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Regards croisés sur les labels

Regards croisés sur les labels

Les labels de l'éco-consommation permettent-ils véritablement d'éclairer les choix des citoyens consommateurs ? Voici deux avis divergents sur la question qui apportent un éclairage intéressant sur la question.
Une actualité originale de Interdépendances

POUR

Sylvain Czaryski est spécialiste en droit de l'environnement et consultant en achat durable. Il est l'auteur du Guide des produits responsables labellisés, édité chez ABCvert, qui étudie dans le détail 13 labels et établit une liste des entreprises et des produits labellisés.

Pourquoi défendez-vous les labels ?

Les labels permettent au consommateur d'identifier en un coup d'œil des produits plus respectueux de l'environnement ou plus socialement responsables que les autres. Ils constituent, sous réserve de fiabilité, des guides indispensables pour se tourner vers un mode de consommation éthique.

La certification par un tiers indépendant est-elle une garantie de fiabilité du label ?

Oui, le fait qu'un organisme indépendant assure qu'un producteur a respecté ses engagements participe grandement à la crédibilité du label. En France, la certification de produits est réglementée par le code rural et le code de la consommation. On ne peut accoler la mention « certification de produits » à un label que si celui-ci respecte ces procédures réglementaires. Un label fiable est donc contrôlé avec efficacité et impartialité. Ses engagements doivent garantir une réelle plus-value environnementale ou sociale par rapport aux produits conventionnels. Son cahier des charges doit être le plus transparent possible. Il est préconisé que l'élaboration de ce dernier soit issue d'une démarche qui intègre une dimension collective et participative, en concertation avec les parties intéressées : industriels, consommateurs, associations de protection de l'environnement, pouvoirs publics...

Que proposez-vous ?

Le grand danger qui pèse sur les labels, c'est le manque d'information, voire la mésinformation. Tout ce qui entretient la confusion est à bannir. Rappelons par exemple que, parallèlement aux labels « produit », il existe des labels « organisme », comme le label « diversité » qui labellise « la promotion de la diversité et la prévention des discriminations dans la gestion des ressources humaines ». Il existe des labels officiels (créés à l'initiative des pouvoirs publics) et des labels privés, des labels sociaux, d'autres environnementaux et d'autres intégrés (dimension sociale et environnementale), des labels multicritères et d'autres à critère unique, des labels ayant une approche sur tout le cycle de vie du produit et d'autres ne s'intéressant qu'à un stade spécifique de ce cycle de vie. La diversité des labels est une chance pour le consommateur. En matière de consommation et d'engagement, chacun a sa propre sensibilité. Par exemple, un label qui atteste que le produit n'a pas été testé sur des animaux va peut-être m'interpeller, alors que vous n'y serez pas du tout sensible.
La priorité, c'est d'informer sur la signification de chaque label. Qui sait réellement ce sur quoi s'engagent Flamme Verte, le Label écologique européen, ATR (Agir pour un tourisme responsable), ou encore AB ? On reproche parfois à certains labels de ne pas respecter des critères sur lesquels ils ne se sont pas engagés. Max Havelaar, par exemple, assure la garantie du commerce équitable aux seuls producteurs : cette garantie ne s’applique donc pas aux phases de transport, de distribution, etc.

Les produits labellisés doivent-ils être distribués en grande surface ?

Oui, les produits labellisés ont toute leur place dans les grands magasins. Ils viennent ainsi directement concurrencer les produits classiques de grande distribution. Si on veut permettre aux gens d'adopter des comportements de consommation responsables, il faut aller là où ils consomment. Où sont-ils ? Chez Carrefour, chez Auchan... Alors, soyons pragmatiques !

Et si on supprimait les labels ?

Le « système label » est parfois un peu complexe, certes. Mais ce n'est pas parce que c'est imparfait qu'il faut tout jeter en bloc. A l'image des partis politiques, les labels sont des guides, des repères qui aident à s'orienter. Sans les partis politiques, les électeurs devraient étudier dans le détail les programmes de chaque candidat, à chaque élection. Sans les labels, les consommateurs seraient contraints de lire la liste complète des ingrédients de chaque produit, de se renseigner sur les pratiques managériales de chaque entreprise, de s'interroger sur leur impact environnemental... Qui en aurait les moyens ?

