennes et le Réseau sortir du Nucléaire) ainsi que Longévité d’une imposture : Michel Foucault dont on devine que ça balance sur le philosophe le plus intouchable… C’est mesquin, peut-être pas très constructif, mais c’est comme une bouffée d’air pur au milieu d’un ciel encombré de nuages au consensuel grisâtre et étouffant.

Ainsi, pour faire des étiquettes commodes, j’ai rangé les livres de l’Encyclopédie dans mon tiroirs « écologistes idéalistes… et donc jamais contents !» 

Je ne les ouvre que quand je suis bien dans ma tête. Alors je suis saisi, par exemple par le style de Baudoin de Bodinat, ou par les formules impeccables de Riesel et Semprun.

Aucun doute pour moi : l’Encyclopédie des Nuisances est une comète dans le paysage littéraire mais surtout dans le fourbis écologiste.

Sinon, hier, j’ai reçu le dernier numéro d’un magazine lui aussi admirable mais pour d’autres raisons. La Salamandre, à mi-chemin entre revue naturaliste et expression artistique. On est dans l’émerveillement et la poésie de la nature, bref à l’opposée de l’Encyclopédie des Nuisances !

Eh bien, y figure un article de Fleur (sic) Daugey qui titre « Eoliennes, l’illusion durable« . Diantre, les éoliennes se font attaquer par les écologistes idéalistes et par les écologistes naturalistes !

« Pfff… jamais contents»  dira le badaud !

Pour autant, les arguments formulés par la revue me semblent moins pertinents que ceux avancés par Arnaud Michon dans le livre sus-cité. Mais, en espérant un jour pouvoir rentrer dans le vif du débat, une chose est sûre, les éoliennes industrielles vont commencer à diviser, une fois n’est pas coutume les écologistes.


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Ecrit par Baptiste le 26 août 2010 :: Classé dans Débat,Les autres...,Poïesis

Bia Saldanha: sur les traces de Chico Mendes

A mon grand regret je ne connais rien du Brésil. Je n’y suis allé qu’en lecture. Avec Tristes Tropiques de Levi-Strauss et manifestement, le Brésil a bien changé depuis que l’ethnographe a étudié la tribu Mbaya. Cette tribu qui m’a toujours fasciné dans la mesure où, selon la mythologie :

« Quand l’Etre suprême, Gonoenhodi, décida de créer les hommes, il tira d’abord de la terre les Guana, puis les autres tribus. Aux premiers, il donna l’agriculture en partage et la chasse aux secondes.
Le Trompeur [...] s’aperçut alors que les Mbaya avaient été oubliées au fond du trou et les en fit sortir ; mais comme il ne restait rien pour eux, ils eurent droit à la seule fonction encore disponible, celle d’opprimer et d’exploiter les autres. »

Ce pis-aller de la domination m’a longtemps interpellé. Je crois que ce dégoût de la politique, ce rejet des politiciens est toujours actuel et en chacun de nous. Le pouvoir fascine autant qu’il débecte…

Pour ma plus grande chance, on m’a présenté Bia Saldanha, une femme brésilienne qui a fait de la politique il y a 20 ans (elle est co-fondatrice du parti vert au Brésil). Styliste de formation, elle avait ouvert dans sa prime jeunesse une boutique de mode à Rio. Sensible à la cause des séringuéros, elle a définitivement basculé lors de l’assassinat du leader syndicaliste Chico Mendes en 1988.

Peut-être ne connaissez-vous pas l’histoire de cette icône de la résistance qu’est Chico Mendes. Sa lutte pour les droits des seringueiros, et plus globalement pour la forêt amazonienne, lui a couté la vie. Quand on y pense, c’est toujours grinçant du coup d’entendre parler de Khmers verts alors qu’aucun écologiste n’a jamais tué personne*. Tandis que l’inverse est arrivé plusieurs fois…

Bizarrement, ce meurtre a davantage ému la communauté internationale que le Brésil lui-même. Cela a cependant permis au pays de dégager de véritables lois pour protéger une partie de la forêt amazonienne. Il existe aussi une réserve qui porte son nom en sa mémoire.

Mais revenons à Bia. Après son « concept store»  écologique de 700 m2 à Rio où elle cherche à développer des filières de matériaux écologiques, elle parvient à mettre au point un procédé pour valoriser le latex. Rappelons que la sève d’hévéa n’acquiert ses fantastiques propriétés qu’au détriment de quelques procédés chimiques plus ou moins clean.

Bia élabore le Treetap, une sorte de mélange caoutchouc/coton qui s’apparente à du cuir végétal. Ainsi, elle peut trouver des débouchés à l’artisanat de l’Amazonie. Où l’on voit que les démarches équitables et écologiques se rejoignent pour se confondre. Belle manière d’honorer la célèbre phrase de Chico:

« Au début, je pensais que je me battais pour sauver les hévéas ; puis j’ai pensé que je me battais pour sauver la forêt amazonienne. Maintenant, je sais que je me bats pour l’humanité »

« Valoriser la forêt sans la détruire»  m’a-t-elle répété. Non pas sanctuariser la forêt mais simplement la faire vivre avec ses habitants.

Car, faut-il vraiment le rappeler, l’Amazonie, comme les autres forêts primaires, est gravement menacée. Soja, pâturage, éthanol, un peu de palme au Sud et un peu de monoculture d’arbres à caoutchouc. Rappelons par contre que la récolte du latex à la méthode seringueros n’a rien à voir avec la récolte conventionnelle et industrielle (monocultures d’hévéas en Asie).

Pour donner un ordre de grandeur, un seul  seringueros a besoin de 300 ha de forêt. Pouah ! Quel manque de rendement ! Et en plus, le latex sauvage c’est plus cher…

C’est pourtant avec elle et avec ces seringueiros que la marque de basket Veja collabore. Je ne rentre pas dans les détails de ce mode de production qui a bien des avantages. Cette vidéo en dira plus et mieux.

