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Faîtes rentrer le marché dans le vivant
actualite Relais citoyen

Faîtes rentrer le marché dans le vivant

Trois structures, dont l'Institut Inspire, rappellent quelques valeurs et principes fondamentaux, pour éviter la financiarisation de la nature, la destination des biens naturels étant universelle.
Une actualité originale de Institut Inspire

Biodiversité et économie : ce n’est pas qu’une question d’espèces !

Les liens entre biodiversité, économie et bien-être humain sont-ils encore à démontrer ? S'il y a débat aujourd'hui, ce n'est plus tant sur l'existence de tels liens que sur le sens qu'il convient de leur donner. Faut-il donner un prix à la biodiversité pour favoriser sa prise en compte par le marché et sa conservation ? Faut-il à l'inverse repenser l'économie pour la réinscrire dans la dynamique des flux et des interactions de la biosphère ?

Le bien-être dépend largement des biens et des services rendus par les écosystèmes, contemporains, ou fossiles. A mesure que les ressources fossiles s'épuisent, la dépendance vis à vis du monde vivant ne pourra aller qu'en s'accroissant.

Le concept récent de biodiversité apporte une innovation sémantique majeure, induisant une nouvelle vision du monde. Etant nous-mêmes des êtres vivants, nous participons pleinement, ainsi que toutes nos activités, de la dynamique d'interactions et d'interdépendances de la biosphère. Les sociétés humaines et les économies qui leur sont liées ne peuvent donc plus se penser indépendamment de la biodiversité, et vice versa.

Pour préserver et restaurer la biodiversité, aucune piste n'est à négliger : une réglementation nationale, européenne et internationale claire et cohérente est indispensable. Une inversion des régulations fiscales, qui doivent peser moins sur le travail mais beaucoup plus sur l'accès aux ressources naturelles et leur consommation doit être rapidement étudiée et engagée. Enfin, toutes les initiatives volontaires et exemplaires doivent être encouragées, connectées et accompagnées pour en optimiser l'efficacité.

A l'heure où le débat semble se cristalliser sur la monétarisation des biens et des services rendus par les écosystèmes, il nous a semblé important, à travers cet déclaration, de préciser quelques valeurs et principes fondamentaux à prendre en compte si nous voulons éviter de faire fausse route.

  1. La recapitalisation écologique est une condition sine qua non de la poursuite du développement et du bien-être humain
  2. Il est plus urgent de bien comprendre les liens d'interdépendances entre activités humaines et biodiversité que de chercher à les chiffrer
  3. Il ne s'agit pas de créer un marché de la biodiversité : il faut faire entrer le marché dans le vivant !
  4. Ne pas créer un marché des indulgences sur la destruction de biodiversité
  5. La biodiversité est l'affaire de l'ensemble des citoyens !

Il y a des opportunités à prendre en compte la biodiversité

Le développement économique et social a été possible depuis plusieurs siècles par l'exploitation et la destruction du capital naturel, mais nous avons aujourd'hui atteint les limites de ce système.

Le facteur limitant de la performance des entreprises se déplace : de la disponibilité des capitaux vers la connaissance et la capacité d'innovation, puis aujourd'hui vers la capacité des écosystèmes à nous fournir les biens et services d'approvisionnement, de régulation ou d'inspiration. La recapitalisation écologique - entendons par là, la restauration de la pleine fonctionnalité et du potentiel d'évolution des écosystèmes - est aujourd'hui la condition sine qua non de la poursuite du développement et du bien-être humain. Cette recapitalisation écologique doit être encadrée par la mise en œuvre d'une politique de développement de la biodiversité sur tout le territoire.

La performance des entreprises, leur capacité à créer de la richesse et de l'emploi, repose, et reposera de plus en plus, sur la gestion durable des écosystèmes et leur restauration. Au-delà des services d'approvisionnement (aliments, fibres, matériaux, molécules) et de régulation (pollinisation, lutte contre les ravageurs, régulation du climat et des intempéries, ...), la prise en compte de la biodiversité dans les processus de production et dans l'aménagement des territoires ouvre la voie à l'innovation, la créativité, à l'invention de nouveaux produits ou services.

Le premier de ces principes, c'est qu'il y a, pour tous, de véritables opportunités à prendre en compte la biodiversité

Il est urgent de comprendre les liens d'interdépendances entre activités et biodiversité

Les gestionnaires d'entreprises ont été formés au pilotage à l'aide d'indicateurs chiffrés, monétaires pour la plupart, et à rechercher un équilibre entre charges et produits sans toujours tenir compte des externalités. Les indicateurs qualitatifs sont souvent jugés certes intéressants, mais peu opérationnels. Ils restent de ce fait la plupart du temps considérés comme non opposables aux indicateurs de gestion monétaire. Mais la performance des acteurs économiques et, au-delà, l'avenir de l'humanité se jouent désormais sur notre capacité à appréhender les systèmes complexes, à travailler avec leur incertitude, à intégrer les logiques floues, inhérentes aux relations entre les êtres vivants qu'ils soient humains ou non-humains.

