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Vêtements: les ouvriers sont les vrais fashion victims

Vêtements: les ouvriers sont les vrais fashion victims

A la lecture d'une grande enquête européenne de 9 organisations de consommateurs, on se rend compte que les véritables victimes de la mode sont les ouvriers qui fabriquent nos vêtements dans des conditions extrêmement dures. Si l'on doublait leur salaire, le prix de nos vêtements n'augmenterait presque pas.
Une actualité originale de test-achats.be

Alors, à qui profite le crime ? De plus en plus, les consommateurs veulent des « fibres éthiques »… Or, dans le secteur, le chantier est immense, les codes de conduite sont inopérants, les contrôles insuffisants et les labels environnementaux de portée fort restreinte. Le consommateur, sur base de l’enquête de Test Achats, peut faire pression en privilégiant les marques les plus responsables.

L’enquête

Neuf associations européennes de défense de consommateurs ont pris part à cette enquête. En tout, l’éthique sociale et environnementale de 35 marques de prêt-à-porter a été évaluée. Pour ce faire, les experts des organisations ont rassemblé et confronté documents, enquêtes, rapports d’audits, etc. émanant de multiples sources : entreprises concernées, ONG’s (en particulier celles de la Campagne internationale Vêtements Propres), organisations syndicales, instituts de recherche… Les données récoltées ont été envoyées aux marques pour leur donner l’occasion de réagir. Après avoir passé au peigne fin de nombreux autres secteurs importants, Test Achats continue sur la voie de la transparence « sociale et environnementale » dans un secteur qui touche au quotidien du consommateur.

Xtra lâche !

Le secret du textile pas cher, on s’en doute, est à chercher du côté des pays à faibles coûts de production. Et de la sous-traitance : rares sont les chaînes qui produisent elles-mêmes leurs vêtements. Le secteur textile européen sous-traite principalement en Asie, en Chine surtout, et dans les pays proches comme le Maroc ou la Turquie.

Sommés de produire mieux et moins cher tout en traitant décemment leurs employés, ils se retrouvent avec une équation impossible sur les bras. Pour rassurer l’opinion publique, la distribution textile brandit des codes de conduite d’une main – aujourd’hui, toutes les usines du monde en ont un placardé au mur – mais de l’autre, elle exerce une telle pression sur les prix que leur application est tout simplement impossible. Au bout du compte, le poids de ce modèle malsain repose sur les épaules des travailleurs : journées interminables, salaires ridicules,… Et le système n’épuise pas que les hommes, l’environnement aussi en prend un coup, d’autant que l’industrie textile figure parmi les plus polluantes.

Les bas salaires n’expliquent pas tout

Les bas salaires des ouvriers n’expliquent pas, à eux seuls, les prix plancher des vêtements. La main d’œuvre ne compte que pour un petit pourcent du prix d’un habit. Si les salaires sont maintenus tellement bas, c’est principalement à cause de la compétition entre les fournisseurs, sommés par le département achat des marques de produire de moins en moins cher. Seule Zara inclut le paiement d’un salaire décent dans sa politique sociale, c'est-à-dire, qui permette aux travailleurs de nourrir leur famille, d’éduquer leurs enfants et de mettre un peu d’argent de côté. Les autres marques se contentent d’évoquer les minima légaux ou en vigueur dans le secteur. Or, il est de notoriété publique que dans de nombreux pays producteurs, ces salaires ne couvrent absolument pas les coûts de l’existence.

Pourquoi les codes de conduite sont inopérants ?

Certaines chaînes fournissent à leurs acheteurs des formations éthiques pour qu’ils prennent les standards sociaux en considération dans leur travail (Mango, C&A, Hema, Springfield et We). C’est un bon pas, mais cela ne garantit toujours pas leur application. Si les codes restent lettre morte, c’est aussi parce que leur contrôle n’est pas systématique – Celio, Esprit, We et Zeeman ont des codes mais ne les contrôlent pas – et qu’il est facile de les contourner.