Ce qui est rassurant, c’est de voir que économie et politique se mêlent ici dans un cercle vertueux. Motivé par ces nouveaux débouchés, l’état de l’Acre (où travaillent ces seringueiros) prend la voie de l’exemplarité. Mais à côté, des états voisins, notamment le Parà, sacrifient leur territoire amazonien.

Alors quand je lui demande si selon elle, ca « bouge»  assez vite, si tout de même l’échec de Copenhague (où elle était) ne lui donne pas le cafard, elle m’e répond d’un air optimiste que si effectivement cela n’allait pas assez vite, au moins on allait dans la bonne direction. Tout est question de point de vue…

Mai 2005 - Tribu photographiée pour la première fois, état de l'Acre

J’ai conclu cette rencontre en lui demandant ce qu’elle pensait de la fameuse phrase de Levi-Strauss qui, du haut de ses 100 ans, jetait ce verdict sans appel sur le monde moderne (« Je m’apprête à quitter un monde que je n’aime pas« ) signifiant par là que tout ce qu’il aimait, la biodiversité et la diversité des cultures, le XXème siècle l’a détruit.

Bia n’est pas d’accord. Et elle connaît bien les anthropologues pour en avoir épousé un ! Celui-ci étudie les tribus du Brésil dont certaines qui sont réellement coupées du monde. « L’anthropologue préfère que les choses ne changent pas» . Alors nous sommes rentrés dans ce débat inextricable autour de la technologie, de l’ingérence et du droit à tout savoir.

Et même si je ne partage pas l’optimisme d’un Occident respectant et s’enrichissant au contact de ces cultures qu’il n’a pas encore anéanties, même si je ne partage pas l’optimisme d’un Indien d’Amazonie faisant la part des choses au contact d’Internet, je me surprends à espérer que là-bas, à l’Ouest de l’Acre, on a véritablement réfléchi au monde que l’on veut construire.

Que le Nouveau Monde n’a pas encore été découvert.

* Aux éditions L’échappée, « A la recherche du nouvel ennemi»  traite du sujet de la prétendue menace écologiste inventée par la CIA et de l’académicien romancier Jean-Christophe Rufin. Indispensable pour rappeler quelques vérités en société…


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Ecrit par Baptiste le 29 juillet 2010 :: Classé dans Itinéraire,Les autres...,vidéo
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la propreté intellectuelle, c’est le viol… ou l’inverse

S'éveiller et jouer à la guerre

On connaît tous le refrain: « si je fabrique des armes, ce n’est pas pour attaquer, c’est pour me défendre face à l’autre qui fabrique des armes« .

Il a donc suffi que le premier être humain souhaite se défendre pour instaurer une ère à jamais belliqueuse. Le concept de « guerre préventive»  n’est d’ailleurs pas tant un euphémisme de la novlangue qu’un pléonasme. Si l’on attaque, c’est toujours pour défendre ses intérêts, considérant sa survie menacée. Idéologique (le Lebensraum) ou mercantile (Irak) l’invasion se fait toujours pour préserver son propre système.

Jusque là, rien que de très ancien.

Aujourd’hui, on fait moins la guerre avec des bombes qu’avec des accords et des brevets. Les bombes sont hélas toujours là, lorsque les juridictions ne suffisent plus. C’est l’adage « La guerre n’est qu’un prolongement de la politique par d’autres moyens»  que l’on doit au baron Von Clausewitz.

Là où le jeu guerrier devient subtil, c’est que les attaques économiques (OPA, délocalisations) et juridiques (OMC, droits des brevets) ne peuvent réellement être assumées que si l’on est sûr de sa force militaire. En clair, si Mc Donald’s vous menace d’un procès, vous y ferez attention alors que si vous recevez une lettre d’un avocat du Groenland, bah vous vous direz « cours toujours !» 

En dernier ressort, il y a toujours les canons. A ne faire sortir de la paperasse que si la cible s’évertue à ne pas céder.

Merci Monsieur le Baron.

Alors voici deux histoires juridiques dernièrement arrivées à eco-sapiens.

La première, où l’on verra que c’était nous les plus forts. La seconde où l’on verra qu’il faut savoir se cacher…

Une obscure fondation d’entreprises, comme il en fleurit chez toute compagnie qui a quelque image à redorer, a décidé de récompenser des étudiants qui mettraient les nouvelles technologies au service de l’environnement. Il y a 5 ans, « nouvelles technologies»  ca voulait dire Internet. Aujourd’hui, ca veut dire RFID, ces petites puces pour rendre les objets communicants et même « intelligents» . Ces RFID pourraient non seulement être présents sur chaque objet manufacturé mais aussi sur chaque être humain qui peut, lui, être communicant sans être intelligent…

Fiction ? Les moutons sont déjà fichés (c’est obligatoire). Alors n’importe quel troupeau fera l’affaire. D’ailleurs, on ne va pas mettre cela sous la peau (« et l’intégrité, monsieur» , « et la dignité humaine ?» ). Non. On va d’abord mettre cela dans des objets qui ne nous quittent pas. Portable, ordinateur, titre de transport par exemple.

Il se trouve que l’étudiant qui a remporté le concours avait proposé une sorte de logiciel qui commanderait une climatisation et pourrait la régler au mieux en connaissant le nombre de personnes dans une salle grâce aux RFID. A ce niveau, on est pris comme d’un vertige.

D’abord, il faut informatiser. Ensuite il faut une climatisation. Après, il faut des RFID et enfin il faut un logiciel. Il y a à peine quelques années, si on avait chaud, on proposait d’ouvrir la fenêtre.

On pourrait en rester là. Mais le hic! c’est que le nom de cet admirable projet était « ecosapiens»  .

Comme quoi on peut être étudiant en 2010, savoir programmer des logiciels couplés avec des RFID mais ne pas savoir taper dans Google le nom qu’on a choisi. N’importe quel groupe de musique ou n’importe quel club de bridge a ce réflexe au cas où le nom renverrait une webographie sulfureuse.

