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L'Arche de Noé de la biodiversité

L'Arche de Noé de la biodiversité

Le 26 février dernier, a été inaugurée en Norvège la première banque phytogénétique mondiale. Un projet pour sauver la biodiversité ? pas si sûr...

Doté d’une capacité de stockage de 4,5 millions d’échantillons, conservés dans des poches hermétiques à -18° C, ce méga-congélateur est présenté comme le plus sûr moyen de préserver la biodiversité ! L’ouverture de cette Arche de Noé Verte a été l’occasion pour les médias de véhiculer un déluge d’informations qui, lorsqu’elles ne sont pas erronées, en disent long sur notre rapport à la nature...

Premier temps : le constat

En 1996 déjà, un rapport de la FAO avait mis en évidence une division par 10 de la diversité des variétés de blé cultivées en Chine entre 1949 et 1969. Beaucoup d’autres exemples vont hélas dans le même sens.

L'entrée de l'Arche verte de Noé
L'entrée de l'Arche

L’inventaire des espèces et variétés disparues au cours du XXème siècle ou en voie d’extinction n’est plus à faire. Organismes et institutions de tous poils sont unanimes : une érosion massive de la biodiversité est actuellement en cours.

A tel point que certains écologues et paléontologues, tels que Richard Leakey et Roger Lewin, vont jusqu’à parler d’une sixième extinction en cours. Selon ces derniers, l’histoire de la vie, depuis son apparition sur Terre, aurait été jalonnée par cinq extinctions de masse (disparition de plus de 65% des espèces existantes en un laps de temps instantané à l’échelle géologique). La dernière de ces grandes extinctions étant celle, bien connue, qui vit la disparition des dinosaures à la fin du Crétacé, il y a environ 65 millions d’années.

Mais si la cause supposée de cette extinction est la collision de la Terre et d’un astéroide, la réduction de la diversité à laquelle nous assistons est sans doute de nature plus banale. Nul besoin d’invoquer le déluge ou la folie des hommes, le phénomène présent est très probablement la conséquence de l’expansion de l’agriculture commerciale moderne et de l’introduction de nouvelles variétés de cultures (FAO).

Deuxième temps : les interrogations

Déforestation au Brésil
Déforestation au Brésil

Ainsi comme le soulignait déjà le rapport de la FAO de 1996, sur lequel s’appuient pourtant (mais de manière sélective) les promoteurs de l’Arche, la cause principale de l’érosion de la biodiversité est d’origine humaine. L’agriculture intensive basée sur la monoculture, l’introduction d’espèces invasives dans des habitats écologiques étrangers, l’épandage massif de pesticides et la déforestation comptent parmi nos activités les plus néfastes pour la biodiversité. Ces faits sont de notoriété scientifique et publique.

Alors pourquoi construire une Arche, et prétendre que celle-ci contribue à faire du monde un “endroit plus sûr” ? Surtout si elle ne s’accompagne pas d’une remise en cause de ces pratiques en expansion permanente ?

Selon nous, si la création de cette “Arche verte” est bien, comme le supposent ses promoteurs, un “indice”, ce n’est sûrement pas celui d’une subite “prise de conscience” des dangers pesant sur la biodiversité. Cela fait plusieurs décennies que ces dangers sont largement connus.

Non. Il s’agit plutôt de l’indice d’une tendance globalement technophile qu’on peut caractériser ainsi : incapacité à penser notre rapport à la nature hors du prisme utilitariste, conception étriquée de ce qu’est la biodiversité, tendance à (sur)naturaliser les causes de son érosion, méprise conséquente quant aux moyens à mettre en oeuvre pour sa préservation.

Troisième temps : l'interprétation

Un anthropocentrisme borgne

Ce genre de projet, ainsi que l’ensemble des discours qui l’accompagnent dressent un bien étrange portrait de l’homme “moderne” : maître et possesseur de la nature mais incapable de se la représenter correctement. Tout se passe comme si notre interprétation de l’érosion de la biodiversité, et de la nature en général était coincée dans une sorte d’anthropocentrisme borgne.

Anthropocentrisme, car il devient progressivement impossible d’envisager la préservation de la biodiversité “pour elle-même”, la seule attitude rationnelle (et donc légitime) consistant à justifier son utilité pour l’Homme, puis à calculer ensuite les coûts et bénéfices de sa préservation.

Le modèle du congélateur est d’ailleurs clair : le monde naturel est désormais envisagé sans complexe comme un stock, comme un fonds mobilisable à souhait.

Borgne, car ne voyant que les conséquences et pas les causes de l'érosion. C’est comme si nous étions capables de voir que le boomerang revient vers nous, mais pas que c’est nous qui l’avons lancé. Cary Fowler, l’intiateur du projet, a très bien résumé la situation : selon lui, l’Arche serait un “véritable cocon pour la diversité végétale menacée par les catastrophes naturelles, les guerres et le changement climatique”.

Pas un mot sur les effets de la production agro-alimentaire ou la déforestation sur la biodiversité...

Une conception réductrice de la biodiversité

Mais au fait, la biodiversité c’est quoi ?
Est-il sérieusement envisageable de la conserver dans un congélateur ? Quelle est notre réelle maîtrise des techniques de conservation des semences sur le long terme ? Est-il possible de conserver toutes les variétés vivrières de cette manière ? Autant de questions que la plupart des médias se sont bien gardés d’aborder !

Selon les écologues, on peut distinguer deux aspects de la biodiversité, l’un statique et l’autre dynamique.
La composante statique de la biodiversité correspond à la “photographie” qu’il est possible de réaliser de l’ensemble des espèces présentes à un instant t dans un écosystème donné. La composante dynamique, la plus importante vraisemblablement, tente de rendre compte des interactions entre ces différentes espèces et des variations du vivant envisagé dans sa globalité (selon la conception de Edward O. Wilson).

Comme le rappelle R. Leakey dans son ouvrage devenu célèbre, la biodiversité est avant tout caractérisée par le changement. On perçoit dès lors combien la conception de la biodiversité engagée par la création de l’Arche est réductrice. Rien ne ressemble moins à la biodiversité que le statu-quo.

Par ailleurs, il semble que notre prétention à conserver tout type de semence pendant un millénaire est largement démesurée. Tout d’abord parce qu’il n’est pas possible de conserver les espèces à multiplication végétative (comme la pomme de terre ou l’échalotte) dans ces conditions.

Il en va de même pour la plupart des arbres fruitiers et pour la vigne. En ce qui concerne les plantes que l’on peut “théoriquement” conserver par cette méthode (en particulier les céréalières), des expériences ont montré à plusieurs reprises un fort taux de pertes, lié à l’absence d’informations précises sur les semences conservées ou à des pannes et des manques de financement.

Quatrième temps : l'action

Comme le proposait déjà le rapport de 1996, et comme le scande l’association “Grain” : l’un des meilleurs moyens de préserver la biodiversité, c’est encore de la cultiver ! Et c’est vrai ! Pourquoi continuer à envisager notre rapport à la nature de manière totalement schizophrène, la main droite polluant et tuant in situ, tandis que la main gauche préserve en conservant ex situ ?

Les organisations écologistes ne manquent pas d’idée pour préserver la biodiversité, et vous non plus certainement : agriculture biologique, échange et culture de semences paysannes (de préférence non cataloguées !), comportement quotidien visant à la réduction générale de l’empreinte écologique, consommation responsable, protection des espèces en voie d’extinction.

eco-sapiens 14/03/08
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