le guide d'achat éthique

Trouver, comparer et acheter des produits bio, naturels, écologiques et équitables

blog
Marseille des eco-sapiens
Le pouvoir de jeter
En France, nous jetons à la poubelle un quart de notre nourriture.
Le gaspillage alimentaire, c'est 20 kg de déchets par personne et par an
A quel prix sont fabriqués les jouets de Noël ?

A quel prix sont fabriqués les jouets de Noël ?

A l'approche de Noël, marques et distributeurs de jouets sont dans les starting-blocks. Pour répondre à la demande dans les temps, les ouvriers chinois qui fabriquent 80 % des jouets vendus dans le monde doivent multiplier les heures supplémentaires pour des salaires encore très faibles et dans des conditions de travail extrêmement précaires, selon les ONG Peuples Solidaires et Sacom.
Une actualité originale de Novethic

Cette année, malgré la crise, les parents ne devraient encore pas sacrifier au sacro-saint budget jouets : comme l’an dernier, à Noël, les familles françaises devraient ainsi dépenser pas moins de 247 euros par enfant.

Mais à l’autre bout de la chaîne, les ouvriers chinois, qui fabriquent plus de 80% des jouets dans le monde n’en verront que peu la couleur. Car pour produire dans les prix et délais impartis par les donneurs d’ordre que sont les grandes marques (Mattel, Disney, etc) ou distributeurs (Toys’R Us, Carrefour, Wal-Mart, etc) de jouets, les usines chinoises multiplient en effet les manquements aux règles de sécurité et de droits des travailleurs, selon Peuples solidaires. Ou plutôt des travailleuses car, depuis cette année, le recrutement est devenu "sexuellement discriminatoire" ; les jeunes femmes étant considérées comme plus « dociles et productives » par les directions des usines, précise l’ONG chinoise Sacom.

Une cadence infernale

"En haute saison, de mai à novembre, les travailleurs commencent à 8 heures du matin pour finir, dans le meilleur des cas, à 22 h. Mais parfois ils travaillent jusqu’à minuit ou 4 heures pour recommencer dès le lendemain à 8h. Les salariés sont épuisés car ils n’ont souvent que deux jours -voire pas du tout- de repos par mois", rapporte Debby Chan, responsable de projet au sein la Sacom.

Celle-ci se base notamment sur les dernières enquêtes réalisées par son association au sein de deux sociétés qui fournissent des grandes marques de jouets : Sunny Toys (300 personnes environ), située à Shenzen, et Crown-Ace Toys (4000 à 5000 personnes), localisée à Dongguan. Ces heures supplémentaires -parfois jusqu’à 160 heures par mois- dépassent de loin la norme légale établie à 36 h/mois mais sont quasi obligatoires pour les ouvriers qui doivent atteindre des objectifs de production extrêmement hauts et qui espèrent ainsi compléter un salaire de base extrêmement bas (de 900 à 1100 yuans, soit 100 à 126 euros environ, selon les usines et les provinces).

Mais, dans les faits, les bonus sont souvent calculés de façon opaque ou indexés sur le nombre de pièces et non des heures effectuées…Résultat : les travailleurs, qui n’ont souvent pas connaissance du mode de calcul, s’y retrouvent rarement en fin de mois. D’autant plus que, dans le cas des deux usines contrôlées récemment, leur salaire est amputé des frais de résidence dans les dortoirs collectifs et de nourriture.

En plus du rythme quasi insoutenable demandé lors des pics de production, les ouvriers travaillent dans des conditions de sécurité largement insuffisantes, souligne Debby Chan. "Dans les ateliers de soudure par exemple, malgré le risque de brûlure avec les appareils très chauds, les ouvrières portent rarement des équipements de protection, soit parce qu’elles n’en ont pas, soit parce que la chaleur est trop forte", détaille-t-elle.