Incompréhension d’autant plus forte que dans le jury figurait une personne qui nous a rencontrés et qui nous avait envoyés des mails pour faire des partenariats. Offre que nous avions à l’époque décliné par manque de cohérence écologique (publicités McDo, Coca et Cetelem quand on parle d’environnement et de social, ca fait brouillon).

Happy end, nous avons eu l’étudiant en question. Devant l’arsenal juridique exhibé par nos soins, il a compris qu’il n’y avait pas d’échappatoire.

Sous les fleurs… des canons.

Deuxième histoire: la défaite.

Une lettre avec accusé de réception ce n’est jamais bon signe. Dans un langage admirablement châtié, on nous explique que la catégorie Eveil et Jeux va devoir être renommée. D’abord on n’ose y croire. Il y a une cinquantaine de sites internet qui utilisent cette dénomination, certains pour des livres, d’autres pour de la puériculture. Mais bon, la marque est déposée, le langage admirablement châtié et l’entreprise plus costaude que nous.

Un petit coup de fil quand même pour dire que l’on change cela (désormais c’est Eveil et Jouets) mais qu’on reste un tantinet ébaubi. Nous avons d’autres catégories qui pourraient ainsi être débaptisées si l’INPI n’autorisait pas chaque mot du dictionnaire à être reconnu comme marque… Chambre Enfant ? Mobilier de jardin ? Epicerie sucrée ? Boissons chaudes ? Qui sait ?

Cet échange courtois avec l’avocat (elle fait son boulot) me rappelle que chacun a son monde. Il y a le bon sens et il y a la propriété intellectuelle. Parfois cela se rejoint; parfois il y a des dérives (brevets sur le vivant, sur des savoirs ancestraux, bio-piraterie). Surtout, cela rappelle cette évidence sur laquelle le discours écologiste glisse parfois trop vite : les mots ont un sens et ils ont encore une force.

Dommage que nos sociétés aient défini un protocole pour les mots quand il s’agit d’intérêt privés mais pas quand il s’agit de moralité publique. Ah… si l’INPI avait autant de force que l’OIP

Aussi, si vous avez 10 minutes et que vous souhaitez découvrir les charmes de cette terra incognita qui s’appelle « code de la propriété intellectuelle« , vous ne serez pas déçu. Ca fourmille d’anecdotes sur des conflits aux consonances surréalistes. Imaginez France Telecom attaquer le journal chrétien La Vie parce que… « Bienvenue dans la vie.com« .

Je vous laisse le soin de savoir si France Télécom a gagné…


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Ecrit par Baptiste le 13 juillet 2010 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Un peu sur nous
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Le palais idéal du banquier requin

En passant quelques jours à Vienne, en plein centre-ville, face à la belle cathédrale Stephansdom se trouve un somptueux bâtiment appelé « Palais Equitable « , tel quel, non traduit.

Benoîtement, on va s’imaginer que les Autrichiens ont osé faire ce que Paris n’a pas pu réaliser. Rappelons que l’année dernière, le ?Palais Brongniart (le Palais de la Bourse, en face des Halles de Paris et de l’église Saint-Eustache) était de nouveau en concession et que parmi les trois postulants en lice, il y avait le groupe SOS. Symboliquement c’était fort. L’économie solidaire récupère le lieu historique de la bourse et du capitalisme.

Finalement, c’est le groupe GL Events, groupe côté au petit CAC 40, qui a remporté la concession pour 30 ans…

Bon. Mais Vienne alors ? Le paradis des végétariens et de l’écologie art-de-vivre ? Eh bien je suis au regret d’avouer que dans ce magnifique palais, on ne trouvera rien d’équitable.

En fait, le nom du palais vient d’une compagnie d’assurance américaine, nommée Equitable,  qui s’y est installé en 1890. Il semble que la compagnie existe encore au Canada sous le nome de Equitable Life. Aujourd’hui, à l’intérieur, en marge des escaliers fastes et du marbre richement orné, il y a des bureaux. Des banques, des compagnies d’assurance, des cabinets d’avocat. Le rêve quoi…

Surtout, il n’y a pas âme qui vive. Un si beau palais, transformé en muet sarcophage. Quel dommage !

Consolons-nous et lisons déchiffrons ce fronton à l’intérieur du palais, voici le mot « équitable» , tout doré tout rococo.

A la manière du facteur cheval, ce qu’il nous reste, c’est construire pierre après pierre et sans luxe apparent, notre propre palais idéal !

Le palais de l'équitable à Vienne (Intérieur)

PS: Un immense merci à Clovis du site quat’rues (T-Shirts bio, équitables, engagés et poétiques !) pour l’hébergement et l’itinéraire touristique sur Vienne…

PPS: Paris-Vienne sans avion ;-)


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Ecrit par Baptiste le 5 juillet 2010 :: Classé dans Itinéraire,Les autres...,Poïesis
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Comme pris d’un doute avec Philips

Prenons un peu de recul…

Il existe dans ce monde une grande entreprise, d’origine néerlandaise, qui s’appelle Philips. Le grand public la coudoie par ces produits électro-ménagers mais aussi pour son label musical (du classique). On connaît aussi Philips par ses activités dans le domaine médical (appareils d’imagerie) et en tant que principal constructeur de demi-conducteurs.

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il y a deux gammes de produits où la marque domine tous les autres. Les ampoules basse conso et les biberons (via sa marque Avent).

Ce mercredi 23 Juin, suite à l’avis rendu par l’AFSSA, l’agence française sanitaire, le fameux Bisphénol A est interdit. D’abord, vous remarquerez que vous pouvez continuer à acheter des articles avec bisphénol A. En clair, c’est interdit mais on peut continuer à en vendre

C’est une fabuleuse épopée que celle du bisphénol A. D’abord car on suspecte cet additif aux plastiques d’être dangereux depuis 80 ans. Mais c’est vrai que c’est bien pratique, alors l’inertie industrielle et mercantile a réalisé des tas d’études, avec diverses agences sanitaires (la plus connue étant la FDA américaine, dont on a reparlé avec les histoires de Monsanto) le tout pour montrer qu’avec les quantités employées, y a pas de danger.