D’ailleurs, les fraudes à l’audit social sont monnaie courante. Un exemple avec une usine produisant pour We en Chine : le fournisseur de la marque gère une usine irréprochable où les visiteurs et les auditeurs sont les bienvenus, mais c’est une usine fantoche qui ne produit qu’une infime partie des vêtements. Il confie en fait l’écrasante majorité de sa production à un sous-traitant qui, lui, ne s’encombre pas de standards.

Autre grande hypocrisie : lorsqu’un dysfonctionnement est dénoncé dans une usine, les marques corrigent le tir localement mais se gardent bien d’imposer la nouvelle donne dans toute la chaîne de production. Pas étonnant dès lors que de nombreuses marques rechignent à dévoiler le nom de leurs fournisseurs.

Exception notable : Mango, qui fait preuve d’une totale transparence en rendant publique la liste de tous ses fournisseurs dans le monde. La marque espagnole ainsi que H&M, Hema, Zara sont les seuls à publier des rapports éthiques sur leur site web. Précisons enfin qu’il y a des compagnies qui n’ont toujours pas montré d’engagement réel en matière de politique sociale et n’ont même pas adopté les standards de base de l’Organisation Internationale du Travail. C’est le cas de Benetton (l’ex-champion des publicités militantes !), Kookaï, Promod et Wibra.

Des initiatives multipartites pour aller plus loin

Comparé à ses concurrents, le suédois H&M a quelques longueurs d’avance. La chaîne impose un code de conduite assez complet à tous ses fournisseurs et investit pas mal de moyens pour contrôler son respect (en 2006, elle a procédé à 1 500 visites de contrôle). Davantage exposé au feu des critiques, qui s'intensifient depuis les années 90, le géant de l'habillement a développé ses politiques éthiques en réaction aux attaques de la société civile. Comme quoi, celles-ci ont des effets.

Timide avancée des labels

En matière environnementale aussi, les politiques manquent de consistance. Grande consommatrice d'eau, d'énergie et de produit toxiques, l'industrie textile ne s'est pas encore donnée les moyens de réduire son empreinte écologique. Seule Mango, et dans une moindre mesure C&A, H&M, Springfield et We ont développé une politique pour gérer l'usage des substances chimiques. Mais, en général, la majorité des marques ne proposent pas de chiffres concrets pour réduire leur impact. Quant à l'offre de produit labellisés éco ou bio, elle est encore fort restreinte.

Les consommateurs veulent des fibres éthiques

H&M – le plus grand détaillant de vêtement d'Europe – développe la politique sociale la plus responsable de cette enquête. Avec sa transparence exemplaire et son ouverture à la société civile, Mango aussi. Cependant, ces deux chaînes ne constituent pas des choix éthiques parce que, tout comme les 14 autres marques du tableau, elles n'exercent pas un contrôle suffisant sur leur chaîne de production. Mais, plus fondamentalement, parce que le modèle d'approvisionnement basé sur la "fast fashion" est incompatible avec l'éthique : pratiques d'achat intenables pour les fournisseurs et les travailleurs, manque de salaires décents et d'objectifs environnementaux clairs, faiblesse de l'offre de produits labellisés bio et équitable, et bien sûr, manque de transparence dans la chaîne de production...

En feignant d'ignorer qu'à la base des conditions de travail déplorables, il y a ce fameux modèle de "fast fashion", les marques encouragent tous les abus. L'amélioration de l'éthique passera obligatoirement par l'imposition de salaires décents dans toutes les usines sous-traitantes et par un engagement ferme dans des initiatives multipartites crédibles.

Les consommateurs peuvent faire pression sur les entreprises pour qu'elles s'investissent davantage dans l'éthique. Exiger d'elles plus de transparence et privilégier les marques les plus responsables sont les principales armes des consommateurs et de leurs organisations. Continuons d’être vigilants …

test-achats.be 10/10/07
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