
Le documentaire "Savoie:un scandale écologique sans coupable ?" une enquête de Bastien Morassi et Emmanuel Raoul, est diffusé cette semaine sur Canal plus.
De 1995 à 2001, l'usine d'incinération de Gilly-sur-Isère rejetait une étrange fumée noire dont les analyses, trop tardives, ont révélé un taux de dioxyne 10 000 fois supérieur au seuil fixé par l'Union Européenne. Conséquence : il a fallu abattre près de 7000 animaux contaminés, faire disparaître le foin et le lait souillé. Enfin, les études laissent présager un impact sur la santé humaine (cancers, leucémies) non négligeable... mais bien sûr tout repose sur des statistiques...
Selon les associations locales, on aurait relevé à Grignon (1.800 habitants), situé à 600 mètres de l'incinérateur, 78 cas de cancer en dix ans.
Enfin, impossible de mettre la main sur les responsables. L'entreprise Novergie, qui est une filiale d'une filiale d'une filiale...de Suez, a rendu un rapport sur ce site qui ne permet pas de savoir à qui incombe la responsabilité.
On y apprend quePlus étonnant, le rapport fait mention d'analyses préoccupantes:l'unité de Gilly était en 1984 une unité modèle. Apportant la meilleure technologie aux questions environnementales de l'époque (les poussières et teneurs en monoxyde de carbone notamment), elle était considérée comme un équipement sûr, fiable et performant. Cette unité a été fermée en octobre 2001, à la suite de mesures élevées de dioxines relevées à la cheminée et dans le lait de vaches.
La première relevée en sortie de cheminée était difficilement compréhensible d'un point de vue scientifique et technique ainsi qu'au regard des quelques valeurs d'émission alors connues en France (1 285 ng/Nm3 contre 100 à 200 ng/Nm3 pour les moyennes hautes connues).
Par analogie, lorsqu'on mesure un taux de cholestérol et que l'on obtient un résultat anormalement élevé, la première chose que fait le médecin est de prescrire une deuxième analyse. C'est exactement ce qu'a fait NCE en demandant une deuxième campagne de mesures avec un résultat de 75 ng/Nm3. Cette valeur reste élevée au regard des nouvelles normes applicables d'ici fin 2005 (0,1 ng/Nm3), mais est compatible avec les taux relevés sur les usines en 2001.
En résumé, on apprend qu'en 2001, ces usines avaient des taux "normaux" même s'il sont 1000 fois supérieurs aux normes...
Fermé en octobre 2001, l'usine abrite toujours, selon Greenpeace, un stock de mâchefers (résidus de combustion toxique) et de cendres (déchets hautement toxiques).
On ne peut que souhaiter bon courage à la juge (qui a refusé de se laisser dessaisir et obtenu gain de cause en conseil d'Etat (source: Fabien Gruhier pour Le Nouvel Observateur) qui devra établir les responsabilités aussi bien industrielles que politiques.