C’est possible.

D’autant que le BPA n’est pas que dans les biberons, il est surtout dans le revêtement intérieur des boites de conserve. Mais ca, bizarrement, c’est moins évoqué.

Alors un jour un pays a dit « ca suffit ! On interdit« . C’est la Canada qui a inauguré la voie le 18 avril 2008. Suivi quelques années plus tard par les Etats-Unis (5 mars 2009). Curieusement, la marque Avent (propriété de Philips, donc) ne se cache pas d’avoir des biberons sans BPA disponibles dans ces deux pays depuis 2008 mais cela a tardé pour la France.

On imagine que l’entreprise se plie aux normes spécifiques de chaque pays. Comme disait Pascal… « Vérité en-deça des Pyrénées, erreur au-delà« . Sauf que… en terme de santé, on ne comprend pas bien pourquoi on continue à vendre des produits dangereux pour les bébés français là où les bébés nord-américains sont épargnés.

A l’époque où eco-sapiens relayait cette histoire de BPA (en mai 2008, pionniers ?) j’avais regardé l’argumentaire de Philips. Il a disparu et c’est dommage car j’aurais bien aimé voir le changement de discours. Aujourd’hui, c’est disponible à cette adresse. En clair, Philips fait tout pour passer au BPA-Free et donc, progressivement, le BPA va disparaître. N’est-ce pas une manière de reconnaître que ce produit n’est pas si inoffensif tel qu’il fut présenté l’année dernière ?

On peut aussi se dire que c’est l’AFSSA qui a été moteur. Celle-ci fanfaronne en appelant une mobilisation de l’industrie (…) pour mettre au point des substituts du BPA pour les usages alimentaires.

Rappelons que le Canard Enchaîné avait épinglé au départ l’agence pour collusion d’intérêts: certains experts avaient une deuxième casquette dans l’industrie du plastique. Un peu comme la FDA et l’évaluation des OGM (cf le documentaire de M-M Robin).

En même temps… reconnaissons qu’il n’y  pas meilleur expert que quelqu’un qui a fait carrière dans le secteur concerné. C’est toute la difficulté du monde politique à pouvoir créer des organismes indépendants qui disposeraient d’autant de moyens que les multinationales. Saviez-vous que l’IFREMER a été co-financé par Total pour évaluer l’impact de la marée noire Erika, payée par AREVA pour évaluer la radioactivité au large de la Hague ?

Je ne dis évidemment pas qu’il faille pour cela dénigrer nos chers instituts « indépendants» . Il n’y a pas corruption généralisée. Il y a juste des gens qui, par la force des choses, se côtoient, apprennent à se connaître et peuvent parfois verser dans une certaine empathie, et donc une certaine indulgence.

Le principal problème, c’est que le citoyen s’imagine que la science est neutre et définitive. Or elle est temporelle, géographique, culturelle, sociale et, lâchons le mot, humaine.

L’anecdote BPA suffit à montrer la malléabilité du concept innocuité selon les pays et les âges…

Mais au fait, les ampoules basse conso Philips ? Eh bien, j’ai comme le sentiment vague et improuvable que l’histoire se répète. Pour favoriser le business des ampoules basse conso, on établit des lois visant à interdire les perfides ampoules à filament. Oh il a suffi de quelques mois pour que la polémique sur ces nouvelles ampoules enfle. Mercure, rayonnement, problème du recyclage… Mais c’est trop tard. A la rigueur, on interdira les fluo-compactes pour imposer les LEDS.. quand les fabricants seront prêts !

Alors on se demande si ce sont les industriels qui s’adaptent aux lois ou si ce sont les lois qui organisent l’obsolescence générale pour le bonheur des marchands.


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Ecrit par Baptiste le 24 juin 2010 :: Classé dans Débat,Participez
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Tiens ! Une nouvelle version du site Internet !

Soulagement !

Cela fait deux mois que, en catamini, nous préparions cette v4 du site eco-sapiens. Ce qui a changé ? Oh beaucoup de choses ! Certaines sont patentes, d’autres subreptices ;-)

Mais reprenons depuis le début.

Quand nous avons eu l’idée d’un guide d’achat éthique sur Internet, en décembre 2005, nous étions partis du constat que la consommation alternative était un milieu sous-marin. Notre idée fut donc de faire un « comparateur‘ uniquement dédié aux couches lavables, aux réducteurs d’eau, au café équitable, aux T-Shirts bio…

Ainsi, tout ce petit foisonnement d’idées alternatives émergerait.

Mais nous savions qu’il fallait aussi expliquer le pourquoi du comment. Alors, en parallèle, nous voulions un portail avec des infos simples et claires autour des thèmes qui nous sont chers : l’écologique, l’équitable et la bio.

Achat… Infos… Achat ? Cette double casquette était cohérente pour nous, mais pour l’extérieur, c’était plutôt une schizophrénie. Parmi nos partenaires et nos fidèles internautes, certains pensent que nous sommes un comparateur, d’autres un site d’informations. Mais jamais les deux en même temps…

Et récemment, cela s’est compliqué depuis que le blog est apparu… Nous voici invités comme blogueur !

Les trois précédentes versions du site eco-sapiens facilitaient peut-être cette ambiguïté. Tout y était mélangé ! Nous y tenions pour des raisons d’ergonomistes improvisés…
1) Si l’on souhaite acheter, on voudra peut-être auparavant s’informer.
2) Si l’on est informé, on souhaitera peut-être passer à l’acte… de consommation.

Avec cette v4, nous poursuivons la longue lignée des proverbes tautologiques. « Un sou est un sou« , « Trop c’est trop« , « Non c’est non« .
Et maintenant donc: « l’achat c’est l’achat»  et « l’info c’est l’info« .