Ce n'est pas seulement le modèle économique, support du développement humain, qui est à reconsidérer, mais aussi notre manière de le comprendre et d'en évaluer la performance. En même temps, il nous faut accepter avec humilité que nous ne serons peut-être jamais capables de tout expliquer ni tout modéliser.

Le deuxième de ces principes, c'est qu'il est plus urgent de bien comprendre les liens d'interdépendances entre biodiversité et entreprises que de les chiffrer.

Faire rentrer le marché dans le vivant !

Reconnaître une valeur au vivant peut, pourquoi pas, passer par des instruments d'évaluation économique. Pour les besoins de la gestion de la ressource naturelle, il peut être pertinent de la valoriser et de créer des instruments de marché, quotas ou droits d'accès. Mais ne confondons pas l'instrument et la finalité.

Si des instruments de marché peuvent aider à la protection du vivant, pourquoi s'en priver ? Si la préservation de la biodiversité et la restauration du capital naturel sont financièrement rentables, tant mieux. Mais par nature et parce qu'il précède toute activité économique, le vivant a une valeur supérieure, une valeur pour ce qu'il est, en tant que tel, indépendamment de toute transaction ou plus-value potentielle.

En clair, et pour tenter une formule simplificatrice, c'est le marché qu'il faut faire entrer dans le vivant, et non le vivant qu'il faut faire rentrer dans le marché.

Ne pas créer un marché des indulgences sur la destruction de biodiversité

Parmi les instruments de marché proposés aujourd'hui, s'il en est un qui est particulièrement débattu et contesté, c'est celui qui consiste à compenser financièrement les impacts sur la biodiversité. Rappelons que ce principe existe en droit français depuis la loi de 1976, dans le cadre du triptyque : « Eviter, réduire, compenser ». En clair, la compensation n'est justifiable et pertinente que si l'aménageur ou l'opérateur économique a d'abord cherché à éviter les impacts, puis à réduire ce qui ne pouvait être évité. La compensation ne portant donc que sur les impacts résiduels.

Notre 4e principe : En aucun cas, la compensation ne doit, et ne peut, constituer un « permis de détruire » échangeable sur les marché. Pas plus qu'elle ne créerait une sorte de marché des indulgences...

Mais bien encadrée, reposant sur la transparence et la concertation avec les parties prenantes, accompagnée par une évaluation scientifique en amont et en aval, la compensation peut contribuer à cette nécessaire recapitalisation écologique que nous appelons de nos vœux, et qui complèterait le triptyque déjà mentionné d'un quatrième : « Eviter, réduire, compenser, recapitaliser ». A ce jour, il n'existe en France qu'un instrument de compensation, règlementaire, portant sur les impacts concentrés des projets d'aménagement (infrastructures).

Il faut engager le débat sur la création, pour changer d'échelle, de dispositifs permettant de compenser, non la destruction massive et localisée de milieux naturels, mais les impacts diffus liés aux activités économiques (transports, approvisionnement, consommation d'espace et de ressources, etc.). Il s'agit ici, notamment, de financer la restauration de milieux dégradés par une exploitation ou une gestion inappropriée. Ces instruments innovants permettront, parce qu'ils ne seront pas directement liés à des opérations d'aménagement, de découpler la destruction et l'artificialisation des espaces de la création de flux financiers au service de la restauration des écosystèmes.

Ces dispositifs de compensation doivent aussi permettre l'émergence et l'utilisation d'un « étalon écologique » à même de compléter utilement l'étalon monétaire, seul en vigueur aujourd'hui.

La biodiversité est l'affaire de l'ensemble des citoyens !

La biodiversité est une « chose » sociale. Au delà du troisième pilier de la Convention sur la Diversité Biologique, qui promeut un « partage juste et équitable des avantages découlant de l'exploitation des ressources génétiques », il est indispensable de prendre en compte les diversités humaines, d'usage ou de représentation, pour gérer collectivement la biodiversité.

Bien commun par excellence, la gestion de la biodiversité ne peut être abandonnée aux seules forces du marché, pas plus qu'elle ne doit relever de la seule compétence des experts et des gouvernants. Il est indispensable de créer, dès aujourd'hui, les instruments démocratiques qui permettront une véritable appropriation collective de la biodiversité, intégrant un pluralisme de représentations le plus large possible, des plus utilitaristes (la biodiversité vue en tant que socle du bien-être humain) jusqu'aux approches non anthropocentrées qui attribuent au vivant une valeur en soi, indépendamment de toute utilité pour les êtres humains présents ou à venir.

La prise en compte de la biodiversité dans les politiques économiques, sociales, d'aménagement du territoire et dans la régulation du commerce international est un préalable indispensable à la nécessaire transformation de nos sociétés, de nos modes de production et de consommation, face aux défis de la raréfaction des énergies fossiles, de l'accroissement de la population et de la demande alimentaire mondiale. Ce qui est en jeu n'est rien d'autre que la paix, la démocratie, la liberté et le bien-être de chacun.

Institut Inspire 28/10/10
Photo: Abeille sur une fleur de trèfle(FlickR/ ComputerHotline)
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