De fait, les maladies - démangeaisons, allergies ou maux de têtes dus aux produits chimiques – et les accidents de travail - brûlures ou membres coupés par des machines dont on a désactivé les systèmes de protection pour accélérer la cadence par exemple- ne sont pas rares. Malgré les dangers, "les visites médicales obligatoires dans la législation du travail sont rarement effectuées et peu d’employés ont en fait une assurance pour les accidents du travail, ce qui rend difficile le diagnostic, les soins et les indemnités", déplore Debby Chan.

Des procédures de contrôle insuffisantes

Sous la pression des ONG et pour garantir de meilleures conditions de travail aux ouvriers, la Fédération internationale du jouet a pourtant lancé il y a cinq ans un code de pratiques commerciales. Ce processus, appelé "Care process", vise à garantir que les usines de fabrication de jouets fonctionnent dans la "légalité et dans de parfaites conditions d’hygiène et de sécurité". Aujourd’hui 2 303 entreprises se sont engagées dans le programme et 1120 ont obtenu la certification.

Mais elle reste insuffisante, estiment Peuples solidaires et Sacom. Elles en veulent pour preuve que les deux entreprises sur lesquelles elles se sont récemment penchées sont détentrices de cette certification. Car pour elles, le système comporte plusieurs failles : par exemple, les audits réalisés par des cabinets spécialisés (Veritas, Benchmark, etc) sont souvent annoncés à l’avance et dans le cas où ils sont inopinés, "les ouvriers ont été formés à donner les bonnes réponses", affirme Debby Chan. De plus, il existe des problèmes de corruption des auditeurs, ce que confirme la Fédération internationale du jouet.

Mais "nous avons des méthodes pour déceler les cas : nous réalisons par exemple des contrôles qualité inopinés, conduits par nos propres équipes. Nous travaillons aussi avec des ONG pour réaliser des entretiens avec des ouvriers en dehors de l’entreprise pour confirmer les résultats d’un premier audit. Dans le cas où le corruption est avérée, l’auditeur et l’usine sont exclus du programme", explique le secrétariat de la fédération.

Dans le cas où des violations au code sont relevées, l’entreprise peut se voir décerner un statut probatoire qui l’exposera à des audits réguliers et à respecter les objectifs transitoires demandés par la fédération. C’est notamment ce qui s’est passé récemment pour l’un des fournisseur chinois de Carrefour – Kiddieland toys-, épinglé cet été par Peuples solidaires pour ne pas avoir fourni de protection aux ouvriers manipulant des produits chimiques et application de lourdes amendes aux ouvriers fabriquant des pièces défectueuses. Suite à la plainte, le distributeur – qui compte pour 15,4% de part de marché sur le jouet français de fin d’année- a demandé à la fédération internationale du jouet de lancer un audit. Qui a abouti au renouvellement de la certification pour une période probatoire d’un an. Et dans une autre usine –Truly Drago-, qui s’est engagée à mettre en place les actions correctives préconisées suite aux audits, les dernières visites montrent "une amélioration sur certains aspects", assure-t-on au siège de Carrefour.

Mais pour Peuples solidaires qui mène une campagne sur le secteur depuis un an, il faut aller plus loin. Dans une pétition, l'ONG demande aux entreprises de changer leurs pratiques en payant davantage leurs fournisseurs et en accordant des délais plus longs pour la fabrication des jouets. Et demande d’intégrer l'exigence d'un "salaire vital" plutôt que le salaire minimum imposé en Chine. Ce que refuse la fédération, au motif que le salaire vital est un "terme subjectif et relatif" qui n’est, de plus, "pas reconnu par la législation du travail chinoise". Une bonne nouvelle cependant : la fédération affirme travailler à l’intégration des sous-traitants des usines -très utilisés pendant les pics de production mais très peu contrôlés- dans le programme Care et espère entamer le processus dès 2011.

Novethic 06/12/10
Facebook Twitter
0 évaluation
Voir les commentaires
pas de commentaires
Inscription | Connexion

X

Pour ne rien rater de notre actualité,
inscrivez-vous à notre newsletter !

Derniers produits consultés
Dernières infos consultées
Partager :
  • envoyer à un ami
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Google
  • Viadeo
Follow Me on Pinterest

Publicité

Radio Ethic et eco-sapiens
écouter