Ouf donc ! Soulagement. On va pouvoir refaire du fond, et améliorer notre offre marchande.

Mais je ne sais pas pourquoi, j’ai aussi envie de parler de l’actualité « people & sport» … C’est que tout le monde y va de son avis sur l’Equipe de France et que depuis le début j’entends comme un murmure sourd et inintelligible.

Déjà, je trouve cocasse que l’on dise « halte aux primes»  comme s’il ne fallait tout simplement pas dire « halte aux salaires« . Ensuite, quand je vois que chacun de ces surpayés (surpayés en général, pas uniquement pour cette prestation…) parlent avec derrière eux une collection de logos à la gloire de la conso, je ne vois décidément pas où est l’esprit sportif là dedans*.

Quelqu’un a remarqué que ce n’est pas tant l’argent qui a pourri le football. Le football est plutôt l’allégorie du monde marchand. Ce genre de renversement pourrait s’appliquer à des tas de domaines: la publicité, la politique, l’art…

Le problème, c’est qu’accuser l’argent, en plus d’être facile, est un peu vague. Car quelqu’un sait-il encore ce qu’est l’argent ? Quelqu’un voit-il encore un soupçon de cohérence entre des revenus et des compétences, entre des bénéfices et une utilité ?

Quelqu’un discerne-t-il encore une once de rationalité dans ce monde pourtant hyper-rationalisé ?

Tout m’échappe. Et de plus en plus. On licencie des humoristes qui ont le tort de placarder les bévues politicardes qui, rappelons-le, dans une autre démocratie d’Europe conduirait à des démissions. Vaccins, cigares, fraudes fiscales, versements illégaux, injures racistes…

En marge, les espaces de liberté et d’honnêteté intellectuelle sont bel et bien là. Et toujours pls nombreux. Mais, éclatés, nous avons le sentiment d’être minoritaires.

Nous ne le sommes pas.

*Prochainement, je parlerais de ce magnifique livre d’Alain Caillé « Don, intérêt et désintéressement»  dont la nouvelle édition comporte justement une étude sur la notion de « fair-play»  et d’esprit sportif. En bref, rappelons que le « beau»  joueur est celui qui s’expose. Et non pas celui qui pose


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Ecrit par Baptiste le 23 juin 2010 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Un peu sur nous
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Jouons un peu avec les espèces disparues

Réédité en mars dernier aux éditions Agone, voici un livre qui est passé presque inaperçu. Il est signé Franz Broswimmer, de l’université d’Hawaï et s’intitule Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces.

Il précède et complète en tout point un autre livre, qui lui a largement bénéficié des trompettes médiatiques, le très documenté « Effondrement»  de Jared Diamond.

Le « Collapse : How Societies Choose To Fail or Succeed»  du célèbre biologiste américain avait l’immense valeur anthropologique et historique de décortiquer les différentes causes de la disparition des civilisations. Entre autres, les Vikings du Groenland (qui ont cherché à reproduire strictement leur mode de vie scandinave sur une terre bien plus rude), les Pascuans (qu’on ne présente plus depuis qu’EDF utilise cette image d’Epinal dans leurs publicités greenwashing), mais aussi les Mayas et les Anasazis.

On y apprend vraiment des tas de choses passionnantes ! Dédicace aux navigateurs polynésiens dont on se demande comment ils ont pu coloniser tous ces îlots avec leur pirogue. Une belle leçon d’humilité pour nos civilisations méditerranéennes qui barbotaient gentiment à l’époque…

En plus c’est écrit à l’américaine. Thèse, démonstrations, illustrations, résumé. D’ailleurs tous les livres de Diamond sont des perles de documentation.

Mais…

Mais le livre de Broswimmer, comme le rappelle dans la superbe préface de Jean-Pierre Berlan pour cette réédition, apporte une dimension politique que Diamond n’évoque jamais. Quand je lisais Effondrement, dont le but est quand même de nous montrer les similarités entre ces civilisations suicidaires et la nôtre qui est en train de réaliser le potlatch final, je me disais qu’il était finalement peu critique et bien consensuel.

Jamais le libéralisme ou le capitalisme n’est évoqué. On dira qu’il est américain et que cela conditionne. Mais je ne pipe pas un mot de cet argument. Sinon Hawaï n’est pas vraiment aux Etats-Unis, et Broswimmer n’est pas vraiment américain…

Alors certes, ce petit livre encore fort méconnu est peut-être moins exhaustif que celui de son compatriote. Mais il va beaucoup plus loin. Parce qu’il remonte très loin.

En effet, Broswimmer aborde un phénomène que je ne connaissais pas: l’extermination de la mégafaune. A savoir tous ces mammifères et oiseaux géants qui pullulaient sur les continents. Le mammouth est le plus connu. Mais il y a aussi le cerf géant, le paresseux géant, le tigre à dents de sabre (smilodon) et même l’intriguant et southparkien castor géant.

Or, les preuves convergent pour assurer que l’homme est directement responsable de la disparition de ces gros animaux. Gibier abondant, encore peu farouche, certes délicat à chasser… mais on retrouve des traces paléontologiques montrant que déjà, les homo sapiens savaient précipiter des troupeaux entiers dans les falaises.

Quand on lit les chiffres, c’est véritablement un carnage sur une période pas si longue. La page wikipedia (plus précautionneuse que Broswimmer mais le verdict est tout de même sans appel pour la responsabilité humaine) sur l’extinction de l’Holocène dresse un bilan honorable. Je rajouterai des élements du livre, absents de wikipedia, à propos de l’Australie. Quand les Aborigènes arrivent sur le continent il y a 47 000 ans, il y a une importante mégafaune. Tout a disparu en quelques milliers d’année. La chasse intensive, mais aussi le brûlis nous rappelle juste que les Aborigènes, malgré certaines fables, sont comme les autres colons… pas forcément soucieux de leur ecosystèmes.

