
Le cauchemar de Darwin avait dévoilé la réalité de la perche du Nil en Tanzanie. En ce moment, un autre poisson à l'origine tout aussi douteuse connaît son heure de gloire. C'est le panga.
Le panga est un poisson d'élevage, de la famille du poisson-chat, qui provient quasi-exclusivement du delta du Mekong. Les vietnamiens ont littéralement "lancé" ce nouveau poisson sur le marché mondial dans les années 96-97, un poisson qui supporte une densité record, et qui grandit très vite, dans une eau à 28 degrés.
Bref, le panga est le poisson qu'il fallait à l'industrie, à la pisciculture moderne. Peu importe si les Vietnamiens ne le consomment pas, l'essentiel est qu'il ramène des devises et qu'il puisse se vendre à 6 € le kilo dans nos grandes surfaces. Un prix imbattable qui fait qu'on le rencontre communément dans nos cantines...
En fait, l'élevage du panga a été possible dès que le génie technologique a su résoudre le problème des pontes chez la femelle panga.
Un chercheur s'est en effet aperçu qu'en injectant aux femelles pleines des hormones recueillies dans de l'urine de femme enceinte séchée cela permettait de déclencher la pontes des alvins.
L'hormone en question est hCG (gonadotrophine chorionique). On apprend par le CIRAD, organisme impliqué dans le développement de cette filière, que l'utilisation de cette hormone est courante dans l'élevage bovin par exemple. A quoi bon s'alarmer !
Comme souvent en aquaculture, ces poissons sont nourris avec des farines de poissons. Il est fort possible que des antibiotiques leur soit administré; en effet, la promiscuité rend les animaux malades.
Face au tollé médiatique suscité par différents reportages à la télévision, il n'est pas étonnant de voir les promoteurs de la filière panga répondre aux critiques.
En réalité, le panga n'est pas pire que de nombreuses autres filières. Il n'est qu'un exemple supplémentaire illustrant la réalité de l'agriculture moderne, ici de l'aquaculture.
Aujourd'hui, on ne s'étonne plus que des thoniers bretons aillent pêcher le thon au large de la Somalie, on ne s'étonne plus qu'il faille importer de grandes quantités de poisson-chat du Vietnam en créant un milieu totalement artificiel pour leur élevage. On ne s'étonne plus que des poules soient gavées de produits chimiques, qu'elles n'aient jamais vu la lumière du jour et disposent de quelques centimètres carrés pendant leur vie.
Le panga était dans la liste orange du guide WWF des poissons (à consommer avec modération) et carrément considéré comme la moins pire des alternatives par Greenpeace dans son guide "et ta mer t'y penses". Le guide insistait néanmoins sur la fausse solution qu'est l'aquaculture. Celle-ci n'est bien qu'un pis-aller à la surpêche.
Rappelez-vous que le mieux est de consommer des poissons locaux et non menacés (thon germon plutôt que thon rouge par exemple)
Cela fait longtemps que j'utilise ecosapien et je ne m'étais jamais exprimé ici. Mais ce sujet me tient à cœur car il me semble révélateur d'une dérive possible du discours bio-éthique...
J'ai connu le Panga par hasard et je l'ai trouvé délicieux. Puis, plus tard on m'a culpabilisé en me disant que ce poisson était une "catastrophe écologique" (reportage de M6 à l'appuis...).
Rongé par le remord j'ai fait quelques recherches et je ne comprends pas bien ce que l'on reproche à ce poisson:
- Oui , c'est un poisson d'élevage, nourris notamment avec des farines de poissons... Mais c'est un poisson omnivore qui se nourris d'une forte part végétal, contrairement à la majorité des poissons que nous consommons. De plus il serait un poisson extrêmement productif (besoin de peu de nourriture pour croître).
- Oui il est élevé dans des bassins en surnombre. Mais au delà de l'aspect "émotif" tout à fait naturel quel est le mieux pour le Mekong? Pour une même charge organique vaut-il mieux utiliser 10 ou 100 hectares? De plus ces bassins ne sont pas salés contrairement à beaucoup de bassins à crevettes qui eux sont vraiment catastrophiques (autant au niveau écologique que socialement...). Et que savons nous du bien-être des poissons grégaire? Si cela m'interroge sincèrement le sort des pangas me semble meilleur que celui des poulets de batterie.