CONTRE

Guy Kastler est porte-parole auprès de Nature & Progrès. Fondée en 1964, cette fédération de consommateurs et de producteurs engagés dans l'agriculture biologique défend un projet de société, écologique, équitable et durable. Nature & progrès est aussi une mention bio, représentée par son logo, attribuée selon les cahiers des charges les plus fidèles aux principes fondamentaux du bio.

Pourquoi combattez-vous les labels ?

Les labels deviennent de plus en plus des marques à part entière. L'Etat a délégué ses prérogatives de certification à des organismes privés. Certains labels ne sont pas assez exigeants ! Au début des années 1970, Nature & progrès a rédigé le cahier des charges du premier label de l'agriculture biologique. Depuis, AB est devenu le label de référence. Certes, AB offre une garantie de pratiques plus respectueuses de l'environnement que l'agriculture conventionnelle, mais nous ne pouvons nous en contenter.

La certification par un tiers indépendant est-elle une garantie de fiabilité du label ?

Non, ce n'est pas suffisant. Et cela peut surtout conduire à certaines dérives. Aujourd'hui, pour revendiquer l'appellation « agriculture biologique », un produit de provenance animale ou végétale doit répondre à des critères précis, consignés dans les cahiers des charges nationaux et européens de l'agriculture biologique. En 1993, une nouvelle réglementation européenne a imposé le contrôle par des organismes certificateurs indépendants agréés par les ministères de l'agriculture. Depuis, les producteurs doivent payer leur propre certification. Moi, à l'époque, je faisais du fromage de brebis pour un chiffre d'affaires de 50 000 F par an et je devais payer 3 000 F pour me faire contrôler. De plus, quand Ecocert vient contrôler un producteur, il ne facture pas un coût en fonction du CA global, mais un coût de service par produit. Cela signifie que, d'une part, les petits producteurs paient pour les gros, mais aussi que plus on est diversifié, plus on paie ! Résultat : on encourage la concentration et la monoculture. Cela ne correspond pas à notre vision de l'agriculture durable.

Ensuite, les organismes certificateurs n'ont pas le droit de délivrer des conseils et doivent garantir la confidentialité de toute information, au nom du secret commercial. Dans ces conditions, comment améliorer les pratiques ? Comment peut-on parler de transparence ? Enfin, pour l'obtention du label AB, les organismes certificateurs vérifient que les producteurs n'utilisent pas de semences locales et respectent certaines conditions sanitaires, qui impliquent l'utilisation de produits chimiques. Est-ce cela l'agriculture biologique ? Moi, je n'y entends pas « fiabilité »...

Que proposez-vous ?

Nature & progrès attribue sa mention à partir d'un cahier des charges technique, mais aussi d'une charte prenant en compte les aspects environnementaux, sociaux et économiques. La réglementation européenne ne concerne que la pratique agricole au sens strict. Il est donc possible de commercialiser des fraises « bio » importées du Chili, alors que l'impact environnemental est désastreux ! Parfois, derrière l'appellation « bio », il y a des externalités négatives non négligeables : déforestation, suppression de cultures vivrières...

De plus, comme évoqué précédemment, le processus de certification est un rouleau compresseur qui vous incite à ne pas faire du bio véritable. Nous lui préférons les systèmes de garantie participatifs. C'est une auto-certification mais qui associe de nombreux acteurs (ONG, professionnels du secteur, environnementalistes, citoyens engagés...) avec une forte volonté de transparence. L'Ifoam, la fédération internationale des organisations de l'agriculture biologique, défend les systèmes de garantie participatifs mais ces derniers ne sont reconnus que dans les pays du Sud. Nous voulons faire évoluer les mentalités pour faire en sorte qu'ils soient appliqués en Europe.

Les produits labellisés doivent-ils être distribués en grande surface ?

Pas forcément... Nature & progrès défend son modèle lors de conférences et de tables rondes, mais aussi grâce au travail de ses groupes locaux qui parcourent le pays. Nous comptons environ 500 professionnels utilisateurs de la marque. Leurs produits sont plus commercialisés en magasins spécialisés qu'en grande surface et la moitié sont en vente directe, sur les marchés et les foires.

Et si on supprimait les labels...

Les « vrais labels » se font déjà de plus en plus rares...

Recueilli par Adrien de Casabianca

Interdépendances 27/01/10
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