Evidemment, pas question de juger ! Et encore moins de laisser croire que les Aborigènes d’aujourd’hui sont identiques à leurs ancêtres !

Une thèse qui commence à frayer son chemin, c’est celle que la révolution néolithique serait une conséquence de cette disparition de la mégafaune. Eh oui ! Le gibier se raréfiant, il a fallu aux hommes inventer d’autres systèmes d’approvisionnement, à savoir l’agriculture.

Et comme le rappelle Thoreau dans son magique Walden, on y gagne pas vraiment en se sédentarisant et en adoptant un mode vie agricole ou pastoral. Davantage de boulot, et bien plus de dépendance aux saisons, aux parasites et aux maladies.

Ah que nous étions bien dans nos grottes à travailler peu, vivant de plantes et de gibier facile…*

Quoiqu’il en soit voici un enseignement important. Quand on bouleverse irrémédiablement son écosystème, quand on provoque un ecocide, il faut aussi savoir changer drastiquement son mode de vie. Une révolution néolithique, ce n’est pas tous les jours et c’est pas facile.

Je  peine à imaginer quelle révolution mentale et factuelle il faudra déployer pour s’adapter à l’écocide d’aujourd’hui.

Revenons brièvement au livre de Broswimmer. On évoque aussi les jeux du cirque à Rome.

C’est juste dément ce qu’ils ont fait les Romains. Imaginez déjà le style: gladiateurs contre crocodiles, ours blancs contre lions, sangliers onctre hippopotames, rhinocéros, girafes etc etc. Toutes les combinaisons y sont passées. Ca fait rêver.

Question nombre aussi, les Romains n’ont pas lésiné. On se dit que ca devait pas être commode de trimbaler des gros animaux sauvages depuis des contrées lointaines et qu’il y avait quand même d’autres priorités… Eh bien non.

Les chiffres sont hallucinants. C’est la grande boucherie. 9 000 animaux sacrifiés pour l’inauguration du Colisée, 11 000 pour César, pareil pour pour Trojan et les autres empereurs… N’en jetez plus.

Ainsi sommes-nous tentés, par ces exemples historiques, de déclarer forfait. Et si finalement c’était dans la nature humaine. Des Aborigènes aux Romains en passant par toutes les tribus de cette planète. Au risque de sortir une banalité… effectivement le monde n’a pas beaucoup changé en 50 000 ans. C’est l’écocide tout le temps…

Et parallèlement, il y a toujours eu des gens lucides sur la situation, des proto-écolos ! Est-ce présomptueux de dire que Platon était écologiste ? Il n’empêche que la remarque du philosophe athénien montre que oui vraiment il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

ce qui subsiste aujourd’hui, comparé avec ce qui existait autrefois, est comme le squelette d’un homme malade, toute cette terre grasse et molle s’étant épuisée, il ne reste que le squelette décharné du pays »

Platon

On trouverait des milliers de remarques similaires à celle de Platon dans l’Histoire. Dommage que nos télécologistes modernes croient tout inventer…

Le livre se poursuit avec la chasse aux castors au XIXème siècle en Amérique Nord. C’était la mode des chapeaux en castor… Puis l’extermination des baleines (extinction définitive évitée de justesse pour certaines espèces).

Et cela finit en apothéose avec l’exemple de la guerre du Vietnam. Il faut avoir le coeur solide quand on s’attaque à ce petit livre. Comme souvent, on oscille entre rage devant le laisser-faire et désespoir devant ce laisser-aller.

Comme si certaines forces en nous étaient plus fortes que nous. Pour façonner le monde à son image, il faut que l’homme détruise.

Alors le dernier exemple sur la guerre du Vietnam prend tout son sens. Je ne connaissais pas bien non plus. Et objectivement, tout écologiste devrait avoir en tête cet exemple. Ce pays a subi le plus grand écocide. 20% de forêts empoisonnées, des surfaces agricoles qui ne s’en remettront pas, des bombes en veux-tu en voilà, en plus grande quantité que deux guerres mondiales réunies. Oh les Etats-Unis n’ont pas fait dans la dentelle en profitant de ce terrain de jeu pour tester toutes sortes de nouvelles armes. L’agent orange notamment (si si vous savez, ce défoliant fabriqué par Monsanto…) mais aussi d’autres produits qui font frémir que vous trouverez dans le livre.

Rappelons cette réalité triviale: la guerre est de loin la principale activité écocidaire.

Qui désire vraiment protéger l’environnement doit donc être contre la guerre.

Quel scoop !

*Faut-il préciser que c’est ironique ?

NB: le terme écocide est comme le terme eco-sapiens. Un mélange hétéroclite de racines grecques et latines. Les puristes pardonneront. C’est que nous avons étudié longuement des fibres optiques monomodes

Pour avoir un autre compte rendu sur le livre, il y a un savoureux article sur article11

Pour le commander, il y a le site des éditions Agone (maison indépendante)


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Ecrit par Baptiste le 8 juin 2010 :: Classé dans Les autres...,Poïesis
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Le mystère des trous du Guatemala

1365826_3_f200_un-trou-geant-au-milieu-de-la-ville-deUn article du journal Le Monde qui m’a semblé passer inaperçu alors qu’il suffit de voir la photo et de compter les morts pour se dire que cela aurait du faire la une…

Ca paraît improbable ! On croirait un trucage Photoshop. En fait, le phénomène n’est pas nouveau et il y a même des videos tout aussi perturbantes.

Il y a bien sûr des explications géologiques à ces trous de 100m de profondeur en plein centre-ville.  Deux catastrophes naturelles viennent de frapper le Guatemala à 3 jours d’intervalle. D’abord une éruption volcanique (Pacaya, à quelques kilomètres de Guatemala City), puis la dépression Agatha, une tempête tropicale qui a fait 150 morts et 100 000 évacués.