- Oui, c'est un poisson d'exportation, cela coute du carburant et la population locale n'en mange pas. Bien sûr qu'il est préférable de consommer locale, comme vous je m'y efforce. Mais pourquoi accabler le panga plutôt que tout les autres produits issus d'importation? Personnellement je suis plus choqué par les salaires des petites-mains (qui nettoient un poisson trop cher pour eux) comparé à celui de leur patron (une des plus grande fortune d'Asie)... Mais le coupable n'est pas le panga.
- Non, il n'y a rien de comparable avec "le cauchemar de Darwin" où l'on parle d'un poisson volontairement installé qui est en train de ruiner l'un des plus beau écosystème de la planète ainsi que les sociétés multi-centenaires des grands lacs. Le panga est originaire du Mekong et sa production n'a pas beaucoup changé la société vietnamienne.
- Oui il faut rester très vigilant avec les hormones (pour preuve, entre autre, les problèmes des fleuves européens causés par les pillules contraceptives). Mais il me semble que le CIRAD est plutôt digne de confiance et développe une agriculture responsable (mais peut-être suis-je naïf?). De plus l'injection d'hormones semble être pratiqué en laboratoire sur quelques individus parents, et non dans les bassins.
- Non, le Mekong n'est pas un fleuve pollué, il pourrait même revendiquer le titre de fleuve le plus propre du monde!
Alors, bien sûr il faut resté vigilant et le panga n'est pas le poisson idéal car celui-ci n'existe pas! Mais la planète compte plus de 6 milliard d'habitant il faut en tenir compte!
La population occidentale est de plus en plus sensible aux problèmes écologiques et éthiques et je trouve cela merveilleux. Mais je pense que s'il est heureux que l'on réajisse à une nouveauté avec émotion dans un premier temps (nous ne sommes pas des robots). Dans un deuxième temps il faut essayer de mobiliser sa raison et tenir compte du fait que la planète ne correspond pas au modèle idéal que nous avons tous en nous.
Le moin pire est souvent le mieu.
Pourtant je dois bien constater que le panga n'a pas une bonne note dans les differents classements des poissons (wwf, msc2...) alors que d'autre poissons d'élevage ou d'importation sont bien noté. Et je n'arrive pas à en trouver les raisons...
D'autant qu'il me semble qu'il y a beaucoup d'autre combat à mener dans le domaine de la pêche (au delà du thon rouge, condamné? la situation des poissons de grands fonds semble vraiment préoccupante et pas encore irreversible).
Peut-être ai-je tord?
Bonjour,
Premier point, nous n'arrivons pas à savoir pourquoi votre pseudo n'a pas été enregistré. Si vous pouviez nous expliquer ce mystère !
Sur le fond, j'ai l'impression que vos arguments disent en somme: "il y a pire". Et c'est vrai qu'il y a pire que le panga et que la situation d'autres poissons est plus préoccupante.
Néanmoins, le fait qu'il soit omnivore et extrêmement productif importe peu sinon que cela reflète une vision très machiniste du vivant.
Il semble tout de même que sa essor affecte tout de même le Vietnam.
Je vous rassure, il ne s'agit ni d'avoir tort, ni d'avoir des remords ! Votre démarche de compréhension est tout à votre honneur.
Je persite tout de même à croire que vous arguments reposent sur "pourquoi s'attaquer à lui alors qu'il y bien d'autres problèmes, peut-être plus graves!"
La réponse est:"parce que c'est un joli symbole tout de même !"
D'une manière plus générale, on peut s'interroger sur la nécessité de manger plusieurs fois par semaine de la viande et/ou du poisson .
L'homme est certes omnivore, néanmoins pendant des millions d'années la consommation de produits d'origine animale était très occasionnelle et donc pas indispensable. Il n'y a que depuis 9 milliers d'années que nos habitudes alimentaires ont changées... pour le pire.