L’explication de ces trous (apparemment 60 mètres de diamètre) n’est pas tout à fait claire. Ils portent le nom de doline en géologie, des gouffres qui se forment dans les régions calcaires. Mais la spontanéité et l’ampleur de ces dolines est à peine croyable. Des glissements de terrain ? Mais où passe la boue ?

Quand je vois l’ampleur du gouffre, je me demande vraiment comment les habitants comptent réparer cela. Faut-il plutôt faire un pont ? Faut-il évacuer toute la ville qui repose peut-être sur du gruyère ?

Ces phénomènes impressionnants sont-ils possibles par la présence de l’homme ? En effet, si vous avez vu « Solutions locales pour désordre global»  vous vous êtes certainement rappelés que les inondation de plus en plus fréquentes en France sont aussi dûs à la dégradation des sols agraires. Tout bêtement, une terre morte n’absorbe plus l’eau de pluie. Une terre vivante a un pouvoir d’absorption à toute épreuve. Essaye de voir une forêt s’inonder…

J’espère que des journalistes vont pouvoir faire la lumière sur tous ces trous…

Photos des trous au Guatemala


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Ecrit par Baptiste le 1 juin 2010 :: Classé dans Itinéraire,Les autres...,Poïesis
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A l’assemblée générale d’une banque pas comme les autres

money_maskedReprenons reprenons…

Si vous demandez à un boucher à quoi sert la viande qu’il manipule, il saura vous répondre. Mais si vous demandez à un trader ou à votre banquier à quoi sert l’argent qu’il manipule, il vous répondra « à faire plus d’argent. »  C’est ce qu’Aristote appelle la chrématistique, c’est à dire l’accumulation de moyens d’acquisition.

Confondre le moyen et la fin, ce n’est donc pas si nouveau. Et la dénonciation qui va avec non plus !

Il serait naïf de croire que c’est une dégénérescence de nos sociétés. La différence peut-être, c’est qu’auparavant, il était ringard d’être obsédé par l’argent. Aujourd’hui, c’est la classe que d’être trader. C’est à dire qu’on les conspue sur la place publique… tout en rêvant secrètement d’avoir les mêmes boni de fin d’année.

Or, il existe des banquiers à rebours. Ca a commencé il y a plus de trente ans maintenant, en France, où des personnes suffisament idéalistes pour vouloir changer le monde, et suffisamment réalistes pour se dire que cela passait par la comptabilité et les finances, ont décidé ce créer une banque éthique.

A l’époque, le terme éthique n’avait pas sa popularité d’aujourd’hui. Ils ont appelé leur société la Nef, Nouvelle Economie Fraternelle. Ne pouvant obtenir, pour des raisons purement politiques, l’agrément bancaire, ils n’ont pu faire une banque à proprement parler. Mais c’est tout pareil. C’est une société financière. En gros, un établissement qui peut administrer des comptes courants (il y a des chéquiers Nef) et qui peut octroyer des prêts.

money_bananaQu’y a t-il d’éthique ou de fraternel là-dedans ?

Sur la forme d’abord.

Fonctionnement coopératif c’est à dire qu’un sociétaire (un client si vous souhaitez continuer à raisonner dans l’ancien monde…) a une voix au conseil d’administration.

Une transparence totale.
Quand je dis « totale» , je pèse mes mots. Car non seulement on accède aux comptes détaillés de la banque mais surtout on veut vraiment que vous sachiez à qui l’argent a été prêté.

Sur le fond ensuite.

Les prêts sont toujours destinés à des projets typiquement « eco-sapiens« . Ce n’est pas un hasard si nombre de Biocoop, d’associations écologistes de la bio ou de l’équitable sont et font appel à la Nef.
Du coup, les millions d’euros brassés, une fois détaillés, deviennent très concrets. Ouf, mon argent n’a pas servi à doper l’huile de palme d’Indonésie !

Après cela on peut toujours rétorquer à quoi bon connaître tout cela ? Doit-on vraiment s’enquiquiner à savoir où part chaque kopek ? Ma foi je pense que oui. Car il est illogique de vilipender les traders et autres marchés financiers alors que ces dérives sont justement possibles par l’opacité et le laisser-aller d’aujourd’hui.

A eco-sapiens, on aime bien dire que chaque individu a trois pouvoirs. Celui de consommateur, celui de citoyen, et celui d’épargnant. Comme disait une célèbre publicité: « Mais ca fait trois choses à la fois !»  et ca fait donc beaucoup dans nos vies où le temps s’échappe par tous les horizons possibles.

money_homerQuand on voit la complexité du comment consommer mieux, quand on voit les promesses trahies des politiciens et le manque de scrupules des financiers, on est tenté de lâcher prise. Et de renoncer à ses trois pouvoirs. Discount, abstention et boursorama…

Or il ne faut pas. Et pour bien faire, le plus simple et le plus gratifiant, c’est de rencontrer directement les gens. Incroyable non ?

  1. Votre marchand. S’il est incapable de raconter l’histoire de ce qu’il vous vend allez-vous en.
  2. Votre maire. Si vous n’avez jamais discuté avec lui, votez pour celui qui aura été disponible.
  3. Votre banquier. S’il est incapable de vous dire où va l’argent que vous lui confiez ou s’il vous dit qu’ils font des placements écologiques… changez de banque.

De là, on comprend mieux la devise de la Nef: « Pour que l’argent relie les hommes» . Et oui, l’argent n’est décidément pas une fin. C’est aussi plus qu’un moyen.

Ceci dit, il faut se souvenir que l’argent n’est pas une fatalité. Il est tout à fait possible d’échanger biens et services directement, sans matérialisation pécuniaire. Mais ceci est une autre histoire… à écrire prochainement !

Pour finir, un dernier point, sous forme de point d’interrogation. Celui de la religion.

La Nef a été accusée il y a une dizaine d’années d’être une secte. C’est obvieusement calomnieux. (C’est même risible dans la mesure où la Nef est une institution financière avec commissaire aux comptes, agrément des autorités financières et autres procédures comptables diverses à même de faire fuire quiconque à envie d’endoctriner…)

money_marioNéanmoins, quand on sait que le mot « religion»  vient de « relier»  (pareil avec le pontif qui fait le pont) on sent bien que l’emploi des mots « fraternel»  et « relier»  si chers à la Nef, donne une dimension spirituelle à tout ceci.

Cerise sur le gâteau, un très bon ami, qui est musulman pratiquant, une fois expliqué le concept de la Nef, a été le plus prompt,  à y ouvrir un compte. Il est écolo mais moins que d’autres qui eux n’ont toujours pas fait le pas… Je crois que pour lui, l’argument de poids, c’est que la Nef répondait aussi à en partie aux exigences de ce qu’on appelle la finance islamique (une finance sans usure i.e. sans taux d’intérêt et qui ne finance pas la pornographie et l’armement).

Voilà, je ne sais s’il faut cela relève réellement de la religion. J’aurais tendance à appeler cela foi. C’est à dire une espérance… qui commence déjà par soi. C’est énorme.

Le site de La Nef

L’assemblé générale a eu lieu à la Cité des Sciences à Paris ce 29 mai. Traiteur bio et fanfare (!) ont animé la journée. Et en plus on y rencontre des sociétaires intéressants et sympathiques !


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Ecrit par Baptiste le 30 mai 2010 :: Classé dans Itinéraire,Les autres...
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Reprise du blog eco-sapiens et Manifesto

tyrannie technologiqueC’est un peu sur un coup de tête que j’ai écrit dans le précédent billet que le blog eco-sapiens s’arrêtait. En fait la poudre s’entassait depuis quelques années et il manquait le détonateur qui fut cette réflexion comparative entre l’industrie automobile et l’industrie numérique.

A la fin du billet, il me parut tout à fait logique d’aller jusqu’au bout. Un brin provocateur peut-être. Mais la question est toujours là. Elle se résume à la formule du plus grand poète du XXème siècle, Gherasim Luca, « Comment s’en sortir sans sortir« .

Car on a beau jeu de parler d’écologie, d’épuisement des ressources, de manque de lien social dérobé par nos écrans… tout en ayant un blog. Et je pense sincèrement qu’il y a un problème de fond au tout numérique de même qu’il y a un problème de fond avec la société automobile.

A l’heure où j’écris ces lignes, BP en est à son cinquième plan foireux pour colmater une marée noire dont on sait qu’elle dérivera encore au moins un an. Et si dans dix ans, on raclait le fond des océans pour les derniers microgrammes de palladium. J’évoque la palladium pour dire que c’est encore plus dramatique que le pétrole (moins le forçage carbone). Il y a plus de palladium dans nos appareils numériques et nos pots catalytiques qu’il en reste dans les mines.

A ce propos, l’exemple du palladium recèle de multiples symboles. D’abord parce originellement, on l’utilisait pour les pots catalytiques. Ce fut donc une exploitation pour lutter contre certaines pollutions de l’automobile.
Ensuite parce qu’aujourd’hui, une part croissante de son utilisation va aux gadgets électroniques (certainement l’IPad qui sort aujourd’hui). Comme si cette transition de l’automobile au numérique était contenue dans ce métal.

Voilà le monde de nos parents, obsédé de déplacements et d’automobiles laisse la place au monde actuel, obsédé de communications et d’Internet.

Alors, forcément, parfois on a envie de dire « Je ne marche pas !» .

J’avoue être toujours sidéré par l’enthousiasme naïf que je lis sur divers sites écolos. Tel ordinateur serait vert, tel téléphone serait écologique. A ma connaissance, la seule critique vraiment sérieuse de cette pseudo-écologie numérique se situe aux éditions L’échappée, notamment l’excellent livre La Tyrannie Technologique à la couverture évocatrice.

Voilà pour les considérations sur l’informatique. Je ne ferai plus d’auto-flagellation. Et je précise que ne suis évidemment pas partisan des communications par pigeons voyageurs (ce genre de caricatures déshonore d’ailleurs tous ces aliborons sévissant sur les forums).

De même qu’on peut manger local on pourra aussi poser la question du communiquer local.

Ceci dit, quelques justifications à la poursuite du blog eco-sapiens.

  • Nombre de blogs écolos font du relai. En clair, ils ne produisent pas d’information, ils buzzent. C’est indispensable mais ce n’est pas vraiment notre « truc» .
  • Alors le blog pourrait parler de nous, de notre société coopérative, des festivals auxquels nous participons etc. Mais alors cela intéressera surtout ceux qui nous connaissent. Et puis… notre nombril…
  • Le blog pourrait aussi être un lieu d’exfiltration de toutes ces informations trop brûlantes pour figurer sur le site officiel (exemple: huile de palme bio colombienne dont on pas fini de reparler)
  • Enfin le blog pourrait surtout parler de ce dont on ne parle pas ailleurs. Par exemple l’excellent numéro de Silence ! paru ce mois-ci, sur la non-violence.

Ainsi, autant l’annoncer, si nous continuons ce blog, il sera plus orienté sur le monde sous-marin de l’écologie. En clair, de même que le site officiel eco-sapiens souhaite rendre visible ces boutiques alternatives, le blog mettra en relief, ceux qui font un boulot énorme et dont on parle peu.

La précédente référence à la revue S!lence en est un exemple. Comment expliquer que cette revue phare, la plus vieille qui soit dans la presse écologique, soit totalement ignorée du buzz médiatique actuel ?

Pour le dire autrement, et sans aucun goût pour le « c’était mieux avant» , l’idée sera donc de fuir l’actualité pour mieux regarder en amont. « Que s’est-il passé ?»  plutôt que « que se passe-t-il ?» 

J’espère que ce virage éditorial ne décevra pas !

Au plaisir de vous lire.


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Ecrit par Baptiste le 28 mai 2010 :: Classé dans Débat,Itinéraire,Poïesis,Un peu sur nous
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